21 juillet 2009
le détachement et et les regrets

Je n'ai plus pleuré depuis... pfiouuu ! le 21 juin, je crois. Un mois aujourd'hui ! J'ai moins peur du vide, et j'appréhende mon départ en vacance sans angoisse excessive.
J'ai repris goût à l'écriture, et au temps long qui me l'autorise. Je succombe, encore, à des opportunités faciles, je n'ai pas encore pris toute la distance, mais j'ai commencé à le lire de façon différente, à l'objectiver : je m'autorise à être agacé de ses minaudages, je décrypte ses mimiques, l'usage qu'il a de la séduction, de l'apitoiement ou du silence, le sens de ses gestes, faussement réservés ou discrètement ostensibles, la part de calcul qui préside à ses mots, à ses appels, à ses initiatives. A ses relations en général. La part de résolution qui se cache derrière une apparente hésitation. Non qu'il soit avide, non, il n'est pas comme une amie à lui, dont il se rit souvent, qui ne fréquente que par appât du gain. Il joue dans ses relations des choses plus subtiles, qui n'ont à voir qu'avec son confort moral et l'illusion du lien. Mais son ressort est fondé sur du calcul, et cela ne m'échappe plus. D'autres en ont souffert avant moi, en souffrent ou en souffriront. D'autres s'en détachent vite pour les mêmes raisons, et c'est sans doute pour cela que je le vois condamné à la solitude. L'admettre m'aide, même si cela nourrit le regret qu'il n'en soit pas autrement. Ou parfois la rage de le sortir de ce piège.
Le regret est un oiseau étrange, qui ne sait exactement où se poser : sur des carresses arrêtées, sur des sourires sans issus, sur un irréel reconnu, sur la carcasse d'un rêve abandonné... une espèce de vide qui refuse de se nommer.
J'ai à présent à peu près tout compris de lui.
Et finalement, il suffirait qu'il en revienne à m'aimer pour que je puisse le quitter une fois pour toutes.
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23 juin 2009
la montagne
Bon ben voilà, je suis triste, là !
La belle affaire ! Tu ne t'en étais pas aperçu...
Oui, je sais, la tristesse, ça pue et ça dérange. Parfois aussi ça miroite. Je te jure, je préfèrerais faire la mariolle et te raconter quelques conneries bien senties, une partie de pattes en l'air ou la dernière pétition à la mode contre la vacuité destructrice du discours de Sarkozy au Congrès... Seulement voilà, je suis triste.
Cette nouvelle vague dépasse une simple bouffée, sans doute parce qu'elle résulte d'une conjonction : les un an d'une journée sous le signe de la musique où culminait l'amour, les un an d'un billet imbécile, où je racontais une partouze assassine, les un an de sa carte de séjour, fruit d'une bataille chargée d'angoisses et de solidarités, les un an de sa rencontre avec l'autre, par vengeance et pour se libérer, les un an de sa décision d'arrêter notre liaison, les un an du début d'un chagrin par lequel je n'aurais jamais pensé pouvoir me laisser à ce point submerger... les un ans d'une confluence qui a vidé de tout sens les signes les plus explicites de l'amour, de la confiance et fait du monde une illusion mortelle.
Alors voilà, oui, je suis triste, là ! Et plein de regrets hauts comme une montagne, impossible à escalader.
Pourtant, je reste en guerre auprès de lui contre les sinistres lois de l'immigration qui le cantonnent encore et encore dans l'éternelle prison des récépissés et des attentes administratives humiliantes. Hier, nous étions encore à la préfecture, et cette histoire là... elle est sans fin.
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(image d'illustration empruntée à Frédéric Gaillard)
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27 mai 2009
voir l'amour et mourir (tryptique - 3)
Le Musée d'Orsay propose ces jours-ci une exposition intitulée "Voir l'Italie et mourir" (*). On y découvre comment l'Italie a fasciné les artistes européens, aux 19e et 20e siècles, d'abord par le tempérament de ses hommes et de ses paysages, puis avec l'apparition de la photographie, par la puissance de la résurgente Antiquité patrimoniale.
On y redécouvre que Goethe fut le premier à dire "voir Palerme et mourir", qui se décline depuis sur le mode de Florence, de Venise ou de Rome. On y apprend que Michelet voyait en Rome "un jardin abandonné" où il aimait se perdre. Et au détour des salles où prennent vie les différentes phases d'une imagerie italienne fantasmée, consciente ou inconsciente, de beaux hommes nus témoignent avec nonchalance d'une homosexualité sous-jacente.
L'Italie donc. Si belle qu'après l'avoir rencontrée, on peut s'éteindre. Si belle qu'autour, qu'après, qu'ailleurs, tout est forcément laid à mourir. Si belle qu'à l'avoir simplement aperçue on en est accompli, et que plus rien ne vaut.
J'ai une Italie dans le cœur qui me torture, lancinante : peut on survivre à l'amour ? Est-ce que ça vaut seulement la peine de poursuivre sa route et de laisser le plus beau à jamais derrière
soi ?
Le plus beau derrière soi...
A jamais.
Rien que d'écrire ces lignes, j'en frissonne et des larmes me viennent. Car cela a-t-il seulement un sens ? Un sens pour soi, un sens pour la société, que de vouloir avancer encore quand on a touché le graal ?
Je n'ai jamais eu peur de mourir. J'ai même souhaité la mort éperdument pour m'être laissé piéger dans le mensonge et l'usurpation sexuelle, jusqu'à ce que je découvre une sortie plus heureuse. Cette mort-là que je rêvais les yeux ouverts était simplement un salut. Mais ce n'est qu'au crépuscule de l'amour que la mort a de telles évidences. Pas tellement la mort, du reste, elle est toujours hideuse, mais la fin. Qui préserve le passé dans l'écrin des histoires.
Je ne sais pas vraiment où va m'emmener ce billet. Il fait suite à celui-ci, de la dissociation du sexe et de l'amour, et à celui là, de l'impossible réciprocité de l'amour. Parce que je me l'étais promis, et que je le porte en moi.
Voilà où réside l'épine douloureuse : mon cœur a embrassé Rome, Palerme, Florence, Venise dans la même étreinte. Il avançait sur une voie
impériale, gravissant à son insu l'Aventin. Et lorsque parvenu à un sommet il put constater l'étendu de ses conquêtes - un regard aimant, des attentions inattendues, de la reconnaissance, de la fierté, de l'engagement, de la lucidité, de la complicité, de la disponibilité parfois fabriquée à la force du poignet, des gestes tendres, de la confiance reconstruite, des victoires contre la bureaucratie, et contre les fragilités de l'âme, aussi - lorsque contemplant tout cela il commençait à former sur sa membrane profonde le mot "bonheur" et à battre d'évidence, alors mon cœur vit le Vésuve éructer, cracher ses coulées de lave et ravager en quelques heures le territoire de l'amour.
N'avais-je pas été heureux, comme jamais heureux, c'est à dire accueillant en mon sein à la fois la flamme et la sérénité, la tension et la certitude ?
Mais à mes pieds, il restait Pompei, et aucun cœur, aucun, ne survit à Pompei. La lave le carbonise d'abord. Et puis le fige. Et c'est le silence.
Je ne sais plus si je cherche aujourd'hui à retrouver le silence ou la ville monumentale que je m'étais construite. Je ne sais plus si cette ville était réelle ou si je l'avais simplement rêvée. La ville pourtant existait, il me semble bien. Il m'a vraiment aimé, je l'ai vraiment aimé. Il lui est même arrivé de me le dire il s'en souvient, ce qui venant de lui n'avait rien d'évident. Il a vraiment voulu que je l'aime et s'est battu comme un chien pour ça, avec habileté et patience. Vraiment.
Vraiment.
Peut-être simplement n'était-elle pas aussi belle que je me la représente, cette ville. Le Colysée n'était qu'un vulgaire chapiteau de cirque, qui sait, et j'ai peut-être fait d'un robinet de fonte la fontaine de Trevise. C'est par reconstruction mentale que cette histoire s'est à ce point fantasmée pour devenir indépassable.
Va savoir s'il ne s'agissait pas de sauver Pompei en image, à défaut d'en préserver les âmes et les murs !
"Veux-tu donc que je m'empoisonne ou que je saute d'ans l'Arno ? Veux-tu donc que je sois un spectre et qu'en frappant sur ce squelette il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d'autrefois ? Crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte ?"
Je suis Musset à Florence, Goethe à Palerme et Michelet à Rome. Je suis cet intellectuel européen du 19e ou du 20e siècle tourné vers l'inacarnation idéalisée du romantisme. Mon jardin est immense mais totalement abandonné. Michelet ajoutait : "le désert commence dans Rome". Alors oui je peux à présent mourir. (**)
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(*) jusqu'au 19 juillet, de 9h à 18h sauf lundi, nocturne jeudi jusqu'à 22h, 9,50 €
(**) Hé ! C'est une image - je préfère éviter les interprétations : je n'ai pas de tendance suicidaire. C'est d'ailleurs pour ça que je poursuis cette amitié amoureuse, si pleine de frustration et révélatrice d'une douloureuse vacuité, que rompre, qui serait le vrai suicide.
16:48 Publié dans la trilogie de l'impossible | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : voir l'italie et mourir, musée d'orsay, amour, chagrin d'amour, homosexualité, passion amoureuse
05 mai 2009
de l'impossible réciprocité de l'amour (tryptique - 2)
Je n'vais plus pleurer
Je n'vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chien
Mais
Ne me quitte pas...
De l'impossible réciprocité de l'amour. Voilà un titre qui annonce la couleur. Des couleurs. Ternes. Plus que celles d'illusions délavées, celles d'un deuil impossible. Tout est parti de ce billet : de la dissociation de l'amour et du sexe. Boby m'a écrit qu'il ne l'avait pas aimé, trop désabusé, trop proche de ses propres déceptions. Deef et d'autres l'ont trouvé trop pessimiste. Moi, je l'ai relu, plusieurs fois. Et il m'a convaincu. Sincère, authentique, pas trop mal écrit : pour moi, il est dans le top 10 de mon blog. (T'as vu, Manu ? Après le teasing, l'auto-promo...) Tout au plus peut-on lui reprocher d'être un peu hors sujet. Parce que j'y décrivais surtout comment le sexe avait changé de statut, à défaut de fréquence, dans la déception amoureuse. J'aurais du l'intituler de la dissociation du sexe et du chagrin d'amour, ou de la résidualité du sexe dans les dépressions amoureuses.
M'enfin ! Les choses sont faites. Et écrites. Je peux donc poursuivre : l'amour, ce grand Unilatéral... Hou la la ! je m'attaque à gros, là. J'espère que tu vas avoir mille récits à me livrer pour me prouver que tout ce qui suit n'est que foutaise. Et que ça vaut donc le coup d'y croire, de chercher - ou de construire, fût-ce par défaut.
"L'homme n'est pas un animal monogame". Des biologistes ont avancé cette hypothèse. Trois ans, tout au plus : le prix à payer pour notre intelligence d'humains. C'est comme ça, le développement de notre cerveau a fait de notre tête une excroissance incompatible avec l'appareil génital féminin, il nous faut donc naître prématurément, exister comme des êtres sans autonomie - pendant plus de deux ans, contrairement à la plupart des mammifères. Alors il a fallu faire opérer la chimie : durant trois ans, faire l'homme rester près de sa compagne, le temps que l'enfant se détache d'elle et qu'elle retrouve les moyens d'aller chercher elle même sa subsistance et celle de son enfant. Trois ans où la relation amoureuse peut exister sur un mode fusionnel, dixit la chimie biologique. Où l'homme n'éprouve pas le besoin d'aller voir ailleurs, la tension le tient, le lie. Et puis après, pfiou...!
Bon, on pourrait penser ces théories un peu commodes, pour justifier les adultères et infidélités de tout poil - surtout les masculines, of course. Mais. Qui peut dire qu'il n'y a pas de ça ?
Aimé, et pas aimant, aimant, mais pas aimé... Flatté d'abord de susciter l'intérêt ou la convoitise, puis agacé, fatigué, apeuré par une cour qui oblige. Ou au contraire intrigué, happé, fasciné par une personnalité, mais sans prise, paralysé, tétanisé, et dépossédé finalement de toute séduction.
Combien de fois s'est-il produit, ce schéma. Combien de fois ai-je vu des amis, de tout sexe, confrontés à ces histoires, à ces quêtes impossibles, dérisoires ou vertigineuses. Et s'y fracasser. Je les comprenais de loin, mais leur fragilité me dépassait.
J'ai moi-même été amoureux plusieurs fois. Plusieurs fois cet amour n'a pas été impossible. C'est donc qu'il était réciproque. Mais pourquoi alors ce titre ? Eh bien, justement parce que ce ne sont pas celles de la chimie biologique, qui m'intéressent, mais les amours qui transforment jusqu'à la personnalité parce qu'elles se vivent sur le mode de la passion.
C'est comme ça, du reste, que j'aurais du titrer ce billet : de l'impossible réciprocité de la passion amoureuse. Parce que oui, la passion te transforme. D'abord, elle exclue : le reste, à peu près tout le reste. Elle hypnotise, ensuite, tu focalises sur un objet - si terriblement vivant - dans lequel tu t'identifies, que tu voudrais pénétrer, mieux, que tu voudrais être (c'est mon cas : chercher à habiter celui qui nourrit ma passion, tous ses talents, tout son rayonnement, toutes ses douleurs aussi que tu lui vois indissociables et qui rendent ses travers acceptables, nobles même, sublimes au point que tu te mets à les vénérer, et à mimer, reproduire, adopter des gestes et des manies, même les plus insignifiants). Puis elle asphyxie, ou elle tétanise, au choix. Tu la montres, elle fait peur, tu la dissimules, tu y laisses tes propres désirs, tes propres choix, ta personnalité. Et te dépersonnifiant, tu n'es plus aimable - on n'aime pas quelqu'un sans personnalité, sans histoire, sans trajectoire, qui ne laisse pas apparaître ses profondes failles intérieures à lui...
Elle te perd, donc, pour finir, parce qu'elle n'a plus de destination. Et de toute façon, elle est une douleur.
Une telle passion est forcément unilatérale, elle est vouée à t'envoyer dans le mur. En même temps, tu t'y es engagé parce que tu y as perçu - oh ! juste un temps - un possible, et que ce possible était beau.
Pourquoi récemment, un ami de chagrin, croisé souvent dans les lignes d'eau de Roger Le Gall, ou une lectrice, qui me raconte discrètement de loin en loin son propre désespoir, ont-ils employé les mêmes mots : plutôt nourrir cette douleur, que continuer à vivre sans ? Assimilant ainsi la rupture salvatrice à une forme de suicide. Ils ont d'ailleurs l'un et l'autre, presque dans la même semaine, employé ce mot pour me parler de leur tourment. Et ce mot équivaut à ce que je ressentais moi-même. C'est ce quelque chose qui m'empêche de tourner la page, parce que le vide s'apparente à la fin et est de toute façon plus pénible que la braise ardente.
Ce quelque chose qui me fait préférer devenir l'ombre de l'ombre, l'ombre de la main, l'ombre du chien même, plutôt que de quitter ou d'être quitté. Tout en l'entendant me dire que c'est ainsi, que nul ne peut en expliquer les raisons, que sans doute la réciprocité dans l'amour n'existe pas. Mais quoi ?
Au fond bien sûr, les sociétés ont su inventer des mécanismes pour stabiliser les choses et prévenir les passions. Pour permettre à la vie d'être sans heurt. Les mariages, arrangés autrefois ou ailleurs, et des règles pour faire prévaloir les apparences sociales sur le feu tourbillonnant des sentiments.
Fallait-il ça pour faire civilisation ?
Rien n'y fait, menace ou prière
L'un parle bien l'autre se tait
Et c'est l'autre que je préfère
Il n'a rien dit mais il me plaît
L'oiseau que tu croyais surprendre
Battit de l'aile et s'envola
L'amour est loin tu peux l'attendre
Tu ne l'attends plus il est là
Tout autour de toi vite vite
Il vient s'en va puis il revient
Tu crois le tenir, il t'évite
Tu crois l'éviter, il te tient
(à suivre avec - comment ai-je dit ? Voir l'amour et mourir)
20:32 Publié dans la trilogie de l'impossible | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : amour, chagrin d'amour, passion amoureuse
23 avril 2009
de la dissociation du sexe et de l'amour (tryptique - 1)
Je suis allé nager à Roger Le Gall, hier midi. A une dizaine de mètres de moi dans le vestiaire, un garçon se séchait tandis que je me déshabillais. Il me regardait, je le regardais. J'enfilais mon maillot, lui son boxer. Nos sexes étaient lourds et se gonflaient. Nous avons tous deux marqué un temps d'arrêt, effleuré nos sexes pour en souligner les marques du désir, les avons empoignés l'un et l'autre en nous regardant toujours. Les choses auraient pu en rester là, j'aurais pu finir d'ajuster mon maillot, rejoindre les douches et filer nager. Comme souvent cela arrive. Mais je suis allé me glisser dans une cabine de déshabillage, et il m'y a rejoint quelques secondes plus tard. Il a ôté son boxer, j'ai conservé mon maillot à mi-cuisse, il s'est accroupi et s'est livré à une fellation magistrale. J'aurais pu jouir dans sa bouche, n'eussent été mes principes dans ce domaine, et j'ai pensé que je ne m'étais pas laissé aller ainsi depuis longtemps. Il a appuyé son visage contre ma hanche, a observé mon sexe se ranger doucement, mon sperme couler sur mon ventre, s'est astiqué quelques minutes encore, deux ou trois, pas plus, et a joui à son tour. Je suis sorti le premier de la cabine pour aller me doucher. Nous n'avons pas échangé un mot.
J'avais souvent vu ce garçon auparavant par ici. Au tout début, il était un peu rondouillard, mais son assiduité au bassin lui a donné un abdomen agréable. J'ai moi-même retrouvé des rythmes et des fréquences de nage plus soutenus, et mes petites fossettes abdominales se sont reconstituées. Ce qui me donne au moins un peu de confiance en moi, mais ne rend pas mon chagrin moins douloureux.
Mon ami Manu, celui qui me touche toujours tant par cet à-fleur-de-peau qu'il se trimbale partout et lui interdit la paix, m'a assez profondément troublé dans un commentaire, l'autre jour. Il a repris cette phrase où je disais que "l'essentiel de ma vie se (jouait) ailleurs" pour constater : "le lecteur que je suis pourrait le regretter, ou regretter au moins que cet essentiel ne passe plus par le filtre de ce blog. C'est égoïste, un lecteur. Ça voudrait tout partager, tout savoir, épauler quand il faut, rassurer quand c'est bien, piquer quand ça s'amollit, être ému, tourmenté, intrigué "à la place de"... Les manques risquent de se faire vifs si les deux eaux se séparent, si l'Oh vivant et l'Oh écrivant s'éloignent l'un de l'autre."
Alors je lui ai répondu ceci, qu'il me vient à présent à l'esprit de préciser : "Ce que je veux dire, manu, c'est pourquoi parler d'un écart libertin s'il n'a ni sens ni saveur ? Le blog continue à livrer l'essentiel de moi, rassure-toi. C'est l'essentiel qui n'est plus le même."
Des anecdotes comme celles que je viens de te raconter, que j'appelais avec délice mes petits péchés du jour, il m'en est arrivées quelques unes ces derniers temps. Et pas seulement à Roger Le Gall. Je ne suis même pas sûr qu'il m'en arrive moins que l'an dernier, quand je te donnais à voir l'homme exultant que j'étais. Le chagrin n'y a pas fait grand chose.
Ce qui a changé est différent. Mais pour l'expliquer, il me faut revenir là-dessus : j'avais une vie terne, rangée, sans passion, sans élan, une vie de couple d'où le sexe avait disparu depuis, quoi, au moins cinq ans. Au point que de crise en crise, nous avions repoussé les frontières du libertinage que nous nous autorisions l'un à l'autre. Et ces petits péchés devenaient le sel de ma vie. Il me plaisait de les partager avec toi, parce que ton regard me rassurait, extirpait de moi le sentiment peut-être de n'être que pervers et libidineux, il restaurait le droit à un intime désocialisé. Il me permettait de me jouer du grand comme du petit amour, parce qu'au fond le droit au plaisir autorisait qu'on déplaça les tabous. Et je pouvais continuer à me dire amoureux d'Igor, puisque nous n'avions jamais envisagé de remettre en cause notre union ou notre vie commune.
Et puis j'ai connu l'amour, et puis le chagrin d'amour. Et c'est ça qui a tout changé. Je n'ai pas moins batifolé en étant amoureux. Et des bites ont continué à croiser ma route au cœur de mon chagrin. Un tout petit peu moins qu'auparavant, peut-être. Mais dans tout cela, ce n'est pas le sexe, qui a changé - même si dans le chagrin, une fois passée la fulgurance des rencontres, la relation qui se prolonge me plonge dans une affreuse incongruité, voire un terrible ennui. Ce qui a changé, c'est la place que je lui accorde, au sexe. Être privé de mettre du sexe dans mon amitié amoureuse me déchire à présent, alors que mes petits péchés du jour sont devenu subalternes, pitoyables, pathétiques.
Vois-tu, Manu, je n'ai rien de plus à cacher aujourd'hui qu'hier. L'Oh! vivant et l'Oh! écrivant sont toujours les mêmes. Quand l'essentiel se joue ailleurs, ce n'est pas qu'il se cache à présent derrière la porte d'une cabine pour expurger son sperme, c'est simplement que ce sperme n'a plus vraiment "ni sens ni saveur", c'est ça, et qu'il m'apparait dérisoire d'en rapporter ici les éclats. Et du coup, ce que je te livre à présent y est beaucoup plus précieux, car beaucoup plus intime, je ne suis plus devant toi arrogant, mais le cœur à vif, et bien toujours totalement nu.
J'ai eu une longue discussion l'autre soir avec mon ami d'amour. Nous parlions de l'extinction du désir comme d'un phénomène inéluctable dans un couple. Et pour autant de la foi dans les envies de construire de l'en-commun, du sous-le-même-toit. Dans lequel de ces deux termes se trouve l'amour, dans le désir ou dans l'envie de construction ?
Si l'amour n'était voué, pour durer, qu'à se libérer du sexe, si ce n'était que ça, alors il devrait être possible. C'est donc qu'il y a d'autres hic. Je vais poursuivre cette exploration de mes doutes du coup, avec deux billets peut-être, dont j'ai déjà les titres :
de l'impossible réciprocité de l'amour
à suivre, donc...
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19 avril 2009
week-end aux archets infinis

Il pleut - Ah ! non, il pleuvait, tiens. Il n'y a plus de sorbet à la mangue au congélateur.
Les week-ends ont coutume d'être courts, toujours trop courts. Les miens sont longs comme des jours sans pain.
Cette après-midi-là
j'aurais voulu moi être son violoncelle
et aujourd'hui encore
éprouver ses doigts tendres sur ma hampe
sentir le contact de son archet sur mes organes vibrants
être enlacé moi à moitié de ses jambes à moitié de ses bras, reposer moi sur sa cuisse ouverte
Un archet de violoncelle, c'est 80 à 82 grammes de bonheur, et 72.5 cm de frustration.
Il y a un an, je le faisais souffrir, sans m'en soucier presque, mais je l'aimais, mais je le faisais souffrir
mais je l'aimais
déjà
Et je m'en veux à mourir de ce que j'infligeais alors à son silence.
Nous dirons le temps où j'étais son autre violoncelle.
Le paradis. Voilà, j'étais au paradis, j'ai connu le paradis. Ne dis pas que c'est un privilège. La seule fois où dans ma vie, j'avais dans les mêmes mains l'amour, la sérénité et la reconnaissance. J'en étais vaillant, explosif et créatif. J'aimais et j'étais aimé. Rien ne me résistait et rien du coup n'avait d'importance, même pas l'avenir. C'est pour cela que le reste, tout le reste vois-tu, fut-ce l'avenir même, est condamné à ce goût de mort.
Dis, je vais encore rester longtemps un monsieur triste ?
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17 avril 2009
je devrais voir quelqu'un

Me voilà bien, moi, à devoir me mettre le chagrin dans la poche pour écrire la critique d'un livre. Bon, quand on a écrit sur un opéra, on doit bien pouvoir parler d'un livre, non ? Surtout si on l'a aimé, qu'on s'y est vu, enfin, qu'on y a reconnu quelques unes de ses piteuses évidences. Et ses peurs.
Encore plus si c'est celui d'une amie.
Une amie. Justement, c'est sa meilleure amie qui conseilla un jour à Sarah d'aller voir quelqu'un. Quel cliché ! Elle pourrait s'en gloser encore, tiens ! Sa meilleure amie... Enfin, l'amie parfaite, quoi, l'exemple, l'irréprochable, la plus-que-parfaite, donc la plus-qu-insupportable, le contre-modèle total - et qui s'ignore comme tel, forcément.
Ce n'est pas qu'elle n'a pas cherché à s'en débarrasser, de ce petit monsieur tapis dans l'ombre, légèrement en arrière de l'orbite, avec son feutre noir. Avant finalement de se résoudre à s'en jouer. Alors maintenant qu'elle l'a domestiquée, sa folie, tu parles qu'elle va aller la brader sur un divan !
Il y a dans ce roman, fluide, trois personnages. Enfin, il y a toi, moi, elle, lui, tous ceux qui se sont frottés aux aigreurs de l'amour jusqu'à s'y perdre, et ceux qui ont cru atteindre le bonheur en s'affranchissant de ses escarpements. Je n'ai pas arrêté d'y voir des gens connus, et d'y croiser mon imbécillité d'homme. Dans Julien, tiens, qui a tout mais se
perd dans... comme moi je m'écorche sur... Il y a aussi ce pouvoir magique de l'écriture, qu'en fait tu ne maîtrises jamais puisque c'est lui qui dicte sa loi. En écrivant, tu crois donner vie à un personnage, mais c'est lui qui prend possession de toi. Tu as le pouvoir de lui ouvrir toutes les voies, jusqu'au loufoque, mais c'est hors d'aspect qu'il construit son réel. Le tangible ne s'anime qu'une fois écrit, sinon l'intangible prend toute la place, et la folie s'instille, et les preuves s'inversent, attestant de ce qu'elles sont mais surtout de ce que tu es.
Ce trio te dis la vie et l'impossibilité de l'amour, comment n'y aurais-je pas été en résonance ?
J'ai hésité à commencer cette note plutôt comme ça : il faudrait que moi j'aille voir quelqu'un. J'y pense sérieusement. Quelqu'un qui m'aiderait à comprendre pourquoi je laisse l'amour m'envahir et me détruire. Qui me ferait admettre que les hommes ne sont que ce qu'ils sont, et jamais ce qu'on voudrait qu'ils soient, quelqu'un qui me ferait digérer, intégrer, assimiler, une fois pour toutes, une bonne fois pour toutes, que je n'aime pas celui que j'aime, mais simplement l'idée que je m'en fais, que ç'eut pu en être un autre, et qu'au fond cette figure de l'homme aimé n'est qu'une chimère - fût-elle bien plantée là dans le champ de vision, ou juste un peu à l'écart. Une intrusion qui n'a d'autre fonction qu'aiguiser ton orgueil. Que te démettre la raison. La souffrance est son alibi.
Quelqu'un qui non seulement me dirait avec le poids de la science tout cela que je sais déjà, mais qui me ferait trouver absolument absurde et loufoque de persister, qui me ferait rire de moi, rougir de honte, me fendre carrément la poire, et ne laisser à la spirale destructrice que la liberté de s'absorber elle-même.
Je vais y aller, d'ailleurs, voir quelqu'un, avant d'être définitivement amouraché de ma folie. Avant qu'un de mes meilleurs amis ne me le
suggère, histoire de lui épargner cette incongruité.
Tout cela, donc, pour te dire - car je m'égare : file lire Tu devrais voir quelqu'un, le premier roman d'Emmanuelle Urien (Editions Gallimard). Heureux en amour ou pathétique dans les tourments, files-y, tu y trouveras ton enfant de Bohême. Et un réel plaisir de lecture.
(Une version sonore du chapitre premier s'écoute ici, performé avec la complicité de Manu Causse)
(Pourquoi ces illustrations ? C'est que, pour moi qui ne me suis remis à lire qu'à la faveur de mes aventures en blogosphère, je lui ai trouvé, à l'intrus du roman, avec sa silhouette noire et son chapeau sur la tête, une étonnante allure de Balmeyer. Y compris sous les traits du jeune homme naïf et lumineux qu'y dessinera Sarah tantôt. Parce que je connais aussi l'original. Voilà un avatar qui m'a accompagné tout au long de la lecture)
09:00 Publié dans mes amis blogueurs | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : emmanuelle urien, tu devrais voir quelqu'un, littérature, roman, premier roman, amour, chagrin d'amour, amour impossible, folie
12 avril 2009
chantier arrêté
Je suis avec mon ami d'amour dans l'état où je m'étais mis avec Menem il y a vingt cinq ans. Une sorte d'effacement, de soumission, d'incapacité créatrice, je suis canibalisé de la même manière, avec comme seul horizon destructeur de me rapprocher et de me rapprocher encore de lui, de ne rien perdre de ce qu'il peut me donner mais sans espoir de toucher un jour une quelconque destination. Menem est devenu pourtant un ami d'éternité. Voilà plus de quinze ans que je ne cherche plus à l'atteindre. Il est désormais de la famille, et ses trois fillettes sont mes autres nièces. Il a fallu que j'aille loin, jusqu'à faire de sa langue mes études de fac, de ses chansons ma culture, de son pays ma mire, et alors il a cessé d'être un astre violent dans mes entrailles.
Peu de temps après qu'il soit monté à Paris, il a habité à Arcueil, dans la grande barre de la Vache noire (ci-contre). Il y est resté vingt ans. Il en a eu des copines, des fiancées, des femmes. Je pense lui avoir connu toutes ses vies.
Sa famille a été relogée l'année dernière, et la Vache noire est en cours de démolition (photo du haut). Il n'en reste presque plus rien. Seule l'extrêmité Est de la barre est encore debout, sans doute le temps de la trêve pascale. Au onzième étage, sous la parabole, on y distingue ce qui fut son appartement.
C'était étrange hier, cette vision de dévastation, avec juste, comme porté en Mausolée, ce vestige de vingt ans de vie, à qui les maçons avaient accordé un délais de grâce. Mon coeur est à peu près dans cet état. Jonché de gravats, mais porté à bout de bras, il cherche dans cet ephémère sursis son mausolée.
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07 avril 2009
l'autel des sakura

Ce sont de petites fleurs de cerisier - de sakura, plus précisément. L'une est grand ouverte, l'autre presque encore fermée. Les queues resserrées, comme portées par la même tige. Mais là piégées dans un petit bloc de verre aux arrêtes arrondies. Selon la face par où tu regardes ce gros dé bizeauté de résine transparente, la grande te jette aux pupilles un dévolu écarlate. Ou se détourne de tes paupières, négligente et amère. C'est de profil qu'elle te parle le mieux : flanquée d'une fine dentelle de lumière, elle te fait don de pistils resplendissants. Sous tous les angles, l'autre n'est que le faire valoir de ses cinq pétales nacrés.
J'ai aménagé un petit coin chez moi, sur un pan de mûr souvent exposé à mon regard. J'y ai mis en cadre l'estampe d'Hiroshige reçue en carte postale, la prière bouddhique et son écrin de soie, et une petite bougie, pour faire miroiter les fleurs de sakura. C'est un autel à mon amour. J'y dépose tantôt des sourires patients, tantôt des souvenirs tristes, parfois quelques larmes, l'important est qu'il soit là, toujours dans mon champ, et qu'une flamme y vacille au souffle de mes serments. Hier soir, au terme d'une longue séquence d'amitié amoureuse, je contemplais leur profil, histoire d'y voir le jeu encore ouvert.
Avant cela, mon blog en fut un autre autel. Longtemps l'an dernier, j'y faisais mes dons et lui les siens. Je viens d'en visiter quelques reliques, comme pour raviver d'inutiles lueurs. Quel fatras ! Les sakura y eurent aussi leur floraison. Avril en fut la plus belle saison : j'y livrais ma vision d'un amour au grand A qui depuis se dérobe. Il y passait comme un rituel et j'y misais tout. Tous mes espoirs, tous mes rêves, tous mes combats. Il est dommage que je ne sois qu'infâme mécréant, parce que dans les préparatifs de cette messe, je comprenais comment la dévotion pouvait rendre invincible.
Puis, la vie changeant, des notions aussi perverses que la pudeur et le respect m'ont conduit à remiser l'autel dans les catacombes. Les cierges y brûlent désormais en secret. Je n'ai plus guère l'espoir qu'il y dépose un morceau d'éternité, mais s'il lui en venait la déraison, il saurait en trouver la clé. Le blog continue donc autrement, l'essentiel des salles de ma chapelle sont encore ouvertes, et accueillent les visiteurs complaisants ou curieux. Mes doigts y écrivent simplement plus souvent que mon cœur. Le sanctuaire est ailleurs. Sur un coin de mûr, dans mon cœur, justement, dans l'effroi de mon corps sec, sous les replis de ma peau vieillissante. C'est là que désormais, et malgrè tout, je formule mes vœux secrets, l'œil rivé à l'autel des sakura.
Il sait tout de l'amour que je lui porte, sans avoir à passer par là. Il accepte tout de cet insupportable fardeau. Et moi, dans cette antre incertaine, j'accueille ce qu'il me donne, ce qu'il ne me donne pas, ce que je voudrais qu'il me donne, ce que je ne voudrais pas qu'il me donne, et ses silences, et sa liberté. Parce que si je n'ai plus la force de faire l'amour, j'ai encore celle de prier et de croire.
08:22 Publié dans Saiichi, le miroir magnifique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : 二つの水の間に, japon, 桜, sakura, amour, amitié amoureuse, chagrin d'amour
15 février 2009
et si à la saint claude...
Comment pourrais-je ne pas parler, quand j'ai le coeur en charpie. Chiffonné, comme au premier jour. Et merde !
Ne pas nommer, d'accord. Ne pas lier, soit. Mais comment ne pas parler ? Juste pour franchir ?
Car depuis huit mois mes rêves toujours se fracassent sur les mêmes récifs, car toujours le ressac emporte avec lui les larmes et l'amertume, jusqu'à la marée suivante. Car entre deux fracas, entre deux eaux, le rêve se croit malgré tout. Et la paix règne.
Qu'a-t-il fallu cette fois à la Saint-Valentin pour s'écorcher ainsi dans le silence ? Un geste mal à propos ? Un cri strident hors de proportion ? Un repli hors de portée, hors de vue, à même le siège d'un pitoyable inaboutissement ?
Qu'a-t-il fallu ensuite ? Du soulagement ou de l'orgueil ? Qu'a-t-il fallu ? Et que faut-il ?
Qu'y faut-il ?...
Regarde-moi : crois-tu vraiment que je méritais ça ? Penses-tu vraiment que je néglige tes fragilités ? Allez, la Saint-Claude s'installe, engageons une nouvelle ballade.
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