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06 février 2008

sous les projecteurs

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Je ne suis pas fan de la lumière des projecteurs. En général. J'aime mieux agir dans l'ombre. Pour mes petits péchés privés, comme pour mes grandes occupations professionnelles.

J'ai toujours préféré être le collaborateur anonyme d'une personnalité publique plutôt qu'occuper le devant de la scène. Ce qui ne m'a jamais empêché de vivre de grandes choses, et de rencontrer de grandes personnes...

Bref.

Mon heure de gloire, j'aime bien me la payer juste ici, avec toi, dans une petite intimité feutrée, doublée de cet anonymat chancelant et sans importance.

Pourtant lundi soir, par un concours de circonstances que je ne saurai expliquer, j'étais sur une scène, parmi des artistes et autres directeurs de festivals, pour rendre hommage, un an après sa mort, à un président de conseil général dont la politique culturelle avait été ambitieuse.

Sur la scène, confortablement installé dans un canapé, légèrement de côté mais face au public, ou plutôt, chose 6c111bfab118bf60c999d2333a09fd60.jpgétrange, sous le regard du public, j'assistais à des représentations ponctuées d'interventions et de messages, attendant le moment de donner mon propre témoignage.

Il y eut de la danse, de la chanson, du théâtre, de la poésie, de la musique contemporaine, il y avait des estampes accrochées aux abords des estrades.

7d836856d5f59303ecc6d47e186c811a.jpgJ'ai aimé entendre chanter Courir les rues, voir danser dans la verticalité et en suspension un magnifique duo de Retouramont, entendre jouer au piano comme on fait l'amour : avec les pieds, les bras, les fesses, la tête, le corps entier, sur une partition étonnante de 2E2M...

Chawki Baghdadi, un poète syrien, a été lu en conclusion, et m'a replongé, deux minutes, dans l'entre deux eaux de ma jeunesse :

Le silence

je suis allé écouter le silence
et il m'écoute

à mes membres
à mes yeux
à mes doigts
à ma peau frissonnante
à ma langue
à mon cœur, mes veines et mes artères
je dis "pas un mot"

je dis taisez-vous
ne bougez pas
comme si vous étiez morts
et que l'effervescence des fontaines ne reste
qu'un pur repos
pour écouter mon âme invisible
(...)
laissez les airs papillonnants
parler de la couleur
comment dans le bleu, le rouge, le jaune, le vert
l'univers danse ravi
de la fusion des coloris sur la toile impressionniste
du beau dieu impénétrable

c'est le silence qui sort dans ma solitude
sa baladant en moi et vers moi
et si au loin un mot se lève
il l'attrape pour se jeter, pour me jeter
et me remettre sous la couverture
(...)
le silence n'ouvre la porte
qu'à quelques aboiements
quelques crachats
quelques sanglots délicieux
comme passage d'un courant d'air très doux

il reformule ma pensée ridicule
et mon cœur fragile
il me lave
me purifie
puis sans douleurs
sans bruits
sans manuels
sans assistant ferme mes blessures
(...)

28 janvier 2008

Vive les Départements

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Je me souviens d'un jeu que nous aimions bien faire en famille, au cours des grands voyages en voiture, lorsque nous allions rejoindre ma grand-mère à la campagne, dans le Lot.

Assis sur la banquette en sky à l'arrière de la vieille Simca, à moirié nauséeux, on s'amusait à reconnaître l'origine des autres voitures à leurs plaques d'immatriculation.

Lorsqu'on voyait passer un 95, ou une 13, selon l'époque et où nous vivions, on s'enflammait, on faisait des grands saluts, quand on voyait un 75, on fustigeait. Pas de doigt, ni de bras d'honneur, parce qu'on avait une éducation, mais une petite turlute des deux mains au bout du nez... Ah non, les Parisiens de l'intérieur, ce n'était pas encore les bobos, mais ils n'avaient déjà pas bonne presse, dans la famille.

Le département a ainsi toujours eu une identité forte à mes yeux. C'est à travers les numéros des départements que j'ai appris la géographie de la France. Je me souviens de cette petite carte de France, en plastique rigide qui nous permettait de dessiner la France sur nos cahiers d'écoliers en en suivant le coutour au crayon, et sur laquelle les 39727699a2e2b2deb00fcefcd9bf67f2.pngDépartements étaient gravés. Et il m'est toujours plaisant, encore aujourd'hui, de savoir à peu près d'où viennent les gens à leur plaque minéralogique. On ne s'est pas encore dit bonjour, mais on se connait déjà un petit peu. A l'étranger - ça ne te l'a jamais fait ? - c'est particulièrement fort...

Alors quand j'entends Nicolas Sarkozy dire qu'il est contre la proposition du rapport Attali de mettre fin aux Départements, ça me réjouit. Mais j'ai du mal à y croire. Je suis con, hein ? Ah ! Chat échaudé...!  N'est-ce pas lui qui a décidé, alors ministre de l'intérieur, d'engager la suppression à venir de ces fameuses plaques d'immatriculation ? (tu pourras lire ici une analyse fort pertinente du rapport Attali par Serge Hallimi)

J'y vois une tentative d'aller vers la proposition Attali, mais de façon moins frontale : on supprime le symbole, on dilue l'identité, ce sera forcément moins voyant après.

Mais il est où, le problème, avec les Départements ? C'est eux qui construisent les collèges, qui y gèrent la cantine des mômes, qui s'occupent de l'aide sociale, qui gèrent l'APA (l'allocation d'autonomie), le RMI, qui s'apprêtent à mettre en place le RMA, on vient de leur transférer les personnels IATOS des collèges, les ex-routes nationales...

Et puis au delà de leurs "compétences légales", il y a les politiques qu'ils mettent en place pour pallier aux carences de l'Etat : des politiques culturelles, de soutien à la lecture, à la création, l'aide à la petite enfance, des politiques d'éducation à l'environnement - et je sais de quoi je parle. Il y en a même qui ont décidé de gérer les eaux pluviales et les eaux usées avec un vrai service public départemental, plutôt qu'à travers des délégations au privé...

A lui seul, un Département comme le Val-de-Marne (un million deux cent mille habitants, dans la petite couronne parisienne) a prévu d'investir en 2008 plus de 400 millions d'euros dans les collèges, les crèches, les transports, les routes, le logement social et l'assainissement. "Est-ce un frein à la croissance, a demandé à juste titre son Président ?"

Je ne crois pas que les Départements soient des chimères, ou des strates administratives trop lourdes. C'est au contraire un bon niveau de compromis, entre proximité et économie d'échelle. Et puis créés il y a plus de trente ans, ils ont acquis cette reconnaissance du public, un tout petit peu nécessaire au bon fonctionnement des institutions, non ?

L'Etat lui-même structure son administration selon des logiques départementales (les agents de santé de la DDASS, les techniciens de la DDE, les inspecteurs du travail de la DDTE... ne te sont-ils pas devenus familiers ?) Et puis, toute la vie associative, sportive, syndicale, politique, s'est organisée aussi selon des logiques départementales. Quelqu'un s'est il amusé à chiffrer ce que coûterait la reconsidération de tout celà ?

On pourrait questionner, par contre, des constructions plus récentes, qui n'ont jamais acquis de légitimité véritable : ces espèces de super-régions électorales créées pour les seuls besoin de l'élection européenne, sans rapport avec des logiques culturelles ou même administratives. Ou encore certaines communautés de communes, consruites par affinités politiques plus que par rationnalité géographique.

Je te demande de m'excuser pour tous ces barbarismes, là. Je te promets, je viendrais pas trop souvent te faire des cours d'instruction civique, je sais que c'est chiant. Mais bon, les Départements, c'est un petit peu ma vie aussi, j'en a1c527b0bf798248a96a00cc4431b38e.jpgporte quasiment un dans mon pseudo, et j'y travaille, alors...

Et puis j'en profite pour te rappeler que les 9 et 16 mars, si on élit nos maires, il ne faut pas oublier qu'on vote aussi pour nos conseillers généraux. Enfin, pour la moitié d'entre eux. Alors renseigne-toi, et n'oublie pas !