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29 février 2008

Diversité artistique et culturelle en danger!

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Aujourd'hui est une journée nationale d'action pour défendre la diversité artistique et culturelle en France. Je ne pourrais pas participer à la manifestation prévue à 15h, place du palais Royal à Paris (voir ici) à l'initiative de plusieurs organisations regroupées au sein de l'Union Fédérale d’Intervention des Structures Culturelles. La seule chose que je peux faire, c'est relayer leur message, si juste, parce que je crois très fort en l'art et en la culture, et que j'ai peur d'une société qui ne soutient pas ses artistes et leur travail de création. D'ailleurs demain soir, je m'en vais écouter en concert le coloc de ma copine, qui joue du trombone avec les Starloozes. Ca devrait déchirer.

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L’Etat a décidé de réduire le budget qu’il consacre à la culture. Les acteurs culturels commencent l’année 2008 dans la plus complète incertitude concernant leurs financements. Les plus touchées par ce désengagement de l’Etat sont les associations artistiques et culturelles, compagnies, salles de spectacles, lieux d’accompagnement des pratiques amateurs… qui constituent le vivier de la création et de l’innovation, et sont par leur proximité les premières interlocutrices des populations.

Les baisses annoncées touchent au financement de la création et de la diffusion. Mais plus encore, à l’heure où l’éducation artistique et le droit à la culture pour tous sont affirmés comme prioritaires par le Président de la République, ce sont les aides aux actions culturelles en zone rurale, dans les quartiers, les écoles, les hôpitaux, les prisons… qui sont largement diminuées, voire annulées.

L’Etat, en se désengageant, démantèle le maillage artistique et culturel français, renforce les inégalités territoriales, lamine l’action de proximité et confine les populations à l’offre unique et globale des industries du divertissement.

L’Etat refuse de voir l’importance économique, sociale et symbolique des milliers d’équipes qui font la dynamique artistique et culturelle de notre pays, déjà touchées par la crise du régime d’indemnisation chômage des artistes et techniciens. En faisant reposer les baisses de crédits sur des structures qui sont parmi les plus fragiles du champ culturel, et en centralisant ses moyens sur ses propres institutions, l’Etat met en danger la diversité artistique et culturelle en France.

Il n'y a pas de diversité artistique et culturelle sans diversité des initiatives sociales et économiques et sans reconnaissance réelle du droit culturel de tous les citoyens français.

Par cet appel, il est demandé :


- l’arrêt immédiat des baisses annoncées par l’Etat,
- la concrétisation d’une politique ambitieuse, innovante et démocratique, prenant en compte l’ensemble des acteurs, et notamment l’abrogation et de nouvelles négociations sur le protocole réformant l’assurance chômage des artistes et techniciens intermittents,
- la mise en place d’espaces de concertation en régions.

07 janvier 2008

Bartabas : un artisan en garde à vue

Il y a des coups de colères malheureux, mais salutaires ! Le Nouvel Obs de cette semaine (3 janvier), publie une lettre ouverte que Bartabas a adressée à notre ministre de la culture. Belle démarche, intellectuelle et artistique, de cet homme au succès non démenti, qui rappellera quelque chose à mon ami Christophe, à qui je dédie donc naturellement cette note.

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(publié dans Le Nouvel Observateur du 3 janvier 2007)

Convoqué à la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Ile de France le vendredi 21 décembre, trois heures avant le début de son spectacle, Bartabas s’est mis en colère et s’en est pris au mobilier de la DRAC en apprenant que l’Etat ne tiendrait pas ses promesses budgétaires envers l’Académie du spectacle équestre de Versailles. Interpellé deux heures plus tard et mis en  garde à vue jusqu’au lendemain en fin de matinée à la suite d’une plainte déposée par le directeur de la DRAC, il nous a confié cette lettre ouverte au ministre de la Culture et de la Communication.

"Sachez, Madame la Ministre, que s’il vous est arrivé de me qualifier de "grand artiste, mondialement connu", je me considère, moi, comme un artisan qui jour après jour, du matin au soir, aux cotés de cinquante compagnons, travaille avec passion et dévouement à cette forme nouvelle que nous avons créée et qui, comme vous le dites, "enchante le public depuis plus de 20 ans".

Oui, le Théâtre Zingaro peut se targuer aujourd’hui de jouer à guichet fermé, où qu’il se trouve, en France comme à l’étranger.
Il a, pour en arriver là, soir après soir depuis 20 ans, tissé patiemment une vraie relation, faite de fidélité et de respect, avec son public ; sans jamais se compromettre dans les émissions crétinisantes de la télévision que vous financez en les assimilant abusivement à un service public.

Oui, Madame la Ministre, on peut proposer un travail exigeant, sensible, et pourtant populaire - si ces mots ont encore un sens 27980bead4d3a4d77ea09b3f0dd2aaf0.jpgpour vous.

Cette "œuvre" d’une vie n’a de sens que dans le respect absolu que nous portons à la représentation publique ; ce "rendez-vous" qui est sa raison d’être.

C’est pour cette raison, Madame la Ministre, que l’on ne convoque pas un artiste trois heures avant une représentation pour lui annoncer une telle nouvelle ; et lorsque celui-ci donne à son désespoir l’expression de la colère, on ne demande pas deux heures après les faits sa mise en garde à vue, l’empêchant de se rendre à son théâtre pour la représentation du soir.

C’est faire preuve de mépris, ou au mieux d’incompétence. Et sur ce point, Madame la Ministre, j’aimerais entendre vos excuses.
Parallèlement au Théâtre Zingaro d’Aubervilliers, j’ai rêvé l’Académie du spectacle équestre de Versailles pour affronter sans tricher ce que la génération qui m’a précédé – celle de 68 - a oublié d’assumer : la transmission du savoir.

Je la considère, moi, comme un devoir, une mission - mais ces mots ont-ils encore un sens pour vous ? A travers le parcours d’un homme et d’un cheval qui s’apprennent, je veux transmettre une conception du travail bien fait, dans l’écoute et le respect de l’autre, du public et de soi-même.

J’ai rêvé cette compagnie école pour dire aux jeunes d’aujourd’hui qu’il est possible de se construire en travaillant et non de se détruire au travail.

Cela, Madame la Ministre, je l’ai rêvé… et je l’ai créé, bénévolement, en y consacrant beaucoup de temps, d’énergie et de passion. Alors qu’il m’eût été facile d’enseigner mon art dans le monde entier contre une forte rémunération.
Cette Académie n’est pas la mienne ; elle appartient à ceux qui l’a font exister, jour après jour, prouvant ainsi la valeur de leur engagement.

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Voilà cinq ans qu’ils se battent pour faire exister ce rêve et prouver sa pertinence. C’est aujourd’hui une école unique au monde, et que le monde vous envie !

Voilà plus d’un an que mes administrateurs et moi-même alertons les pouvoirs publics sur la nécessité de prendre en considération nos demandes somme toute très modiques, puisqu’elles concernent moins de 20% du budget général.
Depuis un an, ce ne sont de la part de vos services que méfiance, tergiversation et humiliation, jusqu’aux faits récents dont vous ne pouvez ignorer le détail.

Face à tant de mépris et d’arrogance, je ne comprends plus qu’à travers vous, Madame la Ministre, l’Etat français grâce à sa politique culturelle soit si fier de pouvoir compter Bartabas parmi les artistes représentant le mieux la France à l'étranger, lui dont le parcours jugé irréprochable a permis de créer l’une des plus importantes compagnies françaises.

Si les choses devaient en rester là, je me verrais dans l’obligation de remettre toutes les distinctions dont l’Etat français a bien voulu m’honorer. Elles ne représenteraient plus rien pour moi, et votre fonction à travers vous, pas grand-chose."

Bartabas

[Bartabas a reçu les distinctions suivantes :

Chevalier de l’Ordre National du Mérite, remis par Madame Catherine Trautman, Ministre de la Culture et de la Communication, le 01/04/1999
Chevalier du Mérite Agricole, remis par Monsieur Jean Glavany, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche, le 04/02/2002
Chevalier de l’Ordre National des Arts et des Lettres, remis par Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, le 22 juin 2004.
Chevalier de la Légion d’Honneur, par décret de Monsieur le Président de la République, le 31 décembre 2004 – décoration non remise.]

16:45 Publié dans eaux bouillantes | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : culture