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07 décembre 2010

sonate d'hiver

Mes séjours à Budapest sonnent toujours le réveil de quelques souvenirs peu glorieux. Je suis passé au marché de Noël samedi, avant l'opéra. Il neigeait. J'ai renoncé à y acheter une saucisse grillée, mais y ai trouvé un bonnet et un portefeuille. En descendant de la place Déak tér, je suis passé à côté du majestueux Kempinsky Hôtel et me suis souvenu de l'un de mes premiers amants, un Allemand, qui en avait été le jeune gérant. Très grand, et à l'appareillage impressionnant, il était marié - ou l'avait été - avait une petite fille qui vivait en Allemagne avec sa mère, mais pourtant assumait son homosexualité. Cette situation me paraissait incroyable, moi qui démarrais une double vie et ne concevais pas de sortie du placard. Son petit ami était un Américain, le représentant à Budapest du New York Times : raffiné, lunettes d'intello, une beauté à la Matt Damon et extrêmement puritain. Invités un soir, nous avions précédé notre dîner d'une prière de bénédiction. Après quoi, je connus mon premier plan à trois.

Auparavant, j'avais retrouvé Misi aux bains Király, un amant des premiers temps, lui aussi : oh! pas pour longtemps, c'est un spécialiste du zapping. Avocat d'affaire, expert en stocks exchange, son business prospère : il fait chaque année en dix mois le résultat des douze de l'année précédente. Il s'est offert un corps de culturiste.

J'ai repensé à Péter, mon premier amour hongrois, cadre dans une banque, qui a versé dans la politique plus pour sauver sa peau que pour tracer une destinée au monde, et qui a cessé de me donner des nouvelles.

Mon Dieu... dois-je être fier de tout ce gratin avec lequel j'ai fricoté ?...

Pendant deux jours, le soleil a refait son apparition. Le manteau de neige subsistait, parfois épars, et resplendissait. Je suis monté hier vers les hauteurs du château, retrouver un des plus beaux points de vue sur la ville. Pour la plupart, les groupes de touristes ne s'écartaient guère du bastion des pêcheurs et de l'Église Saint-Matthias, où je ne suis plus entré depuis des années, depuis qu'ils ont instauré une billetterie. Et je le regrette, parce que c'est l'église la plus chaude et la plus accueillante que je connaisse, chaque centimètre carré de ses mûrs et de ses colonnes y est peint. J'y ai parfois entendu de l'orgue et des chœurs.

La grande terrasse derrière le palais présidentiel était interdite d'accès, en raison de travaux ou du gel, je ne sais pas. Il régnait autour un grand calme. Je m'en suis approché, et me suis arrêté à proximité d'un vieux monsieur, à peine plus grand que la  normale, assis sur un banc, légèrement penché sur son accoudoir, les jambes rapprochées et les pieds projetés vers l'avant. Une statue comme on en trouve ici et là dans Budapest. A taille humaine et à hauteur de main. Sans promontoire ni grandiloquence. La posture de l'homme m'a ému. Je l'ai touché. Caresser son épaule m'a rassuré. J'ai tenté de voir de qui 134760109_ee7e875463.jpgil pouvait s'agir mais ne trouvais d'abord que le nom de l'artiste qui en a coulé le bronze. Et puis sur le banc de pierre, taillé mais caché sous une épaisse couche de glace, j'ai discerné "Zoltán Kodály". Une sonate pour violoncelle a commencé à me courir dans la tête. Comme un trop long silence.

Plusieurs mètres au dessous du muret, le flanc de la colline était immaculé. J'ai respiré quelques bouffées de ce paysage familier, le Parlement et l'Ile Marguerite dans ma perspective. J'ai regardé en contre-bas. Un instant m'a parcouru l'idée de tout arrêter. En finir là, maintenant, sans vieillesse, sans tristesse. M'offrir une fin écarlate dans un lieu que j'aime, à l'écart de tout, sans préméditation. Après tout, je n'ai rien fait de bien grand, mais n'ai rien de plus grand à accomplir. Pourquoi donc, et derrière quoi désormais courir ? Derrière qui ? La tâche blanche m'appelait. Maman, pensè-je, c'est juste mieux comme ça : j'ai tout donné de ce que j'avais, et ma vie fut déjà belle et pleine à côté de bien d'autres vies, alors... J'ai sorti mon sandwich au fromage et au salami, y ai mordu à pleine dents, et j'ai tourné autour de Kodaly. Arrête ! Arrête avec ta sonate pour violoncelle seul ! Donne-moi plutôt des rondo hongrois ou d'autres danses populaires ! Un destin !

Nous avons échangé vendredi soir des propos désabusés, avec mon ancien collègue irakien. Lui qui avait fondé sa vie sur le renversement de Saddam Hussein, voilà qu'il n'a toujours pas pu mettre le pied dans le nouvel Irak : pire qu'avant, pour la sécurité, pour les minorités, pour la corruption... Et dire que nous étions tant engagés, dans notre jeunesse tardive, emplis de la certitude d'être plus forts que tous les pouvoirs économiques.

Nous ne nous étions pas revus depuis douze ans. Sa femme a tenté de nous dire que le monde n'était peut-être pas tellement devenu pire, que c'est nous qui étions simplement devenus vieux, et avions perdu nos rêves. En fait, cette idée parfois m'apporte un peu de réconfort. Saint-Loup, un jour où il était de passage à Paris m'avait dit la même chose alors que je ne cessais de gémir sur nos espoirs perdus. J'aimerais tant qu'ils aient raison, que  je ne sois qu'un vieux con à l'instar de ceux que je dénonçais autrefois, et que les jeunes d'aujourd'hui aient à leur tour des combats et des rêves pour conduire le monde quelque part. Mais j'ai peur que les choses ne soient plus graves, hélas.

Mon ami travaille toujours comme ingénieur dans une société de construction. Il a du travail, ça va pour lui. Au fil des années, il s'est également fait un nom comme traducteur de romans ou de nouvelles Recto_etre_sans_destin.jpgdu hongrois vers l'arabe. Il m'a appris que c'est lui qui avait traduit en arabe le livre majeur d'Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, Être sans destin. J'en ai ressenti une immense fierté, que je ne peux pas te décrire, tellement ce livre est grand, bouleversant, et à lire, absolument à lire. Kertész s'y efforce de retrouver ses yeux d'enfant, sa naïveté d'enfant, son ignorance d'enfant, son écriture d'enfant pour raconter l'horreur de holocauste à travers des événements qui s'enchaînent sans préjuger des suivants. C'est d'une force incroyable, à la hauteur d'un Primo Levy.

Peut-être d'ailleurs faut-il parfois replonger dans cette histoire là pour se rappeler que même lorsque les destins s'échappent, des forces jaillissent de l'humanité pour égayer le monde de quelques belles sonates et lui donner un fragile sursis.

15 février 2010

Bertrand (2) mon premier confident

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Voilà à présent ma rencontre avec Bertrand.

[C'est vrai que je ne lui doit rien, à fillot ! (Toujours cette satanée histoire de dette, sans doute...) Mais bon, je le lui avais promis... Et quand tu lis ça, que tu découvres les douze ans qu'il a à décadenasser, alors tu te dis qu'il n'y a pas de trop d'un coup de pouce, sans obligation de résultat, mais disons avec obligation de moyens.]

Bertrand, donc. J'en ai planté le décor, matériel et psychologique. Résumé de l'épisode précédent : je vivais, je souffrais, j'étais un tigre en cage, habité par l'idée de la mort... Il me fallait un appel vital.

Et puis un jour, je sortais bredouille des bains Gellert, aux lourdes sophistications de style art nouveau. J'avais traversé le pont Szabadság, je cherchais un petit restaurant. L'hiver finissait à peine, une belle lumière baignait la torpeur de ce dimanche matin, mais il faisait encore froid. Je m'arrêtais devant des vitrines pour lire des menus. Je remarquais derrière moi un jeune homme. Charmant, châtain, les cheveux longs. Après un moment, il n'y avait plus de doute : il me suivait. Lorsqu'il a été sûr que je l'avais remarqué, il a pris une autre direction, et c'est moi qui me suis mis à le chercher, restant à une encablure. Il s'arrêtait, je démarrais, il démarrait, je m'arrêtais, et puis le premier je suis venu à sa rencontre pour lui demander s'il parlait anglais.

Il ne parlait qu'hongrois. Je n'en bredouillais quasiment rien, et lorsque nous sommes entrés dans un restaurant, il a pris les choses en main pour passer la commande. Il a laissé passer bien un quart d'heure, le temps que je parvienne à lui demander deux-trois bricoles, puis il s'est mis à me parler en français comme toi et moi, fier de m'avoir fait marcher si loin. Au sens propre comme au figuré. C'est la première fois que j'avais suivi quelqu'un dans la rue. Lui m'a dit que c'est un jeu qui l'amusait en général.

Il est venu à la maison à 14h. A 15h, nous avons fait l'amour. A 16h, j'étais séduit par l'hyper sensibilité de son corps. A 17h, au repos, je jouais avec ses longs cheveux, ils étaient pour moi quelque chose de nouveau. Et c'est à 18h que je tombais amoureux. C'est ma cadence. A 19h, il reprenait un train vers Salgótarján, presque 200 km au delà de Budapest, non loin de la frontière slovaque. Il oeuvrait auprès d'une association de travail social comme volontaire du service national.

Dès le vendredi soir suivant, mon travail terminé, je le rejoignais dans cette ville ouvrière de province, déjà profondément marquée par les premiers stigmates de l'économie libérale. Nous nous sommes vus ainsi plusieurs fois, les épisodes sont assez confus dans ma tête et je ne saurais simplement les remettre en ordre. J'ai le souvenir d'une nuit, le printemps devait être déjà bien avancé, nous étions allés avec son amie Karine dans une région proche d'Éger où les bains chauds sont en pleine nature, ouverts au public, sans aménagement. On se déshabille près des arbres, seule la lune éclaire les lieux, le sol est boueux, puis l'on s'immerge dans une eau très chaude, une forte odeur de souffre autour de soi. Je crois que nous ne faisions déjà plus l'amour, à ce moment-là, une histoire de compatibilité, aujourd'hui on dirait je crois que ça va pas coller, mais là dans cette eau radioactive, nos corps nus réveillés par la chaleur, en suspension, se laissèrent aller et je me souviens de l'infini plaisir que j'avais pris à le caresser. Je me souviens aussi qu'il avait fait la planche et que son érection en avait été sublimée.

Je l'aimais, c'était évident, mais j'aimais surtout cette autre image de l'homosexualité qu'il me donnait à voir. Il vivait une amitié simple et profonde avec Karine. Il me parlait de ses parents, en Lorraine, avec qui les choses étaient tendues, mais envers qui il n'aurait pu concevoir de ne pas être dans la vérité. Il me parlait aussi de sa soeur, de la psychanalyse qu'il avait suivie, il disait des choses qui me troublaient sur l'accord avec soi-même, sur le regard des autres qui était rarement ce qu'on s'en figurait.

295339414_5d37df0ee2.jpgC'est à lui que j'ai dis un jour avoir des idées de mort à cause de l'impasse où je me trouvais, que je pressentais avoir besoin d'être amoureux, de pouvoir m'appuyer sur quelqu'un pour mettre en œuvre l'inéluctable que je sentais grandir en moi, avoir des bras vers lesquels venir me lover une fois la chose dite. Il devint en fin de compte mon premier ami de l'intime, mon premier confident, le frère à qui je n'avais su rien dire, le meilleur pote, la mère prête à donner son jupon en toutes circonstances... Laurent aurait pu être celui-là, mais il s'était dérobé.

Je mûrissais. Tellement, que des parties de moi commençaient à se nécroser. Ma double vie me répugnait. En parlant avec lui, j'ai compris une chose essentielle : je devais dépasser plus que les préjugés sur l'homosexalité : l'idée du mensonge. J'ai pris avec lui conscience que j'avais d'avantage peur du regard sur mes quatorze ans d'unions usurpées avec des femmes, que sur l'homosexualité. Au fond, homosexuel, je n'y pouvais rien, mais la lâcheté...!

Je ne saurais plus du tout dire par quels mots il m'a permis de dépasser ce mépris de moi-même, à ce moment-là, mais je sais qu'au cours d'une discussion avec lui, au milieu du printemps, j'ai pris la décision, ferme, de parler dès mon retour suivant à Paris. Cette décision, je ne l'ai prise qu'une fois, et je l'ai tenue.

Armelle m'a aidé, et elle mérite que je lui rende hommage. Elle avait vu mon malaise et avait pressenti que j'avais dans la gorge un gros morceau à lâcher. Elle m'a simplement dit : "oh, oh, je crois que tu as quelque chose à me dire", j'ai simplement répondu "oui", en m'étouffant, mais dès lors, je ne pouvais plus reculer. J'ai raconté ici sa noble patience, et comment elle a à la fois été triste et soulagée de mon aveu imprévu. Armelle est restée une grande amie, elle a passé le nouvel an à la maison et se trouve, au moment même où j'écris, à Budapest pour quelques jours de vacances dans une ville qui ne lui aura donc pas laissé de si mauvais souvenirs.

Et il y a non loin une autre fée, bien carrossée, qui sait que je pense à elle, en parlant de ça, et à sa vérité récoltée bien longtemps après sa queue de poisson à elle...

En tout cas, πR, il y a une chose que je retiens de toute cette traversée, de ces inutiles tourments, et des sombres nœuds que je collectionnais. C'est que l'on m'aimait et que l'on a continué à m'aimer. Que je me voyais anormal, et que l'on ne m'a ensuite vu que très normal. Que je me voyais lâche et que l'on ne m'a vu que courageux. Que je me méprisais et que j'ai alors commencé à m'aimer un peu. A m'accepter en tout cas, même dans un miroir. Une sorte de photo de moi à Barcelone que je pouvais garder dans le creux de ma main et regarder sans rougir. Que j'avais été con !

Ça n'a pas fait de la vie un long fleuve tranquille, mais ça l'a affranchie d'inutiles chausse-trappes. Et treize ans après, fort de cette traversée, je me sens l'âme d'un Bertrand à mon tour...

14 février 2010

Bertrand (1) à ciel ouvert

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Il me faut donc te parler de Bertrand. Je l'avais laissé dans les couches profondes de mes souvenirs. De ceux que l'on enfouit pour qu'ils ne s'abîment pas dans d'abusives relectures, ou parce qu'ils ravivent les plaies d'une période difficile, intérieurement dramatique.

Il me faut t'en parler aujourd'hui à cause de ses tourments à lui, qui me hantent, de ses émois qui sont allés le réveiller, et parce que merde, on n'a qu'une vie ! C'est un peu ça, qu'il m'avait appris...

Il est celui qui m'a permis d'entrevoir une homosexualité décomplexée, assumée, à ciel ouvert, celui qui m'a rendu la transgression vertueuse. Il mettait pour la première fois dans ma main un signe d'égalité entre vérité et avenir, alors que je pensais devoir choisir l'une ou l'autre. C'est à lui que je dois l'élan de courage qui me permit, un jour de 1997, au début du printemps je crois et au pire de mon désespoir, de sortir de ma prison.

Alors, à lui, à mon filleul de blog, qui jongle avec la vérité et l'avenir et qui, du coup, est venu me tirer par la manche, je dois ce récit.

Je n'ai pas rencontré Bertrand dans des bains. Ni même dans un complexe naturiste, où j'avais commencé à rencontrer des hommes depuis presque un an - depuis l'été précédent, en fait, puisque Csaba avait été une rencontre de plage, enfin de strand.

J'avais connu les petits coups rapides dans des recoins obscurs, mes premiers touche-pipi sans mot échangé, les hommes emmenés à la maison dans la crainte des voisins, ceux suivis chez eux dans la peur du crime. J'avais connu des caractères tordus, des sentimentaux, des paresseux et des vaillants, des hommes qui se laissaient caresser comme s'ils t'honoraient de leur seul abandon, d'autres qui t'entouraient de mille et une attentions.

J'avais rencontré des Hongrois, des Irlandais, un Allemand et son compagnon américain qui m'initièrent au triolisme unisexe. J'avais eu mon premier béguin, mon premier flirt, ma première rupture, ah, Péter, qu'est-ce que tu m'en avais fait voir, entre ta mère qui ignorait tout mais chez qui tu vivais, ton régulier qui n'ignorait rien, mais à qui tu me cachais, et tes remords, tes hésitations ou ta lassitude - je n'en saurais jamais rien, sauf que tu voulus longtemps, ensuite, rester un ami proche.

Toutes ces liaisons, bip court ou bip long, étaient nées dans la moiteur des bains ou le hâle caniculaire. Dans des lieux qui devinrent pour moi dédiés à cet art de la rencontre, ou à la consommation sur place, lors de permissions hors de mon bagne pour croire à un autre possible.

Je vivais alors à Budapest, et ma relation avec ma compagne s'en trouvait, de fait, intermittente. Cette respiration nous convenait à tous les deux. Enfin, surtout à moi.

Pourtant, je crois que l'inconfort de ma double vie se nourrissait du sentiment que je n'appartenais plus au milieu des hétéros, j'avais cessé plongeon5.jpgd'être normal depuis que je touchais des hommes, mais je n'appartenais pas non plus au nouveau monde puisque je le côtoyais en secret. C'était assez étrange, d'ailleurs, parce que tous ces hommes que je croisais, avec plus ou moins d'intensité, je ne pouvais les imaginer qu'en paix avec eux-même : assumés et expérimentés. Ils avaient déjà un compagnon, ou sortaient d'une liaison, il y avait dans leurs chambres des effigies explicites, certains s'étaient bâti des intérieurs tout entiers tournés vers cet univers homoérotique, équipés de toutes sortes d'ustensiles idoines soigneusement rangés à proximité de leur lit et qui me troublaient plus qu'ils ne m'excitaient.

Peu à peu pourtant, avec ceux que j'eus la chance de fréquenter au delà du superficiel, je découvrais que cette intimité libérée cachait un certain malaise, et je percevais le grand secret dans lequel, en vérité, ils tenaient toutes les autres sphères de leur vie, familiale ou de travail. Je dirais aujourd'hui, sans l'avoir vraiment réalisé sur le moment, que par ce fait, l'image de l'homosexualité dans laquelle je baignais alors ne me permettait pas de m'y projeter heureux. J'y exultais puis m'y recroquevillais. Je croyais ne jamais trouver la sortie.

Il m'était devenu vital - et j'emploie ce mot au sens propre - qu'on m'ouvrît le ciel.

(la suite est là)

05 février 2010

un bon père

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J'aurais été un bon père, je crois. Souvent, mes amis me le disent, quand ils me voient jouer avec un môme, babiller, lire à haute voix un livre de contes ou improviser une partie de cache-cache, selon l'âge. Un père patient, attentionné, oublieux de lui-même... J'aurais pu sans doute être ce père aimant.

Je ne boude pas la liberté et l'indépendance que me laisse la non-parentalité. Tonton, ou parrain, c'est quand même moins de charge, surtout dans le quotidien. Mais régulièrement, j'éprouve des regrets à ne m'être pas autorisé d'être père à l'époque où je le pouvais. Où j'étais sollicité.

J'avais 19 ans quand - accident de notre toute première fois sans doute - ma copine dût avorter, pour préserver notre jeunesse et ses études de médecine. Au fond de moi, j'étais fier d'être fertile.

Dix ans plus tard, Armelle me disait et me répétait, avec l'argument de son âge, son envie d'enfants. Je résistais, invoquant mille instabilités dans notre vie. Mais je sais que je ne redoutais qu'une chose : que cet enfant ne s'avère être tetine_gaynormandie.jpgle verrou du cachot où j'étais enfermé. Je vivais avec Armelle dans le mensonge d'une hétérosexualité ordinaire, je lui infligeais des doutes et des échecs, sa féminité n'en sortait pas grandie. Mais du moins cela se jouait-il entre elle et moi. Ce n'était ni pire ni meilleur que ce que je cachais au reste de nos familles, à mes collègues, à nos amis communs, et finalement à l'humanité toute entière. Mais comment pouvais-je l'infliger à un être que j'aurais moi-même conçu. A une petite chose qui n'aurait rien demandé à personne, que je serais allé sortir, moi, du grand sommeil intersidéral pour l'estampiller d'un seul message : je suis un faux, le fruit d'une alliance sans fondement, sans sens, sans preuve, témoin du seul orgueil de ton père, et victime de sa seule lâcheté.

Probablement, c'est en partie pour desserrer l'étau de cette demande-là que je me suis mis à concevoir comme une évidence, d'abord de façon floue, puis de plus en plus nettement, qu'il me faudrait sortir du placard. Pour éviter d'être père. Ou ne pas avoir à justifier de ne pas l'être.

Je suis depuis passé de l'autre côté. Le mensonge, le mal-être qui va avec et ses wagons de frustrations sont depuis longtemps derrière moi. Mais j'ai parfois des regrets d'avoir ainsi lié ma capacité à être père au regard répugnant que je portais sur ma sexualité. Non seulement, j'aurais pu être un père aimant, mais l'enfant que j'aurais eu aurait été quelqu'un de bien. Fier sans doute d'avoir un papa homosexuel, à le proclamer d'abord haut et fort dans les cours de récréation, à l'évoquer plus subtilement dans des rédactions sur le thème de l'amour, ou sur celui de la liberté ou de la responsabilité, à l'assumer de façon décomplexée vis-à-vis de ses potes de lycée, ou à l'heure de sa première copine, il aurait été ouvert, curieux, tolérant. Cet enfant là aurait eu sa vie, ses bifurcations, ses hésitations, il aurait commis ses erreurs, aurait cultivé ses jardins secrets pour chercher sa personnalité. Mais il n'aurait pas manqué de dignité. Il m'aurait sans doute empoisonné la vie, pleurnichard quand je l'aurais voulu fort, casse-cou quand je l'aurais voulu prudent, indécis quand je l'aurais voulu sûr de lui. Il m'aurait fait une crise d'adolescence qui m'aurait laissé démuni. J'aurais craint son entrée dans la vie, et aurait sans doute connu les insomnies. Mais il m'aurait délivré de ces regrets.

Tu vois, tu te donnes trois mille mètres pour décider d'aller d'un côté ou de l'autre, mais ce désir de paternité qui te titille peut exister sur chacune des branches de l'échangeur. J'en suis convaincu. A condition de ne pas faire d'un môme l'arbre derrière lequel se cacher. Et de ne pas perdre de vue que père ou sans enfant, si l'heure du déchirement vient toujours avec des larmes et te laisse dans le noir, il ne lègue pas que des ruines.

21 janvier 2010

l'envie et la contrainte

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Ça, c'était lundi : en réponse à mon invitation du vendredi : "Prends ton après midi, racontes nous TON hammam, s'il te plaît" (...)

"Tu sais, la culpabilité qui l'emporte sur l'envie ... et bien j'en suis là. Vendredi, je n'ai pas abandonné les dossiers à même le bureau, je n'ai pas cliqué sur « Arrêter », je n'ai pas suivi la tentation...
Du coup, ce matin ton «
s'il te plaît » m'achève.
Car oui, il me plairait de dire ce que j'ai coutume d'enfouir.
Ça m'attire même gravement si tu veux savoir...

Alors, certes, ça ne date pas de vendredi, mais voici tout de même ...

Mai 2009 :
Je franchi pour la première fois la limite du phantasme : le sas d'entrée d'un sauna gay. Comment dire? C'est un peu comme plonger de dix mètres, et moi, je suis juste le champion du monde du plat.Je ne sais pas bien comment, ce jour là, je suis parvenu à faire le pas qui me sépare du vide. Disons juste : parce que oh! hé! hein! ça suffit comme ça !!!

A l'entrée, ce que, les sites gays imagés qualifieraient de « pur bogosse » me souhaite la bienvenue. Il me taquine, il m’a vu hésiter dans la rue, ... et d'autres fois aussi. Il dit qu'il se demandait si j’allais oser, que j'ai bien fait, que je ne regretterais pas, que c'est treize euros (et oui, plus de trente ans). Il me tend une serviette, la clé d’un vestiaire et un sourire comme c'est pas permis.
Un sourire que j'emporte avec moi.
Et je découvre le sauna, le hammam, les salles de projection, le labyrinthe noir, les cabines, les pièces thématiques.
Tout ne me fait pas envie, et tout me décomplexe.
Dans la cohorte des corps beaux, secs, gras, multicolores, plus ou moins jeunes et usés, je me sens étonnement à l'aise. J'expérimente en cherchant celui-là qui s’isole avec deux autres. Je m'éloigne poliment des avances de celui-ci. Je mate. Je suis regardé. J'aime ça. Et puis, je ne tiens plus. Sans conviction, j'en teste un qui accepte. Il fera bien l'affaire. Autant pour moi. C'est rapide. C'est agréable. Ça faisait tellement longtemps. Un peu plus loin, un peu plus tard, je frôle volontairement un corps plus à mon goût, je prend le temps de sourire, de caresser, d'inviter. Il me prend par la main et me guide jusqu'à une cabine. C'est plus long, plus contrôlé, forcément. Je décolle.

Toutes ces années d'hétérosexualité prétendue font que l'apaisement est immense. Tout comme le sentiment coupable qui me taraude depuis ... c'est une autre histoire.

Septembre 2009 :
La satiété m'a tenu jusque là. Puis l’appétit a grandit, jusqu’à une fringale qui me pousse à réitérer ... Je suis déçu. Déjà, à l'accueil le sourire qui tue sa mère n'est pas là. Ce jour là, je ne plais pas à ceux qui me plaisent. Je me contente des bienfaits du hammam. C'est déjà bien.

brutos6430_Alex_ChaosMen.jpgOctobre 2009 :
Cette fois, ça s'annonce bien, je reconnais le sourire qui fait mouche, ainsi que tout ce qui est au dessous. Il profite des services de l'établissement comme n'importe quel client. Je le croise dans une grande salle de projection, où il entame une discussion avec un salopard que je jalouse en songeant qu'ils finiront par jouir ensemble ... Inaccessible. Même pas en rêve. Je m'éloigne.
Je dérive au gré des couloirs, il est là.
Je fait une pause près du bassin à remous, il se tient à distance mais à portée de mes yeux.
Ma chance?
J'entre dans une cabine.
Il m'emboîte le pas, referme la porte sur nous.
M'offre à nouveau son fameux sourire, sa langue, sa peau ferme, sa bouche ...
Il est juste superbe, et à ma portée, alors ... je prends.
Nous restons les yeux dans les yeux, même après la petite mort. Je suis étonné.

Sur le chemin de la douche, il m'explique qu'il doit prendre son service, au bar. Il me propose de l'y rejoindre dans quelques minutes, histoire de m’offrir un verre et un numéro de téléphone.

Voilà.
Je n'y suis pas retourné depuis et j'en crève souvent, comme vendredi dernier.
"

Et ça, c'était mardi : πR

Il s'est lancé. En quelques semaines à peine, il s'est engagé, engrainé, mon filleul. Drainé par l'eau, courant vers l'air. Vas-y voir, encourage-le : il est sur un sentier caillouteux... mais je pressens qu'il va avancer vite.

17 janvier 2010

une histoire d'hommes

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Pour moi, Budapest est avant tout une histoire d'hommes. Je conçois que cela puisse t'ennuyer à la longue, ou t'offusquer, car cette ville a bien d'autres attraits. Les bains, j'en parle - même si c'est sous un angle intéressé -, la musique - je suis ce dimanche soir à une représentation de La flûte enchantée -, la littérature - il faut absolument lire Être sans destin, de Imre Kertész -, la gastronomie - même si j'ai cette fois opté pour des buffets bon-marché, plutôt que pour des restos devenus hors de prix -, la pierre - et Dieu sait que le patrimoine classique, néo-classique, néogothique, art-nouveau, art-déco, donne à cette ville et à son front de Danube un cachet sans pareil... Mais que veux-tu. C'est là que j'ai connu mon premier homme, là que j'ai accepté de les regarder, de les toucher, là que j'ai rencontré mon premier amant, que j'ai sucé ma première bite, transpercé mon premier fion, et là que je me fis la première fois sauter la rondelle. C'est là que j'ai rencontré l'homme avec qui je vis, celui avec qui je voudrais vivre, là que je me ressource, que je me trouve beau.

Alors à Budapest, il n'y a guère que des hommes dont je puisse te parler. Ils sont mon sel magyar. Je n'expose pas ici un palmarès, ces hommes ne sont jamais des trophées. Sinon, pourquoi auraient-ils tant, le plus souvent, ce goût d'inachevé qui te laisse la bouche sèche ?

Hier, pour mon dernier bain au Király, c'est István, un comédien ex-chanteur d'Opérette, revenu, aprés un détour par la vie économique - "parce qu'il faut bien vivre" - dans le monde du spectacle - "parce que la vie ne doit pas se laisser guider par l'argent" - qui a embelli ma matinée.

L'atmosphère y était exceptionnelle. Le soleil brillait dehors, et de la fenêtre jaune au verre dépoli pénétrait une lumière crue qui, se heurtant au mur de vapeur, sous la grande voûte byzantine, réfractait les silhouettes nues et les sublimait. J'ai cru retrouver les chocs sensuels de mes premières fois.

Une barbe à ras, d'un grisonnant qui démasquait ses 42 ans, les cheveux droits, très noirs, qui lui tombaient sur la nuque et dissimulaient des oreilles onctueuses, l'oeil noir et profond, je l'ai massé, d'abord, dans le bain de vapeur. Puis nous nous sommes longuement caressés, sans rechercher d'achèvement, les yeux dans les yeux et c'est ce qui était doux. Et nous nous sommes quittés. Puis Mike, qui m'avait d'abord pris en sandwich tandis que j'enlaçais István, s'est occupé de moi. Je l'ai conduit à l'extase avant de m'enfermer, seul, dans une cabine de douche pour, à l'écart des regards - quelle obscénité ! - me concentrer sur moi-même. Et que veux-tu, c'est en pensant à l'homme que j'aime, à des attouchements dans une cabine d'essayage, que j'ai éjaculé. Dans un fantasme et dans un spasme.

Tel est mon Budapest, que je quitte demain. Le coeur chagrin, mais heureux de ce ressourcement, et conscient de mon privilège.

19 juillet 2009

le premier homme qui me marcha sur la lune

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C'était à la fin du printemps 1996. Je vivais à Budapest depuis plus de six mois. Je voyais chaque matin sous les douches de la piscine Alfred Hàjos de jeunes hommes nus, insouciants de leur jeunesse et de leur beauté. Mais tout autant que je prenais conscience de l'irrévocabilité de mon homosexualité, j'avais l'impression que chaque regard me trahissait, ou que ces jeunes n'étaient que des fabriques à fantasmes, inaccessibles et irréels. J'enviais simplement leur jovialité et le naturel avec lequel ils portaient leur nudité. Une ou deux fois par semaine, brutos10415.jpgsouvent le week-end, je commençais à explorer les bains thermaux, et je voyais alors d'autres nudités, plus équivoques. Les volutes de vapeur me faisaient disparaitre et j'y craignais moins d'exister au milieu d'elles.

Et puis une fois, c'était dans le bain de l'hôtel Gellert, il était arrivé qu'un homme s'approchât de moi, m'y caressât la jambe du dos de la main et tout en me parlant m'y empoignât le sexe. Il me dit en français - il était professeur d'université - qu'il avait bien de la chance qu'un jeune homme aussi beau que moi se laissât ainsi approcher. J'avais alors tenté à mon tour de lui toucher le sexe, mais ne rencontrant qu'une pièce molle cernée de poils longs, j'en avais ressenti du dégoût et le mis aussitôt à distance.

Il était néanmoins évident que le moment approchait où j'allais passer à la casserole, et j'en recherchais l'augure. Je découvrais aussi que les printemps à Budapest étaient inondés de soleil, que les gens aimaient alors à se dévêtir. L'Est s'avérait être autre chose que ce que je m'en était représenté depuis tout petit : il y régnait une douceur de vivre, des couleurs et des rythmes des plus agréables. A la fin du travail, je commençais à m'aventurer à la grande piscine familiale Palatinus. Je ne sais plus d'où je le tenais, d'un guide ou d'une observation plus personnelle, peut-être de ce malheureux professeur d'université, mais je savais qu'il y avait des terrasses naturistes non mixtes, et qu'on y faisait parfois des rencontres. Qu'était une rencontre, d'ailleurs, et si elle avait lieu, comment le savoir ? Et qu'en faire ? J'allais peut-être là-bas avoir des occasions de répondre à ces questions.

1-as (5).jpgJe ne sais plus bien dire si c'est à mon premier passage que la rencontre eut lieu. Ou s'il m'avait fallu y revenir plusieurs fois, car j'ai la faculté d'occulter les tentatives infructueuses. J'y étais allé plusieurs fois à de simples fins exploratoires, me semble-t-il, sans m'attarder, me sentant intrus ou me croyant observé. Toujours est-il que ce jour-là, de mai ou de juin 96, un samedi, autant que je m'en souvienne, sur la terrasse d'abord, puis sous la douche de façon plus explicite, un garçon m'observa et me fit comprendre que je lui plaisais. Lui n'était pas vraiment beau. Mais il était jeune. Il était un peu édenté, très brun, et je me souviens que je me demandais s'il n'était pas Gitan. Je l'ai même supposé être un prostitué, et durant tout ce qui allait suivre, jusqu'à son départ, ne connaissant ni les codes de la drague ni ceux du tapin, je m'imaginais qu'à la fin il allait me demander de le rétribuer de quelque chose.

Il s'appelait Csaba. Il était en vélo alors que j'étais venu en bus, il avait donc du suivre le bus pour me rejoindre chez moi, et cette insistance m'avait intrigué. Il avait l'air content de me suivre, et me fit comprendre que les Français étaient des amants de choix.

Autant que je m'en souvienne, je ne m'embarrassais pas de savoir si je serais à la hauteur ou non. J'avais juste besoin de vivre cette expérience. Et qu'importait qui il était au fond, et ce qui le motivait. Qu'importait son sourire un peu benêt. Pour la première fois, j'allais embrasser un homme avec frénésie, un homme frotterait son sexe contre le mien, m'arracherait les vêtements, je connaitrais mes premières pipes. Mon cœur battait fort, mais je ne donnais visiblement pas l'impression d'être novice. En entrant dans mon immeuble, j'eus l'impression que les voisins étaient tous à l'affut, et qu'ils préparaient déjà un rapport circonstancié à l'attention de l'organisation qui m'employait. Une fois chez moi, je les imaginais dans le couloir écoutant à ma porte chaque bruit que nous pourrions émettre. Mais finalement, dans l'action, j'évacuais ces sensations parasites, et me laissais aller à prodiguer des caresses et à en recevoir.

Je revois peu de choses de ces premiers pas sur ma lune. Un canapé vert bouteille, une lumière déclinante, un sexe tendu... Dans mon brutos5134.jpgsouvenir, je nous revois surtout debouts. Il n'y eut aucune pénétration, donc aucune capote, et je suis incapable de dire si ces instants durèrent un quart d'heure ou trois heures.

Cela reste en tout cas le premier sexe d'homme que j'eus jamais touché à part le mien et celui si inconsistant du professeur d'université. De ce jour-là, je sortis du scaphandre de mon innocence sexuelle, et commençai une aventure foisonnante sur le chemin des hommes.

Dès vendredi, je repars en pèlerinage à Budapest, en mode sex and sun, et ce n'est pas au Palatinus que j'escompte la moindre de mes rencontres, comme pour laisser à mon soleil du Levant le loisir de se faire couchant.

[Je racontais là, à l'ouverture de mon blog, tout ce qui bouillait en moi à l'époque de ce coming out]

26 mai 2009

égalité hommes-femmes

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Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.

Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.

De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.

Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.

Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.