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24 août 2009

dans la paix et les ombres

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Il a fait beau ce week-end à Paris, tout comme le week-end dernier, et ces chaudes heures, pour ultimes qu'elles furent avant l'arrivée annoncée de l'automne, étaient propices à des excursions bucoliques.

Il n'est pas forcément simple, au retour de vacances, de trouver une motivation de sortie de cet ordre dans les environs de Paris. Mais des idées ont jailli pour me conduire, il y a huit jours au Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yveline, puis hier à Barbizon, dans la maison-atelier de Jean-François Millet.

p27.jpgLe Moulin de Saint-Arnoult est une ravissante demeure que Louis Aragon offrit à Elsa Triolet en 1951, alors que l'un et l'autre tiraient encore le diable par la queue, et leur revenu de traductions plus que de leur propre littérature, mais qu'ils souhaitaient un lieu où se mettre au vert pour travailler et écrire. L'endroit était calme, le parc ombragé, vaste, parsemé de bronzes de la sculptrice Nisa. Le public de cette mi-août était clairsemé et attentif, pétri d'une affection visible pour ce couple, leur œuvre, et sans doute leur engagement. Nous étions admiratifs de la vue qu'avait Elsa, depuis son bureau du premier étage, sur le Parc, et en particulier sur deux hêtres - dont a eu raison la tempête de 1999 - où elle projetait d'être enterrée avec Louis, "deux grands hêtres pour deux grands êtres". Seuls ces êtres - mais de génie - y gisent encore aujourd'hui, avec une épitaphe qui, à sa lecture, m'a arraché des frissons (*). Tant sans doute rêvè-je moi-même d'éternité amoureuse.

On comprend assez vite l'attachement qu'a pu être le leur pour cet ancien moulin dépossédé de sa roue, mais où la cascade coule encore, à la demande, au milieu d'un magnifique salon boisé. Aux murs, outre des milliers et des milliers de livres, des œuvres de Picasso, de Fernand Léger et d'autres de leurs amis peintres.

Ce fut une sortie paisible et agréable.

Barbizon, c'est autre chose. Le luxe est venu s'installer exploiter le filon du mythique village d'artistes. La route principale n'a beau déboucher nulle-part, si ce n'est dans la forêt de Fontainebleau, les façades, aux boiseries refaites à neuf, rutilent, les galeries d'art pullulent, les hôtels quatre étoiles aussi, tout comme les restaurants haut de gamme. Les rues étaient infestées de touristes et de promeneurs, ce dimanche, et nous faisions partie de cette pollution débonnaire. Au regard de cette débauche, la maison-atelier de Millet semblait un tantinet désuète.

Aucune œuvre originale du maître aux murs - les glaneuses, l'Angelus (photo ci-dessous) et plusieurs autres sont au Musée d'Orsay - mais de nombreuses toiles de ses contemporains ou de reproductions plus ou moins hasardeuses. Il m'a fallu pas mal d'imagination pour oublier l'environnement grouillant et me figurer dans son époque pour en respirer l'esprit.

Millet a peint entre impressionnisme et rusticisme. Déceler de l'esthétique dans une scène champêtre, c'était déjà adopter une posture millet_angelus-751184.jpgurbaine, avoir acquis une certaine distance, ou une certaine hauteur. Et ce décalage à lui seul nous rappelle que les impressionnistes, pour bucolique que fut leur œuvre, sont surtout les enfants de la société industrielle. Et des guerres - Millet explique dans une lettre à un admirateur, exposée dans son atelier, qu'il a quitté Cherbourg pour fuir les invasions prussiennes et trouver refuge plus au sud.

Peu importe cette thématique de circonstance, au delà de la visite de maisons d'artistes, ces excursions ont été l'occasion de pique-niques dans des bois ou des sous-bois, et de siestes prolongées dans la douceur crépusculaire des ombres.

Et ceci suffisait à réussir l'idée de prolongements inattendus à des vacances achevées.

Il y eut aussi samedi la découverte d'un vaste camp naturiste perdu en forêt à deux pas de chez moi. Mais ça consituera une autre note : qui a dit que dans culture il y a cul ?

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(*) « Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l’alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant : les morts sont sans défense. » Elsa Triolet