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01 février 2011

pour changer de l'opéra

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Hier soir, petite excursion hors des sentiers de l'opéra et de la "grande musique" (je reviendrais plus tard à Madame Butterfly de Puccini, vue samedi dernier à Bastille...), une opportunité offerte par le festival de danse contemporaine Faits d'hiver, dans un nouveau lieu que je ne connaissais pas à La Villette, dédié aux cultures urbaines, le WIP - ouvert le 4 février dernier - avec ce petit joyaux d'une heure pile, Clash :

Deux garçons qui se disputent l'espace dans un affrontement homo-érotique où l'on se frotte pour marquer son territoire autant que pour conquérir l'autre, où l'on se bat pour se toucher, où l'on se touche pour se rejeter, où l'autre est son image autant que son rival, où le sang est la réponse à l'impuissance, et les frontières à l'impossible résolution de l'amour, où l'on n'est jamais loin du jeu...

On le doit à Anthony Egéa.

Pas très glorieux, ça m'a beaucoup rappelé que l'une de mes vidéos favorites pour me palucher ces temps-ci, c'était ça (attention, pas recommandé aux plus jeunes, ni aux âmes sensibles...) :


Tiens, quelque chose me dit que je vis l'amour comme un combat, moi, en ce moment...

07 janvier 2010

le temps des ballets

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Sans doute est-ce lié à Noël et à sa magie, mais je me suis découvert un nouveau goût : pour les ballets, cette fois.

Lors de ma dernière queue matinale pour acheter des places à l'Opéra Bastille, le 18 décembre, j'avais eu la chance que quatre places se libèrent pour le lendemain, presque sous mes yeux, pour le spectacle de Casse-Noisette pourtant annoncé comme complet à toutes les représentations. J'ai ainsi eu le bonheur de partager avec Igor, Bougrenette et ma copine Véronique (Véro, si tu passes par là...) deux heures de féérie totale, le samedi d'avant Noël : un spectacle plein de fantaisie, aux décors changeants. Quant à la musique, connue pour l'essentiel, variée, extrêmement subtile, comme cette danse arabe qui nous a tous scotchés : du grand Tchaïkovsky ! (Bon, Véro s'est bien assoupie un temps  sur la ravissante danse des flocons de neige, mais je jure que Tchaïkowsky n'y est pour rien)

Il y avait eu ensuite la grande soirée des ballets russes à l'Opéra Garnier, le 22 décembre, retransmise en direct dans plusieurs salles de cinéma. J'aurais tant voulu qu'un prince charmant - aux yeux bridés par exemple - me kidnappât et m'y emmenât de sa monture métropolitaine !... Mais que nenni, personne ne m'y avait invité, et là, il n'y avait plus la moindre petite place lorsque je me présentai au guichet.

Heureusement, France 3 eut l'excellente idée de le mettre à son programme du Nouvel an. Devant un reste de fois gras et de saumon fumé, nous nous sommes pressés autour de l'écran plat, le prince compris, pour déguster les couleurs burlesques du Petrouchka de Stravinsky, puis la cambrure taurine du Tricorne de De Falla dans un décor dépouillé et grandiose dessiné par Picasso. Ce spectacle avait une ampleur apres_midi_d_un_faune_01.jpgrétrospective qui ravivait ce premier quart du XXè siècle qui vit la danse basculer du classique vers ses premiers ferments contemporains. La chorégraphie tendre, intrigante et délicate de Nijinsky sur le Prélude à l'après-midi d'un Faune, de Debussy, clôturait la représentation, en nous laissant tous bouche bée devant tant de beauté. Dieu, que j'aurais voulu y être !

Je me suis rattrappé avant-hier soir, toujours à l'opéra Garnier, et de quelle manière ! Le Béjart Ballet Lausanne, dirigé par Gilles Roman, présentait quatre chorégraphies rares, 15 ans après le dernier passage du Ballet à Paris, sur quatre pièces de musique contemporaine. Et là, j'avais réussi à acquérir les deux dernières places disponibles, histoire de forcer la main, mais gentiment, à un prince charmant de circonstance qui saurait rentrer dans son rôle. A 7 euros l'unité, on pouvait craindre le pire : "visibilité limitée", était-il inscrit sur les billets. Mais de cette petite loge isolée du cinquième étage, au dessus du poulailler et juste sous la voûte céleste de l'Opéra, en se penchant vers la rambarde, on y avait une vue parfaite et imprenable, et toute l'intimité qui sied aux contes de fées.

Ce qui est bien avec Béjart, c'est que sa danse fait tellement corps avec la musique, qu'elle en révèle toute la charpente. Là où Bartok ou Webern semblent produire une partition totalement destructurée, les figures chorégraphiques soutiennent l'écoute et son ossature devient perceptible, presque évidente.

Sonate à trois, inspirée du Huis-clos de Jean-Paul Sartre, sur la sonate pour deux pianos et percussions de Béla Bartok, nous plongeait d'emblée dans une tension haletante. Je n'aurais sans doute pas reconnu de la même manière, sans le jeu brutal de confrontations et de fusions des trois danseurs, que piano et percussions avaient pareille parenté. Évidemment, le piano est un instrument percussif, ai-je dit à mon ami, essuyant son rire moqueur. Semblables et dissemblables, unis et opposés, magnétisés ou révulsés. Deux danseuses en robe, rouge ou verte, un danseur en noir, trois chaises, et une porte qui apparaît à la fin, s'ouvre sur un rayon de lumière extraterrestre, repousse l'homme en noir vers les deux femmes qui l'avaient chassé, et les renvoie chacun aux trois arrêtes de leur scène.

Les cinq mouvements du quatuor à corde de Webern Opus V mettait en scène un couple en blanc qui se déchirait comme des violons à l'harmonie mystèrieuse d'une infinie délicatesse.

Un autre duo jouait avec un clarinettiste sur une musique de Pierre Boulez. Une partition assez ludique, Dialogue de l'ombre double, et des APO0305007.jpgfigures toujours sensibles, amples ou intimes, accordées ou désaccordées, mais toujours en étrange concordance avec la musique.

Après l'entracte, le Marteau sans maître - Boulez, encore, mais dans une forme orchestrale plus riche - constitua véritablement le clou du spectacle. Une chorégraphie claire et dépouillée mettant en scène six danseurs et une danseuse, parfois manipulés par d'obscurs prêtres noirs encagoulés, toujours en arrière plan, là mais effacés, tapis mais pesants, parfaitement identifiables, me fit remarquer mon ami, aux personnages que l'on appelle les kurokos dans cette forme épique du Kurogo.jpgthéâtre traditionnel japonais Kabuki.

Les danseurs du ballet Béjart sont d'évidence tous issus d'une solide formation classique. Jeunes et beaux, athlétiques, d'une parfaite maîtrise technique et artistique, ils offrent un spectacle incroyable. J'aimerais tellement savoir en parler, dire la surprise et l'émotion que créent les tableaux, les uns après les autres, leur enchaînement, l'alternance des mouvements d'ensemble et des ruptures d'équilibre. On est avec eux sur le fil, en danger, suspendus, et toujours une arabesque vient nous cueillir par surprise.

Le rideau se baisse et on en redemande. Béjart fut un roi. Et je me souviens que j'ai aimé, moi aussi, un danseur.

04 septembre 2008

Thierry (2) une valse autour du monde

 

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Tu te rappelles, Indigènes. Forcément, tu t'en rappelles : ces héros, ces va-nus-pieds, pris par la France à l'Afrique et envoyés au front, souvent en première ligne, pendant la première guerre mondiale, et à qui il aura fallu attendre presque 90 ans pour être reconnus dans leur rôle et leur sacrifice.

A la fin de la Première guerre mondiale, certains, survivants, furent envoyés sur d'autres fronts. En Indochine, notamment.

Et il y eut des histoires. Forcément, il y en eut.

Thierry est le fruit de l'une d'elles. Son père était né d'une liaison entre un tirailleur sénégalais et une Vietnamienne. A la décolonisation, encore jeune, il vint s'installer dans l'est de la France, portant muet sur le revers de son coeur la cicatrice indélébile de l'exil. Et un jour, il y rencontra celle qui allait devenir la mère de Thierry. Une histoire, encore, de celles d'où naissent les hommes.

Thierry portait cette histoire, la petite et la grande. Il la portait dans son coeur, dans sa quête. Et puis il ne pouvait rien y faire : il la portait dans ses traits, sur sa peau. Ce métissage sublimait son regard, son sourire, les courbes et les angles de son visage. On croisait sur sa peau quasiment le monde entier, de vastes continents et donc l'infini des océans. Et il portait tout cela de l'allure fière qu'ont les danseurs, le port haut, les reins cambrés.

Qu'on se soit rencontré dans un sauna prouve la noblesse de ces lieux. J'ai dit ici dans quel état d'esprit j'y étais venu ce jour-là. Plein de colère et pétri d'amertume, donc en homme libre. Dans un sauna, malgré tout, on oublie vite pourquoi on y est venu. On oublie vite après ce qui s'y est passé, ou dans quel ordre.

Nous étions trois. Qui avait séduit qui le premier ? j'avais vu un prince arabe, qui avait vu Thierry, qui m'avait vu. Au brutos7325_by_HowardRofman.jpgmoment de s'enfermer avec mon prince dans une cabine, Thierry était ressorti, m'avait attendu, et m'avait fait signe d'entrer. Audace hors du commun.

Je me souviens aussi que ce trio ne tint pas jusqu'au bout. Assez vite, ou assez tard, en tout cas devant l'évidence d'un magnétisme où il n'était plus, notre Prince s'en alla. Le corps à corps devint alors peu à peu un tête à tête, nous commencions à nous découvrir au delà des sens, à nous abstraire du sordide du lieu, et à croire que notre rencontre ne résultait pas du hasard.

Je restais avec lui ce soir-là, nous nous offrîmes un restaurent au bord du canal de l'Ourq. Dès ce premier repas, nous fûmes adoptés par le patron, qui eut toujours ensuite une complicité bienveillante à notre égard. Je crois qu'on le lui aurait demandé, il nous aurait marié sur place. Puis je restais chez lui pour la nuit.

Le lendemain matin était un dimanche, mais je devais travailler et il devait descendre sur Marseille. Je me souviens l'avoir laissé à Créteil à proximité du métro. Il nous restait de l'envie et des promesses. Et des SMS pour laisser jouer la séduction. Ce voyage avec lui dura quatre mois. Clara n'en serait qu'un épisode.

30 août 2008

Clara, la baie de tous les possibles

 

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Le mois d'août 2003 était passé. Ma grand mère était morte de la canicule, j'avais été rappelé violemment dans le giron familial et notre histoire avec Thierry s'était terminée en queue de poisson. Je t'en ai parlé il y a peu (voir mon amant de canicule).

Il y eut quelques soubresauts en septembre. Parmi lesquels cette curieuse coïncidence.

J'étais engagé dans la préparation d'un festival dont la danse allait être le fil rouge l'année suivante, et le Viêt Nam l'invité d'honneur. Thierry m'avait emmené dans le sud de la France sur des terrains d'expression chorégraphique contemporaine, mais il avait une amie, une associée même, impliquée dans le travail de sa compagnie, qui entre autres cordes à son arc collaborait avec l'Opéra de Hanoï dans le cadre d'une résidence financée par le service culturel français.

Il se trouve que dans le courant de septembre, je partis au Viêt Nam pour une mission exploratoire, et Thierry m'avait donné le numéro de téléphone d'un attaché culturel de Hanoï qui était en relation avec Clara. Il était évident que le projet sur lequel elle travaillait allait m'intéresser, il fallait absolument que je la rencontre.

J'avais peu de temps à Hanoï, en fait : deux jours pour des rencontres déjà programmées, un jour pour un peu de tourisme, après quoi, des officiels de mon institution me rejoindraient pour visiter des partenaires situés à Yen Bai, à six heures de train de Hanoï.

Quand j'appelais l'attaché culturel, il me dit d'abord qu'il allait se renseigner, puis le lendemain que ce n'était vraiment pas de chance, mais que le projet était fini et que Clara venait de repartir.

Durant ma journée de tourisme, je décidais d'aller à la Baie d'Halong, un site de légende tant de fois rêvé. J'avais pris une réservation la veille dans une petite agence de voyage de rue comme la ville en regorge. Levé tôt, une moto vint me prendre pour m'emmener à un point de regroupement, j'y rejoins un groupe d'une douzaine de personnes, nous prîmes place rapidement dans un mini-bus qui nous emmen2) Halong (11).jpgait à l'embarcadère, deux heures de route plus loin.

Dans le bus, un guide touristique animait notre trajet. On se mit à converser en anglais avec nos voisins. On eut la pause déjeuner avant l'embarquement dans un petit restaurant de poissons, puis enfin, l'instant attendu, au milieu d'un mouvement grouillant, de dizaines d'embarcations aux allures fières, un mélange d'exotisme et d'ambiance portuaire ordinaire : nous partions à la découverte de la Baie d'Halong !

Devant la magnificence de ce site, je réalisais la chance incroyable que j'avais d'être ici. L'endroit était plus magique encore que je ne l'avais imaginé, plus absorbant que les images d'Indochine en avaient laissé paraître.

Avec les personnes de mon groupe, nous étions d'abord tout entier tournés vers ce monde rocailleux et fantasmagorique. Puis comme on s'habitue à la beauté, on se remit à parler.

marionettes viet 225.jpgAssise à mes côtés, une longue fille blonde, scandinave, pensé-je, partageait son émerveillement avec moi. Je l'interrogeais sur son séjour. Elle n'était pas là en touriste, elle venait de travailler à un projet culturel. Mais peut-être pourrait-on  poursuivre la conversation en français, non ? On rit. En fait, elle était chorégraphe et elle venait d'animer une résidence avec les danseurs de l'Opéra de Hanoï. Elle s'appelait Clara, lui dis-je sur le ton de la suggestion. Elle était stupéfaite.

Je lui dis qui j'étais, je lui racontais comment j'avais passé deux jours à chercher sa trace puis avais fini par abandonner. Une timidité forte s'installait entre nous tant cette rencontre semblait incroyable. Je lui parlais de mon festival, elle me posait plein de questions, l'idée de spectacles sur l'eau la séduisait. Autour de nous, les rochers aux formes les plus invraisemblables, surgis de la mer, nous enfermaient dans l'irréel. Puis elle  me parlait de son travail avec l'Opéra-ballet, du travail réalisé avant elle par Régine Chopinot, qui serait visible d'ailleurs quelques jours plus tard à Cahors dans le cadre d'un festival francophone.

Le bateau à présent s'en retournait au port. Nous avons parlé de Thierry. Il avait été un ami très proche, lui dis-je, je crois qu'elle comprit que nous fûmes amants.

Au retour, j'allais à Cahors voir le ballet de l'Opéra de Hanoi, elle répondit à notre appel à projet et fut sélectionnée, sa chorégraphie installée sur une péniche fut même un clou de notre festival, unanimement apprécié, léger, emprunt d'un univers singulier tinté d'un Viêt Nam contemporain, chaloupé. J'y voyais moi, partout autour, et bien que ce fut sur les berges de la Seine, de fabuleux rochers improbables.

Thierry ne formula aucune proposition de spectacle cette année-là, mais s'en fut admirer le travail de Clara et conçut un projet pour la saison suivante.

06 février 2008

sous les projecteurs

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Je ne suis pas fan de la lumière des projecteurs. En général. J'aime mieux agir dans l'ombre. Pour mes petits péchés privés, comme pour mes grandes occupations professionnelles.

J'ai toujours préféré être le collaborateur anonyme d'une personnalité publique plutôt qu'occuper le devant de la scène. Ce qui ne m'a jamais empêché de vivre de grandes choses, et de rencontrer de grandes personnes...

Bref.

Mon heure de gloire, j'aime bien me la payer juste ici, avec toi, dans une petite intimité feutrée, doublée de cet anonymat chancelant et sans importance.

Pourtant lundi soir, par un concours de circonstances que je ne saurai expliquer, j'étais sur une scène, parmi des artistes et autres directeurs de festivals, pour rendre hommage, un an après sa mort, à un président de conseil général dont la politique culturelle avait été ambitieuse.

Sur la scène, confortablement installé dans un canapé, légèrement de côté mais face au public, ou plutôt, chose 6c111bfab118bf60c999d2333a09fd60.jpgétrange, sous le regard du public, j'assistais à des représentations ponctuées d'interventions et de messages, attendant le moment de donner mon propre témoignage.

Il y eut de la danse, de la chanson, du théâtre, de la poésie, de la musique contemporaine, il y avait des estampes accrochées aux abords des estrades.

7d836856d5f59303ecc6d47e186c811a.jpgJ'ai aimé entendre chanter Courir les rues, voir danser dans la verticalité et en suspension un magnifique duo de Retouramont, entendre jouer au piano comme on fait l'amour : avec les pieds, les bras, les fesses, la tête, le corps entier, sur une partition étonnante de 2E2M...

Chawki Baghdadi, un poète syrien, a été lu en conclusion, et m'a replongé, deux minutes, dans l'entre deux eaux de ma jeunesse :

Le silence

je suis allé écouter le silence
et il m'écoute

à mes membres
à mes yeux
à mes doigts
à ma peau frissonnante
à ma langue
à mon cœur, mes veines et mes artères
je dis "pas un mot"

je dis taisez-vous
ne bougez pas
comme si vous étiez morts
et que l'effervescence des fontaines ne reste
qu'un pur repos
pour écouter mon âme invisible
(...)
laissez les airs papillonnants
parler de la couleur
comment dans le bleu, le rouge, le jaune, le vert
l'univers danse ravi
de la fusion des coloris sur la toile impressionniste
du beau dieu impénétrable

c'est le silence qui sort dans ma solitude
sa baladant en moi et vers moi
et si au loin un mot se lève
il l'attrape pour se jeter, pour me jeter
et me remettre sous la couverture
(...)
le silence n'ouvre la porte
qu'à quelques aboiements
quelques crachats
quelques sanglots délicieux
comme passage d'un courant d'air très doux

il reformule ma pensée ridicule
et mon cœur fragile
il me lave
me purifie
puis sans douleurs
sans bruits
sans manuels
sans assistant ferme mes blessures
(...)