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02 novembre 2008

mort avec les morts (2) mon père

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Il était né le jour des saints . Et il mourut le jour des morts, le lendemain de son anniversaire. Ultime perfection à l'œuvre de sa vie. Partir pur, jeune et dans l'ordre des choses, comme pour conjurer sa jeunesse déchirée. Il y a seize ans aujourd'hui.

Je ne connus de lui que cette exigence intègre. Il se donnait pour les autres, bien au delà de son engagement militant.

Je ne sais trop comment se négocia, entre ma mère et lui, ce que serait le lendemain de sa libération. Après quatre ans d'enfermement, mais quatre ans de liens solidaires uniques, quatre ans d'apprentissages intensifs de l'humain, il devait avoir envie d'espace, de mouvement, et concevoir sa vie ailleurs et autrement que dans l'action solidaire à l'échelle du monde devait lui être impossible. Ma mère aspirait à l'avoir enfin près d'elle, à concrétiser leur rêve trop vite entravé d'un amour à construire, d'une vie de famille. Ils s'étaient connus sans vraiment s'aimer, ils s'étaient aimés sans vraiment se connaître, mais ils avaient partagé quatre ans de cette épreuve de chaque côté du mur.

Enfant, je voyais mon père dans le don total. Son engagement de militant communiste local devait être l'expression de ce compromis. Il donnait à son combat contre la pauvreté la figure de la promotion de l'art et de l'accès à l'art. Il voulait élever les hommes par la curiosité et la transmission. Son parti pris pour l'héritage culturel était sans doute sa façon de vivre à l'échelle de l'universel. Je voyais ses camarades souvent impressionnés par son charisme, intimidés même, il était un intellectuel dans un univers ouvrier de banlieue, mais les immigrés maghrébins n'étaient rien moins que ses frères.

Quand plus tard il animerait un atelier d'art plastique à Gardanne, il y aurait le même sens que dans le geste militant qui lui faisait vendre l'humanité dimanche et pif gadget dans l'hiver d' Argenteuil. Transmettre, élever, ériger l'art au rang de témoin privilégié de l'humanité.

Il était né le jour des saints et cinquante-sept ans plus tard, quand il mourut le jour des morts, quelque chose en lui était mort depuis longtemps déjà : la folie bureaucratique avait ravagé à l'Est les rêves d'émancipation sociale, et il avait trouvé lors de son voyage en Russie pour préparer une exposition anthologique de la jeune peinture russe, dans la corruption, les preuves tangibles de la déliquescence. Dans son autre horizon, la folie intégriste commençait à désintégrer les espoirs anticolonialistes de l'Algérie indépendante. Son coeur était fragilisé, mais il battait encore et l'art seul ne l'avait pas désenchanté.

Mon père. Il avait cinquante-sept ans depuis la veille. Il peignait et aimait la peinture. Il est mort avec les morts.

(une suite)

13:59 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : communisme, amour, peinture

25 septembre 2008

je n'ai pas d'église

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Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. Moi si. Des communistes qui revenaient de loin, d'une éducation religieuse ultra-orthodoxe d'où ma mère aura gardé toute sa vie l'insupportable besoin de culpabiliser de tout. Elle m'a transmis et cette culpabilité permanente, et le rejet des églises.

Elle est sortie de sa chapelle dans la proximité solidaire des ouvrières de la banlieue parisienne, quand papa faisait le même chemin au contact de ses co-détenus de Fresnes, des hommes qui avaient partagé avec lui l'engagement anticolonialiste durant la guerre d'Algérie. Parfois pour d'autres raisons. Lui m'a transmis un regard rationnel - donc dialectique - sur le monde, le sens des valeurs, et le même rejet des citadelles religieuses.

Il y avait dans ce communisme humaniste, pétri de "tu aimeras ton prochain", le rejet de la guerre, du fascisme, et plus que tout, du racisme. Il y avait aussi de la solidarité au quotidien.

Cet héritage ne m'a pas prémuni de tout, et j'ai souvent, longtemps, porté les idées de mes parents comme une Evangile. Je l'assume sans regret, pour la part de générosité qu'elles renfermaient. Et parce qu'on ne peut pas dire que l'on crève de trop d'utopie dans ce monde. Je regrette d'avoir parfois perdu de vue l'essentiel - le sens et les valeurs - au profit de l'appareil, mais sûrement pas de m'être construit dans l'engagement et le combat.

Gardant de la dernière élection présidentielle le goût amer de la division, et un rejet construit, instruit, des logiques d'appareil, je prends du champ. La gauche est dans le brouillard. Une vraie purée de pois. Je prends le temps de voir où et comment un sentier finira par s'éclaircir à gauche. Le moment venu, une fois suffisemment élagé, je m'y engagerai sûrement, je n'ai pas l'âme d'un déserteur. Mais je n'ai pas non plus, je n'ai plus celle d'un défricheur (quoi qu'il en faille).

Les logiques de clan sont sournoises, pernicieuses, elles ne sont pas l'apanage de la politique. On a vite fait de se construire sa cabane, à quelques uns, et de se croire le centre de l'univers. Il suffit de se la raconter et d'utiliser des loupes déformantes. Je suis fatigué de ces rencontres baroques, où ça jargonne, où l'on se croit le monde alors qu'on lui est hermétique. Où l'on dessine des frontières, où l'on désigne des cibles, où l'on érige des mûrs, parfois sans même s'en rendre compte.

Le problème des cercles, c'est qu'ils peuvent tourner longtemps. Sur eux mêmes, mais longtemps. J'ai quitté les églises, leur piège, je regarde les clergés de loin. Je n'irai pas m'enfermer ailleurs : je ne suis pas corporate.

01 mars 2008

ma dette (2) ou moi et les mômes des cités

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Il me faut continuer à comprendre de quoi est faite cette dette, dont j'ai commencé à parler là, et qui explique certaines de mes émotions et la tournure de deuil qu'il leur est récemment arrivé de prendre.

Quand je suis né, nous habitions la cité des beurriers à Argenteuil. C'est là que j'ai fait mes premiers arheu, mes premiers pas. Puis c'est là que je courais chercher Pif gadget le dimanche matin, au point de vente de l'Huma dimanche que tenais mon père depuis l'aurore. J'étais impressionné de le voir, lui et ses camarades, se tenir debout toute une matinée, taper du pied, se frapper les mains pour se les réchauffer, et y trouver du plaisir.

J'avais 7 ans quand mes parents ont fait l'acquisition d'un terrain, à peine plus loin, et qu'avec l'aide d'un ami maçon réfugié espagnol, ils ont construit un grand pavillon de banlieue.

Je n'y suis donc pour rien, mais j'ai quitté la cité à l'âge de 7 ans. A 8 ans mon frère me fermait la porte de la salle de bain et revendiquait son droit à l'intimité, à 9 on a eu le téléphone et je devenais premier répondeur, à 10 notre première télévision, à usage fortement réglementé par les parents, à 11 nos chambres séparées sur la mezzanine, à 12 ans j'ai eu mes premiers grands copains, on écoutait les Beatles ensemble, et à 13, ce fut notre migration dans le sud, près d'Aix-en-Provence.

Durant toutes ces années, je ne peux par dire que j'ai complètement quitté l'univers de la cité. J'avais toujours plaisir à accompagner mon père dans sa tournée de l'Huma dimanche. A la cité d'Emmaüs, qui était sur le périmètre de diffusion,1313bacda732581ffd28c0ef47e305db.jpg l'accueil était chaleureux. Vers midi, les odeurs de couscous me pourléchaient. Quand il s'arrêtait chez l'un ou chez l'autre prendre l'apéro, il ne fallait pas que s'engagent de grandes discussions politiques, parce que là on ne rentrait plus, et bien sûr elles s'engageaient. Mais toute la chaleur de l'accueil qui entourait ces tournées m'empêchait, du haut de mon enfance, d'y voir de la pauvreté. C'était le début des années soixante-dix, j'apprenais l'humanité. Au sortir des trente glorieuses, je n'ai pas de souvenir de désespérance.

Les réunions, c'est le plus souvent à la maison qu'elles avaient lieu, c'est là qu'il y avait le plus de place. Entre chez nous et ceux de la cité, je n'ai jamais ressenti de distance, il y avait juste parfois un peu d'admiration envers mon père, pourtant jamais allé à l'école mais qui intimidait : il était vu comme un sage, un intellectuel, et c'est vrai qu'il avait une grande culture, acquise d'abord au catéchisme, puis surtout en détention, aux côtés de brillants intellectuels de gauche.

960dbb5602b58fdd685a712cbb460211.jpgMon frère avait un grand copain, dont je me souviens qu'il avait une finesse troublante, un teint cuivré, un sourire étincelant : il s'appelait Nadjib. Nadjib Benftita, je crois. Il était d'origine tunisienne, nous le voyions souvent, notamment dans sa barre de l'Emmaüs, et j'enviais cette amitié qui s'était nouée entre lui et mon frère. C'est pour lui sans doute que mon frère, plus âgé que mois d'un an, fut le plus triste de quitter Argenteuil.

Les cités, je les ai retrouvées beaucoup plus tard, militant aux jeunesses communistes à Nanterre et à Colombes. Moi j'étais en fin d'études, et une partie des week-ends étaient consacrés à faire vivre nos cercles de la JC, à aller vers ces jeunes, il était question de TUC, de SIVP, de contrats précaires, de génération sacrifiée... Nous les aidions, parfois avec un peu de condescendance mais avec sincérité, à s'engager, à faire l'apprentissage de l'action, à décrocher une aide d'urgence des assedic, à s'opposer à l'expulsion d'un sans-papier, à transformer leur CDD en emploi stable, on essayait de mêler action concrète à construction de perspectives. On faisait de la politique, quoi, et ce faisant, on créait du lien social. En plus, on aidait à faire le pont entre les générations.

On se disait qu'on ne pouvait pas croire au grand bonheur si on n'expérimentait pas notre capacité à en réaliser de petits, qu'il y avait donc aussi les efforts pour permettre à certains de ces jeunes de partir en vacance, à rassembler des financements pour les rendre réalisable. Moi, j'avais bien fait le Nicaragua et le transsibérien, plus jeune, pourquoi ceux-là ne pourraient pas s'offrir la mer, ou même le Liban, Cuba ou autre chose.

1ee1a11f4223b8a0541a12301038d4ba.jpgCes jeunes étaient instables à s'en arracher les cheveux, les rendez-vous foiraient, y'avait toujours d'autres priorités... Mais on les prenait pour ce qu'ils étaient, la précarité, ils avaient grandi dedans, elle avait été dans leur biberon, et le paysage n'était pas glorieux, alors on tenait bon, l'essentiel, c'était que chacun puisse se faire un petit bout d'expérience, pour avancer et se sentir plus fort, au bout du compte, et se construire aussi une lecture politique du monde et de la vie.

Un jour, on a réussi le pari fou d'emmener plusieurs centaines de ces jeunes au théàtre Gérard Philippe de Vitry-su-Seine pour y voir la Trilogie d'Arnold Wesker. Une journée entière au théâtre, pour trois pièces, l'une à la suite de l'autre. Un truc dément. La plongée dans une épopée, la traversée des milieux ouvriers du Londres d'avant-guerre, le parcours d'une famille juive anglaise pendant et après la guerre, les conflits intérgénérationnels face à des désillusions contemporaines. J'ai une vraie satisfaction d'avoir su convaincre certains de ces jeunes d'affronter leurs potes et d'oser leur dire qu'ils se tiraient pour une journée de théâtre, d'avoir osé en être fiers.

C'est drôle, parce que dans ce rôle, où je m'investissais beaucoup, j'ai toujours senti qu'il y avait un hiatus, que je n'y étais pas complètement à ma place. J'apportais de la sécurité, de la régularité, du respect des engagements pris, et du coup tout le monde pouvait se reposer là-dessus. Mais il y avait comme une sorte de paternalisme malsain, du fait même que nous ne vivions pas dans le même monde. Et du coup, pas de ma part, mais peut-être de la leur, une sorte de condescendance intériorisée. Je ne suis pas sûr que j'en ai aidé beaucoup à grandir, je n'ai pas de recul pour le dire.

Moi, j'étais déjà d'une certaine façon en train de régler ma dette, celle que mes parents me laissaient, sans le savoir, en quittant la cité sans en abandonner les valeurs, vingt-cinq ans plus tôt.

 

25 février 2008

Eddy, Oscar, et Fidel

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Fidel castro vient donc de décider de passer la main. Avant l'arme à gauche. C'est sage. J'ai du respect pour cet homme et son oeuvre, mais je ne le porte pas aux nues. J'ai eu la chance de le rencontrer, et je suis lucide sur ses profondes dérives totalitaires. Je ne méconnais pas, en particulier, la façon dont les homosexuels sont parfois traités (je te recommande la lecture d'Avant la nuit, livre autobiographique de Reinaldo Arenas, et le film qui en a été tiré, dont la bande annonce est visible là).

Mais tout schlérosé qu'il puisse être, ce régime n'a jamais pu empêcher la société d'avancer dans le débat, la parole, que j'ai toujours trouvée étonnamment libérée, et au fond un vif pluralisme de fait.

C'était en 1997, l'été. Mon premier été après ma sortie du placard. Je courais derrière tout ce qui bougeait, je tombais amoureux pour un oui, pour un non. je touchais une bite, et c'était la bite de ma vie. Une bite se refusait, et je perdais l'horizon.

Cet été-là, j'étais ainsi tombé amoureux de Stéphane, un grand copain de Laurent (qui avait à dessein provoqué la rencontre quand nous nous étions réconciliés après notre année de silence). Il m'avait semblé que c'était réciproque. Nous ne nous étions rien dit, portés par de grandes conversations où nous mettions à nu de vastes étendues de connivences. Mais le temps d'un retour chez moi à Budapest, il avait fait une autre rencontre.

Cette nouvelle m'avait chamboulé, je n'entrevoyais pas encore les futilités d'une certaine vie gay, mais je m'en voulais d'avoir une vie qui me rendait au fond assez peu disponible pour construire, et décourageait par avance toutes les promesses ensoleillées.

J'étais en partance pour Cuba où allait se tenir le festival mondial des jeunes et des étudiants, et j'emmenais avec moi au fond de ma gorge cette boule de frustration de n'avoir pas vu, pas pu, pas su le conquérir ou le retenir, ni de n'avoir été libre pour me consacrer à cette relation.

A Cuba, cette fois-là j'y étais resté un peu plus de deux semaines. Une pour régler les derniers détails avant le début du festival, l'autre pour le festival.

Là-bas, je n'ai pas oublié Stéphane. Je lui avais posté une lettre avant de partir, et je lui avais donné les moyens de m'y répondre par "voie rapide". Mais à Cuba, il y a dans l'air quelque chose de spécial, un goût de la vie, une liberté étonnante du verbe et des corps, qui d'un coup t'absorbe et ne laisse pas de place à tes tourments.

Dès la première bouffée de chaleur, à la sortie de l'avion, je crois que mon corps svelte et mâtiné s'était remis à radier, tout comme mon oeil et mon sourire espiègles. J'étais redevenu beau au contact du tarmac, et de tout côté les regards flattaient mes trente-deux ans.

1cdd346ec4d98f55157bf73f2b29d10e.jpgDès le premier soir, je m'en étais allé traîner en plein centre ville du côté du Copellia, le fameux glacier de Fraise et chocolat, parmi une foultitude de jeunes gens qui parlaient, riaient, tous beaux et métissés, attendant de savoir à quelle adresse allait être organisée la grande teuf gay du soir. C'était un rite : en l'absence d'établissement identifié, les soirées s'improvisaient, et l'on se retrouvait toujours au même endroit. Les passants connaissaient ce rendez-vous et le regardaient amusés, connivents. Un soir même, Alicia, notre guide-interprète m'y vit, et comprit sans rien dire.

Ce premier soir, donc, j'ai rencontré Eddy au détour d'une salsa-techno. Un grand garçon blond aux cheveux longs, à la voix rocailleuse. Nous nous sommes beaucoup embrassés, puis nous nous sommes retrouvés plusieurs soirs pour boire un coup, parler, marcher ou retourner danser. J'ai perçu à travers lui le foisonnement de la vie gay de La Havanne. J'ai aussi découvert un autre discours sur l'île et sa politique. Mais il y avait toujours quelque chose qui nous empêchait de conclure, jusqu'au jour où j'ai compris qu'il y avait une histoire d'argent. Pris à froid, j'ai ravalé ma déception et nous nous sommes quittés bons amis.

Au début de la deuxième semaine, alors que les délégués du festival arrivaient par avions entiers, et que toute La 333fa397d5ce7f4248a7048f931091a0.jpgHavanne s'était mise aux couleurs de l'événement, j'ai rencontré Oscar. Avec Oscar, c'était plus simple, plus spontané et plus direct. Il me montrait sa carte des jeunesses communistes et il riait. Il était brun et caverneux, beaucoup moins désinhibé qu'Eddy. Le premier soir, nous nous sommes pelotés, astiqués, sucés, sous un porche non loin du grand hôtel international Havana libre. Il y avait toujours avec nous deux copains à lui, plus jeunes, qui s'amusaient de notre relation, mais restaient à bonne distance, discrets. A deux reprises, Oscar est même venu à l'Hôtel Juventud où je logeais (l'hôtel de la jeunesse communiste), pour passer la nuit avec moi. Son répertoire de jeux était étroit, il finissait vite par me prendre puis nous dormions ensemble, avant d'organiser son évasion discrètement au petit matin.

Stéphane me fit parvenir sa réponse par les moyens que je lui avais indiqués. Elle me confirma que notre histoire était morte dans l'oeuf, mais elle m'apaisa. Ça fait partie du patrimoine épistolaire que je serai amené à te livrer sur ces pages. Comment appelle-t-on, en météorologie, ces tourbillons violents, brefs mais dévastateurs ? Les tornades ?

J'avais assez peu de temps, j'étais très occupé, pas tant par des questions d'organisation prises en charge par d'autres, mais par des discussions politiques, des rencontres diplomatiques et quelques moments de représentation. Vint le fbfc643bea04e762dcc73316e45c227c.jpgmoment où les chefs de délégation furent invités à une réception offerte par le Lider Maximo. Je ne me souviens plus, cette fois-là, s'il y eut un discours ou non. Le seul moment qui me reste en mémoire de cette soirée, c'est lorsqu'il demanda à rencontrer le président de la fédération. Je me suis alors retrouvé face à lui, immense, dans le treillis qu'on lui connaît, il me toisait de haut et d'un regard incroyable de profondeur.

On peut appeler ça comme on veut, mais ce n'était pas du protocole. Nous avons échangé quelques phrases : il était question de l'avenir du mouvement, de valeurs anti-impérialistes... Je savais bien ce qu'il y avait dans chacun de ses mots : durant les deux années d'organisation de ce festival, nous avions eu des conflits avec nos hôtes cubains : tantôt ils se montraient ouverts à des organisations de type mouvementistes, représentatives des combats contemporains, y compris d'organisations anti-sida, de lutte contre les violences faites aux femmes, d'anti-racisme, pour les droits des homosexuels, et tantôt ils se refermaient sur des approches étroites, ne reconnaissant que les organisations politiques au sens strict.

Me clouant son regard dans le mien, Fidel délivrait son message du moment : la lutte anti-impérialiste suppose qu'on rassemble d'abord les mouvements qui se revendiquent de ces valeurs. Vous, les Français, on vous tient à l'oeil, attention à pas trop sortir du rang. Fermez le banc !

J'ai du acquiescer bêtement, et balbutier quelques mots de respect et de reconnaissance. Et je suis reparti avec l'image de ce regard à jamais fixé en moi.

Une fois terminé le festival, j'ai revu Oscar et ses deux copains. Avec ma petite voiture de location, nous nous sommes d9c61b477ee8ee42af10d08dc53fc86c.jpgmême offert une petite virée à la plage, et ils en étaient joyeux.

Avant de repartir, j'ai vidé ma valise avec eux et leur ai laissé quelques uns des vêtements qui me tenaient le plus à coeur et j'en fus heureux.

Avec Oscar, c'est la première fois que je prenais un vrai plaisir à être enculé.