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19 mars 2009

du petit lait

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C'est étrange, j'aurais du écrire depuis longtemps, comme d'autres l'ont déjà fait, un avis, ou une critique, enfin dire un peu mon regard sur le film, THE film, qui forcément me concerne, qui doit me concerner, pas plus qu'un autre blogueur, pas plus qu'un autre pédé, mais pas moins non plus, du moins, par la force des choses.

D'autant que bénéficiant d'un désistement de dernière minute, je m'étais raccroché, à l'invitation du beau Yo, (à la nuque soyeuse et aux yeux d'émeraude, tati-tata, ceux qui ne connaissent pas le personnage iront gratter dans les couches quaternaires de ce blog), à une avant-première organisée par le groupe LGBT d'Amnesty International.

Et puis sollicité par la vie, ou par d'autres urgences, j'ai laissé passer le temps de l'écriture, et du coup à l'heure de m'y mettre (avantage de la grève, la manif sera dans l'après-midi, j'y retrouverai Yo d'ailleurs, tiens !), je me suis demandé si dans ce film quelque chose m'avait conduit à ainsi en retarder l'échéance. Je n'ai rien trouvé, que ma flemme.

J'avais aimé Eléphant, de Gus Van Sant. Ce film m'avait même hypnotisé. Son silence, ces parcours qui se croisent, ces lieux qui se répètent à l'infini, sous des angles changeants, ces minutes à l'inéluctable terrifiant scanées sous toutes les coutures et qui n'en finissent pas, ces petits détails qui raccrochent les scènes les unes aux autres et finissent par constituer la loupe grossissante du massacre. J'avais aimé une certaine sobriété, l'effacement total du cinéaste derrière les déambulations, le malaise livré sans accusé de réception sur la simple banalité d'humiliations tues et de frustrations insoupçonnées. Le langage cinématographique m'apparaissait neuf.

J'étais donc heureux de voir que Gus Van ant s'attaquait à la biographie d'un combattant de la cause homo. Dont j'ai découvert l'essentiel de la vie et des combats pour l'occasion. Il s'est profondément renouvelé pour ce film. La construction est plus classique. Le propos plus didactique, avec la répétition pas franchement indispensable en fin de film d'une réplique prémonitoire de Harvey Milk. Mais la reconstitution des années 70 m'a bluffé, le grain de l'image y concoure, les images d'archive se fondent dans le projet. Et, on l'a beaucoup dit, Sean Penn est une magnifique incarnation, sobre et rayonnant. Son jeu est d'une remarquable crédibilité. Et tous les personnages, d'ailleurs.

Ce film vient comme un rappel salutaire de la dureté et de l'actualité du combat contre les conservatismes. Benoît XVI, qui s'est rendu Benoit_XVI_1_-_mains_en_l'air.jpgcoupable avant-hier de crime contre l'humanité en stigmatisant l'usage du préservatif dans le combat contre le SIDA, nous confirme qu'on aurait tort de se croire protégé des régressions les plus archaïques. Mais au delà, j'y ai lu deux messages essentiellement politiques :

D'abord, que le combat contre les discriminations a toujours une portée universelle, que les minorités, en se libérant, libèrent les majorités et leur ouvre des espaces nouveaux. De ce point de vue, je suis assez convaincu que la place de la famille dans la société, et les droits de chacune de ses composantes dans la famille, pourront être revisités quand on aura reconnu, par exemple, aux couples homosexuels qui le souhaitent le droit à l'adoption. Et pas l'inverse (ceci est en référence à un débat que j'ai eu récemment, sur un autre blog, avec Dorham)

19023218.jpgEnsuite, qu'en politique, de fait, l'outrance n'est pas nécessairement antinomique avec le consensus. J'ai aimé le regard que porte le film sur le jeu politique d'Harvey Milk, encourageant sa communauté à se montrer telle qu'elle est, à tabler sur la visibilité gay, tout en manifestant sa plus grande préoccupation pour les sujets qui font la banalité du quotidien : on peut ainsi prendre la tête de manifestations pour que les homosexuels ne soient pas interdits d'enseignement, tout en se levant tôt le matin pour aller ramasser des merdes de chien dans un jardin public. Presque une leçon.

08 mai 2008

quand WajDi fait sa croisette

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Lus cette nuit ces mots laissés sur ma messagerie instantanée :

"- bon j'espere ke tu vas faire un billet sur l'événement culturel de la semaine : le festival du court-metrage sur l'intimité qu'on cache.

Organisé en moins de trois jours... prends en de la graine vieux ! avec un budget de zéro...

et kan t'auras tourné un film sur l'histoire de toi et ton reuf dans la baignoire, j'te promets ke j'le sélectionne."

WajDi, je commence à sentir le scénar, pour mon "reuf" et moi. Mais je crois pas que je serais en mesure de tenir la caméra. Pour les cinéphiles, plutôt qe d'attendre, je leur recommande de passer ces jours-ci sur ton blog. Tu leur as choisi quelques courts-métrages de qualité. Enfin, j'ai vu que les deux premiers, et chacun dans son genre était puissant. Tu nous promets de nouveaux films toute cette semaine, dont deux pour la seule journée d'aujourd'hui. Je doute pas qu'il va y avoir du monde pour s'intéresser sous cet angle à "l'intimité qu'on cache".

Moi aussi, je fais dans le court, ces temps-ci. Mais ni dans le même genre, ni pour les mêmes raisons. Putain ! Le temps de rien ! Vivement la fin du mois...

07 avril 2008

se sentir parmi les autres

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Franchement, n'aurait été cette amitié nouvelle pour un p'tit gars du Ch'nord, il était peu probable que j'aille au cinoche participer au phénomène du moment. Non pas que j'ai du déplaisir à faire partie des grands élans populaires, mais le ciné, depuis que je suis avec Igor, c'est plutôt à la maison sur écran plat que ça se passe, avec les premières exclusivités de Canal.

Mais bon, j'y suis allé, avec des gens que j'aime particulièrement, je me suis bien fendu la poire (avec en plus le fait qu'on a passé derrière une excellente soirée au resto). Et finalement... j'ai aimé avec Bienvenue chez les Ch’tis que le cinéma porte sur des gens du peuple un regard non condescendant, contrairement à ce qui se fait souvent. Je me suis donc laissé prendre par les traits culturels, l'humour, et les clichés, surtout tendres.

Si tout va bien, ce record est bon pour durer pour 10 ou 20 ans. Ou plus. Et c'est pour moi quand-même assez inexplicable. Gérard Mordillat signait, il y a huit jours dans l'humanité, sous le titre le désir inavoué de se sentir parmi les autres, une des chroniques les plus intelligentes que j'aie lue sur ce phénomène (à part l'évocation d'une ressemblance invraissemblable entre Kad Merad et Laurent Fabius, sortie de sa seule imagination...). Il y parlait, entre autres, de "ce respect de l’autre, cette générosité envers l’étranger qui nous touchent, alors que nous pouvons quotidiennement avoir honte d’accepter que le gouvernement français ait mis en place un ministère du racisme et de la xénophobie où l’on parle d’êtres humains en termes de chiffres, de pourcentages, de quotas, exactement comme les négriers du XIXe siècle, comme les nazis au XXe."597436991.jpg

Bon, c'était avant l'histoire de la banderolle de la honte. Qu'importe.

"C’est là le paradoxe du film Bienvenue chez les Ch’tis, ajoute-t-il : alors qu’il fait l’impasse sur la situation sociale et politique du Nord, et au-delà de la France tout entière, il ouvre le champ à une réflexion politique et sociale qui dépasse de loin son propos, ne serait-ce que par son éloge de la loi de l’hospitalité et celle de la commensalité qui sont les deux plus vieilles lois de l’humanité".

 

07 février 2008

The constant colonialist mind

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Mardi soir, j'ai zappé des obligations professionnelles et suis rentré à la maison. Petite saute de moral de mon Igor, en pleine déprime et chute de motivation. Il m'avait appelé à l'aide, j'étais rentré. Du coup, j'en ai raté aussi ma deuxième partie de soirée, où je devais partager gauffres et rencontre chez ma copine S.

Avec Igor, on s'est fait un film.

C'est drôle, avant que je ne m'immerge dans le tourbillon du blog, c'est lui qui se perdait dans l'ordinateur, avec toutes sortes d'activités qui l'éloignaient et de moi et de soirées à deux. Devant un simple film ou un DVD, il faisait mine de s'interesser, mais après dix minutes, trouvait mille et un prétexte (trop violent, pas beau, pas bien...) et me laissait seul devant la télé.

Maintenant, c'est lui qui recherche des programmes pour me scotcher à lui, pour se blotir le temps d'un film, ou aller chercher mes caresses, mes massages - des pieds, surtout, il les affectionne.

Mardi soir, nous nous sommes ainsi vu The constant gardner (c'est l'avantage d'être abonné à des chaînes du câble ou du satellite). Ca fait longtemps que je voulais voir ce film, sans trop savoir quel en était le sujet, d'ailleurs, mais parce que je n'en avais entendu que du bien.

J'ai adoré. Et le sujet, et son traitement. Cette Afrique pleine de mouvements, saturée de lumière et de couleurs. Cette dfd7dd9f65258fbb357a91ef8f5bd877.jpgAfrique sacrifiée, soumise à l'affairisme, à la corruption, aux compromissions de la Diplomatie occidentale. Cette Afrique qu'on ne peut jamais résumer à de l'exotisme à deux franc cinquante. La légèreté, qui va si bien au cynisme, quand il s'agit de faire d'êtres humains des cobayes pour le plus grand profit de l'industrie pharmaceutique. L'aveuglement des politiques, ou de hauts fonctionnaires, quand la confusion règne entre ce que l'on se représente être l'intérêt national et ce qui n'est que l'intérêt d'une multinationale.

Sans naïveté, on y voit des pratiques qui ne concernent pas, hélas ! que le Foreign office, ni que l'industrie pharmaceutique. Je ne sais que trop combien nos Affaires étrangères s'activent, souvent avec l'aide du FMI ou de la Banque mondiale, pour encourager la privatisation de l'eau, parce qu'il y a là un marché colossal à ouvrir pour NOS fleurons industriels nationaux...

J'ai adoré l'esprit de révolte de cette fille, entière dans son engagement comme dans son amour. J'ai adoré le parcours de ce diplomate effacé, s'aventurant précautionneusement hors des sentiers de la réserve, se perdant dans les territoires de l'humanisme. Et du courage.

J'y ai vu un regard d'aujourd'hui, juste, sur un fléau d'aujourd'hui : la constance d'un certain esprit colonial.