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01 décembre 2010

ma fuite

 

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C'est un peu ma dernière retraite.

Mon Igor parti loin tenter une chance illusoire, j'ai navigué deux mois durant en mer calme. Je m'y suis laissé porter, donnant plus que jamais de l'amour à la façon d'une mère, sans bien chercher à savoir ce que je recevais en échange, puisque je recevais. Accomplissant en revue d'effectif l'examen des chemins parcourus pour réduire en poussière les stigmates du chagrin.

A l'échéance et comme un fait-exprès, j'ai accompagné l'objet aimé vers son port d'embarcation, récupéré mon compagnon turbulent à son retour, puis suis parti aussitôt, en ascète, éviter de me confronter à la réalité d'une vie trop mal calée. Trois jours, trois aéroports, et une fuite.

Me voici donc à Budapest comme dans le giron maternel. A l'écart du monde plus que dans l'enchantement du voyage. Comme dans un sas désuet, perméable à l'angoisse, au lendemain, aux sueurs infidèles et à mes doutes abyssaux. En pèlerin, j'y retrouverai des lieux qui exhalent encore des odeurs de promesses, même si souvent y a germé aussi le lierre rampant de la trahison. Des volutes déraisonnables de mélancolie, mais où mille silhouettes rencontrées ont fini par s'incarner en une. Des sons et des notes qui font désormais partie du répertoire de ma vie même quand l'accord y sonne faux.

Je suis parti pour moi. Pour moi seul, comme jamais il ne m'étais arrivé de le faire. Parti juste pour ne pas me croire abandonné, vérifier peut-être si le plaisir existe quand on ne le partage pas, parce que la réponse à cette seule question peut déjà constituer une clé.

J'y suis entre mes eaux : vue imprenable sur la piscine de mes premiers crawl, et à une encablure de la plupart des bains thermaux de mes premières mâles caresses. J'irai au concert et à l'opéra, autant qu'il est possible en une semaine. J'irai aussi retrouver des saveurs qui me sont chères, embrasser dans le vent glacial mes panoramas rassurants, dix ans après revoir un ancien collègue irakien, qui m'a retrouvé par la magie d'un réseau social dont on m'avait pourtant juré que celui-là, il ne pouvait pas déborder de la sphère professionnelle ! Mais après tout, parti sans but, j'accepte toutes les augures.

J'ai déjà ma chambre, juste à côté de celle que nous avions réservée, il y a deux ans, pour fêter ici le nouvel an avec Fiso et Yo. Une connexion Wifi qui fonctionne. TV5 Monde et le journal de Pujadas. Un abonnement de transport pour une semaine.

J'ai trouvé le même temps qu'à Paris, le même flirt avec le gel, les mêmes enluminures de Noël, les mêmes bavardages publicitaires sur les mûrs, les mêmes travaux de voirie un peu partout. La nuit est juste plus précoce et la pénombre plus romantique.

La valise à peine déposée, j'ai couru prendre mon premier bain au Rudas. A mon entrée, avant même Rudas HD.jpgque je me laisse emplir de l'atmosphère voluptueuse des voûtes de pierre et de leurs vapeurs parfumées, deux hommes mûrs, peu à mon goût, m'ont regardé et ont joui dans deux douches distinctes en vis-à-vis de la mienne. Cela m'a mis en forme. Deux hommes plus jeunes, que je ne laissais pas indifférent, se sont croisés et se sont neutralisés. Et merde ! J'ai assisté, impassible, à leur jeu du chat et de la souris, à leur impossible décision, jusqu'à ce que l'un d'eux, par dépit, se résolve à tenter de me retrouver. Mais c'était trop tard, je venais de faire mon affaire à distance, avec un homme qui ne me plaisait pas, je voulais rentrer.

Budapest commence par toutes les frustrations de la futilité, cela m'évitera d'inutiles illusions.