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01 avril 2009

patrons : c'est dans leur sang

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On entend beaucoup parler de dérapages, ces temps-ci. Les dirigeants de Natixis auraient dérapé. Le patron de Valéo aurait dérapé. Leurs société auraient reçu des aides de l'Etat, elles auraient supprimé des emplois, ils se seraient malgré tout offert des bonus, des primes, des stock-options, Dieu sait quoi encore, et il s'agirait de dérapages.

C'est commode, les dérapages, sauf que ça fait beaucoup de tort à la corporation. Et l'image des patrons, ils y ont pensé ?

Moi, je ne crois pas aux dérapages. La démesure, c'est la règle. La sur-rémunération, c'est leur drogue, ils sont accrocs, c'est impensable autrement. Ces gens-là vivent dans leurs mondes, et leurs mondes ont des codes. Ils se côtoient, ils se jaugent, ils se convoitent, les réussites personnelles des uns aiguisent les apétits des autres. Forcément. Les patrimoines qui se constituent, les héritages qui se préparent, les espaces de pouvoir qu'ils s'ouvrent, il est tout simplement impossible d'y renoncer par simple bonté d'âme. Un code d'éthique n'est qu'un plan de communication, il n'y a pas d'alternative...

Il y a le monde des traders. 3.000 d'entre eux à Natixis se partagent donc un bonus de 70 millions d'euros. 23.000 euros pour chacun - en moyenne. C'est déjà un sacrifice énorme qu'ils consentent, 73% de moins que l'an dernier. En 2008, ils avaient donc empoché 90.000 euros. De prime. Comment aurait-on pu leur demander de faire plus ?

Et il y a le monde des "grands dirigeants d'entreprise". Ceux-là appartiennent à un marché. Bien obligé de les payer cher, sinon ils partent pour d'autres contrées, plus rémunératrices. On ne sait pas grand chose sur ce qu'ils gagnent. Entre salaire, part fixe, part variable, bonus, primes spéciales de résultat, épargne salariale, avantages en nature, primes de retraite, quelque chose me dit que chaque fois qu'une affaire éclate, on ne voit qu'une toute petite partie émergée d'un iceberg colossal. Forcément, ils ont Bill Gate en point de mire. C'est le monde de ceux qui, à 2 ou 3, peuvent posséder l'équivalent du PIB des 10 pays les plus pauvres de la planète.

Je me souviens que dernièrement, en signant mon nouveau contrat, j'ai demandé à passer du 8ème au 9ème échelon. Il ne m'est pas venu à l'esprit une seule minute de demander à rétrograder au 7ème échelon. On me l'aurait proposé, je n'aurais pas signé. Pourtant, je gagne mieux que la plupart de mes collègues. Je ne conçois pas qu'un patron renonce de lui même à ses avantages exorbitants. C'est en dehors de sa capacité, il appartient à un monde qui ignore le nôtre, où le nôtre n'a pas sa place, sauf dans des plans de communication.

Et tous les petits roquets de la haute administration française, qui bavent devant ces rémunérations parce qu'eux-mêmes se sont hissés au rang d'une caste à très hauts revenus, parce que les miettes de ces fortunes font déjà leurs gargantuesques festins, tout "serviteurs de l'Etat" qu'ils sont, ils n'ont plus ni le pouvoir ni le courage de leur casser les reins. Ils n'y ont pas intérêt non plus sans doute, leur ombre est précieuse à cette nouvelle Momenklatura.

Le G-20 doit proposer aujourd'hui une sortie de crise. Il le doit, nous dit Prince Nicolescu. S'il le faut, preuve de sa détermination, il claquera la porte. L'économie doit repartir. Et le management doit être moralisé.

Sauf qu'il ne le peut pas. On ne moralise pas un chien enragé. On le pique. Je me souviens, il y a trente ans, Georges Marchais disait dans une campagne électorale : "au dessus de 40.000 (francs), on prend tout !" Un revenu maximum, indépassable, tout le surplus revenant à l'Etat. Ça faisait déjà près de 20 fois le SMIC, à l'époque. Au moins y avait-il de la morale dans cette proposition.

En attendant, les patrons, les uns après les autres, sont regardés par leurs salariés humiliés, trompés ou sacrifiés comme les Louis et les Marie-Antoinette d'aujourd'hui, ils sont pris à partie, pris en otage, retenus pour négocier, traîtés de voyous, de ripoux... Et bientôt, très bientôt, il leur sera coupé la tête. Aucun code d'éthique n'y aura rien pu.