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08 mars 2010

nudité, mixité : et les femmes dans tout ça ?

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Toujours le même cirque pendant les vacances scolaires : les piscines ferment, la moitié environ, de préférence celles qui se situent dans une même proximité géographique, alors tu es obligé d'aller loin pour trouver un établissement ouvert.

Ca te donne l'occasion d'explorer, de découvrir ou de redécouvrir des équipements nautiques de Paris et de la banlieue. Et de te rendre compte des évolutions.

Pour les douches, les bassins font dans le pommeau large. Les vestiaires font dans le pied-déchaussé. Le pédiluve est très tendance, en général entre le vestiaire et le bassin. Joséphine Baker et la piscine de Brétigny refaite à neuf s'offrant même le luxe d'un pédiluve à l'entrée du vestiaire : il faut retrousser ses pantalons, et se déshabiller les pieds mouillés, c'est hyper commode, c'est bien connu... Il a du se trouver un inspecteur ou une inspectrice de la DDASS pour proclamer pareille norme au top de l'hygiène.

Le sommum du truc pas pratique qu'ils ont réussi à vendre presque partout, c'est la cabine-sas. Tu rentres d'un côté tout chaussé tout habillé, tu en ressors de l'autre, en maillot, les bras pleins de ton sac, de tes chaussures, de tes vêtements, d'une pièce de 1 € et tu te démerdes pour te trouver un casier libre en état de marche en faisant gaffe de ne pas te prendre les pieds dans les tongues. Je passe sur l'épisode "verrouillage simultanée des deux portes" par le rabat de la banquette (banquette, dans le sens petit banc, et quand je dis petit... je pourrais parler de dépose-coccyx !) Le concepteur de ce système doit être un ingénieur très fier de lui - et accessoirement de l'état de son portefeuille, vu le nombre de marchés publics qu'il a remporté sur ce coup-là - mais qui n'a jamais eu à se déshabiller un soir d'hiver dans la moiteur d'une piscine !...

Avec son truc, il a surtout réussi une chose : en finir avec les vestiaires séparés hommes-femmes. Désormais, les vestiaires sont mixtes, puisque la nudité y est proscrite. On se désappe dans l'exiguïté d'une cabine, on se savonne le zgègue dans l'intimité de son maillot, pareil pour la raie du cul, le rinçage est un calvaire, on se contorsionne à chaque étape, je n'ose même pas imaginer ce que ça représente pour les femmes et le mètre carré de textile qui leur sert de maillot...

Je trouve totalement inadapté un tel système, qui pourtant tend à se généraliser. Même dans des piscines qui disposent de deux vestiaires, car ils préfèrent désormais les ouvrir alternativement plutôt que les deux ensemble. Le pompon est décroché par la piscine de Montparnasse, qui dispose de deux blocs de douche, larges et confortables, ouverts simultanément mais sans indication de genre. Bon, ça doit bien servi à s'éviter des débats inextricables quand un papa vient avec sa petite fille, ou une maman avec son petit garçon. Mais autrement...

J'ai rejeté la piscine quand j'étais môme, parce que je vivais l'étape du rhabillage comme une torture, avec les vêtements qui collaient, des espaces communs surchauffés, et des cabines trop petites pour qu'on y organise bien ses affaires. J'en ai retrouvé le goût à Budapest, grâce à de vastes espaces communs équipés de larges bancs, et accessoirement de l'absence de vaines pudeurs.

Aujourd'hui, dans la plupart (Roger Le Gall fait exception), le principe de la mixité prévaut, brandie par quelques idéologues de la chose, je suppose, prétendant faire reculer les préjugés, limiter les atteintes à la pudeurs, et accessoirement faire quelques économies sur les dépenses de personnel.

Mais quid de l'accès de tou(te)s à la pratique sportive ?

La ville de Lille avait expérimenté, il y a quelques années, dans l'une de ses piscines, des plages horaires réservées aux femmes. On avait beaucoup critiqué cette initiative, l'interprétant comme une concession aux intégristes. Martine Aubry avait rétorqué que cette mesure était provisoire. Il semble qu'au terme de cette expérience, les horaires aménagés ayant été supprimés, on constate que des femmes qui ne connaissaient pas la piscine se sont mises à la fréquenter, y ont pris goût, et pour la plupart continuent à y aller, sans horaire spécifique.

J'applaudis à cette initiative. Face à des situations délicates (et celles qui concernent la pudeur le sont), le dialogue, l'accompagnement, l'expérimentation sont un bien nécessaire. En tout cas préférable à la coercition. La pratique sportive n'est pas nécessairement quelque chose de naturel, surtout pour des femmes issues de milieux conservateurs. Je suis convaincu que la mixité des vestiaires en constitue un obstacle supplémentaire totalement inutile.

A dire vrai, je voudrais bien savoir à quel niveau sont prises les décisions d'aménagement et d'organisation des piscines municipales. Et comment l'avis des usagers est pris en comtpe.

Attention ! Je suis de ceux qui prétendent qu'il y a beaucoup à faire pour promouvoir la mixité dans le sport, la reconnaissance des disciplines féminines, l'égale rétribution des athlètes femmes, l'égale attribution des crénaux horaires dans les clubs, l'accès aux responsabilités par les femmes dans le mouvement sportif... Les acteurs du sport, les directeurs d'équipements sportifs, tous les responsables des politiques publiques ont un grand chantier devant eux dans ce domaine, s'ils le souhaitent. Mais franchement, je ne crois pas que la mixité dans le sport passe par la mixité dans les vestiaires. Ce serait plutôt le contraire !

Tiens, on dirait que je viens de faire, sans m'en rendre compte, et deux mois après, ma réponse au tag de See Mee, mixité et espace public (enfin, originellement, c'était "Laïcité, religion et espace public", mais greffer la religion là-dedans comporte trop de risque de basculer dans une islamophobie à deux balles, et je ne mange pas de ce pain-là).

Le maillot de bain, ça change un peu du voile, mais après tout, pour la journée internationale de la femme, pourquoi pas ?