19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

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C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]

26 mai 2009

égalité hommes-femmes

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Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.

Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.

De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.

Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.

Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.

02 janvier 2009

me chercher, te trouver, demeurer perdu

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Fêter le nouvel an à Budapest. Malgré quatre années de vie dans cette ville, ça ne m'étais arrivé qu'une fois. J'y avais rencontré l'homme avec qui je vis depuis onze ans.

Chaque visite à Budapest est l'occasion d'un retour sur moi. Plus encore cette fois parce que j'avais quelques tessons de ma vie à rassembler.

Je suis donc retourné vers des lieux connus, aimés, adorés, ceux d'un éternel pèlerinage, ceux où je devins moi et où chaque fois je me retrouve. Depuis dix ans, je n'y étais revenu qu'en été : mes retrouvailles ont d'habitude l'allure décolletée, les shorts y sont courts, les peaux hâlées, les eaux sautillantes et splachantes de rires d'enfants. Été après été, mes souvenirs hongrois étaient devenus de simples souvenirs de vacances.

Les sensations d'hiver m'ont replongé cette fois dans ce qui fut mon quotidien, souvent seul et l'esprit prêt aux découvertes.

Écoutant les regards de mes amis s'émerveiller des choses, des lieux, je me suis rendu compte que l'enchantement fonctionnait encore.

Je suis revenu au pied de mon immeuble, face à la cage d'escalier. A l'interphone, les quatre lettres "D.I.V.SZ" y sont encore. Ils n'ont donc pas vendu. Qui est-il, celui qui occupe ma place ? Un Grec ? Un Soudanais ? Un Indien ? Un Portugais ? Vit-il seul, en famille ? Derrière la fenêtre du balcon du premier, il n'y avait pas de lumière. Nous n'aurions pas été en période de fêtes, je n'aurais pas sonné non plus. Pas envie d'engager un dialogue avec ce passé-là, à cause de ce qu'il est devenu. Mais ce lieu... y emmener mes amis... à deux pas à peine de notre hôtel... et entre les deux, le Poco Loco, où je pris de si nombreux diners dans une déco pop'art aux dominantes orangées !

L'hôtel aussi, un vieux fantasme à moi que d'y être descendu. Il est attenant à la piscine sportive Komyadi. Ils forment à l'origine un même et unique établissement, le bâtiment néo-classique ayant retrouvé depuis peu sa fonction hôtelière. Longtemps je voyais avec envie les chambresDSC08421.JPG depuis une ligne d'eau, et pour la première fois je voyais les lignes depuis la porte de notre chambre. Nager à la descente du lit, retrouver sous les douches des corps beaux et moins beaux, jeunes et moins jeunes, tous invariablement nus, les plus jeunes et les plus sveltes naïvement ignorants du pouvoir de leur beauté acquise.

Quand la neige se mit à tomber le jour de l'an, je me suis revu traversant l'île Marguerite emmitouflé, le pas feutré dans la poudreuse fraîche, ou me dégageant de mes pelures en entrant dans un endroit chaud.

Mais pourtant. Où que je sois allé, c'est toi que je trouvais.

J'ai croisé Liszt, Kodaly, et bien-sûr Bartok, toute la musique hongroise que tu aimes dans le nom des lieux et des rues. Et Akiko Suwanai, que tu me fis découvrir, m'attendait à la une du Budapest Sun.

 

 

 

 

Dans les eaux chaudes du Szechenyi, au premier jour, embrassé de leurs volutes bleutées éclairées par la nuit, je ressentais ton dos se relaxer, relâcher l'étreinte sur ta colonne et illuminer ton sourire. Ils étaient tous là avec moi, nous étions ensemble sous le charme du lieu, mais c'est ton absence qui avait le plus de présence.

Dans les eaux du Gellért au deuxième jour, nouant autour de ma taille le cache-sexe en toile, je me voyais dans ton appartement, il y a un peu plus d'un an, quand pour nos premières retrouvailles tu réparais de ce même geste l'affront du premier jour. L'homme qui m'offrit son érection ce jour-là, et celui qui me rejoignit sous la douche recueillir mon sperme dans le creux de son cou, n'avaient aucun de tes charmes, mais je m'en remis à eux en hommage à ta ténacité.

Dans les eaux du Rudas au troisième jour, dans ces mêmes bains où nous nous connûmes, rien n'était changé. Je ne pris pas cette fois le risque de me faire surprendre derrière la vitre dépolie d'une cabine de douche. Le jeune Laszlo qui me masturba du regard, depuis la cabine en face, étonemment bronzé de la tête aux pieds, et qui mîma en riant un tir de révolver en me voyant jouir haut et abondant, avait une jeunesse que tu n'avais pas, un petit sourire fier souligné par un ras-du-cou en cuir, et échangeant avec lui de longues caresses à distance, je me souvenais que ce n'est pas d'abord ton corps qui me séduisit, mais plutôt ton crâne rasé, ton regard timide, l'exotisme de ton sexe et tes lèvres souriantes et charnelles.

manup.jpgAu quatrième jour, au Kiraly, je revenais au lieu de mes premières vraies rencontres et je te trouvais là à nouveau, presque pour de vrai, sous les traits d'un Shinji. Il n'y avait pas, semble-t-il cette fois, de touriste égaré, arrivé par mégarde, mal conseillé par son guide de voyage. L'affluence était uniformément gay, les contacts y allaient bon train. Shinji avait le cheveu dense, très noir, en brosse, l'œil plus noir que le tien mais étincelant malgré tout, le sourire craquant. Il est le premier, depuis toi, à m'avoir fait jouir de sa main, agile comme la tienne, heureuse d'éprouver mon érection franche et de l'accompagner jusqu'à l'exultation.

Shinji nous retrouvera le lendemain soir au Capella pour fêter la nouvelle année, puis j'allais être pour quelques heures son guide en ville, avant nos départs respectifs. Nous avons parlé en anglais. Jeune fonctionnaire dans une organisation internationale qui agit pour la réduction de la pauvreté, à Osaka d'où il est originaire, il a de toi les mêmes temps de réaction après chaque phrase entendue. Avec lui, j'ai cru me retrouver dans ton regard, il acceptait mes caresses avec plaisir ou bienveillance - comme avec toi il m'était difficile de le savoir exactement. Il se prêta, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, à un jeu érotique avec un troisième comparse, Zsolt, dans un recoin sombre non loin de la piste de danse. Au Széchény, le dernier jour, je le vis s'amuser comme un gosse dans le bain à courants chauds. Je crois qu'il gardera un bon souvenir de notre rencontre.

Écrivant ce billet, je suis dans l'avion qui nous ramène sur Paris. Quelque part entre l'Autriche et l'Allemagne, probablement. Un peu nulle-part, dans le temple de l'éphémère.

L'avion va amorcer sa descente, les batteries de l'ordinateur sont presque vides. Je serre entre mes doigts le pendentif, pour toi promis mais resté à mon cou. Mon dieu, pourquoi ai-je donc besoin de tant me perdre ?

29 septembre 2008

Sylvain, le dauphin affranchi

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Sylvain, c'est mon partenaire occasionnel des nocturnes de Roger Le Gall (voir là). Je ne devrais pas dire mon, c'est un peu possessif. Ce que je veux dire, c'est qu'en dehors de nos jeux, je le connais peu. Il est arrivé  trois ou quatre fois tout au plus, au terme de voisinages chorégraphiques dans l'eau, que nous nous offrîmes l'un à l'autre, avec ou sans l'assistance d'un complice, des prolongements sensuels, sexuels, et un plaisir connivent.

Je ne l'avais pas revu depuis la fin du printemps. A cause de l'été, à cause du chagrin.

Après avoir nagé mes presque deux kilomètres, vendredi soir, après avoir hésité à rentrer en vitesse à la maison car il était fort tard et que j'étais attendu, j'ai finalement fait le choix du détour par la cabine de sauna, qui se trouve à l'étage, en quête de chaleur sèche.

Il y était depuis un moment. Un peu comme s'il m'avait attendu, ou même gardé la place près de lui. Comme si nous nous y étions donné rendez-vous. Il y avait beaucoup d'évidences dans le salut "langue-oureux" que nous nous sommes donné (Laurent, pardonne-moi l'emprunt), et dans la façon que nous avons eu d'immédiatement nous toucher. De l'évidence et du besoin.

Je le trouvais changé. Quelques questions et son langage, sa parole libre, épanouie, confirmaient qu'il changeait.

Sylvain, pas mon dauphin dansant, mais l'homme, j'ai commencé à le découvrir ce vendredi soir. Et je m'en vais te parler de lui parce qu'il m'en a donné l'autorisation.

Sylvain, d'abord, il est beau : il a de grands yeux généreux où tu lis que la méchanceté lui est étrangère. Il est jeune. Enfin, il fait jeune. Je lui brutos6430_Alex_ChaosMen.jpgdonnais une trentaine d'années, avec quelques brouettes, il se trouve qu'il est mon aîné d'une bonne vingtaine de mois. Il a été marié pendant vingt ans. Il a trois enfants - trois garçons - dont le plus jeune a 17 ans. A donner le vertige...

Son coming out est très récent, deux ans tout au plus, si je compte bien.

Il y a quelques mois, il est rentré dans une démarche - comment pourrais-je la qualifier ? - de réappropriation de lui-même, ou de réconciliation de son corps et de son mental. C'est étonnant, je me rends compte que depuis quelques mois, le hasard de mes rencontres me font me rapprocher de tels profiles. Je crois que j'en parlerai.

Il s'est rendu compte qu'il s'était tant imprégné du schéma de vie qui avait été le sien dans son mariage, fait de renoncements douloureux, par la force des choses - j'en sais quelque chose - qu'il en était arrivé à le reproduire quasi à l'identique avec son nouveau partenaire de vie. Il a commencé un apprentissage des massages, avec une visée professionnelle, il a entrepris un travail de développement personnel, et le garçon jeune et timide a disparu.

Vendredi soir, il était souriant, spontané, ouvert, heureux et assumé. Son regard avait la clarté du bonheur, la petite étincelle craintive avait disparu de sa pupille, et moi, j'étais heureux de sentir chez lui un plaisir sincère à me retrouver.

Les remarques d'une partie de l'entourage teintées d'un brin de légitime puritanisme nous ont empêché d'aller au bout de nos caresses, mais le sexe n'était plus indispensable dans ce partage. Il me parlait de sa vie, il me donnait, il m'incluait dans cette phase nouvelle de libération dans laquelle il se trouvait... Nos longs baisers d'adieu sur le boulevard des Maréchaux, dans ma voiture, suffirent à promettre à cette découverte un certain lendemain.

16 septembre 2008

Laurent, l'épilogue (in)attendu

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Dédicace spéciale et multiple, accompagnée d'une reconnaissance que vous n'en avez même pas idée, à Azulamine, Olivier Autissier, Lancelot, JG, Manu Causse-Plisson et M.

Où je reviens vers Laurent. Plutôt : où Laurent revient à moi.

Laurent, tu t'en souviens ?

Une rencontre en 1986, dans un train, au fin-fond de la Sibérie. Un amour secret, enfoui au fond de moi, puis un perdu-de-vue comme la vie en fabrique parfois, mais des retrouvailles et des tentatives maladroites, dissimulées, de lui dire ma flamme dix ans plus tard, sans que je sache dire si c'était par amour sincère ou parce que me projetant en lui je croyais acquerrir le pouvoir de sortir d'un placard de plus en plus inconfortable...

Au bout de ce processus, des lettres, une lettre, surtout, entre ressentiment et provocation. Puis, derrière, l'attente, un silence, un long silence, qui me disait que je devais affronter seul la chose, en sortir seul, m'en sortir seul.

Te racontant cette histoire, et laissant à ces épisodes un goût d'inachevé, je t'ouvrais la porte et tu entrais. Pendant plusieurs semaines cet hiver, tu es venu imaginer la réponse que j'avais du attendre. Ou celle qu'il aurait pu me faire. Et je me mis, aussi, à écrire à sa place. Ce faisant, je crois que nul, ici, ne s'est autorisé à juger. Ni l'homme, ni son choix, ni son attitude, ni son embarras. Moi, j'ai grandi, j'ai compris cette période mieux que je ne l'avais jamais comprise, je me suis en partie découvert à travers ton regard (tu vois, M., c'est à ça aussi que servent les miroirs).

Un matin de la semaine dernière, je trouvais tôt au réveil un courriel dans ma boîte hotmail. En objet, cette inscription "après tout, parce que tu le mérites". Et puis dans le corps du message, une lettre. Sa lettre. Sa réponse. Douze ans après. Il avait trouvé mon blog dans la nuit, et avait lu. Tout.

Je ne dirai rien du contenu de sa lettre, par respect pour lui et par pudeur, car quelquefois il en faut.

Il y a je crois des amours profondes, intenses, trop évidentes pour être vécues autrement que sur le mode de l'amitié et du respect. C'est peut être la condition pour qu'elles durent la vie entière, et c'est très bien ainsi.

Ce matin, je pense à lui, et à son horizon qui vient de se trouver, quelque part à Montréal, un point d'accroche dont le sourire porte un peu de cette Sibérie où nous nous sommes connus.

Quant à la photo de Jake Gyllenhaal, en clin d'oeil à Brokeback Mountain, c'est aussi parce que j'ai comme l'impression de devoir contrebalancer un effet Dany Boon inopportun. Il me comprendra.

28 août 2008

deux plongeons en un

 

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Ai-je mal choisi mon choucou ?

Pris dans mon élan, mon penchant, plutôt, pour la gent japonaise, et séduit par des yeux et des épaules qui s'y prêtaient bien, j'ai fait un choix, arbitraire forcément, pour dire du sport qu'il était magnifique des corps et des postures qu'il engendrait. Aussi.

J'aurais en fait pu en choisir un autre. Pas moins élégant, plus jeune, puisqu'il n'a que vingt an. Médaillé, lui, et pas dans n'importe quelle discipline : celle où les Chinois avaient prévu de rafler la totalité des huit titres en jeux : le plongeon accrobatique.

L'air de rien, Matthew Mitcham est venu déjouer ces plans. Il s'est glissé au milieu des plongeurs chinois et a décroché l'or dans l'épreuve du sautoir à dix mètres.

matthew mitcham face.jpgOn n'a pas beaucoup vu ce sport, par chez nous. C'est le nationalisme de nos media qui éclipse tout le temps les disciplines où excellent les champions adverses. Et pourtant, non content de décrocher l'or olympique, notre sauteur australien a tout simplement... fait son coming out, en s'offrant le luxe de faire le voyage de Pékin avec son petit ami.

Ca valait bien une note, quand même, non ?

22 mars 2008

ma part d'usurpation

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Je suis un usurpateur.

Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.

Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?

Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.

J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.

Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge 1433744660.gifet de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.

Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.

L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.

15 mars 2008

dans la peau de Laurent (G) la dernière

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Et voilà. La dernière. C'est drôle, la dernière, non ? Laurent, j'ai commencé à t'en parler dans la logique des hommes que j'avais aimés. C'était une façon d'évoquer cette période douloureuse, encore mystérieuse pour moi, qui a précédé mon coming out tardif. Une période qui reviendra, forcément, d'une façon ou d'une autre dans les pages de ce blog.

Et puis j'avais ces lettres, ces doubles. Les publier me permettait de me raconter sans effort, de te dire ces moments de ma vie où je voyageais à travers le monde, mais où je me cassait le nez à ne pas savoir par où sortir de mon enfermement.

J'avais un récit et trois lettres. Pas de quoi fouetter un chat. Seulement voilà, alors que j'évoquais mes dérèglements et mes chagrins, un autre chagrin venait me prendre en plein vol. Je m'en ouvrais ici, et Manu, parmi d'autres, m'a tendu la main et m'a prêté l'oreille. Et il eut cette idée. Au vrai, une idée toute bête, suggérée avec simplicité. Mais qui disait subtilement comment il était rentré dans cette histoire, ce qui déjà me troublait. J'en fis un défi et je t'ai proposé de le relever, de le relever avec moi. Manu lui donna un titre, "dans la peau de Laurent", ça voulait dire qu'il acquiesçait. Je me sentais moins seul, mais surtout, surtout, sans même le savoir, j'ouvrais une porte à des émotions fortes, fulgurantes, intenses, certaines étonnamment résistantes et prometteuses.

Ca se termine en coup de poing. Comment s'en étonner, de la part d'un auteur, talentueux mais qui ne s'épargne jamais beaucoup lui-même, qui a cette faculté étonnante de se voir évoluer d'en dehors de lui, et de se raconter avec lucidité, détachement, ironie et indulgence.

Cette aventure a pu te lasser, je le sais, parce qu'elle était exigeante, ou dérangeante. Je ne sors pas indemne de cette traversée du miroir, mais je ne la regrette pas.

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Dans la peau de Laurent

proposition N°7

par Manu Causse-Plisson

Oh,

Je te parle de mon cul et tu me parles du monde.

C’est, visiblement, un joli décor pour toi. Le monde, pas mon cul.

Sauf que mon monde à moi ressemble pas mal à un cul – avec ses deux hémisphères, Sébastien et moi, et sa zone d’ombre, son entrée secrète et gardée.

En lisant ton premier feuillet, je me suis dit que j’allais la faire partager à ma moitié. En lisant le deuxième, j’ai compris que je ne le ferais pas.

Que ce serait une intrusion insupportable dans notre quotidien.

Je regarde autour de moi les murs de notre trois pièces. Rien ne ressemble à Budapest, au Sahara, à tes mots. Ce n’est pas que ce soit triste, non, évidemment. Ou alors si peu. Mais tout est banal. Banal à pleurer. Sauf que je ne pleure plus depuis longtemps.

Tu parcours le monde et poses sur ses habitants un regard tendre ; je parcours l’espace entre la cuisine et le salon, et tout ce que je vois, ce sont des images sans couleurs.

Il y a peut-être, au fond de moi, un cœur secret qui n’a pas renoncé à se dire ; mais il est loin, si loin que plus personne ne peut l’entendre. Alors à qui crois-tu parler ? Enlisé dans ma vie je reçois tes mots qui ne me concernent pas, qui ne me regardent pas. Ils glissent sur moi – non, ils glissent à la surface de l’océan d’indifférence pendant que je me coule en ses profondeurs.

Oh – oh, oh. Te voilà sous mon charme, dirait-on. Si je voulais être honnête, je reconnaîtrais que c’est ce que j’ai voulu. Que j’ai su dès nos premiers moments que tu vivais dans la peau d’un autre – cet hétéro enthousiaste, engagé, engageant, ce n’était pas toi, pas vraiment. J’ai lu les questions dans tes yeux, et j’ai joué au plus malin pour y répondre. Ou plutôt pour ne pas y répondre.

Si j’étais honnête, je te dirais qu’à chacune de tes lettres je te voyais avancer vers cette dernière, celle que tu me lances comme un ultimatum ; que je t’y guidais par mon silence, par mes mots lorsque nous nous rencontrions. Par ma façon de te charmer par petites touches – tu ne me crois pas innocent à ce point, oh, au moins ?

Maintenant, nous y sommes. Tu as franchi une ligne – celle d’arrivée ou celle de départ, à toi de décider. Et tu me lances ce résultat au visage, content comme un gosse qui a trouvé un caillou – ou même, l’image vaut ce qu’elle vaut, qui brandit une poignée de sa merde, pensant faire la fierté de ses parents.

Tu veux connaître mes réactions ? Flatté, évidemment. Séduire un hétéro, l’attirer dans ma toile, c’est une victoire amusante dans mon ennui habituel.

Heureux et fier ? Je pourrais l’être, si je pensais encore que t’aider à te découvrir était une bonne chose. Mais je sais trop à quel point mon égoïsme était à l’œuvre ; après tout, je voulais simplement que tu deviennes comme moi. Ou que tu deviennes moi, simplement – peut-être pour que je devienne toi, pour voir Buda et le désert par tes yeux plutôt qu’au travers de mon prisme d’indifférence.

S’il me restait une quelconque capacité d’indignation, je me mettrais en colère. Sans doute contre moi – j’ai réussi à perdre le seul ami hétéro que j’avais – et contre toi, aussi.

Je pourrais même te détester – de quel droit viens-tu me déranger dans ma mort confortable ? Ou bien tomber amoureux de ton ardeur. Parce que, bien sûr, je pourrais avoir envie de te croire. D’écouter ta demande, de me précipiter vers toi ; de souffler un peu sur les cendres de mon cœur pour voir s’il y reste des braises. Peut-être ton enthousiasme pourrait-il me faire croire que la vie peut m’accorder davantage.

Mais cela durerait combien, dis-moi ? Deux jours ? Une semaine ? Ou alors nous condamnerions-nous à vivre ensemble, collés l’un contre l’autre comme deux fesses dans un boxer moulant, comme un vieux couple dans un trois pièces ?

Ce n’est pas que ma vie avec Sébastien me satisfait ; elle est simplement aussi ennuyeuse qu’une autre, elle me convient donc très bien. Si je voulais être honnête (mais j’arrête avec cette formule, l’honnêteté m’ennuie, à quoi peut-elle être utile ?) je te dirais que je ne mérite pas mieux, et que remplacer Sébastien par toi ou un autre n’aurait pas plus de sens que de mettre un vieux sous-vêtement à la machine en pensant qu’il en ressortira tout neuf.

Disons que je t’ai tendu la main parce que je n’avais rien de mieux à faire. Tu l’as prise, c’était ton choix ; maintenant, comme dit le prince charmant à la petite fille dans la blague de Coluche, ça t’ennuierait de me lâcher ?

J’ai jeté ta lettre – simplement à la poubelle, même pas brûlé ou jeté à la Seine, ç’aurait été trop théâtral. J’ai jeté ta lettre entre un paquet de mauvais café, une peau de mandarine et une capote usagée.

Je me déteste pour t’avoir arraché ces mots (mais je me déteste depuis si longtemps qu’au fond cela ne fait pas de différence), et tu m’ennuies à vouloir m’en arracher d’autres. Je dois t’avouer enfin qu’une joie malsaine – c’est toujours une joie pourtant – me remplit à l’idée que tu attendras pendant des jours et des années une réponse de ma part.

Rassure-toi, elle ne viendra jamais. Que tu passes ta vie à m’espérer m’amuse. Cela me confère un soupçon d’existence tout en m’épargnant le souci de penser à toi.

Oh, je t’emmerde. Peut-être pas autant que je m’emmerde moi, mais ce serait un effort inutile.

Adieu, ou plutôt à jamais,

Laurent

13 mars 2008

dans la peau de Laurent (F)

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Je m'y suis mis aussi. Après tout, n'est-ce pas à moi que ce défi avait été initialement lancé ? J'ai eu un avantage sur toi : je connais Laurent. J'ai de lui des choses que je ne t'ai jamais dite, et qui m'ont nourri. Toi, tu n'as de Laurent que peu de choses, des bribes de son histoire ancienne, Jean-Pierre, quelques fractions de son présent, un Sébastien en sommeil. Mais j'ai eu un désavantage : je suis prisonnier de ma propre attente. Depuis douze ans cette histoire tourne en rond dans ma tête, et m'en défaire est un exercice. Toi, tu as pu me mettre face à mes contradictions et me tendre un miroir.

J'ai écrit cette proposition avant de lire celles que tu m'envoyais, pour ne pas me laisser d'avantage conditionner. Au final, c'est une version qui, du coup, m'arrange bien : de loin, ce n'est pas la plus intéressante, j'en suis conscient, mais elle exprime - dans les limites de ce que je sais de lui - à peu près tout ce qu'il m'apparaît aujourd'hui raisonnable d'avoir pu en espérer à l'époque. Elle ne clôt pas la série. En tout bien, tout honneur, le dernier mot sera donné samedi par notre donneur d'ordre, Manu Causse-Plisson.

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Dans la peau de Laurent

proposition N°6

par Oh!91

Mon cher O.,

On a un beau printemps par chez nous. Avec Seb, on a fait le tri dans nos affaires ce week-end, dans nos papiers, dans nos amis, dans notre vie, on a passé un grand coup de serpillère, et on se sent mieux pour passer l'été.


Que te dire, O. ?

A la radio, j'en ai ras-le-bol du standard, mais je devrais décrocher un poste d'assistant de réalisation pour cet été auprès d'une chroniqueuse que j'apprécie.

Ta lettre m'est arrivée comme un pavé en travers de la gueule. D'abord, que tu le saches, j'en garde tout, je ne saurais pas te regarder à l'avenir avec des faux semblants entre-nous. Mais je ne suis pas bien sûr de tout comprendre. Ou plutôt, si. Tu me places dans une situation délicate, tu m'accuses violemment. J'ai cru pouvoir être simple avec toi, naturel, tu es un de mes rares potes hétéros, et j'ai pensé que je pouvais te parler ouvertement comme je le fais avec mes meilleurs amis homos. Y compris de sexe. Je n'ai pas pris de gant parce que je n'ai pas cru qu'il y en avait besoin. Pour moi, tu es quelqu'un de fort, j'ai parfois envie de m'accrocher à toi pour grandir, pour trouver la confiance qui me manque, tu es le copain qui compte dans ma vie, dont je suis fier et auquel je m'identifie parfois. Je ne voulais pas t'ébranler parce que j'ai besoin de toi tel que tu es, je n'ai jamais cherché à t'entraîner vers d'autres territoires.

La violence de ton propos me chahute comme jamais. Tu sais combien ton amitié m'est précieuse, mais tu viens menacer de la déchirer sous mon nez. Comment répondre à cela ?

On cherche tous à séduire, O. C'est notre lot. A notre corps défendant. Pour moi qui suis si mal dans ma peau, c'est ma bouée de survie. Vis-à-vis de toi, c'est aussi pour entretenir notre amitié.

je crois que tu te trompes, O., que tu te trompes de combat. Tu me prends pour cible, de ta haine ou de ton amour, ce n'est pas très clair, mais c'est contre autre chose que tu te débats. J'ai relu tes lettres depuis que tu es à Budapest. J'y perçois effectivement un certain trouble, peut-être dit-il des choses de toi que tu n'arrives pas encore à formuler clairement, comme une sorte d'enfermement. Je suis prêt à t'accompagner dans ce combat-là, à t'aider à comprendre de quoi tu es prisonnier. Ca me ferait drôle qu'au bout du chemin tu y découvres un goût pour les hommes, parce que parmi les choses que j'ai toujours admiré chez toi, c'est ton amour pour les femmes, ta fidélité, le respect que tu leur témoigne, et à côté de ça ta tolérance. Mais si c'est le cas, autant te le dire, je serais scotché bien sûr, mais tu resteras évidemment mon ami.

Tu veux mettre mes sentiments à nu ? Soit. Je croyais qu'ils l'étaient, alors ne t'attends pas à de grandes révélations... J'aime Sébastien, parce qu'il est jeune et fragile, et qu'il m'apporte une stabilité qui m'a toujours manqué. Si je devais être tout à fait sincère, j'aime surtout la vie que nous sommes en train de nous construire. Mais j'ai aimé plus que lui avant mon motard bourguignon. Au plan sexe, c'était dix fois mieux. Et j'ai aimé jean-pierre avant cela comme un malade, je lui suis redevable de tout ce que je suis devenu. Sans lui, j'aurais pu finir au fond du trou.

Quant à toi, je t'aime comme un ami, je peux même dire comme mon meilleur ami, donc d'une amitié que je n'ai pas envie de jouer à pile ou face. Si par contre tu attends de moi de l'amour, tu fais fausse route. On se connaît trop pour que je puisse envisager avec toi un tel niveau d'intimité. Peut-être qu'au tout début, durant notre voyage sur le transsibérien, j'ai eu une vraie attirance pour toi, elle s'est déplacée vers le secteur calme et apaisé de mes émotions. Mais je ne crois pas que tu m'aimes d'amour non plus. Tu projettes en moi des sentiments et des pulsions que tu refoules par ailleurs, et ce sont celles-ci que je veux bien t'aider à déceler. Si tu es prêt à faire un grand saut et à t'engager sur ce chemin. Ta lettre me laisse penser que tu l'es.

Si tu le souhaites, on en parle à ta prochaine visite.

J'espère que ce mot te rassurera : tu n'as rien brisé d'irréparable.

J'ai hâte de te revoir. J'ai aimé ton évocation du Sahara : t'en as quand même de la chance, mon salaud, de pouvoir te faire tous ces voyages !

Je t'embrasse.

laurent

11 mars 2008

dans la peau de Laurent (E)

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Cela va faire deux mois que tu m'accompagnes dans cette aventure épistolaire, depuis le récit de ma rencontre avec Laurent à bord du Transsibérien. Moi, ça fait 22 ans bientôt que Laurent me poursuit. Par séquences. Nos brouilles ont finalement été assez nombreuses, parfois longues, mais nous nous sommes toujours retrouvés. Laurent, c'est mon intermittent de l'amitié. C'est mon épopée, elle n'a pas de fin. C'est toi qui la prolonge aujourd'hui en lui ouvrant la porte de l'amour. Et de la jouissance ?

En passant une soirée entre amis chez les Ch'tis, l'autre jour, j'ai réalisé qu'il avait queque chose de Dany Boon. Dans le sourire. Et peut-être surtout dans les oreilles, en un poil plus blond et plus coquin. J'espère n'avoir pas cassé ton imaginaire, là...

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Dans la peau de Laurent

proposition N°5

par Olivier Autissier

Cher Olivier,


Sans doute as-tu raison quand tu dis que les mots de démarrage sont les plus difficiles à trouver. C’est souvent le cas pour celui qui écrit, parfois moins pour celui qui répond tant il a normalement matière à rebondir.

Pour cette réponse, si effectivement la matière ne manque pas, ce sera dans l’intention que je trouverai mes premiers mots. Ils me sont d’une réelle évidence.

Je suis déçu ! Profondément, étonnement aussi, déçu. Et le contenu de tes phrases n’est pas responsable. Tes idées, tes sentiments et tes désirs exprimés pas davantage. Ma déception n’est que le fruit de ta manière même si je te concède qu’il doit y avoir de ma part un facteur d’impatience non négligeable.

Comme tu en as mis du temps !

A m’écrire ton quotidien, à décrire ton décor, à évoquer Budapest. Ça n’était pas inintéressant, bien sûr. Mais l’expérience que j’ai, précisément celle que tu n’as pas, encore ou définitivement, m’avait depuis la première lettre permis de lire plus loin. Je devinais tes détours, je les ressentais et très vite quelque chose s’est allumé en moi. Si tu savais combien de fois je me suis interdit et retenu de bousculer ton style. Ou tes. J’ai trouvé plus délicieux, plus excitant – n’est-ce pas de cela dont il t’est question ? – de te laisser jouer. Et là, je veux bien m’excuser du verbe employé, s’il te blessait, pourtant n’est-il pas de lui dont il s’agit. Tu jouais, je jouais. Nous jouions donc. Nous jouerons. Que ça te rassure ou que ça t’inquiète. Je te laisse le seul loisir de décider ou non d’en changer qu’une seule voyelle.

Alors, tu peux bien m’accuser autant que tu voudras. Je peux aisément te renvoyer la verve. Seul l’avenir décidera lequel de nous deux se posera en victime. Doux présage par conséquent puisque je te sais trop fort pour ne pas perdre. N’est-ce pas ?

Enfin, parce que je n’ai ni ton talent ni ton goût pour les aventures épistolaires, je vais mettre un terme à ce courrier, le seul que tu recevras de moi. Il t’appartient désormais de choisir et de décider. Je te laisse les pourquoi, les comment et les quand. Je me charge des où. Je t’y attends avec autant de détermination que de joie. Mes pluriels sont évidemment choisis et voulus.

Je t’embrasse.

Sébastien te remercie pour tes salutations à son intention. Il dort à cet instant précis.

Laurent

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