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24 mars 2009

Istanbul : le "droit à l'eau" plombé par la France

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Istanbul n'a donc accouché de... rien. 192 pays, près de 30.000 participants, mais aucun résultat. La France s'était voulue le chantre du "droit d'accès à l'eau", l'étendard déployé de son si cher "modèle français" de la gestion déléguée de l'eau, c'est à dire de la distribution privatisée habillée du joli patronyme de "partenariat public-privé". Crédibilité zéro. Comment s'étonner que la délégation officielle de notre pays, et avec elle de nombreuses autres délégations et ONG, revienne bredouille ?

"Le texte (adopté par le forum, nda) énumère un certain nombre d'engagements, nous dit la dépêche AFP : nécessité de faire des économies d'eau, en particulier dans le domaine agricole, de lutter contre la pollution, des cours d'eau comme des nappes phréatiques. Il affirme en outre la nécessité de collecter et de traiter les eaux usées, au-delà de l'indispensable accès aux toilettes." La belle affaire.382091_chantal-jouanno.JPG

Les plus avertis se seront rappelé à cette occasion que la France avait une secrétaire d'Etat à l'écologie. Elle s'appelle "Chantal Jouanno" (photo ci-contre), nous apprend la même dépêche, et aurait donc "clairement indiqué" qu'elle souhaitait que le texte soit "renforcé" dans le sens du "droit d'accès", et ne se contente pas de la simple référence à un "besoin humain fondamental". Heureusement qu'il y a des sommets mondiaux pour permettre à nos secrétaires d'Etat de s'offusquer, et accessoirement de se faire connaître. Enfin, se faire connaître...

En même temps, elle parlait sous couvert d'un curieux bidule, qu'on appelle le PFE, le Partenariat français pour l'eau, l'incarnation du modèle français, qui ressemble fort à une mise sous tutelle des pouvoirs publics par les grandes multinationales françaises de l'eau qui y ont la plus grande influence - avec la bienveillance d'un certain nombre d'ONG dont on se demande bien ce qu'elles viennent faire dans ce panier de crabes - et qui aura surtout oté à la simple revendication du "droit d'accès à l'eau potable" toute crédibilité, et à la France sa virginité la plus effarouchée.

Car c'est bien là que le bas blesse : la version française du "droit d'accès à l'eau potable", revient pour ainsi dire à "l'obligation de confier ses ressources à l'une des majors de l'eau", les pays en développement y voient une menace sur leurs ressources, et les pays développés le moyen pour la France d'engraisser ses "fleurons industriels" au moyen de l'aide au développement. Le serpent se mort la queue. Comment s'étonner que l'éléphant ait accouché d'une toute petite souris ? C'est comme quand Sarkozy proposera au G20 de moraliser le capitalisme : comment veux-tu que tout le monde ne lui rit pas à la figure ?

C'est triste, parce que la reconnaissance de ce droit aurait été une avancée, les altermondialistes le réclament depuis longtemps.

Marseille et Durban sont candidats à l'accueil du prochain Forum mondial, dans trois ans. Mais où qu'il se tienne, il faut d'urgence que l'ONU reprenne la main. Et que la France laisse ses multinationales au placard.