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05 avril 2009

la dictature de la bouteille

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Les eaux glacées du calcul égoïste est un blog que j'affectionne. Toujours très au fait de l'actualité de l'eau. De la grande actualité. Mais parfois aussi des petites mesquineries de tous les jours, de celles qui en disent long, qui trahissent de grandes hypocrisies, et préfigurent une sorte de totalitarisme. On y apprenait ainsi en fin de semaine, que les eaux Cristaline avaient obtenu d'un maire - au moyen d'un ignoble chantage à l'emploi - qu'il mette son véto à une action pédagogique organisée par une classe de collège, dans le cadre d'une action d'éducation à l'environnement, parce que les enfants avaient calculé ce que représentait, en CO2, les déchets cumulés liés à l'utilisation de bouteilles en plastique, et faisaient la promotion de la consommation de l'eau du robinet pour lutter contre le réchauffement climatique. Et dire que se termine à peine la semaine du développement durable...!

Je n'ai pas beaucoup d'affection pour les marchandiseurs de l'eau en général, et de l'eau en bouteille en particulier. Cristaline, c'est cette marque qui n'avait pas hésité, il y a deux ans, à dénigrer dans une campagne de publicité l'eau du robinet. Leur affiche représentait une cuvette de WC barrée d'une croix rouge et comportait ce slogan : "Je ne bois pas l'eau que j'utilise". C'était déjà abjecte ! La société Eau de Paris, et eau-cristaline.jpgd'autres, sont d'ailleurs en procès contre Cristaline depuis.

Mais là, utiliser un petit pouvoir économique pour instrumentaliser un élu de la République contre le travail éducatif et citoyen d'enfants, c'est franchement à gerber. Ce n'est pas demain la veille que je reboirai de la Cristalline. "Qui prétend que Cristaline a bon goût ne doit pas souvent boire l'eau du robinet!". C'est derrière ce message qu'un appel à boycotter Cristaline avait été lancé : ici.

J'en profite pour signaler à Gilberto, un ami restaurateur du Nord, qui ne lit pas ce blog - c'est donc une private joke dans le vide - que je me suis procuré une carafe : je la lui remettrai dès que nous nous verrons autour de sa meilleure pizza du monde, c'est à dire très bientôt.

25 juin 2008

l'hypnose

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Là où je suis, je traverse ces jours-ci des paysages étranges : étrangement verts, d'abord, alors qu'ils devraient en ce début d'été être déjà brûlés à vif. Étrangement tachetés de rouge ensuite, peuplés de coquelicots étonnamment résistants, ou plutôt revenus pour un deuxième printemps. Et surtout traversés d'une population étrange, de grandes tours métalliques blanches et étroites, surmontées chacune de trois longues pales de fer. Si Don-Quichotte de la Mancha voyait ça...! Tous ces ces moulins modernes, organisés en vastes forêts trans-paysages. Il y aurait de quoi lui faire tourner la tête quelques milliers de fois.

D'autant que, et c'est cela qui est étrange, moi je trouve ces paysages - pour le moins pourtant dénaturés - tout simplement beaux. Comme une vigne sur un vallon, comme la clairière à la lisière d'un bois... L'intervention humaine n'enlaidit pas toujours l'environnement, elle peut aussi parfois le sublimer. Et ces champs d'éoliennes sont incontestablement beaux. Ils sont, je vais te dire, carrément hypnotiques. Je me suis surpris, passager d'un véhicule qui traversait leur étendue, à ne pas pouvoir les quitter des yeux. Elles tournaient toutes en même temps, toutes au même rythme lent et entêtant. Simplement belles, envoûtantes.

En France aussi, il faudra bien que l'on s'y mette, que l'on choisisse des sites, qu'en accepte de les transformer, il va bien falloir qu'on paye le prix de politiques alternatives qui préserveront l'essentiel. Ici ou là, ça nous fera des horizons transformés, forcément. Mais je t'assure, ce ne sera pas laid.

15 avril 2008

des voisins si encombrants

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Peut-être es-tu passé à côté de cet excellent documentaire diffusé le mois dernier sur ARTE, le monde selon Monsanto, qui non seulement dénonce les dangers des OGM sur notre santé et sur la biodiversité, mais qui démontre les stratégies machiavéliques dont est capable l'industrie agroalimentaire pour conquérir des marchés.

Pas de panique, tu as une seconde chance, une ultime diffusion étant programmée par ARTE samedi 19 avril à 9h 45 (sur la TNT).
Autrement, mais il faut avoir le câble ou le satellite, la Chaîne parlementaire le diffusera également le lendemain, dimanche 20 avril, à 21h.

ARTE propose même ici une sélection des blogs qui ont intelligemment commenté ce documentaire après sa diffusion - ce qui est rare et méritait d'être signalé. Le billet publié par Christie y figure en bonne place.

Entre autres scandales, on y découvre comment le Mexique, réserve patrimoniale des espèces de maïs les plus diverses, qui s'est refusé à toute plantation de maïs transgénique sur son territoire, se trouve pourtant contaminé, malgré lui, et découvre de plus en plus fréquemment, dans ses champs, des variétés mutantes monstrueuses, qui doivent être pourchassées pied à pied.

Ce qui m'a fait repenser à ce documentaire, c'est de visionner ce matin, pour mon boulot, le court extrait d'un film où l'on voyait le Colorado totalement à sec dans son lit du Delta au Mexique.

Le Colorado est devenu l'un des rares fleuves du monde à ne plus parvenir jusqu'à la mer, asséché en amont par les barrages états-uniens, les cultures irrigantes et l'alimentation en eau des grandes villes d'attraction touristique, notamment Las Vegas. Un paysan mexicain expliquait qu'autrefois, à la crue, l'activité de pêche nourrissait les communautés villageoises, et qu'à la décrue, les terres riches et humides étaient propices à la culture des courges et des haricots. Aujourd'hui, ces terres sont devenues des no man's land inhospitaliers, et les habitants, de misérables candidats à l'immigration vers le grand voisin du Nord, condamnés souvent à vivre clandestinement, ou à s'engager pour la guerre en Iraq dans l'espoir de décrocher la précieuse carte verte. Tout cela, bien sûr, dans le cadre d'un Etat de droit démocratique et incontestable.

Je te jure, être pauvre face à un voisin si encombrant, ce n'est pas une sinécure. Prends le temps de voir le monde selon Monsanto.

02 avril 2008

Nicolas Hulot critique sévèrement le libéralisme

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Dans un accès de lucidité et de vérité, et au risque de heurter ou d'écorner ses amitiés politique, Nicolas Hulot pointe du doigt l'incompatibilité du libéralisme économique avec les enjeux de préservation de la planète. Des extraits de son interview au Journal du Dimanche sont à lire ici.

Si c'est lui qui le dit...

22 février 2008

les mégalos du désert

 

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La ville de Saragosse, en Espagne (où je me trouvais ces jours-ci), et la province autonôme de l'Aragon, s'apprêtent à accueillir, de juin à septembre prochain, l'Exposition internationale sur le thème de l'eau et du développement durable. On comprend que dans cette Espagne si exangue, assoiffée, au point d'en avoir souvent épuisé ses cours d'eau, et de s'être constuit une culture de l'eau longtemps déraisonnable ("ne laissons pas se perdre une seule goutte d'eau dans l'océan"), cette thématique soit au coeur de leurs préoccupations.

Pour les promotteurs de l'EXPO, on peut penser qu'il s'agit de revenir à une approche plus rationnelle et plus durable du problème, restaurer l'image des fleuves et des rivières comme des écosystèmes qui font partie de l'équilibre de la vie, et non seulement comme des réservoirs à eau. Il s'agit aussi d'interroger les modes de développement, de remettre en cause les stratégies économiques fondées sur le tout-tourisme, ou sur la production agricole intensive.

Zaragoza 2008 fera ainsi écho à des luttes récentes qui ont conduit à l'abandon, par le gouvernement Zapatero, des projets démesurés de grands barrages sur l'Ebre, qui auraient conduit à submerger des villages entiers et tout un patrimoine culturel, ou de transferts massifs des eaux de l'Ebre vers Valence au profit d'une agriculture dévastatrice.

Vers un Las Vegas européen ?

Mais curieusement, je ne sais pas me l'expliquer, si ce n'est par des histoires de gros sous, la politique en Espagne 81f6b3b6d7a344892c219ef627c82cd5.jpgcomme ailleurs porte en elle une schyzophrénie chronique totalement déroutante. Ainsi, le même président socialiste de l'Aragon, qui inaugurera le 14 juin l'Exposition internationale sur l'eau devant les médias du monde entier, vient de signer avec un consortium de promotteurs privés un projet complètement démoniaque, dénommé Gran Scala, le Las vegas européen, au coeur du désert aragonais : 17 milliards d'euros d'investissement, 35 casinos, 70 hôtels, 200 restaurants, 500 commerces, un hippodrome et un terrain de golf, tout cela en plus des 4 parcs à thème...

On connait les délires mégalomaniaques des princes de la péninsule arabique et leurs projets pharaoniques à Dubaï et Abou-Dhabi, qui préparent à leur façon, et en sur-exploitant une main d'oeuvre asiatique dépourvue de tout droit et de toute protection (écouter ici les émissions de Gérard Mermet dans Là-bas si j'y suis), une reconversion touristique et économique pour un après-pétrole inéluctable. Soit.

Mais là, à nos portes, sur un continent plutôt plus conscient que les autres des enjeux environnementaux, au coeur d'une région qui s'est battue pour préserver ses ressources... comment le concevoir ? España, por favor, no los dejas hacerlo ! (merci de ton aide, Tisbea)

Qu'il y ait derrière de puissants groupes, à moitié maffieux (j'écris à moitié pour ne pas me retrouver avec un procès au cul, on ne connaît jamais la longueur exacte des bras de ces gens-là), complètement mégalos, sans aucun scrupule à l'égard de toutes les communautés villageoises qui cherchent, pour vivre, à simplement préserver leur rapport simple et modeste à l'eau, c'est évident.

Mais comment ce président - je le répète, socialiste - de l'Aragon, a pu ainsi s'engager, non seulement à autoriser le projet, mais à accorder des dérogations sur les lois relatives aux jeux, à mettre en place des infrastructures autoroutières, à y installer une gare pour la future liaison TGV, à consentir un volume invraissemblable d'investissements publics ?

Outre ces problèmes écologiques, un habitant sur six de la région aragonaise est qualifié de dépendant au jeu. Par conséquent, la réalisation de ce projet pourrait avoir des conséquences psychologiques et financières catastrophiques sur les habitants voisins du site.

Après la stupeur des premières annonces, un petit noyau de résistance est en train de se former. Ils étaient 600 réunis en assemblée, il y a une dizaine de jours, pour former un comité régional "Gran Scala, No!", ils ont décidé de former dans chaque village des comités du même nom, et dotés de leur bâton de pèlerins d'arpenter les sentiers du pouvoir, de la citoyenneté, et de l'action pour mettre ce projet fou en échec.

Heureusement, ils sont rompus aux causes désepérées qui se gagnent à la fin, il leur a fallu cinq ans de Marche bleue et l'élection de Zapatero pour gagner contre le "programme hydrographique national". Ils savent que la route peut être longue. Il n'est pas exclu, comme du temps de la Marche bleue, que les chemins vers Bruxelles leur fasse traverser notre pays. Si c'est le cas, ce ne sera pas une traversée du désert, j'espère, et ils trouveront du soutien sur leur route.

01 février 2008

le jardinage à grand-papa condamné

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J'habite une maison de village, en banlieue parisienne, et je jouis donc d'un petit jardin. Oh ! tout petit le jardin. Là, il est en état d'hibernation, mais bientôt va venir le temps où il se rappellera à mon bon souvenir.

Je n'ai jamais été très fortiche, en jardinage. Et j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les fleurs magnifiques que ma grand mère arrivait à faire venir dans sa maison du Lot entre les lignes de son potager.

Je suis donc tombé des nues d'apprendre, hier, cette nouvelle : une association de défense et de promotion de la biodiversité, qui fait depuis des années un travail remarquable de conservation d'espèces autrefois utilisées par nos grands parents, mais qui ont disparu du commerce parce qu'elle ne disposent pas du brevet par des grandes sociétés grainetières homologuées, vient de se faire lourdement condamnée pour avoir commercialisé ses graines.

Les semences que défend l’association Kokopelli sont maintenues dans l’illégalité par une volonté politique. En effet, malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’Etat français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.

Je ne connaissais pas Kokopelli jusqu'à hier. A la faveur de ce verdict, j'ai donc découvert une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition. Des semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la 9b13517a992a92dc8c2689d57244d2a7.jpgsouveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale. Des variétés, curieusement d'ailleurs, qui, selon qu’elles sont vendues par Kokopelli ou par des opérateurs en relation avec les grandes surfaces, ne sont pas règlementées de la même façon.

Pourquoi de telles condamnation, trois mois après le Grenelle de l’environnement, qui proclamait "il faut sauver la biodiversité !" ?

Il semble qu'à travers ce jugement, ce ne sont pas les semences qui sont visées, mais les actions de l'association :

Kokopolli propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, le plus grand grief fait aux semences anciennes ou de pays est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro-chimie. Voilà la faute de l'association : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. "A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes".

Un tel verdict n'ouvre-t-il pas un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole ? A la disparition de la vraie biodiversité - basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales - qui ne sera jamais compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.

Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression appliquée aux faucheurs volontaires et aux amis du purin d'ortie : chacun cherche à sa façon, à protéger  et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible !

Alors peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !