09 mai 2008
toujours Non à la Directive de la honte

C'est finalement ce mois-ci que le projet de directive sur la rétention et l'expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen. Je t'en avais déjà parlé ici.
Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en matière d'immigration et d'asile s'est traduite par une réduction continue des garanties et des protections fondamentales des personnes. L'Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l'accès à son territoire et expulser les sans-papiers.
Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle régression.
En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes. Des enfants en âge d'être scolarisés pourraient être concernés par ces dispositions dès lors qu'ils ne seraient pas isolés de leurs parents.
En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes les personnes renvoyées, ce projet de directive stigmatise
les sans-papiers et les transforme en délinquants à exclure.
Le projet de directive qui est présenté au Parlement est le premier dans ce domaine qui fasse l'objet d'une procédure de co-décision avec le Conseil des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme à cette politique régressive qui va à l'encontre des valeurs humanistes qui sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.
Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l'Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l'éloignement forcé.
Tu peux appeler les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet, en t'associant à la pétition qui est en ligne là.
J'ajoute un lien vers une belle déclaration de Jeanne Moreau, au nom du collectif des innombrables, qui s'engage à soutenir et à protéger les enfants scolarisés, quitte à transgresser la loi, pour que notre pays n'ait pas que la figure de la haine et de la honte à montrer.
09:40 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : immigration, europe, directive de la honte, hortefeux, sans-papiers, expulsions, union européenne
06 avril 2008
La Marne, pas pour y mourir

J'aurais voulu passer à des choses plus légères. Evoquer mon corête du Japon qui brille de mille soleils dans mon petit jardin chéri. Te parler de mon impatience à passer ma nuit de mardi avec Seiji. Du goût que j'ai aux lèvres de son sexe et de sa peau. Des haïkus écrits avec malice par mon copain Manu où les noisettes ne sont pas forcément celles que l'on croit, de ces photos reçues de monts enneigés et de la promesse de belles vacances au ski l'année prochaine...
Mais ce sont les sans-papier qui se rappellent encore à moi. De la pire des manières, comme en écho à mon dernier billet.
La Marne n'est pas faite pour qu'on y meure, surtout pas à Joinville. La Marne, ce sont les guinguettes, ce sont les clubs de kayak et d'aviron, c'est la vision d'une rivière urbaine encore apte aux loisirs, à la détente et à l'art. Une rivière, bien que tout près de Paris, où de joyeux possibles existent encore : ce sont des escales du festival de l'Oh!, ce sont les impressionnistes... Ce sont de grandes traditions populaires autour de l'eau, des anciennes baignades, et peut-être demain de futures baignades, bref, c'est un fleuve fait pour la fête.
Et pourtant, la Marne est en deuil. Un tout jeune homme de 29 ans, malien et sans papier, pouruivi par la police, s'y est jeté du pont de Joinville pour échapper à un contrôle. Il en est mort. C'était vendredi après-midi. On ne connaît pas encore son identité exacte. Depuis l'été dernier, il est la quatrième personne dont la mort peut directement être imputée à la politique de traque des sans-papier, comme le rappelle cette dépêche de Reuters. Sans parler d'Elisabeth, Béninoise résidant légalement en France, travaillant sous CDI, mais dont le mari français est décédé d'un cancer et qui du coup est l'objet d'une mesure d'expulsion (la pétition reste disponible ici). La politique du chiffre montre toute son absurdité, ses limites et son inhumanité.
La moindre des politesses
J'ai bien souri d'ailleurs en voyant l'insigne choisie par le mouvement sportif français pour signifier en toute discrétion l'attachement des athlètes français aux droits de l'homme lors des jeux olympiques de Pékin. Au dessus du mot France, on pourra y lire :"pour un monde meilleur". Pour qui
se prend-on, honnêtement, à vouloir donner des leçons de "monde meilleur" au reste du monde, tout en traitant les étrangers de cette façon. Pays des droits de l'homme mon oeil ! Quelle mystification ! Cassée pour cassée, arrêtons d'exploiter cette image. Ou alors reconstruisons-là, mais dans les faits, pas dans les coups de marketting !
Hier soir sur France 3, j'entendais Youssou N'Dour rappeler : "il faut que le gouvernement sache que la France a cessé dêtre considérée comme acceuillante, elle n'interresse plus les gens pour chercher des visas. Elle a été supplantée depuis longtemps par la Chine, ou par l'Amérique. L'immigration, c'est un problème qui n'existe pas. Arrêtez d'utiliser l'immigration comme un thème pour vous faire élire."
Un peu plus tard, sur une autre chaîne du service public, Zazie avait cette élégante réponse à une question sur son engagement au profit de l'association sol en si :
"- Driez vous que vous êtes une artiste engagée ?" lui était-il demandé.
"- Non, répondit elle, c'est la moindre des politesses quant on a une voix qui porte".
J'aimerais que tous les artistes, tous les sportifs, toutes les personalités qui ont de la voix ou de l'audience aient cette politesse de s'associer à l'appel lancé hier par les associations et les collectifs de sans papier et demandent un moratoire sur toutes les expulsions de sans papier !
00:36 Publié dans eaux troubles | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : immigration, sans papier, sans droit, expulsions, hortefeux
04 avril 2008
il ne restait personne

Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit, je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit, je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour protester...
Dachau 1942
Pasteur Martin Niemoller (1892-1984)
Sinon, dites autrement, ces petites choses que l'on nous fait accepter imperceptiblement...
22:06 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : shoah, immigration, expulsions, rafles
03 avril 2008
Seiji, la saison des Sakura
Au Japon, c'est la saison des Sakura (les cerisiers). et Seiji est devenu un sans papier.
Ordinaire ressortissant étranger quand je t'en ai parlé pour la première fois, Japonais d'origine et de nationalité, il menait une petite vie parisienne paisible, travaillant dans le secteur marchand, en CDI, plus pour justifier d'un emploi et sécuriser son statut de résident que par vocation. Il attendait le moment de rechercher une vraie activité, pleinement connectée à la musique, ou au médical, ses deux vocations et domaines de qualification.
Mais une brusque machine administrative s'est rappelée à lui, lui confisquant en deux mois tout statut : autorisation de travail, carte de séjour, emploi.
Il n'a plus rien.
Dois-je préciser qu'il n'a évidemment commis aucune faute, aucun crime, aucun délit ? Il a juste changé d'emploi, et perdu 50 euros de salaire : aussi incroyable que cela puisse paraître, ça a suffit à un fonctionnaire de la DDTE (Direction départementale du travail et de l'emploi) de Paris pour considérer qu'il avait connu une "modification substantielle de ses conditions d'emploi et de rémunération" justifiant l'annulation de son autorisation de travail. D'où a découlé le non-renouvellement de son titre de séjour et son arrêt d'expulsion.
Où en est-il aujourd'hui ?
Avec son avocate, un recours a été introduit auprès de l'affreux Brice Hortefeux, ministre de l'immigration et de l'identité nationale, contre l'annulation de son autorisation de travail. Puis un autre recours, auprès du tribunal administratif celui-là, contre l'arrêt de la préfecture de Paris qui l'obligeait à quitter le territoire français sous un mois.
Le premier recours n'est pas suspensif, donc il reste sans autorisation de travail jusqu'à l'aboutissement du recours (normalement deux mois
maximum). Le second est suspensif, donc il n'est pas expulsable mais reste sans papier. Enfin, une procédure de licenciement a été engagée, il est donc en période de préavis jusqu'au 11 avril, après quoi il n'aura pas droit aux ASSEDIC car en situation irrégulière.
Un sans papier en situation de non droit. Voilà ce qu'ils en ont fait et où il en est...
Bon, il tient le coup malgré tout. Avec des hauts et des bas. Les hauts, il les tient surtout des soutiens qu'il reçoit. Une sénatrice de Paris est intervenue, deux députés, dont le vice-président du groupe d'amitié France-Japon, un maire adjoint de Paris, des contacts ont été activés auprès des directeurs de cabinet de ministres par le biais d'amis ou d'amis d'amis... la filière entre2eaux lui a valu une petite dizaine de courriers (merci de tout ce que tu as déjà fait - même si apparemment quelques lettres se sont perdues, parce que pour couronner le tout il y a de graves problèmes de distribution de courrier avec La Poste dans son quartier), et les amis de son orchestre sont très mobilisés. Les bas, il se réveille souvent avec quand sa situation lui saute à la figure, ou quand il peine à communiquer avec son avocate.
Jusque là, la compréhension des procédures, la préparation des recours, leur relecture, leur correction, la collecte et l'organisation de ces soutiens l'ont beaucoup occupé et l'ont aidé à tenir bon. Il entre maintenant dans une période difficile, où il doit s'inscrire durablement dans la précarité et l'absence de ressources. Il doit attendre le résultat des démarches. Son avocate l'encourage à rechercher dès à présent un nouvel emploi, mais tu imagines, toi, convaincre un employeur de te faire une promesse d'embauche quand tu es sans papier, sans autorisation de travail, en cours de procédure judiciaire ?...
Mardi soir, je passerai la soirée et la nuit avec lui, ma deuxième nuit. J'ai hâte de ce nouveau moment de tendresse, et il a hâte aussi. Parce qu'entre nous, même si tu me gloses, il y a plus que simplement des "jets d'oreiller."
23:44 Publié dans quand je chavire | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : immigration, sans papier, sans droit, expulsions, hortefeux, japon



