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23 novembre 2008

comme un sou neuf

jamiebamberzk6.jpg

Avec mon chagrin, fin juin dernier, un autre mal a pris naissance en moi : une douleur aiguë derrière l'omoplate gauche. Je ne savais pas trop à quoi l'attribuer : peut-être un mouvement de contraction-rétraction, un jour où j'avais nagé le papillon, pour éviter de filer une mandale à un nageur arrivant en sens inverse - ça, c'était mon explication rationnelle. Ou peut-être un sentiment non exprimé, resté prisonnier de mon plexus, entravé dans ma poitrine et qui frappait désespérément à la porte de derrière pour essayer de s'échapper - c'était la suggestion de mon meilleur pote.

Pendant nos promenades en vélo dans le Quercy, en août, cette douleur m'empêchait de jeter un coup d'oeil vers l'arrière par la gauche pour m'assurer que la petite troupe tenait le rythme. Comme une aiguille à tricoter qu'on m'aurait enfoncée dans le dos. Un truc pas vraiment handicapant, mais omniprésent, lié à des mouvements précis de mon épaule, de mon bras ou de ma nuque.

En septembre, j'ai donc pris le taureau par les cornes, et suis allé consulter un professionnel du corps. J'ai été orienté vers un chiropracteur - ou chiropratitien, selon la terminologie actuelle - par un lecteur de ce blog, devenu ami occasionnel, lui même exerçant ce métier mais loin de là, dans la sublissime ville de Grenade : il avait à Paris un confrère, ami à lui et sérieux.

Recommandé comme je l'étais, j'ai été plutôt bien reçu. C'était mon tout premier contact avec des soins de ce type.

Il y eut une phase de discussion : je lui ai parlé de ma douleur et de certains aspects pratiques de ma vie. Puis il y eut l'observation, de la colonne, des cervicales, du bassin, apparemment, des irrégularités dans le squelette et la musculature livraient à vue d'oeil de premières indications thérapeutiques.

Puis il y eut le toucher et les manipulations. Sur des tables articulées, avec des encoches et des décoches, des "aaaspireeeez - souuuuffleeeeez" terminés par une chiropractic.jpgforte pression, de tout son poids, le craquement d'os et d'articulations qui ne craquent jamais, ceux du thorax, des hanches et d'où sais-je encore...

Les premières séances étaient espacées de quinze jours. Après chacune, je devais m'abstenir d'aller nager pendant deux jours, laisser le corps tirer parti des manipulations, réagir à son rythme et remettre de lui-même les choses à leur place. Il devait y en avoir trois. Mon angine, et l'épisode de l'hospitalisation, avaient en partie neutralisé l'effet de l'une d'elles, il y en eut donc quatre.

J'ai aimé ces moments, jamais très longs, j'ai apprécié de m'en remettre à ces mains et à ces soins. Je dois être un bon client, parce que je lâche totalement prise. Ce soignant a su immédiatement me mettre en confiance.

La douleur n'a pas tout de suite disparu. Elle est d'abord devenue vagabonde, irrégulière. Elle changeait aussi de nature, d'aiguë elle devenait diffuse, se recentrant sur mes vertèbres, et descendant le long de ma colonne sans plus trop excéder l'intensité des courbatures. Aujourd'hui, elle clignote. Je vais passer deux ou trois jours sans la sentir, et puis un matin elle sera là. J'ai l'impression que mon corps la réveille de lui-même, parce qu'il lui semble manquer quelque chose. Et puis il se rappelle qu'elle n'a plus lieu d'être, alors il se ravise et la laisse disparaître à nouveau.

J'avais vendredi une visite de contrôle, un mois après la dernière de la série. Tous ces phénomènes sont normaux, m'a-t-il dit. L'observation et le toucher lui disent que tout est en ordre. Que les ultimes séquelles partiront d'elles-mêmes. Alors je suis sorti de son cabinet frais et pimpant, comme un sou neuf. Avec une visite de routine programmée pour dans trois mois.

Je n'avais auparavant jamais consulté ni ostéopathe, ni kinésithérapeute, ni somatothérapeute, ni rien, oualou. C'est vrai qu'à 50 euros la séance, on veut être sûr du résultat. Je n'ai pas de regret. Après tout, la révision des 60.000 de ma berline m'a coûté bien plus cher le mois dernier !...

04 octobre 2008

parler avec son corps

 

brutos7339_by_HowardRofman.jpg

"Il y a des jours de la sorte. Le corps s'impose. Parle. Dicte. Hurle. Sort de son silence. Il y a des jours comme ça, on l'écoute. Et tout d'un coup, une nouvelle vision des choses s'ouvre".

C'est Chiron qui m'a déposé ce commentaire l'autre jour, en rapport avec mon angine.

Je crois que j'ai longtemps considéré mon corps comme une excroissance inutile. il y avait moi, qui m'en sortais comme je pouvais, jamais brillant, mais jamais à jeter, et puis il y avait cette espèce de machin, là, gourd et creux,  qui m'encombrait, qui me valait des railleries. Du coup, je ne m'en occupais pas - il n'aurait plus manqué que ça, tiens ! C'était mon boulet plus que mon outil. Le passage au garage, c'était exclusivement pour les pannes sérieuses ou pour soigner les bosses, et puis ça repartait. Il n'était pas vraiment un partenaire, mon corps, encore moins un ami, ou un frère. Je ne communiquais pas avec lui. Je lui infligeais. Tout. Mon oisiveté, ou ma suractivité, mon stress, ou ma déprime. C'est comme ça, sans doute un malentendu né dans l'enfance, dans un malaise d'adolescent, dans ma différence, le rejet du sport découlant de tout cela.

J'avais trente ans quand j'ai commencé à m'y intéresser. Quand j'ai pensé qu'il pourrait m'être utile, et que pour ça, il fallait aussi que je lui rende un peu service.

En passant la porte de la piscine, je faisais de lui mon complice, et lui m'ouvrait la voie vers de nouveaux plaisirs. Ceux de la glisse, ceux du dépassement, ceux des rencontres, ceux du sexe.

Dans ce dialogue naissant, on ne s'est pas toujours bien entendu, il y avait parfois des petits dérapages, des impatiences, des alertes que j'ignorais. Il se vengeait, il m'infligrait des tendinites, des séances chez l'ORL, que sais-je encore. Puis peu à peu, je l'ai dompté, je reconnaissais ses premiers signes, je lui offrais les premiers soins réparateurs, je le dorlotais. Lui et moi, on a appris à surmonter beaucoup de choses. Aujourd'hui, je peux dire qu'on s'entend bien en général, peut-être même qu'il est mon plus fidèle amant. Si parfois, submergé par plus fort que moi, par plus fort que lui, il se met en vrille, je prends alors le temps de l'écouter, de le comprendre, et nous dénouons ensemble les abcès.

N'aurait été que moi, je n'aurais pas pensé avoir besoin d'assistance. Seulement voila, au cours de ces derniers mois, le hasard de mes brutos9512.jpgrencontres m'ont conduit auprès d'hommes qui ont pour métier, comment dire, l'inter-médiation - ? - entre le corps et le mental. Un musichothérapeute japonnais, un relaxologue formateur, un chiropacteur andalous, un cosmétologue parisien, un masseur en formation...
Comme si quelqu'un nous avait observé de l'extérieur et avait voulu nous dire : "Hou là là !il est temps que vous passiez à la médiation de couple, vous, je ne donne pas cher de la survie du ménage, sinon."

Bien qu'on avait vraiment acquis un bon feeling, mon corps et moi, c'est avec eux que j'ai perçu qu'il demeurait sans doute des non-dits parfois, comme là, au dedans de l'omoplate gauche. Ou là, au niveau de la gaine abdominale. Ou encore là, où apparaissent quelques stigmates des ans. Ou que parfois, mon corps exprimait aussi des choses de l'âme, qu'il manifestait à ma place ce que je n'exprimais pas moi-même.

C'est ainsi que je me suis retrouvé pour la première fois l'autre jour entre les mains d'un chiropracteur.

En ce moment se tient à Paris le salon zen, consacré au développement personnel et au bien-être. C'est Porte de Champéret jusqu'à dimanche soir. C'est étrange, il y a peu je me serais détourné de ce type d'événement, j'aurais dénigré ces professions, j'aurais en tout cas abordé ce sujet avec défiance, me disant que parmi les 320 exposants annoncés, on doit compter pas mal de commerçants miteux, âpres au gain, qui ont décidé de surfer sur une vague lucrative.

Mais aujourd'hui, quoi, peu importe les charlatans, où n'en trouve-t-on pas ? La réappropriation de son corps, c'est plutôt un beau projet. On est mieux avec les autres quand on est bien avec soi-même. Plus lucide. Plus à l'écoute. Il faudrait que ce soit le début de tout, peut-être.