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12 avril 2011

Youri Gagarine, ma première piscine

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Youri Gagarine, c'est ma première piscine. C'était à Argenteuil, j'avais sept ou huit ans. C'est là que j'ai passé mon brevet de vingt-cinq mètres nage libre. Autant que je m'en souvienne, je n'aimais pas y aller, à Youri Gagarine. La coordination de la brasse m'y était une épreuve. Je n'aimais pas m'en mettre dans les yeux, le chlore avait un goût détestable, qui me provoquait des éternuements toute la soirée ensuite. M'y rhabiller était le pire, les vêtements collaient, les enfiler était une souffrance. Les chaussettes, surtout.

youri gagarine,énergie nucléaire,progrès,croissance,développement,politique énergétique,conquête spatialeIl y avait un plongeoir, flexible, de trois mètres, et un autre, rigide en bois, de cinq mètres qui me terrorisaient. J'ai du m'y élancer une ou deux fois, en me fermant les yeux et le nez, debout comme un i, les jambes dans la position du crapaud, la mort au front, en tremblant comme un feuille. Je crois bien que je n'aimais pas l'eau.

Youri Gagarine, ce fut aussi ma première légende. L'épopée de l'espace me fascinait. Tous ces moyens mobilisés pour l'acte gratuit par excellence de simplement connaître pour mieux comprendre le monde. Je n'étais pas né à son premier voyage dans l'espace, il y a tout juste cinquante ans aujourd'hui. A mon adolescence, la conquête spatiale était devenue un terrain de paix plus que de guerre. Je garde un souvenir précis de la rencontre Apollo-Soyouz. Je me rêvais cosmonaute.

Je ne suis contre ni le progrès ni les grandes épopées scientifiques. Des billets récents, suite à l'accident de Fukushima, peuvent te laisser penser que je m'inscris contre le sens de l'histoire. Certains productivistes pourraient m'accuser de vouloir revenir au temps des lampes à huile : l'accusation est si commode !

Je crois simplement qu'avec la nature, il y a un certain équilibre à respecter, parce qu'elle est fragile, et que notre planète a des limites. La surenchère technologique est donc une spirale destructrice.

Je ne suis pas non plus un adepte du risque zéro, et j'accorde à l'aventure scientifique la même noblesse qu'aux grandes explorations.

Je dis simplement que notre mode de vie s'est construit en technicisant nos ressources, et en les dé-socialisant. L'eau nous arrive au robinet et repart à l'égout par des réseaux enterrés. C'est très bien. On y a gagné en confort, et même si l'on y a perdu la convivialité des fontaines et des lavoirs, il serait absurde d'envisager y revenir. Simplement, je crois qu'il nous faut reconstruire des formes de socialisation, pour retrouver de l'intérêt collectif à la façon dont nos ressources sont gérées, retrouver le sens du bien commun. Peut-être dans des fêtes, ou dans des combats contre les apprentis-sorciers.

En tout cas, s'il y a des choix à faire et des risques à prendre, il me paraît évident que certains doivent être écartés d'emblée, en raison de leur degré de dangerosité, ou de la durée de leur impact. On peut prendre le risque de faire perdre la vie à cinq ou sept spationautes, candidats volontaires à l'aventure de la navette spatiale. Youri Gagarine est bien mort d'un stupide accident d'avion... Mais parier le développement d'une société sur une technologie qui, lorsque le contrôle t'en échappe, a des conséquences aussi importantes en durée et en étendue que l'énergie nucléaire est clairement un choix déraisonnable. La zone d'exclusion autour de Fukushima vient de passer hier de vingt à trente kilomètres. Ils ont ainsi créé pour des décennies, peut-être pour des siècles ou des millénaires, un no man's land de 2.826 km2 - 12 fois la superficie de la Seine-Saint-Denis, pour te faire un idée. 12 fois ! Sans parler du stockage des déchets qui nous oblige à parier sur gagarine-vol-4.jpgla survivance d'une mémoire technologique au delà de six mille ans. Qui sommes nous, pour nous autoriser à léguer cela aux générations suivantes ?

Je crois au progrès. A condition qu'il ne soit pas dicté par le profit. Je veux des pionniers au même sourire engageant que youri Gagarine, mais je ne sauterai plus, les yeux fermés en me bouchant le nez, dans n'importe quel marigot techno-scientifique. Pas plus, en ce qui me concerne, que dans la piscine de refroidissement de combustible nucléaire.

24 août 2010

Mada (10) la petite mort

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Les feux sont éteints, le soleil est couché. Ici et là vibrent encore quelques rumeurs. Parfois le coeur y est gros, c'est le lot des départs.

Tu es en voyage comme en amour. Le désir te tient en haleine, au tout premier contact la fébrilité te désarme. Puis revenu, le manque te harcèle.

Entre les deux, c'est selon. Tu peux t'exalter d'un bout à l'autre, t'ennuyer au milieu de la fête, t'alanguir dans la houle profonde, retrouver en chemin celui des sursauts et des soubresauts, t'assoupir un instant et te réveiller ivre, débroussailler l'espace et le temps, y perdre ta monture, t'affoler ou te retrouver...

Madagascar nous fût une montée sans heurt au 7ème ciel. Chaque jour nous réservait un nouvel espace, un nouveau paysage, un nouveau mode de transport, une nouvelle aventure, et de nouvelles gentillesses bordées de sourires colorés.

L'émerveillement ne marquait pas la pause. Multipolaire. Sauf pour ma nièce, qui s'y trouvait, en plein milieu, un objet d'obsession. Passagère ?

Une fois passée la petite mort, au sens orgasmique du terme, les membres engourdis du chaos des voitures et de l'entre-choc des images, quand tes yeux s'entrouvrent sur le cadavre encore palpitant des souvenirs, tu hésites, redoutant l'inhumation dans l'oubli.

Alors tu prends la plume. Igor a mis la sienne dans sa langue, et nous avons chacun de notre côté soufflé sur des couleurs et fait s'envoler quelques volutes du sable des berges et des collines. Il fallait que les sourires survivent encore un peu. Nous survivent.

Il ne s'agissait pas par cette logorrhée de porter témoignage, ni même de soulager dans les tempes une pression trop forte de lumières rousses.

C'était juste que ces vacances furent plus belles que les autres. Que les portraits et les éléments faisaient corps et que les singulariser, les souligner, les élever dans mon coeur m'était d'une évidence impérieuse. Madagascar n'a pas plus de dignité ni de générosité que le Vietnam, la Thaïlande, Cuba ou l'Ardèche, j'étais juste mieux dipsosé à les recevoir.

Ou encore : j'avais juste enfin mûri assez pour admettre la supériorité d'un mode de vie presque primitif sur l'esclavagiste rêve occidental d'abondance.

Plaise à Landri de ne jamais venir de ce côté-là se brûler les ailes de la simplicité - sous la douce pression d'une famille qui se mettrait à rêver plus fort que lui - et s'enfermer dans l'obligation sociale de réussir un projet de migration devenu impossible dans l'Europe d'aujoud'hui. Plaise à ma nièce de retenir de ce voyage aux Antipodes l'extrême vertige de la condition de femme qu'elle est venue y trouver, sans tourner en rond dans la citadelle d'une promesse, belle sans doute, enchantée même, mais hideusement condamnée à son état de mythe initiatique.

Cette fois, je ne tourne pas la page. Je ferme le livre, encore humide de l'odorante semence que j'ai voulu y laisser pour prolonger la caresse des vents malgaches, et m'en vais retourner aux accents ordinaires de ce blog. Continuer à marcher dans le noir, au bord des piscines de la vie. Parfois nu, arborant de fières érections, parfois le ventre noué, la gorge pleine de gerbe des fonds obscures et xénophobes où nous entraînent nos dirigeants.

A bientôt. 

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(les Préludes malgaches, par le début : c'est là