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08 juin 2009

le virtuose de la mise en bière

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Il jouait du violoncelle. Depuis gamin. Et il venait d'incorporer un orchestre, ce qui constituait le début de l'accomplissement de son rêve : devenir  musicien professionnel. Mais de salles à moitié pleines en salles à moitié vides, le patron leur annonce un jour qu'il jette l'éponge. C'est le début du film. L'orchestre est dissous, et Daigo ne se sent pas suffisamment talentueux pour rechercher un autre ensemble.

Endetté, fraîchement marié, il part avec sa dulcinée, Mika, dans le village de sa mère décédée tenter de reconstruire sa vie.

Il y trouvera un emploi honteux, embaumeur, qui lui vaudra la déconsidération de son entourage, mais dans lequel aux côtés d'un vieux maître il deviendra virtuose. Il y retrouvera aussi des souvenirs, celui de ses premières mesures à l'archer, des bains chauds, celui de son père parti, abandonnant une mère désemparée et la musique de Pablo Casals, impardonnable.

Nous sommes au Japon. Cette tradition de l'embaumement public, en présence et devant l'attention de la famille et des proches, est un peu déconcertante. Elle donne lieu à des quiproquos et quelques épisodes croustillants. Mais surtout, c'est une belle parabole sur soi et le regard des autres. Sur les échecs et les réussites, finalement interchangeables. Sur la transmission, sur ce qui reste quand on s'en va, sur ce qu'on emmène avec soi qui ne se dissout jamais, même quand la musique explose.

Sur des façons de passer des messages, sans user de mots, pour transcender l'imaginaire et traverser les générations.

C'est peu dire que ce film m'a déchiré le cœur. Ce violoncelle aux mains agiles, confronté à l'éclatement de son orchestre, qui y perd le sens de la vie, qui se redresse en s'affranchissant du regard stigmatisé porté sur son métier, à affronter jusqu'à celle qu'il aime parce que derrière se cache une quête intime... Qui aime aussi se purifier dans les eaux chaudes d'un bain public, par réminiscence et parce que son corps est truffé de nœuds à défaire. J'ai beaucoup entendu renifler dans l'obscurité de la salle de cinéma, et moi je laissais glisser mes larmes, le long de mon cou, sur ma poitrine, et je jouissais de ce débordement.

Dans le silence mortifère qui se formait autour de moi, les larmes ont occupé tout mon week-end, jusqu'à la déraison. Des larmes de deuil, pressentant la mise en bière de mon amitié amoureuse, et de mes espoirs. J'ai très peur de demain. Mais ne me dis pas des paroles sages.

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Departures. Oscar du meilleur film étranger 2009. En salle depuis le 3 juin.

02 juin 2009

un violoncelle sur le Fujiyama

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Tu ne me convaincras pas que ce n'est pas fait exprès : mercredi sort en France Departures, l'Oscar 2009 du meilleur film étranger.

A cette occasion, s'affiche partout dans Paris, un violoncelliste japonais sur fond de Fujiyama. Si ça, ce n'est pas fait que pour me faire tourner la tête, pour me faire virer bourrique, pour animer au fond de ma tête une petite musique douce, tendre, complice et éternelle quand je suis dans les up, ou pour agiter dans le sens des aiguilles d'une montre le couteau dans la plaie quand je suis dans les down, c'est fait pour quoi, alors ?

Donc du coup, je pars pour me l'offrir dès sa sortie (c'est fait, va voir là). D'autant que derrière le violoncelle, se cache un petit côté six feet under qui ne sera sans doute pas pour me déplaire.

Et à part ça, tu vas comment, toi, avec ton ami d'amour ?