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23 septembre 2009

l'homme qui a vu l'homme qui a touché les pépètes

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Tu connais le truc du comédien, habillé et peint de la tête aux pieds, monté sur un piédestal et prenant des poses statiques pour simuler une statue de bronze ou de plâtre ? Forcément, tu connais, puisque le procédé fait fureur depuis quelques années, et il y a peu de capitales où des artistes - de pacotille quoique méritants - ne viennent pas ainsi tenter de rafler quelques miettes de la manne touristique.

En général, lorsque la pièce tombe dans le chapeau placé au devant de la fausse statue, celle-ci, à la façon d'un automate, active une discrète révérence qui impressionne les enfants.

Eh bien dans les rues de Bruxelles, je suis tombé sur mieux. Ce n'est plus l'homme qui joue à la statue, mais la statue qui joue à l'homme qui joue à la statue. Ça se passe non loin de la Grand'place, dans la rue qui mène au Manneken-Pis. En début de matinée, nous avons observé le curieux manège d'un grand homme noir, qui a d'abord placé un socle sur lequel était inscrit le nom de Van-Gogh, avec une date de naissance et une date de mort. Puis il a positionné un mannequin de la taille d'un homme, presque un épouvantail, avec un grand manteau peint de terre grise, un masque réaliste surmonté d'un chapeau de paille censé représenter le peintre et passé à la même glaise. Puis il a fiché une grande canne au sol pour y poser la main gauche de l'effigie. Le bras droit était tendu vers l'avant, avec un gant de laine noire, le tout légèrement incliné.

Il a pris le temps d'ajuster au mieux la position de sa poupée déguisée, a déposé devant une petite caisse métallique à fente, fixée d'une chaîne à l'ensemble, ainsi qu'une bouteille d'eau minérale.

Puis il est reparti en voiture.

L'effet sur les badauds a été incroyable. Moins cette poupée bougeait, plus ils étaient saisis. Évidemment, à chaque pièce déposée, le IMGP1326.JPGpersonnage n'esquissait aucun mouvement, ce qui sidérait encore d'avantage la foule rassemblée. Les porte-monnaie s'ouvraient à tout va, les gens s'approchaient, tentant de lire une lueur dans les yeux du mannequin, ou serraient la main gantée, certains avec hésitation, d'autres avec vigueur. Il étaient sciés par l'impavidité de ce qu'ils croyaient être un comédien tenant un rôle.

Pire : lorsque, amusé par cette scène nous nous sommes aventurés à raconter l'installation à laquelle nous avions assisté, à expliquer que ce n'était qu'une marionnette vide de toute présence humaine, personne ne voulait nous croire. Nous avons même entendu des "tiens, il a bougé les yeux", ou "c'est incroyable, on dirait un vrai"...

Je ne sais pas combien cette simagrée rapporte à son instigateur, à la fin d'une journée, mais j'ai été personnellement totalement scotché de voir l'efficacité de ce subterfuge.

Un peu plus loin, sur les marches des jardins royaux conduisant aux Musées des Beaux-Arts, c'était des hordes de pétitionnaires qui s'affairaient à te faire signer une déclaration en faveur de je ne sais quels enfants victimes des guerres, et qui réussissaient à extorquer à quasiment chaque signataire un billet de dix ou de vingt euros...

Est-ce en raison de la crise économique ? Mais ce sont encore les mirages en ce bas monde qui semblent remporter le plus l'adhésion du public, et accessoirement rapporter un peu de fric. Et les fausses évidences ont plus de poids que les faits dans leur crudité... L'histoire se serait passée en France, j'aurais dit que Nicolas Sarkozy avait de beaux jours devant lui.

21 septembre 2009

ceci n'est pas une pipe

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Je rentre d'un séjour à Bruxelles. Il fut un temps où j'y allais souvent, à Bruxelles. Pour le travail, aller-retour dans la journée. La commission européenne, le Conseil européen, le Parlement européen... j'en avais rarement vu autre chose que la gare du midi, le métro et des bureaux dans le quartier des bureaux. Une fois si, participant à un séminaire de deux jours et logeant sur place, nos hôtes belges, qui assuraient la présidence de l'Union européenne, nous avaient emmenés dîner près de la Grand' Place, et j'avais pu me rendre compte que Bruxelles était vraiment une ville. Avec son centre de caractère et ses travers touristiques. Mais j'étais trop préoccupé par quelque négociation délicate pour y prêter vraiment attention.

Je me suis donc offert une excursion culturelle pour profiter de la conjonction d'une RTT avec un programme musical rare à la Monnaie, le théâtre royal de Bruxelles. Je crois n'avoir plus d'amour pour mon ami-d'amour, mais autre chose qui s'affranchit de ses caprices. Lui n'a du coup plus d'oppression, et de telles virées semblent redevenir possibles. Tant mieux.

J'aime la musique sans en conaître beaucoup, et je dois admettre que l'oreille s'affûte avec le temps et les rencontres. Il était question de musique française, à la charnière des 19è et 20è siècles. Légèreté, transparence, délicatesse... Sous la direction de Marc Soustrot, l'Orchestre philharmonique de la Monnaie interprêtait des extraits de Pelléas et Mélissande, de Gabriel Fauré, dont la célèbre Sicilienne, le Poème de la mer et de l'amour, de Chausson, chanté par Measha Brueggergosman à la métisse exhubérance, puis une oeuvre de jeunesse de Debussy, l'Enfant prodigue, encore académique dans sa composition, mais déjà admirable dans la rupture de certains équilibres.

D'une loge à peine surélevée, presque à hauteur des derniers violons, nous étions dans une proximité exceptionnelle avec l'orchestre. J'ai perçu pour la première fois, accompagné par des textes écrits dans le programme acheté à l'entrée, les spécificités d'interprétation qu'appelait cette musique, qui ne craint ni la lenteur ni les pianissimo parce qu'elle cultive la clarté acoustique. Peu de percussion, des timbales courtes et une caisse claire assourdie, des cuivres et des bois au son lent, fragiles, à l'improbable maîtrise, et des harpes pour dispenser sur l'orchestre des notes virevoltantes en confétis. Bien loin des grands élans romantiques russes parfois assommants de Rachmaninov, entendus le week-end précédent à la fête de l'Huma.

Encore sous le charme, nous avons concédé quelques moules chez Léon de Bruxelles - oui mais l'original, donc un incontournable - une petite balade dans les vieilles rues pavées sous la lumière de lampadaires à l'ancienne, au milieu de tablées dégueulées par la myriade de restaurants qui envahissent ce quartier. Puis un retour nocturne à l'hôtel pour remarquer que nous étions, par hasard, au coeur du centre gay.

magrittepipe.jpgLe lendemain, nous avons visité le tout nouveau Musée Magritte et voyagé au coeur du surréalisme. Avant juin, Magritte n'avait encore ni musée ni site de référence. GDF-SUEZ y affiche avec ostentation son "mécénat de compétence" à qui l'on doit les travaux de rénovation et d'aménagement de l'hôtel qui abrite le Musée, une dépendance des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Mais disons que ceci n'est pas une publicité.

Dans le hall principal des musées royaux, qu'il faut traverser pour rejoindre le Musée Magritte, j'étais saisi de me trouver face la La fontaine de l'inspiration, de Montald Constant, dont je n'aurais jamais imaginé qu'elle puisse être si grande.

Le Musée Magritte se visite à l'envers. Du troisième étage au rez-de-chaussée. Et de droite à gauche. La salle d'ouverture est agrémentée d'une musique de fond qui te plonge dans l'époque, les salles sont sombres, la lumière concentrée sur les oeuvres. L'exposition est parsemée de textes de l'auteur, qui expriment mieux que de longs discours les moteurs de son travail et lui donnent sens.

J'ai surtout été captivé par l'oeuvre de dissociation des objets et des mots par laquelle naît la poésie. Il y aurait des livres à écrire sur le sujet. D'ailleurs, il en fut écrits de nombreux.

A la fin du séjour, comme pour parachever la découverte culturelle de Bruxelles, il y eut une visite à un sauna gay. Ma foi, mauvais plan, question garçons, à peine une poignée, surtout des laiderons ou des snobs. J'ai du tripoter, quoi ? Trois quéquettes qui en valaient la chandelle - dont deux absolument pas à la façon d'une pipe, Magritte oblige.

Par contre, question convivialité, voilà un lieu qui assurait vraiment : pour 18 euros l'entrée, le patron offrait buffet à volonté dans une salle à manger vaste et aménagée avec goût à partir de 19h. Histoire sans doute de remplir les murs. Hélas, après quelques tranches de haddock et de saumon, il était l'heure de rentrer.

Je te reparlerai de Bruxelles, il y a encore beaucoup à en dire.