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30 mai 2010

la bien-pensance et la complaisance

Nous vivons les années Zemmour. Il y a 20 ans, "le bruit et l'odeur" suscitaient l'indignation. C'était, dans la bouche de Jacques Chirac, le prototype de la sortie indigne destinée à capter les voies du Front National. Deux ans avant des élections générales, personne n'était dupe.

Aujourd'hui, dire que ce sont les Arabes et les Africains qui peuplent nos prisons serait un signe de courage et de lucidité, condamner de tels propos serait être un bien-pensant. Nouvelle terminologie, dans la veine de la contre-colonisation qui nous menacerait, de l'euro-mondialisme ou que sais-je encore. La blogosphère pue. On y promet les Africains au sulfatage, on y fustige les fraudeurs du RMI qui roulent dans de belles allemandes et s'achètent des caravanes flambant neuf, suivez mon regard. Quant à ces familles maghrébines qui ne viennent même pas participer à la fête des voisins, hein ? Si ce n'est pas la preuve que ces gens-là s'excluent eux-même...

Cette rhétorique putassassière est vieille comme le monde. Le XXè siècle s'en est gorgé jusqu'à inventer les étoiles jaunes et les convois plombés, qu'il était assez simple de ne pas voir, au fond, derrière ces petites vérités d'évidence ou d'autres légitimes exaspérations populaires.

Le plus triste, c'est que cette merde s'accroche à la semelle de blogs pas vraiment méchants, plutôt gentils même, intelligents peut-être, engagés dans des combats méritoires comme la lutte contre l'homophobie. Mais elle s'accroche fort, au moyen de commentaires flatteurs, et ça pue grave jusque dans des endroits propres. J'en suis triste. Triste, mais pas résigné !

Alors soit, je suis un bien-pensant. J'en suis même le prototype, si vous voulez tout savoir. J'affirme que notre crise économique ne doit rien aux immigrés, la casse de notre système de retraite aux fraudeurs du RMI, l'insécurité aux Arabes ni la saleté aux Africains.

Oui, je suis un bien-pensant s'il vous plait de le dire. S'il vous plait de considérer que face à l'individualisme désespéré de notre société le communautarisme est le seul salut. Qu'il n'y a pas d'alternative aux guerres ethniques, et que mieux vaut les précipiter que de les fantasmer, je suis un bien-pensant.

Je suis un bien pensant si vous chagrine que l'on résiste à l'idéologie dominante, à la déferlante libérale, à une société dont la seule grille de lecture est la compétition entre les personnes et entre les peuples. Où l'écrasement de l'autre est inscrit dans les gènes de l'organisation sociale de la vie, je suis un bien pensant.

Je suis un bien pensant si je refuse l'homophobie au même titre que l'islamophobie, si je considère que nous sommes disqualifiés pour dénoncer le niqab comme le symbole de l'oppression faite aux femmes, non parce qu'il en est un signe de la libération, la belle affaire !, mais parce que notre Grande Europe, notre Grande Nation Française ne sait pas asseoir sur les rangs de son Assemblée Nationale plus de 10 % de femmes, que moins de 20% des tâches ménagères y sont le fait des hommes, et que les violences faites aux femmes y demeurent l'un des grands fléaux de notre société. C'est trop simple, l'arbre d'un voile intégral, pour nous dispenser de voir la forêt de notre forfait séculaire.

Je suis un bien-pensant si je dis que notre société est faite aujourd'hui de cultures différentes, aux origines variées, que c'est un fait, que l'on n'y peut rien, et que cela pourrait même être une chance si l'on savait aller à la rencontre de l'autre, valoriser les savoirs de chacun, ce que j'appelle en bien pensant sa culture, qui est aujourd'hui une composante de notre culture commune. Je suis un bien pensant si je crois dur comme fer qu'un vivre ensemble est possible, serait possible, si chaque personne humaine, chaque jeune, avait face à lui une perspective de vie qui lui rendrait caduque le chaos des trafics et du crime, si au guichet de l'emploi et du respect on lui donnait un rôle, au lieu de lui offrir à chaque porte de la bureaucratie le dégoût et le rejet.

Alors vois-tu, je préfère mille fois être ce bien pensant, ce résistant, celui qui garde au plus profond de lui l'envie de se lever, même en proie à son plus grand découragement, tant la période est sombre, qu'être le complaisant.

seine-saint-denis-294259.jpgÇa ne veut pas dire que la vie est belle dans nos cités. Ça veut juste dire qu'il n'y a pas de raccourci possible. L'exaspération peut se parer du joli mot de populaire, ou s'affubler de cet attribut alambiqué de Français pauvre, elle n'a pas le droit de prendre pour cible un groupe, ni ethnique, ni sexuel. Surtout si elle s'exprime dans la blogosphère, et qu'elle n'est pas le fait de gens modestes à qui la misère pardonnerait beaucoup, mais d'intellectuels, d'élites qui disposent d'une presse et d'une cour.

Corto74, au blog élégant et à qui je ne veux que du bien, sans qu'il sache pour quelle délicieuse raison, écrivait cela, il y a quinze jours, sur son blog :

"Et oui, sur le net, bien à l'abri, des individus à la plume bien trempée s'en prennent ouvertement à l'islam, considèrent le musulman comme un grand malade, tentent de démontrer, non sans talent car nombreux sont ceux qui adhèrent à ce discours, que le beur est un personnage dégénéré, anormal, inacceptable. Plus inquiétant, c'est que ces mêmes individus, par des effets de plumes ou de rhétoriques adroits, tentent par ces discours de théoriser l'islamophobie, la rendre acceptable. Qu'un con s'en prennent aux arabes, ce n'est pas si étonnant, c'est un con. Que certains intellectuels cherchent à théoriser, justifier, voire sacraliser l'islamophobie, oui, c'est bien plus dangereux (sentez-vous venir comme des relents d'épuration…), et ça m'oblige à sortir de ma réserve."

Je signe des deux mains. Même la vraie version qui en fait ne disait pas "islam", mais "homosexualité", pas "beur", mais "PD", pas "islamophobie" mais "homophobie".

C'est pourquoi ce week-end, j'ai été triste d'y lire de ces "relents d'épuration" nauséabonds, pas sous sa plume, Dieu merci, mais de commentateurs habiles, confortés par sa complaisance. Vas-y voir si tu veux, mais je te préviens, ça sent vraiment très mauvais.

Face à un pouvoir raciste et réactionnaire, qui casse les acquis sociaux, jette des millions de personnes dans la pire précarité, dilapide la retraite à 60 ans, fabrique des travailleurs pauvres à la pelle, abandonne sans aucune perspective des millions de jeunes, certains continuellement stigmatisés en raison d'origines qu'ils n'ont pas choisies, je crois que le courage, c'est de dénoncer les idéologues sans vergogne qui concentrent le débat sur la sécurité, l'immigration, et cherchent perpétuellement à lier l'un à l'autre. Le courage c'est de refuser que l'on désigne à la vindicte une communauté. C'est de dénoncer les pitoyables mises en scène qui visent à faire de ses représentants les plus médiocres, salafistes mercantiles, leur étendard, en les victimisant, en les menaçant bêtement dans leur nationalité pour une polygamie impossible à prouver et en leur offrant toutes les tribunes. Le courage, c'est refuser d'être assimilés aux dérives intégristes parce que l'on refuse la politique de la stigmatisation..

Appelle-le bien-pensance si tu veux. Cela ne justifie pas la complaisance. Que je crois gravement coupabe.

J'en reste à ma démarcation républicaine.

Il y a des week-end, comme ça, où l'on regrette que RadioLofi se soit tue. L'art, la légèreté et la poésie de l'être humain aussi sans doute étaient-ils bien pensants.

Joyeux et vert, mes fils, mes fils, joyeux et vert, sera le monde, au-dessus de nos tombes...

17 octobre 2009

rebond foot : vers un épilogue coloré

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L'Islam n'est donc pas une homophobie, et l'homosexualité pas une islamophobie. L'affaire que j'évoquais là, et qui fit le buzz toute la semaine passée, va donc connaître un bel épilogue.

Certains s'étaient délectés, derrière de fausses outrances, de la guéguerre entre un club de foot "musulman" de Créteil et le Paris foot gay, le premier ayant refusé de jouer un match contre le second en raison d'incompatibilités fondées sur de prétendues convictions religieuses.

La rencontre devait se dérouler dans le cadre de la coupe organisée par la commission foot-loisir de la fédération française de football. Mais tandis que les médias s'emparaient de l'affaire, stigmatisant à juste titre l'homophobie latente qu'elle révélait, et alors que la fédération décidait logiquement d'exclure de Créteil Bébel de la compétition "pour refus de jeu fondé sur un motif discriminatoire", un dialogue inattendu se nouait en coulisse.

Les membres du Créteil Bébel, "juste une bande de potes qui ont décidé, pour leur loisir après le boulot, de jouer au foot", selon leur avocate, dépassés par le vent médiatique, ont expliqué qu'en fait ce n'est pas jouer contre des homos qui les avait embarrassés, mais qu'ils n'avaient pas compris comment une équipe de foot pouvait "être un étendard pour une orientation sexuelle". Le Paris Foot Gay expliquait de son côté qu'il se trouvait gêné - parce que son combat vise toutes les discriminations - que cette affaire vienne stigmatiser des jeunes de banlieue qui n'en ont vraiment pas besoin.

Bref, ils se sont parlé, et ont décidé de dépasser ce qui relevait de l'ignorance et de la maladresse - comme hélas souvent - plus que de l'homophobie, et ils vont même jouer.

dhorasso_pfg.jpgLes deux clubs vont donc se retrouver dans un match de football. Mieux, ils ne vont pas jouer l'un contre l'autre, mais ils vont jouer ensemble, au stade Charletty, contre une équipe de gala constitutée entre autres, excusez du peu, de Dhorasso et Thuram. Ce sera le 14 novembre prochain.

Face aux dérives communautaires, on peut toujours attiser la haine, stigmatiser, figer les positions, envenimer les choses, et se complaire dans une position qu'on croit supérieure pour installer le communautarisme. Ou bien on peut être pédagogique, travailler au dialogue, et aider à dépasser les incompréhensions. Faire reculer l'ignorance. Je suis plutôt heureux de cette issue-là.

07 octobre 2008

Un nouveau marché : les droits des étrangers

 

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Est-ce pour faire face à la crise financière ? Toujours est-il que le gouvernement prépare une réforme : ouvrir le marché aux "personnes en instance". Désormais, l'assistance aux personnes étrangères retenues dans un centre de rétention sera soumis à la "concurrence libre et non faussée", dans le cadre d'un marché public, avec appel d'offres et tout le toutim.

Est-ce le début de la transposition de la Directive de la honte, votée par le Parlement européen le 18 juin dernier ?

Alors qu'aujourd'hui, les centres de rétention sont accessibles aux associations spécialisées dans le droit des étrangers, apportent à ces derniers une assistance juridique individuelle, et effectuent parallèlement un travail de veille sur les conditions de vie dans ces centres, désormais, ce sont des opérateurs privés qui seront invités à y intervenir, avec obligation de confidentialité, tant qu'à faire, histoire d'éviter les fuites.

C'est en tout cas l'objet d'un projet de loi, révélé par des associations comme la CIMADE qui ont lancé ici une pétition pour que le sort des étrangers ne soit pas livré au privé :

Les droits des étrangers ne peuvent se réduire à un marché!

Pour le retrait de la réforme ministérielle qui modifie les conditions d'intervention de la société civile dans les centres de rétention administrative!

Nous signataires, à la suite de nombreuses associations, exprimons notre préoccupation concernant le contenu du décret du 22 août 2008 et de l’appel d’offres consécutif qui modifient les conditions d’intervention dans les centres de rétention administrative (CRA) quant à l’a et l’aide à l'exercice des droits des étrangers.

La mission telle qu’exercée jusqu’à ce jour par la Cimade auprès des étrangers retenus dans les CRA afin « de les informer et de les aider à exercer leurs droits » sera remise en cause par ces nouvelles dispositions :

  • la réforme dénature la mission car l’assistance à l’exercice effectif des droits des personnes retenues est désormais réduite à une seule mission d’information ;
  • l’émiettement de cette mission contrarie toute observation, analyse et réaction d’ensemble sur la  situation prévalant dans les centres de rétention. Il entrainerait, outre une inégalité de traitement,  une réduction de la qualité de l'aide apportée aux étrangers ;
  • l’ouverture de cette mission par voie d’appel d’offres de marchés publics à des opérateurs autres que les associations spécialisées menace l’exercice des droits fondamentaux des personnes retenues ;
  • l’exigence de neutralité, de discrétion et de confidentialité revient à entraver toute parole publique de témoignage et d’alerte sur certaines situations contraires au respect des droits fondamentaux.


Cette volonté d’entraver l’action de la société civile est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient  dans un contexte marqué par une politique du chiffre en matière d’éloignement des étrangers et les  menaces contenues dans la
directive retour adoptée par le Parlement européen.

Nous, signataires, considérons que, telle qu’elle est envisagée, la réforme des conditions d’intervention en rétention n’est pas acceptable.

Nous exigeons du gouvernement de renoncer à sa réforme.

Nous demandons au gouvernement d''engager une concertation avec l’ensemble des organisations qui dans notre pays sont attachées au respect des droits des étrangers.

Pour signer, c'est ici.

27 janvier 2008

endurer en silence, mais jusqu'où ?

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Raconter les mésaventures de Saiichi est en soi une aventure. Son histoire personnelle, ses goûts et ses choix, ses épreuves, les méandres administratifs où il se perd, où je me perds, où je m'en vais te perdre... Tout cela est tellement imbriqué... Alors si tu m'accompagnes, accroches-toi !

Saiichi, c'est d'abord quelqu'un d'immensément gentil (je te le présentais là). Il parle un français posé, doux, au débit contrôlé. Il te regarde d'un oeil sincère. Qui pétille. Il n'exprime jamais de reproche, il prend ce que tu lui donnes. Il fait l'amour avec délicatesse, et un plaisir visible.

C'est aussi quelqu'un de fort. Son arme, sa première arme, c'est la patience, une patience incroyable, qui lui permet d'endurer en silence, d'expliquer sans s'énerver, d'attendre sans rien en attendre.

Saiichi, il a mon âge. Lorsque je l'ai rencontré la première fois, aux bains Rudas de Budapest, avec son crâne rasé et sa peau glabre, je lui avais donné dix ans de moins.

Du Japon, il est venu en France pour suivre son ami d'alors, Alexis, oenologue, parti depuis vivre sa vie en Province.

Saiichi a fait le choix de rester en France, principalement pour une raison : sa liberté sexuelle. L'exil, et tous les renoncements qu'il comporte, c'est le prix qu'il paye pour pouvoir voir, caresser et aimer des hommes.

Parce que j'allais oublier de le signaler, mais c'est quelqu'un de brillant : diplôme de médecine, spécialisé en psychiatrie (s'il-te-plaît), musicien (il joue du piano et, principalement, du violoncelle), et musicologue : il a soutenu une recherche 417deed6fa2888a30a72c6a8ccab1434.jpgen 2000, à Tokyo, sur un compositeur français, Henri Dutilleux (que je ne connaissais pas, qui a composé à partir d'émotions ressenties devant des toiles, Van-Gogh, la Nuit étoilée, notamment ; alors il m'en avait parlé après que j'eus raconté, ici, notre excursion en Arles en compagnie de Boby à Noël dernier).

6d7a2a30221d98fc409f6e5f3f408cf5.jpgPour venir en France, il a du faire un choix, forcément difficile : renoncer à l'exercice de son métier de psychiatre.

A Paris, il a d'abord été étudiant, pour perfectionner son français. Depuis, il travaille principalement pour des magasins de musique. Une première société l'a remercié après qu'il eut, en deux ans, établi tout un réseau avec des partenaires commerciaux japonais : à 1.500 euros par mois, ses compétences étaient devenues superflues, les choses étaient en place, il coûtait trop cher, on lui a préféré moins qualifié.

Depuis septembre, il travaille dans une autre boutique, pour le Smic. Il accepte ça parce que de toutes be99551bf12ceb7550367ad62bbe3a94.jpgses priorités, la carte de séjour vient en première place, et que le chômage est le pire des scénarios. La dernière fois qu'il avait été convoqué pour retirer sa carte de séjour, on ne la lui avait remise que pour trois mois. Il était encore en période d'essai. C'est pour le 15 janvier que lui avait été donné un nouveau rendez-vous à la préfecture, pour la carte suivante. D'un an ?

l'obsession de la fiche de paye

19239e482c9e45efd395651fff39b94c.jpgPendant 3 mois, sa seule obsession, ça a été de ramener à ce rendez-vous trois fiches de paye consécutives, trois fiches de paye intégrales, sans trou, sans arrêt de maladie, sans aucun indice de fragilité d'aucune sorte : juste pouvoir dire : "Voyez, je suis en CDI, et tout marche normalement."

Alors quand ses douleurs au dos l'ont pris, au magasin, pas question de lever le pied. Il a juste serré les dents.
Parfois, quand la douleur était trop vive, il faisait mine d'aller ranger des partitions dans l'arrière boutique, oh! juste une minute ou deux, comme ça, et pas en position assise, pour ne pas être vu, simplement les reins appuyés contre une rangée d'étagères, comme ça, une minute ou deux. Puis il retournait vers la clientèle. Ne pas être vu, souffrir en silence, être irréprochable. Tenir au moins jusqu'au 31 décembre, pour pouvoir produire trois fiches de paye intégrales.

Évidemment, ça se paie cash, des efforts pareils. Tout début janvier quand la gastro le rattrape, il n'y prête pas suffisamment attention, se déshydrate, au point de devoir être évacué par le SAMU. Il sortira de l'hôpital cinq jours plus tard, avec cinq kilos en moins, mais juste à temps pour aller récupérer à la préfecture son récépissé de demande de carte de séjour (un premier sésame !), et une invitation à retirer son titre à partir du 27 février. Sur ce plan au moins, les choses avaient avancé.

Parce que c'est ça, vivre en France pour les étrangers : un premier déplacement pour obtenir un rendez-vous, un rendez-vous pour déposer les papiers demandés, ou simplement en obtenir la liste, une convocation pour apporter des pièces complémentaires, un rendez-vous pour la délivrance d'un récépissé, puis, normalement, le rendez-vous pour retirer la carte de séjour elle-même.

Quand tout va bien, on te remet alors une carte d'un an, sauf que la date d'émission date déjà du mois, ou des deux mois précédents, donc ça en fait une carte de dix mois en fait.

Mais de plus en plus, les préfectures ne délivrent que des cartes de trois mois (donc valables à peine deux), comme pour chercher à te faire basculer dans le vivier des sans-papiers, des expulsables. Les célibataires sans enfant sont une proie en or : au moins on est sûr qu'il n'y a pas d'attaches scolaires qui feront casser les arrêtés administratifs...

porte-à-faux

Je ne parle même pas du certificat de travail qu'il faut, entre temps, aller faire établir par la DDTE. Une première fois, quand tu passes du statut d'étudiant à celui de travailleur, au titre de l'emploi précis que tu occupes. Puis une deuxième fois, pour établir ton statut définitif de salarié. Je ne parle pas des 168 euros que l'entreprise doit débourser pour avoir le droit de t'embaucher parce que tu n'es pas français, des papiers qu'elle doit t'établir pour te permettre d'obtenir ces certificats, et qui font que, forcément, tu te sens redevable. Je ne parle pas des dossiers égarés, des documents demandés par les services de l'immigration à une autre administration mais jamais reçus... Je ne parle pas non plus, pour les préfectures de Bobigny et de Créteil, des files d'attente qui commencent dans le froid, dans la nuit, dans la pluie parfois, dès la veille au soir pour chacune de ces démarches, où l'on se partage des thermos de café pour se tenir chaud. Triste spectacle, qui m'est offert chaque matin quand j'arrive à 8 heure au travail !

Je sais que cette note commence à être longue, mais je dois encore préciser ceci : Saiichi a prévu de rentrer une semaine au 5e8dc5706092c90b393c3f1d63f68d23.jpgJapon à la fin de ce mois. Il n'a pas pris de congés depuis septembre, et il a des journées à récupérer de la période de Noël. Pour lui, ce séjour est important parce qu'il doit lui permettre de participer à une journée obligatoire de formation pour les psychiatres, comme il y en a tous les cinq ans, faute de quoi son diplôme perdrait sa validité. Il a donc décidé d'y aller malgré tout, pour ne pas insulter l'avenir. J'aurais pu aussi parler de sagesse, pour le qualifier.

Sauf qu'avec ces quinze jours d'arrêt maladie, ce départ le met en porte-à-faux vis-à-vis de son patron, exploiteur sans vergogne. Et s'est ajouté à ça (je sais l'imbroglio est terrible) que deux jours après son rendez-vous de la préfecture du 15 janvier, celui où on lui remit le récépissé, il reçut chez lui un courrier pour un nouveau rendez-vous à la préfecture dès le 25 janvier. Pile le jour de sa reprise de travail, histoire d'envenimer un peu plus la relation avec son patron. Lequel, du coup, évoque une possible procédure de licenciement...

Et le pire, c'est que c'était pour lui annoncer que son invitation à retirer la carte de séjour à partir du 27 février était caduque, et qu'on lui écrirait plus tard. Le voilà à nouveau plongé dans le doute et dans le trouble.

Comment fait-il, comment font-ils, ces étrangers, astreints à tant d'humiliation, pour aimer encore notre beau pays ?

_________________________ 

Une anecdote pour finir

Quand il est arrivé aux urgences de l'hôpital, étendu sur un brancard, il fut traité comme tout le monde, c'est à dire qu'il a attendu dans le couloir, dans les courants d'air, tremblant et fébrile, pendant plus de quatre heures.

A un moment, on est venu le chercher, on l'a emmené dans un box, au chaud. Mais ce n'était pas pour le soigner, pas encore. Un homme venait d'être conduit là par la police, menotté, un Japonais, hirsute, en état de démence, qui ne parlait pas le français. La police, et le personnel de l'hôpital lui ont demandé de bien vouloir aider à traduire quelques questions à cet homme. Il avait 40 degré, aucune énergie, il tremblait, mais il s'appliqua à traduire les questions, à traduire les réponses. Avec ses connaissances en psychiatrie, il livra des éléments d'explication sur la nature des troubles de l'énergumène. Ça dura une demi-heure, environ. On lui dit merci - le lui dit-on ? - puis il fut reconduit dans le couloir.

24 janvier 2008

tu veux une bonne nouvelle ?

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J'ai reçu hier un mail étrange, d'un ami lecteur qui me reprochait, entre autres choses, de trop utiliser mon blog pour peindre en noir ce beau pays qui est le mien.

Je ne crois pas être prosélyte, même quand j'exprime des convictions. Je ne pense pas non plus dépeindre dans ce blog la vie en noir, même si des choses n'en finissent pas de me révolter. Je ne suis plus, certes, l'optimiste que je fûs, convaincu qu'en toutes circonstances l'espèce humaine saurait trouver des réponses à ses fléaux.

Cette vision positiviste du monde, cette croyance inébranlable dans le progrès, et par là dans la science, je les ai perdues. J'ai pris conscience que notre planète avait des limites, indépassables, et qu'il fallait être raisonnables dans l'utilisation des resources. J'en ressens parfois une urgence plus grande encore à vouloir convaincre qu'il faut sortir de ce mode de développement fondé sur la croissance, et le productivisme, parce que non seulement il génère des injustuces terribles, mais il envoie notre monde dans le mûr...

Mais je ne crois pas être dans le noir parce que je m'intéresse à la part de générosité qu'il y a chez les humains, aux sensibilités qui les rapprochent. Et puis je continue de croire à l'action. Et je crois même que la générosité, la sensibilité, et l'action nous donnent le pouvoir de faire bouger le monde.

01e37626aa39a1b9d358a8cd285d28d3.jpgDonc pour lui faire plaisir, j'ai une bonne nouvelle à lui annoncer, et à t'annoncer du même coup. Mohamed et Laeticia, dont je t'avais parlé là, vont pouvoir se marier, puisque lundi dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral de reconduite à la frontière de Mohammed.

Mohamed est désormais libre (attention, ça ne veut pas dire qu'il soit encore régularisé).

En ton nom, le Mouvement des Amoureux au ban public leur a souhaité les voeux les meilleurs.

Mohamed et Laettia te remercient aussi de les avoir soutenus dans l'épreuve qu'ils viennent de traverser en signant la pétition.

Et si j'ai d'autres nouvelles, je te promets, je te tiens au courant.

18 janvier 2008

les amoureux au ban public

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Je suis désolé, mais je dois encore te prendre la tête. Encore une injustice insupportable. Ou du fascisme d'Etat. Voilà l'alerte que ma messagerie a reçue hier :

Mohammed Z., un Marocain en situation irrégulière, et Leatitia V., ressortissante française ont décidé de se marier après deux ans de concubinage. Le couple dépose un dossier de mariage auprès de la Mairie de Dijon qui, suspectant un mariage blanc, saisit le Procureur de la République.

Une enquête est lancée et le couple est interrogé une première fois par la police.

Quelques jours plus tard, le véhicule de Leatita est bloqué par deux voitures de police devant l'école de son fils de trois ans. Les fonctionnaires de police la menottent et l'informent qu'elle doit les conduire à son domicile pour que Mohammed soit interpellé. Leatitia proteste et signale qu'elle doit prendre son fils à la sortie de l'école. Les policiers l'obligent à monter dans leur véhicule en lui disant qu'ils ont prévenu l'école et que l'enfant ne sortira pas.

Arrivés devant le domicile du couple, les policiers demandent à Leatitia d'ouvrir la porte. Celle-ci refuse dans un premier temps mais les policiers menacent d'enfoncer la porte. A l'intérieur du logement, Mohammed cède et ouvre. Il est immédiatement interpellé et placé en garde à vue.

Hier soir, Mohammed était au centre de rétention du Mesnil Amlelot (Roissy – 77) dans l'attente de son éloignement vers le Maroc. Il devait être présenté ce matin à 9h30 au juge des Libertés de Meaux (salle 208).

Une française interpellée, menotée et contrainte de livrer la personne qu'elle aime ! Une mesure d'élognement prononcée en vue de faire obtsacle à un mariage ! Un couple mixte séparé ! Les Amoureux au ban public dénoncent avec vigueur ces pratiques inadmissibles et ignobles dans un Etat de droit et demandent la libération immédiate de Mohammed.

Et je la demande aussi. Non mais dans quel monde on vit !

09 janvier 2008

Enfermement des étrangers : la directive de la honte

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Est-ce à cause des douleurs au dos que s'inflige mon ami japonais Saiichi ces derniers mois, pour obtenir coûte que coûte trois mois de bulletins de salaire consécutifs, malgré le lumbago qui le torture, et espérer ainsi décrocher un titre de séjour d'un an ?

Est-ce parce que le Hongrois qui partage ma vie, mon Igor, ne doit les soins dignes qu'il a reçus, et peut-être sa vie sauve - qu'à sa carte de séjour "vie privée et familiale", aujourd'hui remise en cause dans sa nature ?

Est parce que ma première copine, Soumaya, libanaise, se débattait chaque année comme une diablesse dans des tracas administratifs insupportables, et a pourtant apporté tant à la vie sociale et associative durant ses études de mèdecine en France ?

Est-ce parce que beaucoup de mes amis, toujours, ont été des étrangers, et pourtant comme mes frères ?

Est-ce parce que les événement récents du centre de Vincennes ont révélé le scandale des conditions infligées à ces malheureux (merci à Josiane Balasko, et à d'autres, pour leur courage)...

Toujours est il que les "standards" d'enfermement des étrangers en situation irrégulière, que le parlement européen discutera fin janvier, et que de très nombreuses associations de défense des droits de l'homme ont qualifié de Directive de la Honte, me font frémir et me donnent la nausée.

Alors, je relaie une pétition ici, que j'aurais vraiment envie que tu signes, que je te demande de relayer, d'aider à faire connaître, pour que l'Europe ne s'illustre pas - une nouvelle fois - par l'abaissement de ses modèles d'humanité.

Dix-huit mois d'enfermement

De quoi s'agit-il ? D'une directive concoctée par la Commission européenne des Libertés qui autorise l’enfermement pendant dix-huit mois d'étrangers au seul motif qu'ils sont en situation irrégulière.

Cette directive "relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier" fixe les standards minimums des modalités d’expulsion.

Il s’agira du premier texte codécidé avec le Conseil des ministres (représentants des Etats) - qui se prononcera en c8e9e5f6af0433067abe0d4298386820.jpgdernier ressort, une instance dont on connaît la largeur d’esprit sécuritaire…

Le minimum ? La durée d’enfermement pourra atteindre dix-huit mois et s’appliquera, sans distinction, à toutes les personnes n’ayant pas d’autorisation d’entrée sur le territoire. Autrement dit, que vous fuyiez votre pays où un génocide est en cours, où se déroule une guerre, où votre vie est en danger parce que vous êtes une femme, parce que vous êtes homosexuel, ou que vous fuyiez la misère, le traitement sera le même. Seuls pourraient en être exemptés les mineurs isolés et les étrangers malades. Ce qui veut dire que des enfants, même en âge d'être scolarisés, seraient concernés par cet enfermement de dix-huit mois s'ils se trouvent en présence de leurs parents.

Deuxième mesure a minima : toute personne qui relève d’une mesure "d’éloignement" du territoire européen se verra interdire toute nouvelle entrée pendant cinq ans, même s’il s’agit d'un(e) conjoint(e) ou de - l’enfant d’un(e) Européen(ne).

La pétition contre ce texte est à retrouver ici.

Et une vaste manifestation européenne est annoncée pour le 19 janvier.

Je regrette que, lors du vote en commission, les parlementaires socialistes l’aient adoptée, alors que leurs homologues de la Gauche unie européenne votaient contre.

 

27 décembre 2007

La haine décomplexée

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Elle est partout, elle s’étale, se répand comme une boue putride et collante.

Pas celle dont Zola dit : "La haine est sainte. Elle est l’indignation des cœurs forts et puissants, le dédain militant de ceux que fâchent la médiocrité et la sottise."

Pas celle qui pousse l’opprimé, victime de l’injustice, à se rebeller contre un pouvoir inique ou criminel.

Non, la haine ordinaire, celle du pauvre contre le pauvre, de l’exploité contre l’exploité, de la victime contre la victime.
Et cette haine là annihile la révolte sociale. Elle ronge, détruit, tue, pousse aux pires bassesses.

J’ai été particulièrement choquée de lire que son hébergeur a dû fermer le fil de commentaires du blog de Moushim, alias Chamoo, victime de l’accident de Villers le Bel. De nombreux internautes y avaient déversé des commentaires haineux, racistes, irrespectueux.

Mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir dans la tête de quelqu’un qui va vomir sa haine sur le blog d’un jeune homme de quinze ans, mort dans un accident ?
Protégés par l’anonymat les salauds se lâchent.
La haine dit le Petit robert "Sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu’un et à se réjouir de celui qui lui arrive."

Elle est désormais partout. Sur Internet elle est omniprésente. En quelques échanges, un forum de discussion peut devenir le lieu d’un pugilat sans pitié où les insultes balaient les paroles sensées et où la raison se meurt.
C’est le premier pas vers la violence physique, sous jacente, prête à éclore.

Elle témoigne d’un immense et odieux malaise niché dans les entrailles de la société. (Pas seulement française, le phénomène est identique en Italie)

Elle assassine la liberté d’être, de penser, de créer.

Mais le crime, c’est bien connu, rapporte toujours à quelqu’un.

Tant que les humbles sont occupés à se haïr entre eux leur ire épargne les puissants, les gouvernements injustes, les vrais privilégiés.


Et les mesures contre le bien être du peuple s’enchainent les unes aux autres, irrésistiblement, sournoisement, ne provoquant que quelques remous vite étouffés car la haine de l’autre a pris le pas sur la révolte.

L’extraordinaire perversité des gouvernants actuels, appuyés par des médias inféodés au pouvoir, qui transforme les victimes de la politique anti sociale menée depuis des années en parias, consciencieusement, pour préserver le capital, ses princes et ses sbires, porte aujourd’hui ses infects fruits au goût de mort.

La haine, le mépris, ils en connaissent toutes les arcanes, ceux qui ont orchestré, depuis des années, la destruction de la sagesse, de la raison, de la solidarité, du sens de l’humanité.

Mais cette politique de l’apprenti sorcier, cruelle et violente, est aussi d’une consternante bêtise, car qui sème le vent pourrait bien récolter une tempête dont la violence nous laisserait tous exsangues et meurtris.

« L’hymne de la haine ne profite pas à l’humanité ». Gandhi