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20 avril 2009

séquestrations : les jacqueries modernes

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Il y a une dizaine de jours, me rendant à pied au musée d'Orsay et traversant le terre-plein des invalides à une heure où les touristes ne manquent pas, mon attention fut attirée par un étrange spectacle : des bataillons de CRS en plein exercice dans le sous-bois de l'esplanade : un pas en avant, un pas sur le côté, bouclier, carapace, accélération, assaut, arrêt, repli, position de la tortue. Repos, on va le refaire, plus de nerfs, les gars !... Aucun adversaire en face, mais des badauds à peine étonnés de cette nouvelle attraction touristique.

L'assemblée Nationale était à deux pas. Avec sur les bureaux la fameuse loi anti-cagoule prête à être examinée. Et ainsi va la vie, en notre beau pays, on s'occupe de réprimer, sans s'interroger sur ce que cela coûte à la société. Il en va de la protection des puissants.

Parce qu'ils ont peur, au vrai, nos puissants. Depuis des années, avec des médias complaisants et flagorneurs, des disours bien rodés, ils détenaient la pleine puissance idéologique. Le monde était injuste, certes, parfois cruel, soit, mais qu'y pouvions-nous : c'était le lot de la concurrence à l'échelle internationale. Il fallait être compétitif, question de survie. Tout au mieux pouvions-nous nous réjouir d'avoir encore à la tête de nos fleurons économiques quelques managers talentueux, qui n'avaient pas encore quitté le navire pour des Paquebots étrangers plus luxueux, et grâce à qui l'espoir demeurait. Pour peu que nous fûmes disposés à travailler plus, l'avenir nous souriait.

Las, la crise est passée par là, et en guise de talent, on n'a découvert chez ces capitaines d'industrie que de la vénalité et de l'apreté au gain.

Alors la gabelle ne passe plus.

Voilà nos provinces françaises secouées par des jacqueries modernes : les séquestrations de patrons !

3M, Sony, Caterpillar, Scapa, Faurecia… Mécontents, inquiets et frustrés, les salariés cherchent des formes nouvelles, directes, physiques, ils veulent du face-à-face, du les-yeux-dans-les-yeux pour mettre leurs patrons au pied du mur, les empêcher de se défausser derrière des discours, les obliger à délier les cordons de la bourse.

Les bonus, stock-option et autres parachutes dorés, mais aussi les dividendes, l'actionnariat lui-même, sont vus comme les privilèges d'aujourd'hui. Les grands patrons et la haute fonction publique comme l'aristocratie.

Et l'on apprenait la semaine dernière que les entreprises du CAC 40 possédaient plus de 1.500 filiales dans les paradis fiscaux.

Les Jacqueries avaient leurs cachots, leurs bagnes et leurs bains de sang. Eux ont aussi leurs tribunaux pour réprimer les actions collectives, les Caterpilar en savent quelque chose, ils ont Edvige, les lois anti-solidarité, et désormais leur loi anti-capuche. L'Etat de droit lui-même va finir par être vu comme un symbole de régime à abattre.

Le clergé médiatique n'a plus de crédibilité, et plus de prise.

Hier Dominique De Villepin, revenchard, plus lucide en observateur aux aguets qu'aux commandes de l'appareil, a affirmé qu'il y avait dans notre pays "un risque révolutionnaire". Et cette fois, ils ne s'en sortiront pas avec de bons mots : tu te souviens où la brioche a conduit Marie-Antoinette ?