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07 juin 2010

BHL a encore frappé

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BHL a pris un coup de vieux. Il a eu besoin de plus d'une semaine pour relever la tête. Sonné par l'indignation internationale qu'a suscitée l'attaque israélienne contre la flottille de la paix.  Une semaine pour construire la contre-attaque - on l'a connu plus alerte -, pour fourber ses armes, un peu désuettes, disons-le. Il lui a fallu l'arraisonnement "pacifique", avant-hier, du navire irlandais pour se convaincre - c'est bien la preuve, n'est-ce pas ? -  que l'assaut de la semaine précédente était "stupide", le piège dans lequel il n'aurait pas fallu tomber, une faute de goût pour ainsi dire.

Il n'y a ainsi pas de blocus, voilà ses munitions. Ou celles-ci encore : la flottille de la paix n'était qu'une "épopée misérable". Et pour l'artillerie lourde : la communauté internationale, c'est "des bataillons de Tartuffe". Quant à l'enquête internationale réclamée par le conseil des droits de l'homme de l'ONU sur les dévastations d'il y a un an et demi, disqualifiée par avance du seul fait que Pakistanais, Iraniens et Cubains s'y soient ralliés. Pâ pâ pâ, la bombe atomique, dis ! Des confétis, en fait.

On a le gouvernement le plus à droite que l'État d'Israël ait produit depuis Ariel Sharon et la guerre du Liban, mais l'homme dit de gauche en prend la défense de toutes ses faibles forces dans les colonnes du journal où il dispose d'une tribune à vie, Libé.

Avant-hier encore, on comptait 15.000 personnes dans les rues de Tel-Aviv, des pacifistes israéliens, pour dénoncer l'impasse guerrière de leur gouvernement. S'il y a une chose qui est sûr, c'est qu'on ne trouvera jamais BHL aux côtés de cet Israël-là, et qu'on ne l'entendra jamais hurler "Juifs et arabe, refusons d'être des ennemis".

Il la gagnerait comment, sa vie, alors ?

20 mai 2009

les petits ratés de la grande figure

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J'aime bien Bertrand Delanoë.

Peut-être parce qu'il a repris Paris à Tibéri. Peut-être parce que nous avons un petit bout d'identité en commun. Mais pour autant, je souscris au portrait au vitriol qu'en fait Philippe ici. Parce que malgré tout, lui manque un peu de courage, beaucoup de sens visionnaire de la justice, et qu'il se noie dans des considérations électoralistes proches d'une conception de la politique qui me donne envie de gerber.

A tout ce que décrit Philippe, j'ajoute donc cette autre faute, que j'ai encore au travers du gosier, et qui n'a pas été réparée :

Le conseil de Paris décidait le 16 décembre dernier de faire citoyen d'honneur de la Ville de Paris le soldat franco-israélien Gilad Shalit, détenu depuis 2006. Le même jour, dans un esprit d'équilibre, le conseil de Paris était saisi par le groupe Vert au Conseil municipal d'une demande du même ordre concernant Salah Hamouri, citoyen franco-palestinien, détenu depuis 2005, mais cette demande fut rejetée et une motion erronée, pour ne pas dire mensongère, fut même votée à son encontre.

Ainsi, dans le texte pour Salah où il était seulement demandé d’intervenir une nouvelle fois auprès du président israélien pour demander un aménagement de la peine, on pouvait lire "condamné à 7 ans d'emprisonnement par le tribunal militaire de Judée, il n'a pas fait appel du jugement de première instance". Or il n’existe pas de procédure d’appel dans les tribunaux militaires israéliens. Salah ne pouvait donc pas faire appel.

C’est sur le non-respect des conventions internationales, notamment la convention de Genève, que le Conseil de Paris appuyait sa décision de faire citoyen d'honneur le franco-israélien. Vouloir le respect du Droit international, agir pour le promouvoir, était légitime. Mais alors pourquoi n’avoir pas fait de même pour Salah ?

Dans ce même vœu adopté par le Conseil de Paris on lisait également : « il a reconnu avoir été membre d'une organisation non autorisée liée au Front populaire de libération de la Palestine et avoir eut l’intention d'assassiner Yossef Ovadia ». Ici encore le mensonge était grossier et insultant. Salah n’a pas reconnu ces points, l’accusation n’a d'ailleurs trouvé aucun élément de preuve. Salah a été contraint d’accepter une formulation établie par le procureur du tribunal militaire, sans quoi sa peine eût été beaucoup plus lourde.

Ce qui est inacceptable c’est d'avoir vu un Conseil de Paris, institution démocratique, reprendre la phraséologie d’un tribunal militaire étranger. En effet, jamais dans l’histoire contemporaine les tribunaux militaires nationaux n’ont pris de décisions différentes que celles requises par l’accusation. C’est-à-dire que la défense n’est jamais entendue et que ces tribunaux, généralement utilisés en période de guerre, ne sont que des outils du pouvoir politique pour réprimer.

Les élus municipaux, en adoptant ces vœux, mettaient en oeuvre une politique de la Ville déséquilibrée, une politique du deux poids, deux mesures. Ce qui aurait été acceptable - pour Gilad Shalit comme pour Salah Hamouri - c'était de souligner que la situation était difficile, qu'elle résultait d’une situation de guerre, et que pour tous les deux, les conventions internationales devaient être respectées.

La ville de Grigny (Rhône) a eu un tout petit peu plus de courage. C'est à saluer :

11 janvier 2009

l'autre compteur de la guerre

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Nous en sommes donc au 16e jour du massacre. Le compteur morbide affiche des chiffres étourdissants :

878 tués,

dont  275 enfants,

et 100 femmes,

3.681 blessés,

dont 400 dans un état critique.

Israël annonce son intention d'intensifier ses opérations, l'a fait savoir par tract aux populations palestiniennes, qui n'ont de toute façon pas le loisir de fuir.

Hier, un autre compteur s'est allumé : celui de la mobilisation. Le cortège parisien était dense et compact. Plus de cent mille personnes. Pour le Moyen-Orient, ça ne s'était pas vu depuis l'invasion de l'Iraq par les Etats-Unis. Il y avait de la détermination calme, et beaucoup de colère. Ce sont les slogans en faveur de la paix qui s'entendirent le plus.

Durant tout le trajet, on vit dans toutes les portions de cortège des posters reproduisant la une de L'Huma de mardi dernier : "C'est la Palestine qu'il faut sauver". J'étais fier de voir mon journal reconnu pour ses accents, son rôle et son courage, au milieu du consensus mou du reste de la presse. Au prix de bouts des doigts gelés, je portais moi aussi, d'un bout à l'autre de la manif, cette bannière combative et pacifiste.

Bien-sûr, il y eut des groupes de fous-furieux. A défaut de braquer leurs caméras sur des vitrines endommagées, ça permit aux télévisions de choper en vol des images de drapeaux israéliens qu'on brûle. C'est bien, les drapeaux qu'on brûle. C'est comme les hymnes qu'on siffle : ça fait choc. Ça heurte les bonnes consciences morales. C'est bien la preuve, quoi !

Les mobilisations, on les sent monter quand on entend parler d'une manif depuis différents cercles. Ce fut le cas toute cette semaine. Mes amis de mon époque arabe, évidemment, beaucoup de mes collègues, ça va de soi, quelques blogueurs, et pas des  moindre (j'ai d'ailleurs fait ma toute première manif avec Boby)... et puis même, un soir de cette semaine, à la nocturne naturiste de Roger Legall, je surpris une conversation entre deux nageurs où l'un cherchait à convaincre l'autre de l'urgence qu'il y avait à manifester. J'eus ainsi un échange avec un plongeur, qui s'avérait être par ailleurs militant de l'Union juive pour la Paix. Tout en me réchauffant dans le contact sensuel et audacieux, mais discret, d'un beau garçon.

Dans le froid de la guerre, parfois il manque la chaleur des caresses.

06 janvier 2009

résolution 242

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des rires au loin

des bruits soudains depuis les ruines

une photo, un cadeau, quelques mots de saison

comme une fraternité

puis la bombe

un temple anéanti

effacé

et des ruines encore

660 cadavres ce soir

cent par jour

cadavre terroriste ou cadavre collatéral

tu ne pèses rien

demain tu seras mille

avec sur le visage, un sourire de miséricorde

énigmatique

figé

anéanti.

Le 22 novembre 1967, à sa 1382ème séance, le Conseil de sécurité des Nations Unies adoptait à l'unanimité la résolution N° 242, qui exigeait le retrait de l'armée israélienne de toutes les terres occupées lors de la guerre des six jours et la cessation de tout acte de belligérance.

Aujourd'hui, 41 ans, 1 mois et 16 jours plus tard, la communauté internationale n'a toujours mis en oeuvre aucune sanction d'aucune sorte à l'encontre de l'Etat d'Israël pour l'obliger à respecter le droit international (voir ici la liste des résolutions jamais appliquées par Israël).

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05 janvier 2009

Gaza, appel à la vérité

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Je n'en ai pas parlé, parce que les vacances, les amis et le sexe ont pris toute la place. Et plus encore mon obsession amoureuse, qui n'en finit pas de se perdre dans le vide.

Et pourtant, ils sont là, dans ma tête, ces hommes et ces femmes, ces enfants, ces bruits d'avion dans leurs oreilles, ces explosions au bout des sifflements, ces immeubles qui s'effondrent, les sirènes des ambulances, la rage et la haine qui rôdent, tout cela est dans le creux de mes mains, sur le bord de ma peau, au coin de mes paupières, cette rage là me gagne. Et je n'en peux plus de la lecture aseptisée qu'on nous livre des choses. Peut-être parce que j'y ai déjà entendu battre des coeurs et des sourires. J'ai besoin de vérité. Il faut en appeler à la vérité. La simple et seule vérité.

Et la vérité de Gaza, c'est 42 ans d'occupation. C'est deux ans d'embargo. La vérité, c'est qu'en un demi-siècle, aucun espoir de paix, porteur de bien-être et de développement, n'a été possible. Que le Hamas est une fabrication artificielle voulue par l'État d'Israël, qui a parié sur la division et la déstabilisation de l'autorité palestinienne, plutôt que sur la négociation avec Arafat. Que les attaques de roquettes ont été recherchées, provoquées, par des opérations militaires soigneusement préparées, que c'est donc à dessein que l'État d'Israël conduit ses opérations, et pas par légitime défense.

La vérité est qu'ils ont fait de Gaza un ghetto, et que comme celui de Varsovie il y a soixante cinq ans, ce ghetto-là, affamé et exsangue, a aussi le droit de se révolter, il en a aussi le devoir, c'est une question d'humanité.

La vérité, c'est qu'il faut six cents morts palestiniens pour peser aussi lourd dans les médias que quatre morts israéliens - mais que valent, il est vrai, les noirs, les arabes, les gitans et autres nakwés, à côté de notre civilisation supérieure ? La vérité, c'est que l'État d'Israël a refusé toutes les résolutions de l'ONU, se refuse à aborder le problème des réfugiés, des frontières de l'État palestinien et de sa continuité territoriale, de son accès aux ressources essentielles, et que c'est la raison pour laquelle il ne parie que sur le pourrissement et les impasses guerrières.

La vérité, c'est qu'on n'a pas laissé d'autre choix à ce million et demi d'hommes et de femmes que celui de la rébellion violente, aussi stérile fut-elle.

La vérité, c'est qu'il y a tout de même en Israël des voix intelligentes et courageuses, qu'on étouffe, qui passent difficilement les murs de la propagande, mais qui sont porteuses d'un tout petit bout d'espoir.

Celle de Uri Avnery, par exemple, dont il faut absolument lire cet article, celle de Gidéon Lévy, que m'a signalée céleste, ou celle de Valse avec Bachir, qu'il faut aller voir si ce n'est déjà fait, pour comprendre le calvaire auquel sont promis aussi ces tout jeunes appelés israéliens qu'on envoie au chaudron.

Il n'y a pas de demi-mesure possible. Il n'y a pas de dos-à-dos prétextable. Il y a un peuple étouffé, et un État oppresseur. La condamnation ne peut être que dans ce sens là ! Monsieur Sarkozy, vous prenez l'initiative de vous mouiller dans ce bain-là, essayez de vous souvenir un tout petit peu de ce qui vous reste de vos racines gaullistes : vous n'avez pas le droit de vous tromper de justice !