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11 novembre 2012

pédale douce à gauche

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Je suis compétitif. Je crois même hyper-compétitif. Car moi aussi j'ai mon rapport que j'ai remis à mon président. Mais moi, je l'ai pondu en trois mois et demi, et pas en six. Il fait 120 pages, s'il-te-plaît. Quand le rapport Gallois n'en fait que 67, pfff ! Et il compte quarante propositions, quand le rapport Jospin s'arrête à 35... Compétitivité zéro, ces deux là, ou alors incompétents parce que cumulards ? Allez zou, au placard ! Il faut être com-pé-ti-tif ! C'est l'époque qui veut, ou la crise, c'est la guerre et il n'y a pas de place pour tous, dans le monde merveilleux des appels d'offre. Alors c'est Gallois ou moi, un point c'est tout. Jean-Marc, tu ne serais pas un tantinet décliniste ?

Jean-Marc Ayrault me ressemble, en vérité. Il n'est pas dans son rôle. Il surjoue. Dépassé, conscient de ses limites et de son usurpation, pétri de culpabilité mais néanmoins au charbon, taraudé de grandes et de petites choses à se prouver. Le coup de menton contre ses adversaires, lorsque son clan l'observe, ayrault AN.jpgdans l'hémicycle, et le verbe conciliant en privé, l’œil connivent quand tout s'apaise autour d'une table.

Comme moi, je suppose que le bas du dos lui fait mal de temps en temps. Qu'il aimerait avoir plus de temps pour faire du sport et entretenir sa santé. Que son sommeil est agité. Et que décidément, ces putains d'hémorroïdes !... Comme moi, il a des fourmis dans le pied gauche, je suis sûr, mais quand ça veut pas, ça veut pas. Comme moi, je suppose qu'il a acquis, pour se détendre et bien engager ses nuits, un tout nouveau piano et qu'en l'absence de chauffeur, il roule désormais avec un boîtier automatique. Un piano et un boîtier automatique, c'est juste terrible pour le pied gauche, cloué au pilori, au repos complet. On l'oublie, on l'ignore, il devient mou du genou et seuls quelques petits fourmillements viennent t'en rappeler l'existence. Faut l'excuser, c'est mécanique. Et c'est normal qu'il préfère alors perdre de vue qui l'a mis où il est.

En plus, ses semaines à lui font bien plus que 39 heures, alors y'a pas de raison ! Et puis il doit essuyer des réprimandes continuelles. Celles de l'adversaire, sur la place publique. Et celles de ses amis, dans le secret des règlements de compte, lorsque ses maladresses agacent.

ayrault au medef.jpgEncore que. Il vaut mieux qu'on parle des gaffes, non ?, et que les procès s'arrêtent aux portes de l'amateurisme, ça évite qu'on ne creuse trop les sujets de fond : cette compétitivité, là, justement, ce bidule qu'on nous promet en choc ou en pacte, en bloc ou en kit, et qui ne veut rien dire d'autre que la promesse d'une baisse vertigineuse de ton niveau de vie, de celle des gens simples, s'entend, dans le large spectre qui va des milieux déjà exclus jusqu'au milieu des classes moyennes. D'Athènes à Paris, les détenteurs de l'ultrarichesse, l'oligarchie capitaliste qui gouverne le monde n'a rien trouvé de mieux pour, à court terme, préserver ses privilèges exorbitants, et il ne faut jamais insulter trop bruyamment les cercles qu'on aspire à intégrer pour réussir sa vie... Les bienheureux bavardages médiatiques noient tout ça dans une bouillie consensuelle couleur fluo, avec toute l'apparence du bon sens commun. Et tant qu'on peut porter une marinière pour témoigner de son patriotisme !
 
Je ne suis pas prêt de la vendre, ma voiture, avec tout ça. Elle est pourtant bien française, ma petite Mégane !

Moi aussi, quand j'étais petit, je me coinçais le doigt dans une porte et je pleurais très fort, juste pour pas me faire gronder quand j'avais eu une mauvaise note...

Donc va pour la pédale douce à gauche ! On y gagnera au moins le mariage pour tous, ça mange pas de pain, et ça fait au moins une différence avec la droite.

08 septembre 2009

tiens, va p'tet se passer quelque chose à gauche



J'aime bien la fête de l'Huma. C'est un endroit à gauche où il se passe quelque chose, et où en plus il y a les gens. Ça nous change de la Rochelle, et de tous ces endroits où ça s'agite, mais qui sont assez loin de nous.

L'affiche est excellente. Je ne parle pas de Dame République qui brandit guitare électrique et drapeau rouge. Je parle de Manu Chao, de Maxime Le Forestier, de Julien Clerc, de Keziah Jones, de Deep Purple, et de plein d'autres promesses de rythme et de poésie (le programme complet est ici). Ce sera ce week-end, ou plutôt dès vendredi soir, à La Courneuve, comme d'hab.

Si ça te dit qu'on s'y retrouve, et qu'on se descende un p'tit verre. Par exemple samedi, avant Maxime et son Restons amant que je ne raterai pour rien au monde, tu n'as qu'à faire signe...

19 novembre 2008

petit message personnel à mes amis titulaires d'une carte de membre du parti socialiste

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Non, vous n'allez quand même pas faire ça ?

Vous n'allez pas donner à Ségolène les clés de la boutique ?

Je sais bien qu'il faut la dépoussiérer, cette gauche, que ce parti est engoncé depuis longtemps dans ses certitudes, qu'il a besoin de renouveau et d'un bon coup de jeune. Ok. Mais pas Ségolène, quand même !

C'est une supplique que je vous adresse, parce que qu'est-ce qu'on va faire, dans ce pays, qu'est-ce qu'on va devenir, si le principal parti de la gauche, si le parti sans lequel - pour l'heure en tout cas - il n'est pas vraiment possible d'imaginer une alternative au pouvoir de Sarkozy, devient un vulgaire parti de centre-gauche ? Si toute idée de rupture avec le libéralisme est enterrée, si ce n'est pas clairement à gauche qu'est donné le coup de barre alors que la crise et les charrettes de licenciements, les mises au chômage technique nous apportent la preuve cinglante que ce sont les rouages même du modèle capitaliste libéral qui est dans une impasse ?

Non, vous ne pouvez pas nous faire ça. Quand bien même vous auriez voté pour sa motion. Restez investis dans votre parti, autant que vous le voulez, poussez les feux de la rénovation, créez, inventez, bousculez vos potentats locaux, remuez tous les tas de merde que vous trouverez dans les coins... mais s'il-vous-plaît, ne lui donnez pas les clés. Pas à elle. Elle n'est pas la femme du renouveau. Elle n'incarne rien des idées qu'elle proclame. Et vous le savez.

N'enfermez pas la gauche dans une impasse.

25 septembre 2008

je n'ai pas d'église

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Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. Moi si. Des communistes qui revenaient de loin, d'une éducation religieuse ultra-orthodoxe d'où ma mère aura gardé toute sa vie l'insupportable besoin de culpabiliser de tout. Elle m'a transmis et cette culpabilité permanente, et le rejet des églises.

Elle est sortie de sa chapelle dans la proximité solidaire des ouvrières de la banlieue parisienne, quand papa faisait le même chemin au contact de ses co-détenus de Fresnes, des hommes qui avaient partagé avec lui l'engagement anticolonialiste durant la guerre d'Algérie. Parfois pour d'autres raisons. Lui m'a transmis un regard rationnel - donc dialectique - sur le monde, le sens des valeurs, et le même rejet des citadelles religieuses.

Il y avait dans ce communisme humaniste, pétri de "tu aimeras ton prochain", le rejet de la guerre, du fascisme, et plus que tout, du racisme. Il y avait aussi de la solidarité au quotidien.

Cet héritage ne m'a pas prémuni de tout, et j'ai souvent, longtemps, porté les idées de mes parents comme une Evangile. Je l'assume sans regret, pour la part de générosité qu'elles renfermaient. Et parce qu'on ne peut pas dire que l'on crève de trop d'utopie dans ce monde. Je regrette d'avoir parfois perdu de vue l'essentiel - le sens et les valeurs - au profit de l'appareil, mais sûrement pas de m'être construit dans l'engagement et le combat.

Gardant de la dernière élection présidentielle le goût amer de la division, et un rejet construit, instruit, des logiques d'appareil, je prends du champ. La gauche est dans le brouillard. Une vraie purée de pois. Je prends le temps de voir où et comment un sentier finira par s'éclaircir à gauche. Le moment venu, une fois suffisemment élagé, je m'y engagerai sûrement, je n'ai pas l'âme d'un déserteur. Mais je n'ai pas non plus, je n'ai plus celle d'un défricheur (quoi qu'il en faille).

Les logiques de clan sont sournoises, pernicieuses, elles ne sont pas l'apanage de la politique. On a vite fait de se construire sa cabane, à quelques uns, et de se croire le centre de l'univers. Il suffit de se la raconter et d'utiliser des loupes déformantes. Je suis fatigué de ces rencontres baroques, où ça jargonne, où l'on se croit le monde alors qu'on lui est hermétique. Où l'on dessine des frontières, où l'on désigne des cibles, où l'on érige des mûrs, parfois sans même s'en rendre compte.

Le problème des cercles, c'est qu'ils peuvent tourner longtemps. Sur eux mêmes, mais longtemps. J'ai quitté les églises, leur piège, je regarde les clergés de loin. Je n'irai pas m'enfermer ailleurs : je ne suis pas corporate.

22 juin 2008

le niais et le cynique

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Il parait qu'on y passe tous. Un jour ou l'autre, un peu de gentillesse aidant, tu finis par te faire cartonner. Comme ça, sans crier gare, sur un blog inconnu, que tu répugnerais de toute façon à fréquenter, tu découvres qu'une hyenne s'est acharnée sur une proie inerte, que la proie c'était toi et que la hyenne y avait fait venir sa meute.

Donc un mec de droite, un vrai, c'est-à-dire un cynique, un aigri, pétri de relents fascistes, conteste ma pensée parce qu'elle est de gauche, et mon style parce qu'il est moderne (lire ici quelques guillemets), c'est dans l'ordre des choses. Ca s'est passé  (mais t'es pas obligè d'y aller, ça pue), à propos de ce billet-là.

Moi même, au fond, je n'ai aucun scrupule à dénoncer l'esprit collaborationniste des démissionnaires de l'humanisme. Quand on se résoud à la misère, qu'on applaudit à la répression et qu'on fustige comme compassionnel tout soutien aux faibles, fusse d'un langage qui se cherche entre courtoisie facile et fausse sophistication, ou pour simplement faire du bruit avec sa bouche et dissimuler une navrante vacuité, on est un combattant de la médiocrité. Et sans le savoir un serveur de soupe aux machiavels pétainistes.

Je préfère encore être niais.

Mais pour autant, je réserve mes coups aux grands. Pour contester leur puissance. Les petits, je ne leur pardonne rien, mais je leur trouve des circonstances atténuantes... même consternantes.