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15 septembre 2010

loving Viviane

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Dans Luxembourgeoise, il y a bourgeoise. Et pour sûr, Viviane, bourgeoise, elle l'est. Elle en est même un prototype. De celles qui ont réussi leur carrière avec brio, via un passage à la Sorbonne une décénie après 68, et un Doctorat en sciences humaines.

L'Europe lui a été un marche-pied utile car Viviane est aussi le prototype du haut fonctionnaire européen. Sociale-chrétienne, d'un centre probablement plus droit que gauche. D'un petit pays par essence sur-représenté, contre-poids conservateur indispensable aux pressions populeuses venues de France, de Grèce, du Portugal ou d'Italie. L'alibi moral, pomponné, qui ne fera jamais le poids face aux eurosceptiques.

J'ai beaucoup travaillé avec Viviane, dans un autre vie. Elle s'occupait alors de culture, mais aussi de jeunesse et de sport. Il y a dix ans tout juste, la France présidait l'Union européenne, elle s'engageait contre le dopage, militait pour défendre les valeurs sociales et éducatives du sport, contestait même l'autorité de ses collègues chargés de la libre concurrence pour protéger le sport de la toute puissance des marchés financiers. Reconnaissons-lui que ce combat n'était pas facile, et que choisir Marie-George Buffet face aux champions des droits télé et tous les patrons européens des clubs de foot était un pari courageux.

Ces deux femmes, d'ailleurs, que j'ai souvent vues ensemble, que j'ai parfois accompagnées dans de grandes réunions ministérielles, si différentes dans le style, dans la trajectoire, dans la tenue vetimentaire, dans la vision du monde, dans le brushing, parvenaient à s'appuyer l'une sur l'autre pour faire quelque chose de cette présidence française. Dans le dos des Monti et des Bolkestein...

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Les gouvernements d'Europe se sont droitisés. L'Europe s'est enfermée dans l'impasse libérale, a ouvert grand les vannes de l'argent. Et il ne reste que quelques repères moraux pour exister face aux faiseurs de crise et de profits.

Reconnaissons que Viviane a conservé un certain mérite dans ce tourbillon. Toujours commissaire européenne, mais désormais en charge de justice et de droits de l'homme, elle a hier élevé la voix contre le gouvernement français. Après le Parlement européen, et à la suite de la révélation de l'existence de la Directive de la honte - qui fait de la France le premier pays européen depuis la seconde guerre mondiale à désigner officiellement dans un document administratif une communauté particulière en raison de son appartenance ethnique -, elle s'est indignée de ce que deux ministres français, reçus par elle pour s'expliquer sur la politique de démantèlement des camps de Roms et de reconduites à la frontière, lui aient, les yeux dans les yeux, affirmé qu'aucune communauté n'était spécifiquement visée par leur politique, alors même qu'ils étaient les auteurs d'une circulaire témoignant du contraire. Elle a parlé de "honte", évoqué de possibles "sanctions judiciaires". L'Europe qui se met en travers des trains de la déportation : et si elle retrouvait de sa légitimité ainsi, dans ce nouveau courage...?!

Jevacuation-d-un-camp-de-roms-a-montreuil.jpg'entends - enfin je lis - qu'à gauche des gens - certains, amis de moi - s'inquièteraient des conséquences électorales de cette situation. Les gens sont racistes et anti-européens, donc si l'Europe condamne le racisme de Nicolas Sarkozy, ça va les encourager à soutenir Sarkozy. Ça ferait prendre le risque à Dominique Strauss Kahn de perdre les élections. CQFD. Le Parlement européen ne ferait ainsi que servir la soupe à l'UMP. Et à présent la belle Viviane. Les mêmes trouvent d'ailleurs que c'en est assez de dénoncer sans cesse la stigmatisation des Roms, ou des autres, parce que le populo, c'est bien connu, au mieux il s'en fout, au pire il est pour.

Et bien je refuse de souscrire à cette vision, et ne me reconnais en rien dans la gauche qui se range à cette attitude. Pour au moins trois raisons que je veux prendre le temps d'expliquer ici.

D'abord parce que si la condition pour faire place à la gauche aux prochaines élections, c'est que cette gauche soit muette, voire complice, sur les atteintes aux droits de l'homme, qu'elle affiche une parfaite blanche attitude, qu'elle ne prenne pas le parti de la diversité multiculturelle de la France, alors l'arrivée de cette gauche-là au pouvoir ne m'intéresse pas. Le pouvoir n'a pas de sens, seulement s'il peut servir à quelque chose de neuf.

Ensuite, je crois que jamais, jamais, les concessions aux idées de la droite, à fortiori à celles d'extrême droite, n'ont favorisé l'élection de la gauche. C'est comme ça. C'est bien connu, c'est inscrit dans les gènes de notre société, dans les tréfonds psychanalytiques de sa population : la droite, c'est la sécurité par la répression, la gauche, c'est l'angélisme et la prévention. Ça tombe bien, on a maintenant la preuve que la vision de droite ne marche pas et n'est qu'un leurre pour esquiver le débat sur les retraites et sa politique économique.

La troisième raison, c'est la suivante. Je ne crois pas qu'une parole "étrangère", "européenne", soit par nature efficace. Je crois même que quand les blancs se mettent à hurler à tue-tête contre l'excision, par exemple, cela complique le travail des femmes africaines qui, sur le terrain, cherchent à faire reculer cette pratique, par la conviction. Cela associe un combat pourtant juste à une pression néocolonisatrice. D'une certaine façon, je pourrais dire la même chose des croisades qui se mènent chez nous aujourd'hui contre le voile intégral.

Mais dans le cas d'espèce, il s'agit d'autre chose : la politique de Sarkozy contre les Roms, ou contre les immigrés en général, touche à une question pour laquelle la France, depuis toujours, se prévaut d'une légitimité particulière dans le regard du monde : celle des droits de l'homme. C'est bien la France, vue par le monde comme la terre des droits de l'homme, qui est aujourd'hui prise la main dans le sac de son usurpation. Sur son propre terrain. Et je crois que cela heurte la conscience humaniste profonde des hommes et des femmes de notre pays, même des électeurs. Et franchement, je préfère flatter cet égo-là porteur de valeurs, même s'il est largement surfait aujourd'hui hélas, que les instincts racisants toujours tapis quelque part et qui n'en ont pas besoin.

Alors oui, Vivane, dénonce la honte ! Ton discours est fondé, étayé, argumenté. Les démocrates en France s'y reconnaissent, t'inquiète. En plus, c'est comme ça que tu es la plus belle, même dans tes tailleurs Chanel.

Quant à l'électoralisme, beurk ! C'est le contraire de la politique, le contraire de la construction d'une vraie alternative, convaincante et mobilisatrice... C'est un raccourci qui ne me plaît pas.

18:37 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : viviane reding, europe, roms

30 juin 2008

l'autre Europe

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Il y a une autre Europe. Rassemblée, comme la première, plus largement encore que la première puisqu'y siègent 47 États membres dont la Russie et la Turquie, mais dépourvue de pouvoirs légaux, donc libre d'exprimer une éthique, des références, et des valeurs. L'institution qui la représente, c'est le Conseil de l'Europe. Il vient mercredi dernier d'adopter des recommandations qui prennent le contre-pied de la Directive sur l'immigration, dite Directive Retour.

Il y a deux choses étonnantes dans cette information.

D'abord, les promoteurs de cette Directive de la honte se prévalaient justement d'avoir intégré les normes recommandées par le Conseil de l'Europe. Ça fait toujours bien de se réclamer du Conseil de l'Europe, ça fait consensuel, c'est dire le poids moral de cette institution... C'était pour eux la meilleure preuve que la Directive respectait pleinement les droits humains. L'alibi tombe à l'eau : les deux recommandations adoptées par le Conseil de l'Europe visent, l'une à "faciliter, autant que faire se peut, la régularisation et le droit au travail des immigrés", l'autre à "reconnaître le droit de vote comme un levier pour l'intégration". Durant les débats, la Directive européenne fut qualifiée par certains parlementaires, y compris par un membre portugais du parti populaire européen, d'"abominable et irresponsable", et "visant à promouvoir l'idée d'une forteresse européenne destinée à nous protéger des crève-la-faim".

La deuxième, c'est que cette information que l'on trouvait dès vendredi dans la presse espagnole, n'était encore dimanche disponible sur le site d'aucun média français...

19 juin 2008

Europe : plus qu'à peaufiner le travail

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Donc résumons nous :

  • La semaine dernière, le 10 juin, l'Europe a adopté la Directive "temps de travail"(accord entre les ministres des affaires sociales des 27 États membres). La durée maximale hebdomadaire de travail, auparavant fixée à 48 heures, pourra atteindre 60 ou 65 heures, au nom de dérogations résultant d'accords directs entre employés et employeurs. Le temps de garde des médecins pourra ne plus être compté comme du temps de travail.
  • Hier, à midi, malgré de très nombreuses mobilisations, le Parlement européen a avalisé la Directive retour. L'amendement de rejet wozniak.jpgprésenté par la gauche unitaire européenne a été écarté. D'autres amendements progressistes qui auraient obligé à aller à une seconde lecture ont aussi été rejetés. Une grande partie du Parti Socialiste Européen n'a même pas appuyé ses propres amendements, ce qui a donné une très large majorité à la droite. Il n'y aura donc pas de seconde lecture. La directive prévoit, entre autres, la possibilité d'incarcérer et d'expulser des mineurs non accompagnés, de déporter les immigrés vers des pays qui ne sont pas leurs pays d'origine et de leur interdire de revenir dans l'Union européenne pour une période pouvant aller jusqu'à cinq ans à compter du jour de leur expulsion. Elle porte à 18 mois la durée possible d'enfermement dans des camps de rétension pour étrangers. Dans la version finale du texte, ont été supprimées diverses garanties et dispositions destinées à permettre aux immigrés d'introduire des recours légaux contre leur expulsion, ce qui pourrait priver les immigrés souhaitant demander l'asile politique d'exercer ce droit essentiel.
  • La semaine dernière, l'Irlande a rejeté cette Europe-là par référendum, mais tous les dirigeants européens s'accordent à dire que ça ne doit pas remettre en cause le processus de ratification du traité de Lisbonne.
  • Et dans 10 jours, Nicolas Sarkozy, principal initiateur de ce "mini-traité", prend la présidence de l'Union européenne pour six mois.

A quoi doit on s'attendre ? La Directive "travailler plus", c'est donc fait, la Directive "gagner moins", ça aussi c'est fait (y'a même pas eu besoin de Directive d'ailleurs, le marché s'en occupe tout seul). La Directive "camps d'enfermement pour les noirs et les arabes, accessoirement pour les asiats", ça aussi c'est fait... Reste la Directive "les vieux au turbin", la Directive "interdiction du droit de grève" (heu ! pardon, on dit "service minimum"), la Directive "zéro centime pour l'audiovisuel public", la Directive "interdiction de référendums sur les institutions européennes"... Finalement, il lui reste un peu de boulot quand même pour nous la peaufiner, notre belle petite Europe qu'on aime.

09 mai 2008

toujours Non à la Directive de la honte

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C'est finalement ce mois-ci que le projet de directive sur la rétention et l'expulsion des personnes étrangères sera soumis au Parlement européen. Je t'en avais déjà parlé ici.

Depuis 1990, la politique européenne conduite par les gouvernements en matière d'immigration et d'asile s'est traduite par une réduction continue des garanties et des protections fondamentales des personnes. L'Europe se transforme en une forteresse cadenassée et met en oeuvre des moyens démesurés pour empêcher l'accès à son territoire et expulser les sans-papiers.

Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle régression.

En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes. Des enfants en âge d'être scolarisés pourraient être concernés par ces dispositions dès lors qu'ils ne seraient pas isolés de leurs parents.

En instaurant une interdiction pour 5 ans de revenir en Europe pour toutes les personnes renvoyées, ce projet de directive stigmatise 1778972264.jpgles sans-papiers et les transforme en délinquants à exclure.

Le projet de directive qui est présenté au Parlement est le premier dans ce domaine qui fasse l'objet d'une procédure de co-décision avec le Conseil des ministres. Le Parlement a donc enfin la possibilité de mettre un terme à cette politique régressive qui va à l'encontre des valeurs humanistes qui sont à la base du projet européen et qui lui donnent sens.

Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité historique : réagir pour ne pas laisser retomber l'Europe dans les heures sombres de la ségrégation entre nationaux et indésirables par la systématisation des camps et de l'éloignement forcé.

Tu peux appeler les parlementaires européens à prendre leurs responsabilités et à rejeter ce projet, en t'associant à la pétition qui est en ligne là.

J'ajoute un lien vers une belle déclaration de Jeanne Moreau, au nom du collectif des innombrables, qui s'engage à soutenir et à protéger les enfants scolarisés, quitte à transgresser la loi, pour que notre pays n'ait pas que la figure de la haine et de la honte à montrer.

09 janvier 2008

Enfermement des étrangers : la directive de la honte

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Est-ce à cause des douleurs au dos que s'inflige mon ami japonais Saiichi ces derniers mois, pour obtenir coûte que coûte trois mois de bulletins de salaire consécutifs, malgré le lumbago qui le torture, et espérer ainsi décrocher un titre de séjour d'un an ?

Est-ce parce que le Hongrois qui partage ma vie, mon Igor, ne doit les soins dignes qu'il a reçus, et peut-être sa vie sauve - qu'à sa carte de séjour "vie privée et familiale", aujourd'hui remise en cause dans sa nature ?

Est parce que ma première copine, Soumaya, libanaise, se débattait chaque année comme une diablesse dans des tracas administratifs insupportables, et a pourtant apporté tant à la vie sociale et associative durant ses études de mèdecine en France ?

Est-ce parce que beaucoup de mes amis, toujours, ont été des étrangers, et pourtant comme mes frères ?

Est-ce parce que les événement récents du centre de Vincennes ont révélé le scandale des conditions infligées à ces malheureux (merci à Josiane Balasko, et à d'autres, pour leur courage)...

Toujours est il que les "standards" d'enfermement des étrangers en situation irrégulière, que le parlement européen discutera fin janvier, et que de très nombreuses associations de défense des droits de l'homme ont qualifié de Directive de la Honte, me font frémir et me donnent la nausée.

Alors, je relaie une pétition ici, que j'aurais vraiment envie que tu signes, que je te demande de relayer, d'aider à faire connaître, pour que l'Europe ne s'illustre pas - une nouvelle fois - par l'abaissement de ses modèles d'humanité.

Dix-huit mois d'enfermement

De quoi s'agit-il ? D'une directive concoctée par la Commission européenne des Libertés qui autorise l’enfermement pendant dix-huit mois d'étrangers au seul motif qu'ils sont en situation irrégulière.

Cette directive "relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier" fixe les standards minimums des modalités d’expulsion.

Il s’agira du premier texte codécidé avec le Conseil des ministres (représentants des Etats) - qui se prononcera en c8e9e5f6af0433067abe0d4298386820.jpgdernier ressort, une instance dont on connaît la largeur d’esprit sécuritaire…

Le minimum ? La durée d’enfermement pourra atteindre dix-huit mois et s’appliquera, sans distinction, à toutes les personnes n’ayant pas d’autorisation d’entrée sur le territoire. Autrement dit, que vous fuyiez votre pays où un génocide est en cours, où se déroule une guerre, où votre vie est en danger parce que vous êtes une femme, parce que vous êtes homosexuel, ou que vous fuyiez la misère, le traitement sera le même. Seuls pourraient en être exemptés les mineurs isolés et les étrangers malades. Ce qui veut dire que des enfants, même en âge d'être scolarisés, seraient concernés par cet enfermement de dix-huit mois s'ils se trouvent en présence de leurs parents.

Deuxième mesure a minima : toute personne qui relève d’une mesure "d’éloignement" du territoire européen se verra interdire toute nouvelle entrée pendant cinq ans, même s’il s’agit d'un(e) conjoint(e) ou de - l’enfant d’un(e) Européen(ne).

La pétition contre ce texte est à retrouver ici.

Et une vaste manifestation européenne est annoncée pour le 19 janvier.

Je regrette que, lors du vote en commission, les parlementaires socialistes l’aient adoptée, alors que leurs homologues de la Gauche unie européenne votaient contre.