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27 avril 2012

et voilà le résultat !

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Dire qu'on aurait pu avoir un second tour où les candidats se seraient sentis obligés de parler salaire, sécurité sociale, retraite, qu'on aurait pu se pencher sur la transition énergétique, entendre des annonces à faire pour renforcer les droits des salariés dans les entreprises. Qui sait si on n'aurait pas flatté le métissage, promis le mariage gay pour avant la fin de l'année et si Hollande n'aurait pas annoncé la convocation d'une Constituante pour préparer la VIè République... Ou promis un référendum avant de ratifier les derniers traités européens.

Ah! s'il s'était agi de caresser les électeurs de Jean-Luc Mélenchon dans le sens du poil...

Tu disais vote utile ? Voilà le résultat : un deuxième tour où l'on ne parle plus que de vote des étrangers, de mosquées et d'islamisme, de présomption de légitime défense, d'assistatanat, où les seconds couteaux de Le Pen pérorent, se proclament centre de gravité... Le vote utile du premier tour devait accessoirement mettre Hollande sur sa rampe de lancement, mais surtout nous libérer de la pression Le Pen. Il a donné la vedette aux fascistes : un effet de trompe l’œil qui régale le gotha médiatique mais nous asphyxie. Une soirée électorale pourrie, lancée à dessein sur les rails d'un score démesuré à 20%, et depuis lundi, les thèmes au cœur des tactiques et des commentaires sont toutes à gerber. Les yeux sont rivés sur un FN qui exulte, tandis que les candidats en applaudissent les thèses ou en convoitent subtilement les voix.

On a mangé notre pain blanc !

Bien sûr, 6 millions de voix et des brouettes, ça fait peur. Mais quelle manipulation ! Ramené à 2002, la blondasse réalise avec 17,9% un score en dessous de celui de son père et de Bruno Mégret rassemblés (19%). Dans la plupart des grandes villes et près des grands bassins d'emploi, sa progression ne doit qu'au retour des voix siphonnées par Nicolas Sarkozy en 2007. Du donnant-donnant, rien de plus. Un simple aller-retour. C'est dans les campagnes, dans des zones rurales pas vraiment concernées par la violence, ni par l’immigration, qu'une progression est enregistrée, mais seulement là... C'est à dire là où Chasse-pêche-nature et tradition faisait ses gros scores en 2002 (tiens, pourquoi personne ne parle de ces 4,5 % d'alors ?). Et accessoirement là où le Front de gauche ne dispose d'aucun relais d'opinion pour allumer des contre-feux...

Mais ça semble arranger tout le monde de dissimuler que le seul véritable événement de cette élection, c'est que Mélenchon est celui qui apporte à la gauche sa dynamique positive, bien plus que Hollande qui ne progresse pratiquement pas sur Ségolène, ou d'à peine un point en cinq ans. Que la percée du Front de Gauche ressemble à quelque chose comme l'émergence d'une vraie seconde force à gauche.

Silence radio. Voix déjà acquises, inutile d'en parler ! La loyauté se paie cher... Dire qu'il aurait peut-être suffi d'un 13 ou d'un 14 % pour que l'on troque un événement pour un autre. Mais 11,11% c'est terne, donc c'est mort. Médiatiquement, s'entend.

Je préfère retenir qu'il s'en est fallu de peu qu'on en sorte autrement, de cette tranche dense de la vie politique. Et je n'ai aucun regret de l'enthousiasme que j'y ai mis. Je crois qu'il en restera quelque chose.

Philippe Torreton, de son côté, a mis le feu à mon blog, avec sa lettre à Jean Ferrat. Depuis deux jours que je l'ai publiée, mon blog bat tous ses records de connexion. Si cela ne suffit pas à dire qu'il y a de l'espoir !... Alors le 6 mai, on vote Hollande, mais vraiment pour se débarrasser de l'autre enculé, hein !. Et puis on passe à autre chose.

21 avril 2012

aide-mémoire d'avant dimanche

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Et moi, j'ai le droit de continuer à mener campagne pour Mélenchon ? Je ne sais pas bien, mais après-tout, je vois plein de trucs sortir encore sur le net, et puis il faut bien s'occuper d'ici dimanche, et en plus...

Tiens, cet ultime argument, paru sur Agora Vox sous le titre Les cinq raison d'un vote indiepensable. Au vrai, un pense-bête qui s'en tient à l'essentiel :

  1. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est d'abord rappeler une évidence honteusement occultée par les deux candidats favoris des sondages et leurs médias : l'urgence pour les générations futures n'est pas de rembourser une dette financière due aux plus riches, mais bien de rembourser la dette écologique. Organiser la transition énergétique et écologique de notre économie à travers la planification écologique et la règle verte, voilà le coeur du programme du Front de Gauche.
     
  2. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est dire non à l'affaiblissement de notre démocratie. La dérive oligarchique est en effet rendue évidente par les diktats de la troïka (FMI, BCE, Commission européenne non élue) en Europe, les ultimatums à répétition des marchés et agences de notation, et par le mépris avec lequel notre vote au referendum de 2005 a été traité. En faisant élire par le peuple une assemblée constituante composée de citoyens non éligibles par la suite, qui seront chargés de rédiger une nouvelle Constitution plus démocratique pour la France, nous pourrons commencer à reprendre le pouvoir dont nous nous sommes laissés peu à peu dessaisir.
     
  3. Voter pour le programme du Front de Gauche, c'est se battre pour résorber la crise sociale qui fracture notre pays. En redonnant du pouvoir d'achat aux travailleurs sous-payés par le biais d'une augmentation de 20% du SMIC, d'un encadrement des loyers, d'une limitation des marges des intermédiaires et grandes surfaces, et de l'instauration de tarifs progressifs pour l'eau et l'énergie, c'est l'économie tout ensemble qui se retrouvera relancée par la consommation.
     
  4. Voter pour Jean-Luc Mélenchon, c'est l'aider à réussir son pari de passer devant le Front National de la famille Le Pen, et éloigner ainsi le danger que constituerait une droite tentée de se recomposer autour d'un Front National alors en position de force.
     
  5. Enfin, Hollande a au minimum 12 points d'avance sur le troisième dans tous les sondages. Cette différence est largement supérieure à leur marge d'incertitude et donc c'est maintenant une certitude : François Hollande sera au second tour. Un plébiscite en sa faveur serait équivalent à lui faire un chèque en blanc, lui dont les tendances néolibérales sont connues. Assurer un gros score au Front de Gauche lui rappellera que la gauche est forte et sera fortement mobilisée au cas où il serait tenté par une dérive néolibérale du type de celles initiées par ses camarades Papandréou, Schroeder, Blair ou Zapatero.

16 avril 2012

quand les lignes bougent

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Le Monde publie ce jour une enquête où il apparaît qu'un électeur sur deux a changé d'intention de vote depuis six mois.

Longuement commentée dans les colonnes du journal, Pascal Perrineau souligne en particulier à son propos :

"(...) N'oublions pas Mélenchon. C'est lui qui déplace le plus les lignes, qui crée une vraie dynamique, régulière, qui le fait passer de la marginalité à la position d'outsider. En outre, c'est lui qui, par sa progression, enclenche une dynamique de l'ensemble de la gauche ; avant qu'il ne fasse irruption sur la scène, il n'y a pas de dynamique de la gauche.

Ce qui m'a étonné, c'est sa capacité, dans le temps court d'une campagne, à réactiver des mémoires politiques enfouies, des cultures qu'on croyait lyophilisées. L'historien Marc Lazar le disait : le Parti communiste est mort, mais la culture communiste est toujours là, diffuse, chez bon nombre d'électeurs de gauche, de l'extrême gauche jusqu'au Parti socialiste.

Pour la première fois depuis longtemps, un homme est capable d'incarner cette culture que l'historien François Furet aurait qualifiée de révolutionnaire. Il l'a fait en trois temps : d'abord en solidifiant autour de lui l'électorat communiste, ensuite en mettant à genoux ce qu'avaient construit Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, enfin en s'attaquant au môle socialiste, avec un succès non négligeable. Il y a là quelque chose de très intéressant, qui ressort très bien des entretiens qualitatifs : il réveille des énergies et des électeurs dormants ou démobilisés.

C'est certainement favorisé par le grand mouvement des "indignés" réactivé par la crise, qui n'a pas réussi à s'organiser mais qui est présent en France comme ailleurs. C'est très intéressant cette capacité de renouer le temps long d'une mémoire enfouie avec le temps court d'une indignation. Tout cela est présent dans la parole des électeurs qui ont rallié Mélenchon. En particulier d'électeurs socialistes, qui ont toujours eu un complexe vis-à-vis de celui qui est plus à gauche. Ce vieux complexe est en train de réapparaître(...)"

En une semaine, les lignes vont encore bouger, plus vite et plus fort encore. Avec l'envie de réussir à faire passer Marine Le Pen loin derrière Mélenchon. Avec la tranquilité de savoir que la gauche a suffisemment de dynamique pour s'épargner un nouveau 21 avril. Avec la certitude d'enfin compter face à l'agression des marchés financiers. Avec l'utopie joyeuse des espérences qui se lèvent.

21 février 2012

entrée en campagne

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C'était l'âge d'or des blogs. Ils fleurissaient, prospéraient. Ils croyaient faire la pluie et le beau temps. La crainte du sarkozisme avait stimulé les plumes, et l'heure était aux prises de partie. Ils incarnaient la victoire de la communication numérique, la démocratie se vivait en web deux point zéro. Et en temps réel. C'était il y a une éternité. C'était il y a cinq ans.

J'étais arrivé sur le tard. Sans doute l'avènement de Sarkozy m'avait-il plongé dans un profond ennui, comme m'y avait préparé une campagne absurde, elle-même dépourvue d'espoir, marquée par le sourire en papier glacé de Ségolène et l'éparpillement si décevant d'une expression plus authentique de la gauche.

Perdant mes petits matins endimanchés dans de futiles séances de surf sur le net, à la recherche de sexe plus que d'idées, de sensations crues, j'étais par hasard tombé sur le blog de ce jeune de cité, limite racaille, jeune père de famille, vivant sa bissexualité virtuelle avec la même intensité fantasmée présidentielle2012,jean-luc mélenchon,front de gaucheque sur un ring de boxe. Il mêlait dans ses textes, avec ses mots de banlieue à l'orthographe écorchée, essemessée, l'amour des siens, une quête affranchie de tabous, un rapport singulier à son corps, très analytique bien que dépourvu de références, et un positionnement éclairé sur la société stigmatisante à laquelle le tandem Sarkozy-Hortefeux donnait son assise.

Tombé en addiction avec son blog dès mai 2007, je me shootais à d'insatiables interactions, pleines de politique, d'introspection, de fantasmes aussi, et je m'aventurais dans une relecture de ma propre histoire.

Si j'étais passé à côté de la campagne, l'avenir obscurci qui s'installait en torpeur du quotidien frémissait malgré tout grâce à ces nouvelles fenêtres. La sienne en particulier. Je me liais à certains de ses personnages et de ses commentateurs, tous encore très présents dans mon imaginaire, même si j'ai perdu l'énergie d'entretenir ce lien avec la ferveur qu'appelaient à leur début ces nouvelles amitiés.
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Mon blog est apparu comme une étape de ce cheminement. J'avais raté la veillée d'arme. Il me restait la gestion convalescente de la défaite. M'engager n'avait rien d'héroïque car la blogosphère était une foule qui exultait, se donnait des rendez-vous flatteurs, se jaugeait, se classait, reproduisait les hiérarchies traditionnelles, se linkait et se relinkait. On y perdait le sens d'une certaine réalité, mais qu'importait puisque nous nous en recréions une autre, à nous, et que notre société secrète savait aller à la rencontre des autres. Facebook était alors une rigolade pour happy few de salon, les ados en ignoraient encore les vertus, et tweeter sommeillait dans son placenta.

J'ai souvent dans ce blog livré mes états d'âme. Tu n'ignores rien de mes errances, toi qui passes ou es passé. Rien de mes désillusions. Si j'y fais de la politique, c'est par révolte car j'ai perdu mon âme partisane. La politique m'a autant déçu par ses fan-clubs que par les glissements irrésistibles de ses institutions publiques dans la médiocrité libérale. Mais les rafles d'enfants à la sortie des écoles, la réforme des retraites, Fukushima et les hypocrites plans de sauvetage de la zone euro sont passés par là. Alors je n'ai pas renoncé à m'engager.

Il s'est déjà passé quelque chose avec la primaire socialiste, qui a su réveiller mon envie de m'en mêler, vite retombée par le choix de François Hollande. J'ai pensé un temps qu'avec Europe-écologie, j'avais l'opportunité de faire un saut plus net vers l'urgence écologique, de donner un coup de pied au cul de tous les détenteurs du productivisme, dans leurs versions libérale ou ouvriériste. Mais refaire un 2 ou 3%, cela en vaut il vraiment la peine ? Puis j'ai été gagné par la peur d'un retour du fascisme, saisi par l'efficacité du discours haineux entretenu à coup de voile islamique, d'identité nationale et de viande halal dans le contexte de la crise.

Et maintenant, une chose est en train de se dérouler. Le Non de gauche au traité constitutionnel de 2005, les forces éparpillées et lassées de 2007, semblent en train de retrouver le chemin de leur rassemblement. Qui aurait pu penser qu'avec sa gouaille marchaisienne, Jean-Luc Mélenchon réussirait, deux mois avant le scrutin, à capitaliser près de 10% des intentions de vote, à remplir autant les salles lors de ses meetings, et à tenir, en fin de compte, des raisonnements aussi censés ?

J'ai bien cru qu'avec ses coups de colère calculés et son ton austère, il serait dans la posture plus que dans la conviction ou dans les idées. Son talent d'orateur ne me paraissait pas suffire pour incarner le 00.jpgpossible révolté que j'appelais de mes vœux. Mais force est de constater que derrière les effets de manche ou les formules à buzz,  il mène un combat d'idées non complaisant. J'ai été séduit par sa virulence de fond face à Marine Le Pen. Et puis, lorsqu'il se laisse aller à évoquer des sujets plus sensibles et la perception qu'il en a, ou le cheminement qui a été le sien sur des questions de sociétés, il ne manque pas de chaleur, comme en témoignent les dernières minutes de l'entretien ci-dessous.

J'ai donc fait mon choix. Un choix qui me rassure car il me ramène dans un giron familier. Mais un choix inédit où le rassemblement a primé sur les logiques d'appareil.

Et qu'on se le dise : si j'ai raté 2007, le blog ne ratera pas 2012. A deux mois du scrutin, il entre en campagne !