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01 février 2011

pour changer de l'opéra

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Hier soir, petite excursion hors des sentiers de l'opéra et de la "grande musique" (je reviendrais plus tard à Madame Butterfly de Puccini, vue samedi dernier à Bastille...), une opportunité offerte par le festival de danse contemporaine Faits d'hiver, dans un nouveau lieu que je ne connaissais pas à La Villette, dédié aux cultures urbaines, le WIP - ouvert le 4 février dernier - avec ce petit joyaux d'une heure pile, Clash :

Deux garçons qui se disputent l'espace dans un affrontement homo-érotique où l'on se frotte pour marquer son territoire autant que pour conquérir l'autre, où l'on se bat pour se toucher, où l'on se touche pour se rejeter, où l'autre est son image autant que son rival, où le sang est la réponse à l'impuissance, et les frontières à l'impossible résolution de l'amour, où l'on n'est jamais loin du jeu...

On le doit à Anthony Egéa.

Pas très glorieux, ça m'a beaucoup rappelé que l'une de mes vidéos favorites pour me palucher ces temps-ci, c'était ça (attention, pas recommandé aux plus jeunes, ni aux âmes sensibles...) :


Tiens, quelque chose me dit que je vis l'amour comme un combat, moi, en ce moment...

01 juillet 2009

Água, l'au-delà de l'eau

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Je n'ai jamais vu Pina Bausch sur scène. Et jamais je n'ai vu de ses chorégraphies. C'est un projet que j'avais fortement inscrit en moi, et j'étais à l'affût de programmations à venir.

J'avais notamment regretté d'être passé à côté de Água, un spectacle qui fut longtemps donné au Théâtre de la Ville, à Paris, et qui semblait incarner à la fois la maturité et la reconnaissance qu'elle avait acquises, mais aussi la noce d'évidence qui réunit l'eau et l'art.

Pina Bausch, c'est mon frère que j'entendis le premier prononcer son nom, il y a plus de vingt ans de ça. Toujours en quête d'outrance et de provocation, il y voyait le dépassement de Béjart, devenu trop consensuel. Puis j'oubliais jusqu'à son existence, avant de me remettre, beaucoup d'années plus tard, à l'écoute de l'art et des démarches de création. Elle revint alors fortement dans mon champ de conscience, je perçus la puissance de sa trace, et je me pris à rêver de la voir à l'affiche avec Água, ou avec autre chose.

Mais le crabe nous a pris par surprise, elle et moi. Un cancer fulgurant, diagnostiqué jeudi, qui l'a emportée en cinq jours. A 68 ans, elle est partie hier presque sans prévenir. Cette saloperie frappe décidément à l'aveugle, ça en donne presque envie de se mettre à fumer !

Vendredi, en plein coeur de l'événement qu'elle organisait, une de mes collègues, par ailleurs admiratrice de Pina Bausch, apprenait, pétrifiée, que son petit garçon de deux ans et demi en était atteint...

J'espère seulement qu'au delà de ces combats, gagnés ou perdus et qui font de la vie une putain de salope, Água sera vite remonté à Paris en guise d'hommage.

04 septembre 2008

Thierry (2) une valse autour du monde

 

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Tu te rappelles, Indigènes. Forcément, tu t'en rappelles : ces héros, ces va-nus-pieds, pris par la France à l'Afrique et envoyés au front, souvent en première ligne, pendant la première guerre mondiale, et à qui il aura fallu attendre presque 90 ans pour être reconnus dans leur rôle et leur sacrifice.

A la fin de la Première guerre mondiale, certains, survivants, furent envoyés sur d'autres fronts. En Indochine, notamment.

Et il y eut des histoires. Forcément, il y en eut.

Thierry est le fruit de l'une d'elles. Son père était né d'une liaison entre un tirailleur sénégalais et une Vietnamienne. A la décolonisation, encore jeune, il vint s'installer dans l'est de la France, portant muet sur le revers de son coeur la cicatrice indélébile de l'exil. Et un jour, il y rencontra celle qui allait devenir la mère de Thierry. Une histoire, encore, de celles d'où naissent les hommes.

Thierry portait cette histoire, la petite et la grande. Il la portait dans son coeur, dans sa quête. Et puis il ne pouvait rien y faire : il la portait dans ses traits, sur sa peau. Ce métissage sublimait son regard, son sourire, les courbes et les angles de son visage. On croisait sur sa peau quasiment le monde entier, de vastes continents et donc l'infini des océans. Et il portait tout cela de l'allure fière qu'ont les danseurs, le port haut, les reins cambrés.

Qu'on se soit rencontré dans un sauna prouve la noblesse de ces lieux. J'ai dit ici dans quel état d'esprit j'y étais venu ce jour-là. Plein de colère et pétri d'amertume, donc en homme libre. Dans un sauna, malgré tout, on oublie vite pourquoi on y est venu. On oublie vite après ce qui s'y est passé, ou dans quel ordre.

Nous étions trois. Qui avait séduit qui le premier ? j'avais vu un prince arabe, qui avait vu Thierry, qui m'avait vu. Au brutos7325_by_HowardRofman.jpgmoment de s'enfermer avec mon prince dans une cabine, Thierry était ressorti, m'avait attendu, et m'avait fait signe d'entrer. Audace hors du commun.

Je me souviens aussi que ce trio ne tint pas jusqu'au bout. Assez vite, ou assez tard, en tout cas devant l'évidence d'un magnétisme où il n'était plus, notre Prince s'en alla. Le corps à corps devint alors peu à peu un tête à tête, nous commencions à nous découvrir au delà des sens, à nous abstraire du sordide du lieu, et à croire que notre rencontre ne résultait pas du hasard.

Je restais avec lui ce soir-là, nous nous offrîmes un restaurent au bord du canal de l'Ourq. Dès ce premier repas, nous fûmes adoptés par le patron, qui eut toujours ensuite une complicité bienveillante à notre égard. Je crois qu'on le lui aurait demandé, il nous aurait marié sur place. Puis je restais chez lui pour la nuit.

Le lendemain matin était un dimanche, mais je devais travailler et il devait descendre sur Marseille. Je me souviens l'avoir laissé à Créteil à proximité du métro. Il nous restait de l'envie et des promesses. Et des SMS pour laisser jouer la séduction. Ce voyage avec lui dura quatre mois. Clara n'en serait qu'un épisode.

30 août 2008

Clara, la baie de tous les possibles

 

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Le mois d'août 2003 était passé. Ma grand mère était morte de la canicule, j'avais été rappelé violemment dans le giron familial et notre histoire avec Thierry s'était terminée en queue de poisson. Je t'en ai parlé il y a peu (voir mon amant de canicule).

Il y eut quelques soubresauts en septembre. Parmi lesquels cette curieuse coïncidence.

J'étais engagé dans la préparation d'un festival dont la danse allait être le fil rouge l'année suivante, et le Viêt Nam l'invité d'honneur. Thierry m'avait emmené dans le sud de la France sur des terrains d'expression chorégraphique contemporaine, mais il avait une amie, une associée même, impliquée dans le travail de sa compagnie, qui entre autres cordes à son arc collaborait avec l'Opéra de Hanoï dans le cadre d'une résidence financée par le service culturel français.

Il se trouve que dans le courant de septembre, je partis au Viêt Nam pour une mission exploratoire, et Thierry m'avait donné le numéro de téléphone d'un attaché culturel de Hanoï qui était en relation avec Clara. Il était évident que le projet sur lequel elle travaillait allait m'intéresser, il fallait absolument que je la rencontre.

J'avais peu de temps à Hanoï, en fait : deux jours pour des rencontres déjà programmées, un jour pour un peu de tourisme, après quoi, des officiels de mon institution me rejoindraient pour visiter des partenaires situés à Yen Bai, à six heures de train de Hanoï.

Quand j'appelais l'attaché culturel, il me dit d'abord qu'il allait se renseigner, puis le lendemain que ce n'était vraiment pas de chance, mais que le projet était fini et que Clara venait de repartir.

Durant ma journée de tourisme, je décidais d'aller à la Baie d'Halong, un site de légende tant de fois rêvé. J'avais pris une réservation la veille dans une petite agence de voyage de rue comme la ville en regorge. Levé tôt, une moto vint me prendre pour m'emmener à un point de regroupement, j'y rejoins un groupe d'une douzaine de personnes, nous prîmes place rapidement dans un mini-bus qui nous emmen2) Halong (11).jpgait à l'embarcadère, deux heures de route plus loin.

Dans le bus, un guide touristique animait notre trajet. On se mit à converser en anglais avec nos voisins. On eut la pause déjeuner avant l'embarquement dans un petit restaurant de poissons, puis enfin, l'instant attendu, au milieu d'un mouvement grouillant, de dizaines d'embarcations aux allures fières, un mélange d'exotisme et d'ambiance portuaire ordinaire : nous partions à la découverte de la Baie d'Halong !

Devant la magnificence de ce site, je réalisais la chance incroyable que j'avais d'être ici. L'endroit était plus magique encore que je ne l'avais imaginé, plus absorbant que les images d'Indochine en avaient laissé paraître.

Avec les personnes de mon groupe, nous étions d'abord tout entier tournés vers ce monde rocailleux et fantasmagorique. Puis comme on s'habitue à la beauté, on se remit à parler.

marionettes viet 225.jpgAssise à mes côtés, une longue fille blonde, scandinave, pensé-je, partageait son émerveillement avec moi. Je l'interrogeais sur son séjour. Elle n'était pas là en touriste, elle venait de travailler à un projet culturel. Mais peut-être pourrait-on  poursuivre la conversation en français, non ? On rit. En fait, elle était chorégraphe et elle venait d'animer une résidence avec les danseurs de l'Opéra de Hanoï. Elle s'appelait Clara, lui dis-je sur le ton de la suggestion. Elle était stupéfaite.

Je lui dis qui j'étais, je lui racontais comment j'avais passé deux jours à chercher sa trace puis avais fini par abandonner. Une timidité forte s'installait entre nous tant cette rencontre semblait incroyable. Je lui parlais de mon festival, elle me posait plein de questions, l'idée de spectacles sur l'eau la séduisait. Autour de nous, les rochers aux formes les plus invraisemblables, surgis de la mer, nous enfermaient dans l'irréel. Puis elle  me parlait de son travail avec l'Opéra-ballet, du travail réalisé avant elle par Régine Chopinot, qui serait visible d'ailleurs quelques jours plus tard à Cahors dans le cadre d'un festival francophone.

Le bateau à présent s'en retournait au port. Nous avons parlé de Thierry. Il avait été un ami très proche, lui dis-je, je crois qu'elle comprit que nous fûmes amants.

Au retour, j'allais à Cahors voir le ballet de l'Opéra de Hanoi, elle répondit à notre appel à projet et fut sélectionnée, sa chorégraphie installée sur une péniche fut même un clou de notre festival, unanimement apprécié, léger, emprunt d'un univers singulier tinté d'un Viêt Nam contemporain, chaloupé. J'y voyais moi, partout autour, et bien que ce fut sur les berges de la Seine, de fabuleux rochers improbables.

Thierry ne formula aucune proposition de spectacle cette année-là, mais s'en fut admirer le travail de Clara et conçut un projet pour la saison suivante.