Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03 novembre 2010

Saartjie Baartman

saartjie%20baartman.jpg

Une plongée, donc, au cœur du voyeurisme. J'avais tort en effet d'escompter de l'indulgence. Avec Vénus noire, Kechiche t'interdit de te complaire dans le rejet amusé de l'ignorant voyeurisme d'hier, il pousse l'obscénité de son propos, dans ses détails les plus crus, jusqu'à faire de toi malgré toi un voyeur. Il attise ta curiosité pour ce fameux "tablier hottentote", que tu te surprends à convoiter, au même titre que les naturalistes de l'académie royale de mèdecine. Il éveille ton dégoût, confronte ton indignation à l'indignation bien-pensante de l'époque. Tout le monde en prend pour son grade : conservateurs, doctes scientifiques ou bas-peuple, mais aussi gens éclairés, libertins d'avant l'heure, artistes. Il y a dans ce film forcément une figure où tu te reconnais, dans laquelle s'ancre et se reflète ton malaise.

Déroutés, des spectateurs quittent la salle avant la fin des deux heures quarante quatre que dure le film. Pourtant voyeur pour t'empêcher d'échapper à la scène par la distance de 150 ans d'histoire.

La scène, justement, la vulgaire monstration se répète à l'infini : trois fois, dix fois, jusqu'à la nausée.360728262_small.jpg Je ne sais pas si toutes étaient nécessaires, celle en particulier qui se déroule en milieu échangiste autour d'un vertigineux godemiché, pour révéler le statut de femme violée, soumise et prostituée qui fut, derrière un grossier jeu de dupes, celui de Saartjie Baartman. Tout y est, jusqu'à l'ambivalence touchante et troublante de ses maîtres. Ce qui est sûr, c'est qu'au fil de cette répétition, dépourvue de détour, sans raccourci ni accélération, t'imposant sans fin son indécente vulgate, la femme objet devient imperceptiblement femme sujet. La scène est la même, les spectateurs lubriques sont les mêmes, leurs réactions sont les mêmes, mais c'est le visage de Saartjie qu'accroche la caméra de Kéchiche, sur lequel elle s'attarde, pour lequel elle revient, subreptice ou pénétrante, et alors palpitent ses yeux et le grain de sa peau. T'obsèdent. Et s'oublie la destinée misérable, car d'un "non", d'un témoignage assumé à la barre d'un tribunal, ou dans l'harmonie d'un air de musique, se lit la foi résistante d'une femme libre.

C'est peut-être quand la soumission devient la plus flagrante, à l'heure de la prostitution ordinaire, que Saartjié semble d'ailleurs la plus libérée, parce qu'au milieu de ses chaînes s'expriment aussi les vertus solidaires que les femmes tissent entre elles au sein d'une maison close.

Venus-Noire-Abdellatif-Kechiche-01-580x390.jpgOn se rend compte alors que le sujet du film n'est pas forcément le racisme bête nourri de l'ignorance, celui d'hier ou celui d'aujourd'hui, ni le racisme idéologisé qui a ouvert hier la porte aux colonialismes et qui aujourd'hui, plus sournois, s'évertue à dynamiter l'éclosion d'un vivre ensemble multiculturel. C'est plutôt de la domination qu'il est question, des pulsions possessives de l'homme, de son besoin d'avoir, sa femme ou son nègre, d'y éprouver son pouvoir. Le machisme et le racisme y ont les mêmes ressorts.

Il te faut attendre la toute fin du film, les quelques images d'archives insérées dans le générique de fin, pour réussir à relâcher ta tension et laisser une larme couler le long de ta joue. Roger-Gérard Schwarzenberg y lit du haut du perchoir le texte d'une loi qui, en 1994, rendait les effets et la dépouille de Saartjié Baartman - qui restèrent exposés au Musée de l'Homme, au Palais de Chaillot, jusqu'à la mort de Pompidou, en 1974 - à l'Etat Sud-Africain. Thabo M'beki y prononce un éloge funèbre et une Afrique-du-Sud populaire danse autour de cette petite parcelle de dignité restituée.

Le hasard des invitations m'a conduit, aussitôt après avoir vu ce film lundi, en nocturne, au 6ème Set-rasoir-blaireau-homme-rasage-produits-beaute-403-2.jpgniveau du Centre Georges Pompidou. Dans la rétrospective des oeuvres d'Arman, parmi ses compositions faites d'immondices, ou d'accumulations d'objets du quotidien, au milieu de violons éclatés ou de violoncelles découpés, trône un buste féminin en résine, rempli de blaireaux de rasage. L'oeuvre lest intitulée La Vénus aux Blaireaux.

19 août 2008

la moitié du ciel

 

saut à la perche femmes.jpg

A ce jour, et probablement jusqu'à la fin des Jeux, la Chine est le pays qui conquiert le plus grand nombre de titres olympiques. Et 60 % des médailles qu'elle a acquises jusque-là l'ont été par des femmes. Quel beau symbole dans le pays de l'enfant unique, où les familles redoutent la naissance d'une fille, mais où Mao disait des femmes qu'elles pouvaient soutenir la moitié du ciel.

chword.jpg

(et là, c'est pas du japonais, c'est du chinois. Enfin, c'est ce qu'on m'a dit...)

La France est à l'inverse : sur 29 médailles obtenues ce jour, 32 si l'on tient compte des trois dores et déjà acquises par nos boxeurs, seules trois se vivent au féminin. Et les 4 médailles d'or sont toutes masculines. Sur la piste d'athlétisme, les Aron, Pérec, Barber ont laissé place aux Doucouré, Baala, Mekhissi. Dans le grand bassin, Manaudou et Métella ont laissé la leur à Bernard, Leveaux et Duboscq. Sur le tapis de gymnastique, le sourire d'Emilie le Pennec s'est éclipsé derrière celui, non moins radieux, de Thomas Bouhail ou de Benoît Caranobe. A Sydney surtout, puis encore à Athènes, l'olympisme français se conjugait au féminin. Il se compresse désormais au masculin.

Il n'y a pas de secret, pour promouvoir le sport féminin, il faut une politique. Il y faut de la volonté. Les médias et l'argent, pour ne pas dire la nature humaine, privilégient en toute circonstance le sport au masculin parce qu'il est symbole de force et de performances. La discrimination est partout : l'exposition médiatique, le montant des primes et des salaires, la part de gloire... C'est comme pour la parité en politique, ça ne se contrebalance pas de soi même. Il y faut une politique. Avec Jean-François Lamour, et maintenant avec Bernard Laporte, ce dossier est à l'abandon, et on en récolte les résultats ravageurs.

Je suis à peu près sûr que les filles n'ont pas encore dit leur dernier mot. Mais en attendant, j'ai envie de rendre hommage aux trois Françaises du tir à l'arc, qui ont ouvert le compteur à médailles au deuxième jour des Jeux (Virginie Arnold, Sophie Dodemont et Bérengère Schuh), et aux deux judokates Lucie Décosse et Stéphanie Possamai, respectivement en argent et en bronze. L'avenir leur appartient.

28 avril 2008

la dixième femme

 

813975603.jpg

Je t'ai parlé, il n'y a pas longtemps, de Dulcie September, représentante de l'ANC à Paris assassinée il y a vingt ans pour son combat anti-apartheid. Et puis je t'ai parlé de huit autres femmes, dont le courage m'inspire.

Céleste consacre ici son billet à une autre encore, admirable, que j'ai eu aussi la chance de rencontrer, qui mène en Inde, auprès des populations exploitées, un combat politique tout autant qu'écologique, qui exprime une vision altermondialiste et réaliste du monde, et qui mérite tout autant le respect : Vandana Shiva.

Elle est l'un des plus beaux témoins des combats d'aujourd'hui, où l'avenir de l'humanité se conjugue au devenir de la planète, et où l'on n'a pas peur de s'attaquer au pouvoir débridé des multinationales.