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19 octobre 2009

rebond sur une pudibonderie

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Tu connais Gee Mee. C'est lui qui fut à l'origine de la mise en forme des chroniques du Cobaye, cette réflexion introspective que je fus invité à accomplir dans le cadre d'une étude sur les blogs et les blogueurs, en début d'année. Blogueur atypique, calé sur un registre technique, il n'en est pas moins un lecteur attentif, sensible et, ce qui ne gâte rien, qui a des choses à dire. Mais une certaine réserve le conduit parfois à faire ses commentaires dans la confidentialité des messageries. C'est arrivé encore ces jours-ci, avec un point de vue qu'il a voulu m'adresser par mail concernant l'affaire Polanski, et le billet que j'en fis .

Avec son accord, bien évidemment, j'ai décidé de publier son analyse parce qu'elle complète intelligemment le regard que l'on peut avoir sur cette affaire, au delà de la seule question des mœurs.

"Bonjour Oh!91,

Je fais de tes notes une lecture maintenant régulière, pour ainsi dire instantanée. Je ne réagis qu'avec parcimonie, parce que la plupart du temps, je trouve mes idées dans les commentaires des autres. Quand je ne les trouve pas directement dans tes notes. J'évite donc d'abord la redondance, qui me semble être une forme de mépris. Je ne veux pas être de ces "m'as-tu vu quand je blogue", pour paraphraser Georges.

Ta note à propos de l'armée pudibonde, comme celle à propos de du PFG montre la profondeur de tes analyses, et de certains de tes parti-pris, que je partage.

Cela étant, j'ai quelques points de désaccord, de nuance tout du moins.

Je n'accorde pas plus quitus à la justice américaine que toi. Son fonctionnement n'est pas à la hauteur de ses prétentions universalistes, et il y a belle lurette que nous avons constaté que la population des prisons n'était pas révélatrice de la société, sinon de ses profondes inégalités. Dans l'affaire Polanski, on oublie souvent de dire que les juges impliqués sont dans un contexte électoral, et que la relance de cette affaire n'est pas pour rien dans l'évolution à venir de plans de carrière très personnels. Cela étant, seul le temps de prescription légal (là où l'acte a été commis) permet de savoir si l'on peut oublier. D'ailleurs, il s'agit plutôt de savoir à partir de quel moment l'on doit oublier. Si les crimes contre l'humanité ne sont pas prescriptibles, c'est bien parce que tous les autres le sont.

Ce n'est pas à la victime de dire si l'action doit s'éteindre en matière pénale. Car c'est la société qui est atteinte au-delà de la personne. Qu'il y ait plainte ou non, seul un retour sur un témoignage, donné ou obtenu dans des circonstances particulières peut le permettre. Accorder un pardon trop facile, ou un pardon monnayé ne vaut pas plus qu'un acte de vendetta. Le principe est le même, on ne se fait pas justice soi-même.

S'agissant de la délinquance sexuelle, mes limites sont claires. La sexualité est une affaire privée, tant qu'il s'agit d'adultes consentants. La formule, pour être simple, est exigeante. Le consentement doit être libre et éclairé. Cela ne va pas de soi, et mérite que des vérifications régulières soient effectuées. Personne n'a à dire quoique ce soit à propos des histoires de fesse des autres, à moins d'y avoir laissé traîner les siennes. Et encore.

Le statut d'adulte s'acquiert légalement, pas partout au même âge, d'accord. Que la majorité légale n'emporte pas maturité, je te l'accorde également. Nous-mêmes, Français, n'étions pas très clairs sur ces principes, puisqu'il était possible de marier une jeune fille de 15 ans jusqu'en 2006. Où était donc la vraie limite ? D'autres pays entretiennent des différences importantes entre majorité et mariage.  Ne raisonnons pas à partir de l'exception, la limite c'est 18.

Avant, des circonstances tenant à la nature du consentement peuvent très exceptionnellement être accordées. C'est difficile à interpréter, et dans le doute, on doit protéger la victime, parfois contre sa volonté.

Un genre de mécanisme similaire existe en droit social où les syndicats peuvent agir, sans ou contre la volonté d'un salarié particulier, pour que le reste de la communauté de travail n'ait pas à faire face à la même situation.

Je ne connais rien à l'affaire Polanski, je m'en tiens là.

Je n'ai pas plus lu Frédéric Mitterrand. Sur le plan pénal, soit on a des éléments et on poursuit, soit il n'y a rien, et on ferme sa gueule en le laissant se dépêtrer avec ses problèmes. Sur le fond, j'avais trouvé le principe du bouquin courageux, et humainement respectable.

Mais c'est la politique qui le rattrape. Que Le Pen ait exhumé ce texte n'a rien d'innocent. Polanski ou pas, cela aurait été fait. Les régionales approchent, il est toujours bon de discréditer les politiques "traditionnels" par rapports aux "intouchables" du FN. Et puis cela a foutu une vrai merde dans la classe politique. Le PS a enfin retrouvé la raison le week-end dernier en arrêtant de taper dessus et en disant que c'est à Notre Petitesse de régler le problème, le cas échéant, laissant cette dernière se débrouiller avec ses contradictions au sein de l'UMP.

Ça ressemble tout de même à un écran de fumée pour ne pas parler des vrais problèmes d'actualité, notamment.

Alors non, il ne faut pas hurler avec les loups, et pour cela ta note était très bien. Sans dec.
"

Gee Mee