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18 octobre 2010

les portes de l'histoire

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Il y a dans l'air comme quelque chose de 1995. La grève commence à peser, mais elle plaît. La pénurie de carburant fait entrer dans le quotidien une gêne. Mais on l'accepte avec philosophie. Avec jouissance. Presque heureux de voir ce mouvement, jusque-là indolore, impacter sa vie. Et donc l'économie. Mettre le gouvernement dans une impasse d'où il ne peut plus sortir. Sauf à attiser les tensions et parier sur la violence.

Qu'elle était drôle, Christine Lagarde, Madame 2%, affirmer les yeux dans les yeux dimanche, derrière un petit sourire narquois et des pommettes saillantes : "Vous êtes bien gentils avec vos histoires, comment pouvez-vous parler de pénurie ? 2% des stations service seulement sont fermées !", alors que les automobilistes en étaient déjà à se refiler des tuyaux, par voie de radio ou d'internet, sur les endroits où il restait de quoi se remplir le réservoir.

Ce soir, c'est Bussereau qui, sur le même registre, brandissait au journal de Pujadas sa carte de France des départements en état d'alerte, histoire de bien montrer que la situation était pleinement sous contrôle...  Voilà à quoi nous en sommes réduits : être gouvernés par Monsieur Météo. Dommage que météo-France ait ses radars en panne. Ou en grève.

Nous avons un gouvernement de guignols, qui s'agitent derrière un castelet transparent, sans plus l'ombre de la moindre crédibilité. Morbides, aveuglés par leur propre aplomb.

oskraeq2.jpgFigure-toi que je suis rentré dans la grande histoire sociale de la France il y a vingt-quatre ans. Le projet que je combattais s'appelait Devaquet. Chirac était Premier Ministre. Il jurait pendant des mois qu'il n'y avait rien à faire, que jamais il ne retirerait ce projet, qu'il en allait de la compétitivité de la France, qu'il fallait moderniser nos universités, qu'une minorité de manifestants n'aurait pas la peau de sa détermination.

Il envoyait même Pasqua et Pandreau, ses deux ministres aux dents de tigre, lâcher leurs bataillons de CRS provoquer et mâter la jeunesse rebelle. Il fallait faire peur. Il fallait décourager. Ils ne voyaient pas la force de la détermination gagner en assurance tranquille. Et quand un beau matin, on trouvait Malik Oussekine mort sous le porche d'un immeuble de la rue Gay-Lussac, terrassé par des coups de matraque de trop, ils pensaient bien que c'en était fait, que les rangs allaient enfin se rompre. Mais ce furent au contraire les derrnières digues de l'incrédulité qui cédèrent. Et un soir, pathétique mais non sans grandeur, au 20 heures d'une grande chaîne de télévision, Chirac vint en personne annoncer qu'il se rendait.

Et si les jeunes d'aujourd'hui entraient à leur tour dans l'histoire sociale de la France par la grande porte ? Par celle de la victoire ? De la conquête ?

Je m'en vais perdre demain ma cinquième journée de paye depuis l'été. Mais c'est quoi, cinq jours, à côté des deux ans qu'ils veulent me voler ? Et surtout, surtout, à côté de l'entrée de la nouvelle génération dans l'expérience initiatique de l'utilité de la lutte ?

Ça, c'est préparer l'avenir ! Et ils ont beau jouer les météorologues, ce n'est pas la pluie annoncée pour demain qui m'arrêtera !