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23 juillet 2008

l'intervalle silencieux

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C'est un soir d'automne dans un pavillon au bord de la mer. Le toit, les poutres et deux portes coulissantes en papier de riz encadrent la perspective sur la surface de l'eau qui semble un mur monotone, bleu fonce dans la partie inférieure, mais un bleu qui s'éclaircit graduellement vers l'horizon. La mer reflète la lumière du jour déclinante autour des voiles carrées des jonques et des mâts nus des plus grosses embarcations. Le soleil vient de se coucher, le ciel se teinte de ses ultimes scintillements et, plus haut, la pleine lune est effleurée par un vol d'oies sauvages.

De prime abord, on croit qu'il n'y a personne. La composition est dominée par le plancher vide et ses nattes vertes, là, près de la rambarde, autour d'une lampe, on voit les restes d'une fête dans un désordre soigneusement étudié : un bol, des tasses de saké, un éventail à moitie déplié. Puis, sur la droite, on découvre le dos d'un kimono qui sort de l'image et, à gauche, derrière la porte coulissante, la silhouette d'une autre femme. Des aiguilles pointent dans sa coiffure relevée et un pan de son kimono dépasse de la porte, là où elle l'a laisse tomber. La femme de droite doit être une geisha, on voit le manche d'un instrument à cordes, quant à la seconde femme, c'est sûrement une courtisane, comme l'indique sa coiffure. Elle se prépare à se donner à l'homme qui leur a tenu compagnie, buvant du saké en contemplant la lune et les bateaux sur l'eau paisible tandis qu'une des femmes jouait de la musique et chantait.

C'est la pause qu'Hiroshige a choisi de décrire, l'intervalle silencieux entre la scène qui vient de s'achever et celle qui n'est pas encore commencée. Les deux situations sont présentes, l'une sous la forme des restes de la fête, l'autre comme une promesse suggérée de sa continuation. Il s'agit d'un instant à la fois calme et tendu qui oscille dans le vide immobile entre le souvenir et l'attente.

(Jens Christian Grøndahl, Bruits du coeur. Trad. Alain Gnaedig. Gallimard - merci à JG)