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09 novembre 2009

histoire de murs (2) les murs de nos hontes

Près_de_Qalandia.jpg

histoire de murs (1) un de perdu, 17 de retrouvés

(une suite)

Dans ma vie, j'ai vu deux murs tomber. Le mur de Berlin, il y a tout juste vingt ans. Et celui de mon homosexualité refoulée, six ou sept ans plus tard. Ça peut te faire sourire, mais en réalité, au regard de ce que tu appelles la liberté, ces deux murs ont exactement le même poids. Car il en va ainsi des barrières : elles peuvent être en béton, en fil de fer barbelé, elles peuvent faire six à sept mètres de haut, ou elles peuvent être totalement fantasmées : elles sont infranchissables. Matérielles ou immatérielles, les seuls passages qu'elles autorisent sont ceux de l'imagination et de la création.

Et Gicerilla a raison - elle me l'écrivait hier en commentaire - décortiquer des rêves ou entrer en analyse, c'est un peu s'attaquer à ses barrières intérieures.

Il y a donc beaucoup de fantasmes dans ces célébrations outrancières autour de Berlin. Et l'on en oublie que d'autres murs n'ont eu de cesse de s'ériger au cours de ces dernières années, dans le silence complaisant ou complice de la communauté internationale. Car il y a les murs que l'on feint d'abhorrer, pour ne pas dire que l'on chérit secrètement en raison de leurs vertus idéologiques, et il y a ceux qui arrangent, ou avec lesquels on s'arrange.

Au premier rang de ces abominations modernes, l'érection du mur de séparation entre Israël et la Palestine suffit à disqualifier beaucoup des discours que nous entendons aujourd'hui sur Berlin - pas tous, car il y a heureusement des paroles sincères et dignes.

palestine-israel-wall.jpgLong de 730 km, le mur-barrière englobe la majeure partie des colonies israéliennes et la quasi-totalité des puits. Il s'écarte à certains endroits de plus de 23 kilomètres de ce que l'on appelle la ligne verte, c'est à dire la frontière internationalement reconnue de l'Etat d'Israël. J'ai même appris sur Wikipedia que le Vatican aurait exigé d'Israël d'inclure des monastères et églises du côté israélien, par choix sécuritaire.

Soulignons que contrairement à Berlin-ouest de l'époque, Ni Gaza ni la Cisjordanie ne bénéficient de la perfusion économique d'un pont aérien de la part des Etats-Unis ou du monde libre : on y a au contraire préféré l'asphyxie, la ghettoisation et la gangrène intégriste. La société palestinienne était pourtant l'une des plus fécondes en matière de structures démocratiques, parmi les pays arabes, il n'y a pas si longtemps. J'accuse Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, et Manuel Barroso de complicité pour ce forfait qui n'aurait pas été possible sans leur silence. Et je leur dénie le droit de nous parler aujourd'hui depuis la Porte de Brandebourg.

Gageons que dans quelques décénies (ou quelques siècles ?), on retrouvera dans des musées des pans entiers de ce mur où fleurissent d'admirables oeuvres d'art qui disent la quête de paix et de liberté, et dénoncent leur passivité...

Le 26 octobre 2006, le président George W. Bush donnait le premier coup de pioche du mur frontalier entre les USA et le Mexique, en faisant mur mexique.jpgpublier officiellement la loi du Secure Fence Act destinée à lutter contre l'immigration illégale. Totalisant aujourd'hui 1 200 kilomètres, soit un tiers de la frontière, un mur haut de 4,50 mètres a été construit à travers notamment le désert d'Arizona. Eclairé par des miradors et balayé de caméras high-tech, il devrait être un solide pourvoyeur en images et symboles de la barbarie moderne, mais ma foi, on en parle assez peu, chez nous, en Europe. C'est à dire que nous, nous avons Shengen, les centres de rétention, les OQTF (*) et les charters de la honte, devenus les charters de la mort depuis qu'Eric Besson y renvoie des jeunes hommes malgré le contexte de guerre. Nos miradors sont moins photogéniques mais pas moins efficaces, on les appelle "débats sur l'identité nationale".

frontera_melilla_indymedia.jpgEt puis nous avons même nos murs, nos vrais murs. Bon, sur deux petits coins d'Europe situés en terre marocaine, c'est moins visible. Mais qu'on le veuille ou non, Mélilla et Ceuta, c'est l'Espagne, c'est l'Union européenne, et l'on y a construit 8 km de mur pour les mêmes raisons que les Américains. Alors on préfère ne pas faire trop de bruit. Pourtant, on y a dénombré 17 morts en 2005, dont on ne sait trop s'ils tombèrent sous des balles espagnoles ou marocaines. Est-ce parce qu'ils étaient africains, noirs de surcroît, qu'on ne leur reconnaît pas la dignité d'un hommage ? Là, juste aujourd'hui ? Ce sont des victimes d'un mûr, non ?

Pour l'anecdote, le contrôle des flux migratoires sur les frontières extérieures à l'Europe coûtent à l'Union européenne, pour la période 2007-2013 - et en dehors du sinistre décompte des morts - près de 2,2 milliards d'euros...

"Selon Michel Foucher, géographe, professeur à l’Ecole normale supérieure à Paris et auteur de L’obsession des frontières (cité ici par Yannick Van der Schueren), on recense aujourd’hui près de 17 murs internationaux. Ces fortifications couvrent 7500 kilomètres, soit 3% des frontières terrestres. Mais si tous les projets annoncés sont menés à terme, ils s’étireront sur 18.000 kilomètres.

Et ce chiffre n’englobe pas les frontières fortifiées intérieures, comme les murs de Belfast qui séparent catholiques et protestants ou ceux de Bagdad qui divisent les quartiers sunnites et chiites."

(à suivre)

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(*) Obligation de quitter le territoire français