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01 novembre 2008

né avec les saints (1) mon père

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Il était né le jour des saints. Quatre ans plus tard, le monde était en guerre.

Il avait sept ans quand, au camp du Récébédou à Toulouse, après des mois d'attente dépourvue de sens et une fausse couche de sa mère sur une paillasse entre ses trois enfants, il fut extrait in extremis d'un convoi en partance pour Auschwitz par des religieux qui intervinrent en sa faveur.

Il avait dix ans quand le monde retrouvait la paix. Quinze quand il perdit son père, immigré juif roumain, dont je ne sais s'il avait fui la misère ou les pogroms. Il avait vingt-deux ans quand il fut appelé pour l'Algérie, vingt-quatre quand il fut arrêté pour désertion et participation à un réseau de porteurs de valises.

Il était né le jour des saints et vingt-huit ans plus tard, quand il sortait de prison, il était un homme libre depuis bien longtemps déjà.

La vie lui avait appris l'injustice, la misère et la révolte. La prison lui enseigna la justice, la pensée, le sens du monde, la lutte des classes, la littérature, le yoga, la peinture... l'universalité de la culture humaine.

Il avait vingt-neuf ans quand je l'ai connu. Il partit à cinquante-sept ans, après m'avoir transmis beaucoup de ses valeurs, mais sans que je ne me sois jamais intéressé vraiment à ce qu'avait été sa vie d'homme. Il était mon père : qui lui demandait d'avoir été un homme ?

Mon père. Il aurait eu soixante-treize ans aujourd'hui. Il peignait. C'était un saint.

(une suite)