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23 février 2013

ne t'en va pas !

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Avant-hier, un grand soleil d'hiver inondait Budapest. Je suis monté dans les hauteurs de Buda pour visiter la maison-mémorial de Béla Bartók . J'y étais seul, et pendant une heure une guide m'a accompagné dans ma visite.

A l'entrée, avec les volumes et les reliefs qui distinguent les Carpates, une grande carte cloutée montrait toutes les régions où il s'est rendu pour collecter les chansons traditionnelles hongroises. La Hongrie était vaste, au début de sa carrière, à l'image de Nagyszentmiklós, la petite ville où il est né et qui se trouve - depuis les pactes de l'armistice de la première guerre mondiale - en Roumanie.

Il partait avec un carnet, ses flacons d'encre, son crayon à cinq plumes pour tracer les portées, et son gramophone, qui ne manquait d'impressionner les villageois, lesquels se pliaient ainsi de bonne grâce à l'exercice de l'enregistrement.

Il aurait recueilli 4000 chansons populaires, décrit toutes sortes d'instruments originaux, ramené des pièces gravées, ou brodées, qui en disaient le contexte, les savoirs, les gens. Il ne s'agissait par pour Bartók de glorifier la nation hongroise, d'encenser son patrimoine et de la figer dans du formol. A l'orée du 20è siècle, le développement économique et industriel de la Hongrie attirait les foules vers les villes, et il voyait ces trésors menacés d'extinction. Il y avait deux façons de rendre hommage à ces génies populaires : les conserver, et en faire quelque chose. Il opta pour les deux. Et sa musique, la plus moderne qui fut dans la première moitié du siècle, et encore si persuasive aujourd'hui, est inspirée, nourrie, construite des thèmes et des rythmes ainsi rassemblés.

La présence, dans sa maison, de tant d'objets collectionnés rendait tangible cette démarche, et il était émouvant d'y voir mêlées des photos de lui parmi les paysans et les artisans.

La musique ressemble aux gens. Celle de Bartók est audacieuse, étonnamment structurée derrière d'apparentes dérives. Elle semble suivre la pensée et la langue davantage que les codes. Avec lui, l'ostinato est évolutif, s'enrichit ou se transforme à chaque répétition, t'emmène là où tu ne pouvais t'attendre, il agglutine des préfixes, des suffixes, qui deviennent partie du sens musical, à la façon de cette indomptable langue hongroise.

Bartók a vécu dans cette maison avec sa seconde femme, de 1932 à 1940. Quatre jours avant son exil pour l'Amérique, qu'il savait définitif, le 12 octobre 1940, il donna un concert d'adieu dans la grande salle de l'Académie de musique Ferencz Liszt. Une salle que je connais bien, même si elle est depuis de nombreuses années en rénovation. Dans les années 90, j'y ai entendu le Double concerto pour violon de Bach, la Symphonie du Nouveau monde de Dvorak, les Tableaux d'une exposition de Mussorgski, j'y ai vu Zoltan Kocsis dans des transcriptions d'une incompréhensible virtuosité de Wagner par Liszt... Je n'ai pas le souvenir d'y avoir entendu du Bartók . Mais peut-être parce que j'étais encore insensible à son œuvre, alors.

C'est un auditorium art nouveau à l'acoustique ingrate, en vérité, tout comme le confort de vision, mais d'une incroyable beauté décorative.

A la fin de son concert d'adieu, le public se serait levé et aurait entonné un air célèbre écrit par le compositeur intitulé "Ne t'en va pas !" Mais la guerre était là, déjà plus à la porte, alors il partit, et comme Zweig, mourut en exil - non sans avoir, après quelques années de stérilité, parachevé son œuvre du fantastique Concerto pour orchestre.

(Ici, dans le grand hall de l'Académie de musique, et sous la baguette d'Ivan Fischer, Ne menj el, ne t'en va pas ! - un enregistrement de 1987)



Pris par l'élan, l'émotion et  le temps clément, j'ai poursuivi mon périple jusqu'à Farkastéri temetö, où ses cendres ont été rapatriées après guerre. Arrivé dans ce vaste cimetière, perdu dans les allées, j'ai fini par demander à une élégante dame si elle saurait m'indiquer l'emplacement de sa tombe. Sans dire un mot, d'un signe de main, elle m'a invité à la suivre. Elle semblait fatiguée mais marchait d'un pas vif. Un grand manteau de fourrure dissimulait son grand âge dans une houle de chic. Devant mon embarras de l'avoir entraînée dans ce périple imprévu, elle m'a dit qu'elle n'aurait pas su m'expliquer le chemin, puis, arrivée sur place : "Moi aussi, j'aime beaucoup sa musique". Elle m'a montré à côté la tombe du grand chef Georg Solti, puis s'est éclipsée.

Bartók ne se découvre pas par hasard. De prime abord, sa musique est austère. Il m'a donné du fil à retordre, enfant, dans mes leçons de piano. On entre dans son univers par petites touches, on en acquiert les codes. Ce n'est pas si difficile, en définitive. Puis on accède à son génie harmonique, une écriture colorée, percussive, où tout compte, même l'odeur sans doute.

Durant ce pèlerinage, à travers les nombreuses photos placées parmi les meubles de sa maison, aux grands yeux clairs du compositeur, à ses lèvres minces, à son front généreux, à sa silhouette droite, j'ai compris quel homme il avait pu être. Un bel homme, petit et gracile, svelte et pénétrant. J'ai compris aussi ce qui attachait aussi intensément mon ami d'amour à celui qu'il appelle son papa musical, mais qui est plus sûrement son amant mélodique.

16 février 2013

une lune à économie d'énergie

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Quelques congères mal fondues - signe qu'ici aussi, l'hiver a eu son épisode humide et froid -, une lumière claire et diaphane, presque bleue, une tranquillité apparente et rassurante... Me voici donc de retour à Budapest, pour ma semaine hivernale de pleine liberté. Débarqué de l'avion à 15h, de la navette de l'aéroport à 16, j'étais à 16h30 en maillot de bain, seul dans ma ligne d'eau pour 1500m de mise en jambe. D'abord sur le dos, j'observais sur mes retours le jeune quartier de lune gagner en intensité à mesure qu'il se décalait vers l'ouest et que le ciel s'estompait. La lune, c'est un repère plus malcommode que des dalles de faux-plafonds, pour se repérer dans un dos crawlé, mais c'est l'un des prix à payer pour ce rare privilège de nager hors les murs en cette saison. Puis seul dans une ligne, fut-elle de 50m, l'absence de repère visuel n'est pas un problème bien grave.

Le crépuscule s'est installé peu à peu, les projecteurs ne furent pas allumés tout de suite, de sorte que les yeux s'habituaient à cette pénombre.

J'ai donc pris mes marques, plongeant d'emblée dans mon grand bain de jouvence annuelle.

310.1031.jpgPersonne sous les douches ? Normal, et pas grave : ce soir, je m'offre le Coxx ! J'y escompte deux ou trois bières, et j'espère bien au moins autant de bites avec lesquelles m'amuser un peu. Ou me refaire. Dans ce domaine, j'ai un grave déficit à combler, je sature des vidéos et de ma main droite, et Budapest m'a jusque-là plutôt réussi.

Budapest sera sans doute aussi un petit retour vers ces pages, même si je me suis concocté un programme musical - léger !

Alors bon ski à ceux qui sont au ski (et à celles, y'a pas de raison), bon voyage à ceux qui ont la bougeotte comme moi, bonne drague à ceux qui veulent, bon week-end à tous les autres. Et bon courage à ceux qui luttent contre les plans sociaux. C'est encore eux qui ont le plus de souffle.

09 août 2012

tout commence par le cul

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Les Jeux, c'est quand-même une histoire de cul. Pas pour arriver à ce niveau de performance, où il faut du talent et des années de préparation, mais pour gagner les duels. Une seconde de plus ou de moins, et un match bascule, un shoot réussi ou raté, et c'est l'apothéose ou la bérézina. Il s'en faut parfois d'un milimètre, pour que la barre tienne ou chute.

Grand pourvoyeur de stress en handball, le cul a ainsi souri aux gars et abandonné les filles. Au baskett, la preuve est faite, il faut du cul et des nerfs. Espérons que les filles, ce soir, en auront plus que les gars, ce serait un juste retour des choses.

Et puis en athlétisme, on t'affuble d'un grand "Q" ou d'un petit "q", selon que tu doives ta qualification à un placement direct ou à un repêchage. Force est de constater que les Français sont les rois du petit q, dans ce domaine, alors qu'on trouve profusion de grands Q chez les Jamaïcains et les Américains. S'il décroche une médaille sur 200m ce soir, Christophe Lemaître le devra néanmoins à autre chose qu'à du cul.

Bon, en ce qui concerne les nôtres, on aura eu pas mal de cul en première semaine, et sensiblement budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesmoins en seconde. En même temps, les escrimeurs, c'est rare qu'ils montrent le leur, de cul. Alors que les lutteurs l'arborent de plutôt belle manière.

Y'en a même qui disent que des histoires de cul se nouent dans les étages du village olympique, et que ça n'a rien à voir avec la taille des "q".

Je déploie à Budapest des trésors d'ingéniosité pour réussir à voir ces Jeux. Ou plutôt, pour les suivre. Dès qu'une compétition rassemble Français et Hongrois, je suis assuré qu'elle sera retransmise en live à la télé. Ou sur écran géant, en centre-ville. Mais sinon, c'est la radio par Internet. France-Info, qui t'offre de longs couloirs de directs, mais qui parfois sombre dans d''incroyables rediffusions. J'ai dû entendre dix fois, si ce n'est vingt, avant-hier, une chronique sur la chanson "Fais-moi du couscous chéri". C'est toujours plus supportable que Nelson Montfort, tu as raison...

Rassure-toi, je m'échappe aussi. Vers les lieux de mes premières histoires de cul... La terrasse du Palatinus, les bains Rudas. J'y suis sage, me contentant de quelques regards coquins, et autres mains baladeuses.

budapest,hongrie,blog,londres 2012,jeux olypiquesEt puis je me souviens que c'est dans le récit de quelques unes de ces aventures qu'est né ce blog, ici-même à Budapest. Avant de prendre chair et corps dans ces pages, mes émois allaient rencontrer ceux d'un blogueur dont je m'étais épris, boxeur de banlieue, qui nous délectait de ses plans cul de vestiaires, nous bouleversait de ses états d'âmes familiaux, et fédérait toute une communauté avec laquelle des liens durables allaient se tisser...

Pourquoi j'en parle ? Parce que je suis à Budapest, dans l'appartement que j'occupais déjà à l'époque, il y a cinq ans, à deux pas du cybercafé où je commençais et finissais mes journées.

Et que depuis, des flots ont coulé sous ces ponts. Les liens se sont distendus, la ferveur a disparu, les spams ont remplacé la plupart des commentaires, mais qu'envers et contre tout, ce billet est aujourd'hui le 900ème d'Entre deux eaux.

05 août 2012

Budapest, une, trentième !

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Et oui, j'y suis à nouveau ! Quant on aime, hein...

Ma retraite paisible. Je n'avais plus fait le voyage en voiture depuis 2003. Avec apparition de l'aviation low cost, c'est devenu une fantaisie coûteuse et inutile. Fatigante, de surcroît, comme cela vient de se rappeler à mon bon souvenir. Malgré une étape nocturne près de Reggensburg, en Allemagne, et une halte déjeunatoire chez des amis d'Igor à Vienne.

Seulement voilà, j'enchaînerai ce séjour à Budapest avec une petite semaine au festival de Salzburg, la classe, non ? D'où la voiture. Que je me suis juré de ne pas utiliser de tout mon séjour hongrois.

D'ici, c'est assez dur de suivre les JO. Dommage, je m'étais pris de passion. Les retransmissions de France-télévision par Internet sont bridées pour l'étranger - question de droits télé - et dans notre petit appartement en ville, nous recevons uniquement les chaînes hertziennes, avec une antenne d'intérieur. Tu te rappelles l'époque des retransmissions enneigées à l'image sautillante ? Eh ben voilà ! En plus, on n'accède qu'aux compétitions où participent des Hongrois ! On ne va pas le leur reprocher, hein, quand on voit le traitement des jeux par les chaînes françaises, mais bon, difficile d'y trouver mon compte. Alors il reste France-Info. Par Internet, ça marche du tonnerre de Dieu. Sauf qu'il n'y a pas l'image, pardi !, et que pour entendre les directs de temps en temps, il faut se fader dix fois dans la journée, les mêmes chroniques et faire son deuil de la trêve des actualités. Triste Syrie...

Autrement, je vais nager, évidemment, mon principal loisir, ici comme ailleurs.

Tiens, tu sais quoi ? J'ai fait 28 kilomètres en juillet. Le site communautaire nageurs.com, qui m'abreuve chaque semaine de mes statistiques à jour, me précise même qu'avec 10 piscines différentes fréquentées dans le mois, je me classe 3ème sur les 550 nageurs de juillet référencés. Je te rassure, en nombre de séances (17 pour moi), je ne suis que 37è, et 75è en ce qui concerne la distance parcourue...

C'est vrai que j'ai éclusé, cet été. Fuyant Paris aux couloirs encombrés, j'ai expérimenté des bassins de la grande banlieue, souvent assez chers d'ailleurs pour les non-résidents. Et puis je me suis offert des pauses aquatiques dans chaque ville où j'ai fait festival : Aix, Chalon, Amiens, Foix... J'ai même fait le "Voyage à Nantes", tout récemment, pour visiter les installations géantes de l'Estuaire 2012, et j'y ai aussi découvert une très belle piscine, à deux pas de l'hôtel où j'étais descendu.

Budapest, donc. Arrivé avant-hier, j'ai commencé hier par Palatinus, histoire de prendre la température budapest,vacances,palatinus,JO,Jeux Olympiques,Londres 2012(qui est élevée, d'ailleurs : la canicule est annoncée pour demain). Il y avait la foule des grands jours, normal pour un samedi, le bassin de 40 mètres restait toutefois largement nageable, le coin naturiste faisait terrasse comble. Seul changement, les douches ont été réaménagées, les céramiques refaites à neuf, et les box troqués pour des cabines... avec des portes ! Ah, pudeur, quand tu nous tiens ! Ça change l'atmosphère. Heureusement certaines cabines ont été laissées ouvertes, énigme, et j'ai pu observer qu'on continuait à y rôder l’œil coquin...

Ce matin, ce sera la piscine sportive Császár-Komjádi, pas de temps à perdre en batifolage, puis un déjeuner dans la belle famille. On y aura je crois de la haute-def pour les Jeux !!

08 mars 2012

l'inversion des courbes

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Je suis à l'aéroport de Budapest. Hier dans la nuit se sont croisées les courbes du beau et du mauvais temps. J'aurai passé là huit jour sous un soleil inaltéré, et voilà qu'aux dernières heures un épais brouillard ne parvient à se détacher du ciel, plombant l'air d'une nostalgie qui sied aux grands retours.

Dans un instant, les courbes du plaisir et des obligations se croiseront à leur tour.

Budapest me fut, peut-être plus encore qu'à l'habitude, une cure d'apaisée jouvence. Je me suis livré à une débauche indécente des plaisirs qui m'appartiennent : pratique intensive de la natation, dans une piscine olympique à la porte de ma chambre. 15,5 km en tout qui ont redonné à mon corps toute la respiration qui lui manquait. En peu de jours, je l'ai vu se reformer, se débarrasser des masses inélégantes, se parer de la nouvelle marque d'un nouveau maillot, et retrouver un inattendu pouvoir de séduction. Je suis allé aux bains trois fois seulement, tant pour l'eau que pour éprouver ce magnétisme revenu, et les suées ont soulagé mon dos, mais aussi ces stupides doutes existentiels.budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012

Je suis allé au spectacle pratiquement chaque soir, six fois en tout, dont trois avec une partie ou l'autre de ma belle famille. Et je peux donc affirmer que si l'opéra de Budapest est l'un des plus beaux d'Europe, il dispose néanmoins de budgets et d'un plateau technique qui en limitent les capacités de production. Décors kitsch et inconsistants, mises en scènes classiques, distributions locales. Ce qui n'empêche ni les surprises ni les émotions. Les deux auditoriums du Palais des arts, en revanche, sont probablement dotés des conceptions parmi les plus performantes au monde. Pour moi à ce jour, la plus belle acoustique que j'ai jamais rencontrée.

Je suis allé un soir dans un boîte à cul. A contre-cœur pour honorer la budapest,natation,mélenchon,présidentielle 2012promesse d'un coup à boire. La courbe du désir y a croisé celle du dégoût. Sûr que je n'y retournerai plus avant six bons mois !

J'ai écrit, beaucoup, plus que tu ne peux en lire. Depuis ma chambre, la salle à manger de l'hôtel ou des salons de thé. Tâchant toujours de croiser dans mes notes les courbes tangibles de mes vagabondages avec celles plus évasives de mes émois. Mais rassure-toi, le blog va bientôt retrouver un rythme pépère de campagne et te laisser à nouveau respirer.

La campagne, justement, à laquelle, ayant retrouvé dans la dynamique autour de Mélenchon une raison d'espérer, j'ai promis à ce blog de participer. Car quitte à te paraître étrange, j'ai dans ma villégiature suivi l'actualité, regardé par internet les directs ou les différés des grandes émissions politiques. J'ai assisté aux irrésistibles performances de Jean-Luc Mélenchon. En intentions de vote, sa courbe à lui semble sur le point de croiser celle de François Bayrou, ce sera la première bonne nouvelle de la campagne. Mais la deuxième très bonne nouvelle, c'est qu'elle pourrait même désormais croiser celle de François Hollande sans que cela n'empêche la gauche d'être présente au second tour. Mathématiquement, s'entend, car nous n'en sommes pas là. Mais cela vaut déjà d'être relevé : grâce à son efficace combat contre la promenade de santé que tout le monde avait, sidéré, laisser se développer sous les pas de Marine Le Pen, celle-ci est désormais hors d'état de nuire, démasquée en quelque sorte, arrêtée autour de 15 ou 16%, quand François Hollande et Jean-Luc Mélenchon totalisent déjà près de 40%, avec donc un point de croisement à 20% qui nous protège d'un 21 avril.

Cette croisade contre la leader frontiste new-look, m'a d'abord laissé perplexe. Mais il l'a nourrie de tant de conviction, d'ancrage dans des références historiques, et de révélation des aspects les plus absurdes - ou les plus abjectes - de son programme, que force est de constater avec lui que "pour la première fois depuis trente ans, c'est l'extrême-droite qui baisse les yeux devant la gauche".

Une autre dimension de sa campagne m'a d'abord désarçonné : la manie qu'il a de se montrer stratège, fralib-02_12-23.jpgde développer à visage découvert, dans ses interventions publiques, le caractère calculé de tel ou tel bon mot, de telle ou telle position. Et puis peu à peu, au delà des accents de théoricien léniniste que cela donne à ses tribunes, écrites ou orales, apparaît une chose extrêmement importante : Mélenchon fait de la politique un enjeu d'éducation populaire. Il ne fait pas de la communication, il fait de la formation politique. Il travaille à la repolitisation de la société, en commençant par les milieux modestes.

En se montrant à la fois stratège et transparent, et mettant les dimensions tactiques de son combat en partage, il permet à chacun de s'en saisir. Et sa pédagogie désarçonne le milieu journalistique qui ne sait par quel coin le rattraper, quel message de circonstance dénoncer ou quel dérapage relever. Il n'y a rien à déceler car tout est assumé. Ce jeu m'est d'abord apparu étriqué, dépourvu d'ambition majoritaire. Mais dans un monde où la première aspiration populaire est de retrouver la force de compter, de participer à un rapport de force, finalement, cette façon d'avancer s'avère plus payante que je ne l'aurais imaginé.

Alors je ne sais pas si ma courbe croisera la tienne, si nos trajectoires finiront ou non par se rencontrer, si la révolution citoyenne finira ou non par frapper à ta porte, mais putain que c'est bon de retrouver de la confiance. En soi. Et dans la chose publique.

06 mars 2012

Tosca sur Danube

 

Budapest, ce sont des bains, des rencontres aimables assorties de caresses - et plus quand affinité -, des promenades ensoleillées au pied d'immeubles anciens aux façades décrépies. C'est un stage intensif de natation. C'est une respiration en dehors de toute pression. Et puis ce sont des soirées sous les lambris dorés de l'opéra ou ceux des prestigieux salons de thé. Tiens, tout en écrivant, je croule sous le poids des ors du Book-café au dessus de ma tête. Le cappuccino viennois y est excellent, tout comme le Francia Mákos aux pavots, que je viens de finir de déguster. Le piano y est juste de trop...

Dimanche, c'était Tosca : mise en scène classique, distribution cent pour cent hongroise, plutôt jeune, mais de grande tenue. Épuisé par un coucher tardif la veille, en raison d'un début de nuit agité et DSCN1770.JPGsonore au Capella, une boîte aux kitchissimes shows transformistes où j'avais suggéré à un couple de touristes français rencontré aux bains Rudas qu'on s'y retrouvât, puis par une journée d'excursion à Szentendré avec les mêmes, j'ai bien pensé  avoir du mal à résister au choc. D'autant que je n'en avais pas relu l'histoire, et qu'il faut bien le dire, de l'italien chanté surtitré en hongrois, ça me laissait sacrément handicapé.

C'était sans compter avec l'intensité dramatique de l’œuvre et la beauté de la musique de Puccini. Je n'ai pas sombré une seule seconde. Le troisième acte vibre encore sous ma peau, deux jours après. Je n'ai donc pas résisté au plaisir de te laisser entendre, ci dessus, Jonas Kaufmann dans le rôle de Cavaradossi. Sublime interprétation (à écouter surtout à partir de la minute 2'25'')

Tosca, entre amour et trahison, dans une Rome reconquise sur les bonapartistes par un régime aristocratique secondé par les Anglais : Tosca, célèbre chanteuse d'opéra, manipulée par Scarpia, le chef de la police secrète, trahit Cavaradossi, le peintre pour qui elle nourrit un amour maladivement jaloux qui a caché chez lui Angelotti, consul bonapartiste évadé.

Tosca, c'est le déchirement romantique par excellence. Écartelée entre amour et jalousie, entre promesse de silence et incapacité à résister aux cris venus de la chambre de torture, elle finit par accepter de faire don de son corps au concupiscent Scarpia en échange de la vie sauve pour son amant.
 
Assassinant Scarpia après avoir obtenu de lui l'engagement écrit qu'il organiserait pour son amant un simulacre en quise d'exécution, le stratagème échoue néanmoins. Cavaradossi périt sous les balles des fusiliers, et Tosca se jette du haut des remparts. Fin tragique pour histoire sans issue. Mais de laquelle nous reste cet inoubliable E lucevan le stelle.

Hier soir, c'est au Palais des arts Béla Bártok que nous sommes allés entendre, avec ma belle-mère, le concerto pour violon de Sibelius par le Philharmonia, sous la direction de Esa-Pekka Salonen. En deuxième partie, nous eûmes droit à ce qui restera sans doute comme l'une des plus belles interprétations de la VIIè symphonie de Beethoven, au son clair et aux pianissimo d'une légèreté jamais égalée. Complété, en bis par une interprétation tout aussi magique de la valse triste de Sibelius.

Et j'y retourne de ce pas, seul, pour le 3è concerto pour piano de Rachmaninoff. Sous la direction de Zoltan Kocsis. Les amateurs apprécieront.
 
Oups, je dois me dépêcher, l'heure file à toute vitesse...

02 mars 2012

mes nuits avec Tamás

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Robuste, fier, le muscle bandé et le manche droit, concentré à son affaire, l'engin bien en main. C'est ainsi la deuxième nuit qu'il passe au dessus de moi. Avec lui, je me sens protégé. J'aime le velu de ses jambes, la rondeur de son fessier, et surtout, la profondeur de son orbite. Plus il se laisse carresser de mon regard, plus je me trouble devant la gerbe qui s'élève au dessus de son manche. Tamás Wichmann, trois fois médaillé olympique en canoë. Nous partageons la même chambre. Lui en noir et blanc un tantinet sépia dans un cadre sous verre, figé dans l'exploit. Moi, alangui dans la chambre numéro 4 qui lui est dédiée.

Par la fenêtre, j'ai une vue imprenable sur le large bassin olympique extérieur, où j'irai à nouveau faire mes longueurs ce matin. Car l'eau, c'est mieux en immersion. Qui dit qu'à mon retour de la douche,DSCN1713.JPG devant l'icône de compétition, je ne vais pas m'abandonner à quelque chavirement onanique ?

L'Hôtel Császár est devenu le havre de mon pélerinage hivernal. C'est un paradis pour les nageurs. Pour 28 euros hors saison, j'y ai ma nuit, mon petit déjeuner, et mes entrées à la piscine. Les lignes d'eau sont toutes réservéées aux nageurs, nous n'y sommes jamais plus de deux ou trois. Il m'arrive même d'y être seul. La température de l'eau est idéale. Si l'air extérieur est froid, à sec la morsure n'est pas trop sensible. La traversée jusqu'au bord du bassin te laisse à peine le temps de la ressentir et de vivre l'immersion dans la chaude caresse enveloppante de l'eau comme une jouissance libératrice.

La fine volute s'estompe vite au dessus de l'eau. Ton regard se heurte à chaque respiration aux façades jaune Habsburg du bâtiment néo-classique qui entoure le bassin. Un paradis, je te dis !

Mon premier bain chaud au Rudas, hier, m'a bien soulagé le dos. Mais que le dos car j'y ai fui les crocodiles égarés et je n'avais pas moi-même une âme de prédateur. J'y retourne cet après-midi, dans les mêmes dispositions.

Hier soir, j'avais acheté de bonnes places à l'Opéra de Budapest pour un Cosi Fan Tutte familial. Un premier rang de trois-quart au deuxième balcon. C'était sans compter avec le vertige de ma belle-mère, qui a du échanger sa place contre un deuxième rang, à la visibilité tronquée mais rassurante.

DSCN1718.JPGAh! et puis en marchant sur Andrassy ut, je suis passé devant cette statue de Jokai, que je dédie à Bougrenette. Elle lui rappellera qu'avant d'être une délicieuse soupe de haricots au lard, Jokai était d'abord un écrivain célèbre d'époque romantique, un Flaubert hongrois, dont je ne sais toujours pas pourquoi on lui attribue le nom de ce plat rustique mais inimitable...

01 mars 2012

un temple de délicatesse

Rafał Olbiński - «Manon Pelleas et Melisande».jpg

C'est sur une note douce et mélancolique, que j'ai quitté Paris. La première de Pelléas et Mélisande, à l'Opéra de Paris. En fait, une reprise de la mise en scène de Robert Wilson, d'une épure totale, lente, presque statique, un théâtre de poses plus que de mouvements, où tout se joue dans l'occupation de l'espace et les jeux de lumière. Ses tableaux évitent les redondances, ce qui est dit n'étant jamais montré. Que servirait de toucher une main quand le chant le raconte, ou de donner des roses, ou de dérouler une chevelure aussi longue que la hauteur d'une tour quand le livret expressionniste de Debussy s'avère aussi explicite. Le chant et les compositions scéniques se font écho, dans le même registre soyeux et transparent, sans démonstration superfétatoire. Tout sonne juste.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle monté par Bob Wilson, après Madame Butterfly l'an dernier, et une version théâtrale de Lulu au théâtre de la ville en début de saison. Sa pâte m'est désormais reconnaissable entre mille. Ce gars a une signature. Soignée, travaillée, malaxée, débarrassée d'inutiles apparats, souvent emprunte d'un univers visuel asiatique. Mélisande, dans sa longue robe à traîne blanche, les bras toujours relevés, le visage blanchi tourné vers un soleil invisible, aurait pu être coréenne. Mon ami me dira qu'il y avait reconnu la technique du kabuki japonais. Debussy et Wilson forment un temple à la délicatesse.

Dommage qu'en arrivant à l'hôtel hier j'ai découvert avoir oublié ma carte d'identité dans l'avion ! Sans cet incident qui tracasse mon début de séjour, tout aurait été parfait : petit temps mort à l'aéroport, qui m'a permis de lire plus longuement le blog de Jean-Luc Mélenchon, qui ne finit pas de me surprendre pour la pertinence de ses approches, même sur des questions où on ne l'attend pas. Ponctualité du vol, Buda.jpggentillesse du personnel de bord, rapidité de la prise en charge à l'aéroport de Budapest. Et puis cette route en pleine lumière d'hiver, crue, transparente, écorchant les façades d'immeubles, réveillant leur patine désuète, et avec elle presque un siècle d'histoire européenne.

Après avoir écouté les émissions récentes de Daniel Mermet sur la Hongrie, je me suis surpris à regarder autrement les Hongrois. Qu'un rire soit gras, et j'y lis de la haine, la rondeur débonnaire des quadras m'apparaît suffisante. A bonne distance, j'ai l'impression de voir partout une transpiration nationaliste, un rejet confusément mêlé de l'étranger et du tzigane. L'Europe libérale - tu sais, celle qui devait assurer la paix du continent pour cent ans ? - a réussi à transformer le visiteur occidental en colonialiste. Vivement que je me replonge dans de vraies rencontres pour balayer cette lecture univoque et insupportable de la rue. J'espère ne pas être trop déçu...

J'ai nagé ce matin mes premiers deux-mille mètres, le dos n'a pas bronché. Je m'en vais de ce pas, une fois postée cette note, m'immerger dans les bains chauds de Rudas - un autre temple de délicatesse - avant de retrouver ma belle famille, que j'invite ce soir à l'opéra pour un Cosi Fan Tutte dont je te reparlerai sans doute.

Puis-je conclure autrement ce billet que par un tonitruant "Vivent les vacances !" ?