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08 avril 2012

le temple aux grandes orgues

Philharmonie de Berlin.JPG

C'est la trêve, paraît-il.

On se presse aujourd'hui dans les églises du monde, courir derrière la bonne nouvelle des Évangiles. D'autre cloches sonnent dans un temple improvisé au Bourget, pour un rassemblement habituel mais inhabituellement stigmatisé où chaque voile, chaque barbe, sera bien la preuve que.

Moi-même me suis rendu hier soir dans un autre Panthéon. Musical, le mien : la Philharmonie de Berlin. Les orgues y ont galvanisé les accords majeurs de Bartok. Sous la baguette de Kent Nagano, Mathias Goerne habitait avec passion un Barbe bleue pétri de conviction et de prévenance, qui louait avec tact le merveilleux de son château gigantesque derrière les portes duquel les armes, les drames et les larmes demeuraient embusqués. Magique parabole du pouvoir et de la séduction.

Mélenchon doit son ascension justement au fait qu'il n'est pas le candidat d'une chapelle, mais qu'il résulte d'une union. Qu'il eut été communiste et beaucoup ne se seraient résolus à la rejoindre. Que les communistes aient décidé de partir sans lui, son talent n'aurait suffi à créer l'émulsion. C'est sans doute cette équation inédite qui laisse tous les acteurs et observateurs interloqués, sans voix, sans axe, face à cette dynamique.

J'attends avec impatience le sondage qui nous dira que, présent au second tour, Mélenchon battrait Sarkozy plus nettement, plus efficacement que Hollande, et la digue alors finira de céder.

C'est ça qui est bien avec l'opéra, la musique, l'art en général et les univers qu'ils t'ouvrent : ils te permettent de rêver.

La trêve, le temps aussi de la réflexion. Pour te prouver que je ne suis pas (re)devenu sectaire à la faveur de cette échéance, et que je suis simplement porté par une espérance renaissante, je te renvoie vers la lecture de cet article de Médiapart où un certain Ludo B. explique pourquoi il votera EELV, et non Front de gauche : à mon sens, la meilleure contribution pour réinterroger avec intelligence le choix qui est le mien.

vive la VIè république !.jpgJ'ai été touché par l'argument sur les bonnes échelles de l'action, à l'encontre de la place que fait le Front de gauche à la Nation ou à l’État : "L'échelle nationale est trop petite pour lutter contre les problèmes environnementaux (...) L'échelle nationale est trop grande pour coller à la diversité des réalités régionales". Mouche !

Sur le fond, il reste que l'échelle nationale est peut-être la bonne échelle de la résistance face à la puissance financière dans le contexte actuel de l'hyper libéralisme et de sa toute puissance. Non pour s'y replier, mais pour pouvoir entraîner le reste de l'Europe à revoir la totalité de sa copie. Pour ne pas avoir à abdiquer. Il reste que le pouvoir au Régions ne suffit peut-être pas à redonner le pouvoir aux peuples, les enjeux démocratiques dans la gestion des ressources et la restauration d'une convivialité populaire démocratique se situent à une échelle bien plus petite encore : on parle de 30.000 comme entité pertinente pour conserver une maîtrise humaine de l'eau, des ressources, des réseaux, les départements s'avèrent d'une efficace proximité pour les prestations sociales, les Régions pour la promotion des diversités et des pratiques culturelles... bref, parlons échelle sans idéaliser les frontières institutionnelles actuelles : un beau sujet pour la Constituante en vue de la VIè République.

Et puis surtout, plus que tout, en pleine lucidité sur le fait que les partis et les dirigeants qui composent aujourd'hui le Front de Gauche ne sont pas à la hauteur du mouvement qui s'est créé autour de lui, que quelque chose de bien plus grand qu'eux est en train de les submerger : malgré tout, malgré cela qui n'est rien en fin de compte au regard de ce qui nous met en mouvement, ne pas être en dehors de ce qui est en train de se passer !

Les ferments en existaient depuis longtemps sans trouver à éclore, bien des occasions en ont été gâchées. Alors au moment où ça se passe, où le vent pousse, où les orgues grondent, surtout en être, communier, participer les yeux ouverts et décider de ne pas aigrir trop jeune !

J'y crois, et je reprends ma trêve pascale dans la musique, les rues de Berlin et cette espérence qui me chante aux oreilles.