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13 février 2011

tout est affaire de décor

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J'ai beau être branché opéra ces temps-ci - je m'en vais d'ailleurs écouter La Voix Humaine, cet après-midi à l'Athénée - je suis passé à côté de la production dont tout le monde parle : Jules César, avec la star des stars, Natalie Dessay herself dans le rôle de Cléopâtre. A l'heure de la mise en vente, une petite voix amie m'avait glissé que, ben non, l'opéra baroque, pas trop, et j'en étais resté là. Et puis un jour, à la radio, au début de l'hiver, j'entendis un aria de Cléopâtre par Patricia Petitbon, et merde,  c'était magnifique. Haendel aurait-il donc mérité plus d'égards ? J'allais voir sur internet, mais Garnier était complet, et même en y mettant le prix on ne trouvait plus que des places sans visibilité.

J'avais fait mon deuil de l'affaire quand Radio classique se mettait à diffuser des publicités sur l'opération UGC : la représentation du 7 février, en direct live sur grand écran, dans quelques salles partenaires. Je n'ai pas d'abord vraiment prêté attention à cette offre. De l'opéra au cinéma, bof ! (pour 28 euros la place, soit dit en passant : même à Bastille, mes places réelles sont moins chères !). Sauf qu'il y a de cela quinze jours ou trois semaines, je suis tombé par hasard sur Manon, un opéra de Jules Massenet mis en scène par David McVicar.

Car - je dois te le dire - ma télé est souvent branchée sur une chaîne musicale : Mezzo, que je paye en supplément à canal satellite pour compléter mon bouquet, et depuis peu BravaTV, tout en HD, qui s'est incluse à mon offre sans que je ne demande rien. Tout en pianotant sur mon ordinateur, donc, à l'affaire sans doute avec un billet de mon blog un soir, je me suis peu à peu laissé captiver. Oh!, le registre était classique, mais les voix étaient belles, les jeux étaient convaincants, et l'histoire d'un romantisme de bon aloi. J'ai découvert qu'un opéra à la télé, ça pouvait le faire, et qu'au cinéma, forcément... pourquoi pas, donc ! Je reconsidérais ma position sur l'opération UGC.

Las, le temps de réagir, toutes les places étaient prises dans les UGC. Toutes. A Paris comme en banlieue. Bah!, pas grave, ça me faisait au fond une petite économie...

Et puis voilà ce qui se passe quand on a fait son deuil de tout. C'était dimanche dernier, pile poil, la veille de la retransmission en direct dans les salles UGC, en soirée, à 19h50 : BravaTV diffusait un Jules César de 2007, dans une mise en scène de McVicar.

Rien que  le nom de McVicar m'arrête désormais : ayant retrouvé dans Manon des traits communs avec le 6a00d834ff890853ef010535df7899970c-500wi.jpgSalomé que j'étais allé voir à Londres l'an dernier, malgré l'éloignement des objets et de leur morale, j'avais fait des recherches et m'étais rendu compte que les deux productions étaient dues au même metteur en scène, à ce David MacVicar, donc, dont il m'apparaissait qu'il n'avait pas froid aux yeux, qu'il avait recours sans sourciller à la nudité sur scène, pour plutôt de bonnes raisons, et qu'il plaçait son trait là où l'œuvre méritait d'être soulignée. Sa page wikipedia m'apprenais même qu'une académie people l'avait classé parmi les cent personnalités gays les plus influentes de Grande-Bretagne. Il y a de ces classements !...

Son Jules César était fascinant. Toute la soirée, dimanche, nous sommes restés scotchés devant l'écran. La musique de Haendel était fabuleuse, les aris de Cléopâtre, chantés par la jeune métis Daniele De Niese, clairs et enjoués, les chorégraphies, égyptologisées et drôles. J'étais surpris de découvrir que Jules César et Ptolémée, les deux souverains rivaux et impériaux, étaient joués par une mezzo-soprano pour l'un (Sarah Connoly), et par un contre-ténor pour l'autre (Christophe Dumaux) - voilà qui bousculait nos visions machistes contemporaines du pouvoir, quand la majesté paraissait, dans l'imaginaire baroque, mieux incarnée par la performance vocale élevée. McVicar avait opté pour un Jules César napoléonien, et l'univers de la pièce, malgré les intrusions obligées de l'antiquité, du renaissant et du contemporain, s'ancrait dans une imagerie coloniale.

Outre qu'il se confirmait que - moyennant un peu d'intérêt pour la chose et de motivation - l'opéra à la télé, ça pouvait le faire, je découvrais une œuvre de Haendel tout bonnement magistrale. Il me fallait donc renier cette médiocre mécréance proférée là, il y a presque un an ! J'étais partagé entre satisfaction d'avoir finalement pu l'entendre, même par écran interposé, et frustration d'être passé à côté pour Garnier.

dec-cleo-300x177.jpgSeulement voilà, hier, nouvelle surprise : Mezzo diffusait le Jules César de lundi dernier, celui de Garnier et des salles UGC qui m'avaient glissé des mains. Je m'en rendis compte une nouvelle fois par hasard, juste après le dîner au moment même de l'ouverture du rideau, en quittant le journal de France 2 pour faire entrer de la musique dans la maison...

Alors là, j'ai tout arrêté. Igor, friand de musique baroque depuis longtemps et qui s'était pris au jeu la semaine dernière, a tout arrêté aussi, et nous nous sommes offerts une nouvelle tranche de Haendel - trois heures et demi non stop et sans entracte. Comme si nous y étions.

Donc voilà ce que j'avais raté - et il y a une ironie à cette histoire... Natalie Dessay, qui agace, je le sais, certains de mes amis mélomanes, en raison de ce qu'elle se joue de sa notoriété, n'a toutefois pas une réputation usurpée. Son chant est beau, ciselé, substantiel, son jeu est drôle, on y décèle souvent une jubilation juvénile, surtout dans les joutes avec Christophe Dumaux (photo ci-contre), qui joue le même Ptolémée que dans McVicar, qui y chante tout aussi bien un répertoire qu'il maîtrise depuis Dumaux_Press21.jpeglongtemps, mais qui en plus y dévoile de longues jambes et un torse nus à croquer et se fait faire une pipe par un jeune éphèbe sur scène. César cette fois y était joué par un contre-ténor, comme Haendel l'avait voulu, et la performance de Lawrence Zazzo y fut remarquable, sans doute plus crédible que celle de Sarah Connoly. Un autre rôle nous a impressionnés : celui du jeune Sextus à l'esprit vengeur, le fils d'un Pompée décapité par Ptolémée pour plaire à César, alors que celui-ci se rendait à Alexandrie pour signer la paix... La jeune mezzo-soprano Isabel Léonard y a une présence raffinée, bien qu'enlevée, et son duo avec sa mère Cornelia, jouée par la Mezzo Varduhi Abrahamyan, est proprement sublime.

Laurent Pelly en a fait la mise en scène. Je ne sais pas si j'ai déjà vu des œuvres à lui, son nom m'était inconnu et il y a peu que je m'intéresse à ces détails... Mais c'est à lui que l'on doit l'ironie de l'histoire. Car ici, César fait son entrée... au musée. Nous sommes dans les magasins d'un grand musée d'antiquité. Les personnages sont tous des effigies qui s'animent, ou plutôt en sont les fantômes, les manutentionnaires et autres gardiens de musée s'agitant autour d'eux sans sembler les voir. L'idée est intéressante, même si est un peu kitsch de faire chanter les bustes quand le chœur acclame l'arrivée du souverain.

On pourrait donc être au Louvre, par exemple. Ou à la National Gallery. Mais ce personnel qui s'agite autour des sculptures et autres sarcophages, qui les déplace, les range, les ouvre, les nettoie, a quelque chose de spécial. Dans son aspect. Dans ses couvre-chef. Il s'agit d'arabes, c'est bien ça, ce sont des arabes. D'ailleurs, les étiquettes, aux portes des placards, mais oui, elles sont écrites en arabe. Ce sont des Égyptiens et nous sommes en Égypte. Au musée d'antiquité du Caire. Nous sommes david mcvicar,laurent pelly,natalie dessay,jules césar,haendel,georg friedrich haendel,opéra,opéra national de paris,palais garnier,mezzo,bravatvplace al-Tahrir très précisément, parmi les plus belles collections d'antiquité du monde et à deux pas du trésor de Toutenkamon...

Ainsi donc, Garnier mettait en scène des rois décapités et triomphants dans le lieu même et au moment même de la plus spectaculaire révolution démocratique contemporaine... Pharaonique clin d'œil !

08 juillet 2010

dans la folie londonnienne

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Cette fois, je suis un vrai. Un vrai de vrai. Et tu sais à quoi on peut le dire ? Pas au fait que j'ai vu 12 opéras cette saison, dans une frénésie presque adolescente. Pas au fait que j'ai plusieurs fois parcouru des centaines de kilomètres, comme un amant impatient, en voiture, en train, voire traversé la Manche pour aller voir des opéras. Pas à mes queues qui commencent parfois à quatre heures du matin devant Bastille pour réussir à accommoder mes entrées d'opéra à un budget modeste... Non, on le sait à une chose : désormais, je fais partie de ceux qui ont déjà vu au moins un opéra dans au moins deux mises en scènes différentes.

J'étais donc à Londres le week-end dernier pour revoir Salomé, de Richard Strauss. Ou plutôt pour voir Salomé au Royal opera House dans la mise en scène de David McVicar. Une expérience d'opéra incroyable. Presque insoutenable. Angela Denoke y reprenait le rôle créé en 2008 par Nadja Michaël. Un rôle exigent, intense, au corps mobilisé, livré à son propos démoniaque, jouant du sang, du sexe, sacrifiant le désir à l'impossible assouvissement, obtenant - plus que de son beau-père, d'un bourreau nu à ses ordres - la tête coupée du prophète adoré.

L'intensité musicale de Strauss se doublait ici du relief étonnant de chacun des personnages du livret. Le texte d'Oscar Wild en était magnifié, jusqu'aux bavardages iconoclastes des Juifs de Judée, ou aux mondanités dépravés de la cour d'une tyrannie bling-bling.

La veille, nous étions allés voir Le fantôme de l'Opéra au Her Majesty's Theater. Car Londres est aussi la ville de la comédie musicale. En se promenant à pied sur l'avenue qui remonte de Picadilly Square à Soho, les théâtres se suivent et se ressemblent : Hair, Mama Mia, Les misérables, Thriller, Chicago, Priscilla Queen of the desert, Le Roi Lion... Toutes ces productions y prennent pied pour des mois, des années, deviennent les noms familiers de leurs théâtres d'adoption, et jouent à guichet fermé chaque soir.

Il ne manquait que YMCA à cette fièvre. Mais cet air-là, c'est la fanfare de la garde royale, à l'heure de la levée dimanche matin, devant Buckingham Palace, qui nous le jouera, au grand étonnement de la foule rassemblée. Peut-être en hommage au 4 juillet américain ?

Londres a aussi été l'occasion d'un retour aux galeries nationales pour les salles du 16ème siècle, avec leurs Veronese et leur Michel-Ange, d'une visite au British Museum, avec toujours cette gratuité d'entrée qui t'épargne le poids du devoir d'en avoir vu le plus possible pour en avoir pour ton argent. La Pierre de Rosette et la momie de Cléopâtre auront suffi à nous combler pour cette fois.

Ah! Et puis nous avons aussi fait notre petite croisière sur la Tamise, car vu de l'eau, Londres ne se vit pas pareil.

100_4669.JPGVoilà. Et comme le soleil était au rendez-vous, celui du ciel et celui des yeux, avec de la tendresse et du plaisir au bout de l'archet, le week-end m'a rendu un peu oublieux du reste. Pour un peu, je n'en aurais pas remarqué qu'un blog de ma fratrie avait décidé de se mettre en suspension...