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12 février 2011

les pieds d'argile

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Allez, levons notre verre à ces géants aux pieds d'argile, à ces rocs inébranlables qu'une pichenette anéantit. Je crains qu'ils ne nous fassent une sérieuse dépression dans les jours qui viennent, et il y aura sans doute moins de médecins à leur chevet...

Les révolutions travaillent plus dignement que les guerres. Je vois plus de propreté dans les fins de Ben Ali ou de Moubarak que dans celle de Saddam Hussein. Et le peuple n'a pas la même tête quand il s'agit de penser aux lendemains...

J'en connais qui doivent regarder leurs pieds, et pas seulement au sud de la Méditerranée : on leur confie une part de l'avenir du monde, la nôtre en l'occurrence, mais ils vont se faire bichonner sans voir d'incongruité auprès de contre-modèles démocratiques. La démocratie leur est pourtant bien commode. Quel alibi, pour refuser d'entendre les contestations sociales ! Vous n'aviez qu'à pas nous élire, ou vous n'aurez qu'à choisir le concurrent la prochaine fois.

C'est vrai au fond, nous, nous avons le choix, alors de quoi nous plaignons-nous, pourquoi ces grèves à répétition qui empoisonnent tout le monde, pourquoi ces manifestations ? Les retraites, l'emploi, c'est tous les cinq ans que ça se joue puisque nous, nous avons le droit de choisir !

Mais c'est bien ça, le problème. On a le droit de choisir quoi, tous les cinq ans ? On y débat de quoi, dans cette élection présidentielle ? On s'y implique comment ? Des produits marketing, des bêtes de communication, des figures pour papier glacé nous imposent leur image fabriquée, et nous en abreuvent pendant des mois. Qu'on ne me dise pas qu'une confrontation Sarko-Ségo tous les cinq ans, même agrémentée de variations préliminaires Marine-Bayrou-DSK, nous dispense de l'action, de la contestation, de la pensée d'un autre-chose, et de la construction !

Finalement, ici, le système est à peu près le même que là-bas. On y devient juste président trop vieux pour rester au pouvoir trente ans. Ou alors - et c'est peut-être moins éprouvant, du coup - le passage par le trône vous laisse atterrir en douceur dans un fauteuil de confortable constitutionnaliste, ou de chargé de mission multi-fonction aux épais jetons de présence. L'essentiel pour les puissants y est exactement le même : que rien ne change pour leurs privilèges !

Alors oui, qu'ils regardent leurs pieds, qu'ils les touchent, même ! Et pas seulement en raison de leurs dernières vacances dorées. Juste pour vérifier s'ils ne sont pas aussi de sable. Et qu'ils n'ont rien de géant !

Quelque chose me dit qu'il y aura beaucoup de chaussures brandies, dans les prochaines manifs... Santé !

12 décembre 2008

la gestion de l'eau à bulletin secret

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Une pernicieuse question de démocratie me taraude ce matin.

Le Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) a donc décidé hier de maintenir, après 2011, une gestion de l'eau déléguée au secteur privé (voir là). Le conseil syndical où siègent les représentants des 144 communes appartenant au SEDIF l'a voté, par 88 voix contre 54. L'écart de 34 voix dépasse largement celui du clivage gauche-droite. Il s'est trouvé des maires de gauche pour soutenir le choix d'une gestion privée, bien qu'on sache qu'elle coûte fort cher (j'en parlais hier). Y compris sans doute des maires qui s'étaient publiquement engagés en faveur de la municipalisation. Mais nul n'a le droit de savoir qui a voté quoi. Ça me semble être une totale aberration démocratique.

Quelle conception de la démocratie, en effet, que celle qui consiste à ce que vous, représentant du peuple, votiez à bulletin secret, sans avoir de compte à rendre à vos administrés, ni même à l'assemblée délibérante qui vous a nommé pour l'y représenter, sur une question aussi importante que le mode de gestion de l'eau.

En demandant et en obtenant l'organisation d'un vote à bulletin secret, les 68 représentants de droite savaient parfaitement ce qu'ils faisaient. Ils savaient ce qui s'était tramé en coulisse. Sur et sous les tables. L'affaire avait été bien arrangée. Moi, je trouve que ça devrait être anti-constitutionnel. Que sur les grands sujets d'intérêt public, les délibérations et les votes des représentants élus devraient être publics, chacun assumant son choix devant les citoyens et devant ses électeurs. C'est cela qui les prémunirait le mieux de toutes sortes de pressions. Ce devrait être le B-A-BA, un principe de précaution contre les risques de corruption. Parce que là, j'en reste bouche bée.

Pour l'heure, c'est Véolia qui s'en frotte les mains et Suez qui se tient en embuscade. C'est que le gâteau est gros...

15 février 2008

Violé !

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S'il y a une chose particulièrement choquante et insupportable : c'est le viol. Forcer un être par une contrainte physique ou psychologique à subir une pénétration, outrepasser son consentement, le laisser sale, avec cette chose souvent ignoble qui l'accompagne : la culpabilité, que la victime est souvent seule à devoir gérer.

Depuis hier, je me sens violé. Comme pris par surprise, par derrière, presque en secret dans un lieu sombre, en catimini, sans avoir rien pu voir venir. La France a hier officiellement ratifié le traité européen de Lisbonne, avec la publication au Journal officiel de la ratification portant la signature du chef de l'Etat Nicolas Sarkozy.

Il y a à peine deux ans, je votais Non au traîté constitutionnel.

Oh! chacun a pu avoir de bonnes raisons de voter Oui, par exemple, comme beaucoup de mes amis, pour ne pas prendre le risque de bloquer les liens entre les peuples d'Europe. C'est respectable.

Seulement voilà : il se trouve qu'il y a eu un grand débat dans le pays, un vrai grand débat politique comme on en connait peu, les uns et les autres ont eu le temps de réfléchir à ce qu'il y avait de plus utile à exprimer, et beaucoup de gens, comme moi, ont plutôt cherché à pousser pour faire évoluer l'Europe vers moins de libéralisme et plus de solidarité.

Et le Non l'a emporté. C'est comme ça. Ca s'appelle la volonté du peuple. Et même si des voix xénophobes ou haineuses se sont mêlées à ce coeur, c'est un Non de gauche qui lui a permis de triompher.

Outre une victoire sur le libéralisme, j'avais voulu y voir, comme beaucoup, l'espoir d'un rassemblement anti-libéral plus durable, un rempart contre le sarkosysme et contre le social-libéralisme. Je garde une grande amertume du pitoyable échec des rapprochements anti-libéraux lors de la présidentielle. La crédibilité même du Non en est sortie affectée, c'est évident.

Mais ça ne change rien à l'essentiel, le peuple a choisi Non.

Sur Wikipedia, "le viol constitue un crime dans la plupart des législations ; la tromperie en constitue généralement, comme la violence, un élément aggravant".

Alors quand un pouvoir politique, avec des parlementaires, organisent dans notre dos, à la va-vite, sans aucun débat publique ou politique, aucun !, la ratification d'un texte dont l'auteur du traîté constitutionnel lui-même, Valéry Giscard d'Estaing, explique qu'il s'agit exactement du même texte, sans aucune modification significative, je dis qu'il y a enculade, et que c'est un crime ! Commis sous l'effet de la drogue d'une noce présidentielle en plus, c'est donc un crime aggravé.

Les parlementaires auteurs de ce forfait démocratique en rendront-ils compte ? Et ceux qui l'ont rendu possible, approuvant, ou en laissant faire la réforme constitutionnelle qui était nécessaire à ce forfait ?

J'aime l'Europe, je l'ai parcourue, j'y ai vécu, j'ai fait se rencontrer des jeunes de différents pays, pour se connaître, s'aimer, ou lutter ensemble. Et je voudrais bien savoir de quoi elle va être "débloquée", cette Europe, ce viol passé.

Débloquée du diktat des marchés financiers ? Des lobbys pétroliers ? des lobbys agricoles ? Du pouvoir d'achat ? Du développement des services publics? Moi je la vois s'enchasser plus vite encore dans le libéralisme le plus débridé, et dans la déresponsabilisation des gouvernements nationaux. Le sentiment du peuple d'avoir été dépossédé de son choix porte en plus des dangers qui me font peur.

Enfin, c'est mon avis et ma crainte. Si les victimes ont un avis à donner.