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20 novembre 2009

l'asymétrie du regard

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Je suis à un âge où ma myopie, souffrant sans doute d’un peu de solitude, a fait appel à la presbytie pour lui tenir compagnie. La salope ! Sa nouvelle copine s’était d’abord faite discrète, je la croisais de temps en temps, entre deux portes du quotidien. Puis elle s’est mise à s’inviter au salon, à la cuisine aussi, à l’heure de lire les conseils de cuisson sur des emballages. C'était alors juste drôle.

Comme je l’ai expliqué l’autre jour à mon ophtalmo, elle vient désormais m’accompagner jusque dans mon bureau, notamment lorsque j’ai des choses à écrire à la main. J’ai constaté qu’elle agissait sur mon instinct, qu’elle m’obligeait par exemple à me redresser sur le dossier de ma chaise, comme si je me prenais pour un manche à balais.

Etant utilisateur de verres de contact, mon ophtalmo m’a proposé la solution suivante : plutôt que me corriger la vue de loin pour les deux yeux, et porter des lunettes pour la vue de près (à quoi bon des lentilles si je dois utiliser des lunettes !), essayons donc de corriger mon œil directeur pour la vue de loin, et l’autre pour la vue de près. Cela se fait, paraît-il. J’ai accepté et me voilà donc en phase d’essai.

Mon œil gauche distingue avec clarté et détail tous les objets de l’horizon, et le droit supporte désormais que j’y approche à vingt centimètres les clauses les plus secrètes des contrats d’assurance…

J’ai donc perdu la symétrie du regard.

Je ne peux pas encore te dire si je finirai par m’y habituer ou non. Le premier jour, j’avais le doigt continuellement fourré dans mon œil droit, cherchant à réajuster la lentille pour tenter d’y voir net. Je me suis déjà débarrassé de ce réflexe, mais il n’empêche. Avant, j’avais l’impression de mal voir dans certaines circonstances, d’être handicapé pour certaines choses. Désormais, j’ai l’impression d’être tout le temps dans la gène.

Le pire, c’est avec l’ordinateur sur les genoux. Juste là, à une quarantaine de centimètres du regard. Trop loin pour ma myopie, trop près pour sa copine. Elles se chamaillent, elles se crèpent le chignon, elles se refilent le bébé… et en attendant qu’elles décident quel œil fera le messager, l’information me glisse entre les doigts. C’est commode !

photo_1258645940913-3-0.jpgC’est comme pour la main de Thierry Henry. C’est vrai, quoi. Mon œil gauche l’a absolument vue, la tricherie est incontestable, et ils ne l’emporteront pas au paradis. Mais mon œil droit n’y a vu que du feu : une bousculade, un geste réflexe, et au bout un petit but qui ne fait parler que parce que c’est le dernier but de la dernière action du dernier quart d’heure du dernier match de la qualification. La même chose en d’autres circonstances, même mon œil gauche ne l’aurait pas remarquée.

Par contre, net ou flou, on ne pouvait pas rater le forêt de drapeaux bleu-blanc-rouge, dans le stade de stade-de-france-12-juillet-2008-france-98-drapeau-bleu-blanc-rouge-france.jpgFrance, mercredi. Un changement radical, par rapport à la couleur bleue traditionnelle de nos sélections nationales et de leurs supporters. Une image savamment orchestrée, en plein débat sur l’identité nationale. Nicolas Sarkozy en avait même déjà le poster en arrière fond de sa petite interview d’après match !

Myopie ou presbytie, j’y ai vu une façon singulière de la porter, la France, comme repliée sur ses couleurs, comme exclusive de la diversité. Curieusement, le drapeau algérien porté par ces jeunes Français d’origine algérienne, en liesse après la qualification - incontestable, elle - de l’équipe d’Algérie, avait au contraire un vrai goût de diversité culturelle. Il était non seulement plus rayonnant, mais il était plus riche, porté par ces épaules-là, que notre bien triste drapeau tricolore. Il faut croire que de l’eau bien sale a coulé sous les ponts, depuis juillet 98…

Ah! j'oubliais de te dire, je me traîne aussi un léger astigmatisme à l’œil droit.

17 octobre 2009

rebond foot : vers un épilogue coloré

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L'Islam n'est donc pas une homophobie, et l'homosexualité pas une islamophobie. L'affaire que j'évoquais là, et qui fit le buzz toute la semaine passée, va donc connaître un bel épilogue.

Certains s'étaient délectés, derrière de fausses outrances, de la guéguerre entre un club de foot "musulman" de Créteil et le Paris foot gay, le premier ayant refusé de jouer un match contre le second en raison d'incompatibilités fondées sur de prétendues convictions religieuses.

La rencontre devait se dérouler dans le cadre de la coupe organisée par la commission foot-loisir de la fédération française de football. Mais tandis que les médias s'emparaient de l'affaire, stigmatisant à juste titre l'homophobie latente qu'elle révélait, et alors que la fédération décidait logiquement d'exclure de Créteil Bébel de la compétition "pour refus de jeu fondé sur un motif discriminatoire", un dialogue inattendu se nouait en coulisse.

Les membres du Créteil Bébel, "juste une bande de potes qui ont décidé, pour leur loisir après le boulot, de jouer au foot", selon leur avocate, dépassés par le vent médiatique, ont expliqué qu'en fait ce n'est pas jouer contre des homos qui les avait embarrassés, mais qu'ils n'avaient pas compris comment une équipe de foot pouvait "être un étendard pour une orientation sexuelle". Le Paris Foot Gay expliquait de son côté qu'il se trouvait gêné - parce que son combat vise toutes les discriminations - que cette affaire vienne stigmatiser des jeunes de banlieue qui n'en ont vraiment pas besoin.

Bref, ils se sont parlé, et ont décidé de dépasser ce qui relevait de l'ignorance et de la maladresse - comme hélas souvent - plus que de l'homophobie, et ils vont même jouer.

dhorasso_pfg.jpgLes deux clubs vont donc se retrouver dans un match de football. Mieux, ils ne vont pas jouer l'un contre l'autre, mais ils vont jouer ensemble, au stade Charletty, contre une équipe de gala constitutée entre autres, excusez du peu, de Dhorasso et Thuram. Ce sera le 14 novembre prochain.

Face aux dérives communautaires, on peut toujours attiser la haine, stigmatiser, figer les positions, envenimer les choses, et se complaire dans une position qu'on croit supérieure pour installer le communautarisme. Ou bien on peut être pédagogique, travailler au dialogue, et aider à dépasser les incompréhensions. Faire reculer l'ignorance. Je suis plutôt heureux de cette issue-là.

07 octobre 2009

ne confondons pas islam et homophobie

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Une bien triste histoire d'homophobie dans le foot est en train d'alimenter une bien triste campagne d'islamophobie. Suivez mon regard...

A l'origine, la pitoyable décision d'un club de foot de Créteil, inscrit à la coupe de France du foot-loisir de refuser de disputer un match contre le Paris Foot Gay, prétextant des "convictions" de "musulmans pratiquants". Et hop ! Voilà qu'on nous refait le coup de la burqa...

L'homophobie dans le sport, dans le football en particulier, n'est hélas pas l'apanage du Créteil Bébel. Le Paris Foot Gay lui même anime et soutient, par son objet même, la lutte contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle dans les milieux du football. Et il y a du travail.

Il a noté, par exemple, que la Fédération française de foot n'a toujours pas inscrit l'homophobie dans la liste des discriminations à proscrire dans les stades, qu'un seul acte homophobe, à ce jour, a été condamné dans un stade. Il révèle que pour un joueur, vivre librement son homosexualité sans avoir besoin de se cacher est une gageure, au point que jusqu’à présent, personne ne s’y est aventuré... et pire, que certains équipementiers demanderaient aux professionnels concernés de ne surtout pas dévoiler leur « secret ». Il rappelle en outre que chez les 15/25 ans pourtant, la découverte de leur homosexualité et la crainte de l’homophobie constituent un des principaux facteurs de risque de suicide.

Ce combat est donc légitime, vital, et mérite d'être soutenu sans réserve pour continuer à faire évoluer les mentalités et abattre les archaïsmes : rien n'est jamais acquis, dans ce domaine comme dans les autres.

h-20-1715993-1254139272.jpgMais la tournure qu'a prise cette affaire, et le buzz médiatique qui l'entoure, a quelque chose de dérangeant parce que, de rebonds en ricochets, de blogs en articles de presse, c'est encore une fois le procès de l'islam, et donc des musulmans, dans un joyeux amalgame à faire bander les conservateurs catholiques et autres racistes de tout poil, qui s'est peu à peu substitué au débat sur l'homophobie dans le sport.

En ce qui me concerne, je me souviens que c'est à Alep, en Syrie, dans mes tendres années, que j'ai pour la première fois ressenti le regard d'un homme sur moi, que c'est sur des chansons d'Oum Kalthoum qu'il m'arrive de baiser, sans retenue, dans le sauna gay du Ryad. Et je voudrais bien que celui qui, dans le hammam de la grande Mosquée de Paris, ne s'est jamais livré à de discrets attouchements me jette la première pierre !

Thomas Pitrel a pondu hier un excellent article sur ce sujet, qui constitue une salutaire mise en garde, et un rappel de ce que les jeunes musulmans ou d'origine musulmane, sont eux-même régulièrement stigmatisés pour ce qu'ils sont et n'ont nul besoin de l'être d'avantage sauf à se voir définitivement enfermés dans l'univers de la cité, où l'homophobie n'est hélas pas le seul travers...

J'ai hâte, d'ailleurs, de lire ce livre de Brahim Naït-Balk, paru cette semaine, Être homo dans la cité, où il témoigne de comment, musulman, il a enduré un double martyre parce qu'il n'était pas, dans sa banlieue, la figure type du mâle fouteux...

Autrement, puisque l'on parle foot et parce qu'il est urgent qu'on inverse les regards, je te propose de revoir ce petit bijou :