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30 novembre 2008

le rideau s'est levé sur le Dame de Canton

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Samedi soir, c'était Reggae Roots avec Funde. Je te laisse aller découvrir chez Fiso le compte rendu de cette soirée cool et de qualité, et son cadre, l'ex-Guinguette pirate devenue la Dame de Canton, ainsi que la façon, un poil édulcorée sous sa plume, dont elle s'est laissée outrageusement draguer par un magnifique sportif professionnel, dont j'aurais moi-même volontiers fait mon dessert...

Moi, j'en resterai à des choses plus sentimentales, comme d'hab'. Par exemple à ce sourire généreux de Reivax - le trompettiste-arrangeur de la troupe - qui exprime sous une demi tonne de dreadlocks une insondable gentillesse, et qui m'avait invité. Je me souviens quand en janvier dernier, peu de temps après la mort de sa mère, je l'avais entendu chanter puisque la vie est éphémère. Son oeil ne s'était pas départi d'une petite lumière, et j'avais fixé cette étoile sans pouvoir m'en dégager. Où a-t-il donc chipé cette force de bonheur ?

Soit dit en passant, ce groupe a acquis une vraie maturité, ils s'autorisent de belles divagations, et l'ensemble reste charpenté. Xav et son cuivre n'y sont pas pour rien. Avec eux, on vibre, et ils aiment ça.

J'ai aussi eu ce message, après avoir garé la voiture au sous-sol de la Grande bibliothèque : "le rideau se lève". Il avait donc pensé à moi. A l'heure des premières mesures, au moment de rassembler toute sa concentration sur son jeu, il eut cette incroyable délicatesse de m'envoyer une pensée d'Outre-Manche. Comme s'il avait eu dans sa poche ou autour de son cou le pendentif que j'avais rêvé lui confier en guise de porte-bonheur.

J'ai eu droit au cours de la soirée à quelques oeillades amicales - ou plus, si affinité - et à une complicité avec un jeune homme, survolté peut-être pas seulement sous l'effet de la musique et de l'alcool, plein d'idées sur la transe, la communion et le rôle des artistes, qui a même réussi à me faire bander à force d'approche tactile, le con.

Boby, fier du fiston, et content de m'avoir introduit, en tout début de soirée, dans un bout de son univers parisien, s'est laissé aller - qui l'eût cru - à des plongées dans quelque paire d'yeux. L'incorrigible !

La semaine qui s'ouvre s'annonçant chargée, je suis rentré tôt malgré la déception de Boby qui aurait bien voulu jouer les prolongations autour d'un verre. Mais bien m'en a pris. Une fois arrivé dans ma lointaine banlieue, une neige dense se mettait à tomber.

23:00 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : boby, funde, fiso, reggae, musique

22 novembre 2008

mon tournesol

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Vous la prenez là où vous la trouvez, enfin, elle vous trouvera peut-être la première, vous la cueillez, vous la regardez de temps en temps, vous n'oubliez pas de l'arroser, elle en a besoin quelque fois, vous la voyez s'épanouir, se livrer, vous l'entendez rire, vous la laissez un peu vous guider, conduire à vous ses jeunes pousses, et puis vous l'emmenez avec vous en vacances. Pour quelques jours, au moins. Dans des lieux où ne se trouvent que des gens que vous aimez. Vous n'oubliez pas de lui donner du coucher de soleil. Un par jour, c'est un minimum. Alors vous vous laissez flotter, vous êtes comme en apesanteur, le cœur est léger et reconnaissant. Et vous n'avez plus que des envieux autour de vous. Vous vivez.

Voilà. J'avais écrit ça avant hier sur le blog de Bougrenette, en commentaire de la mosaïque - de mots et d'image - par laquelle elle racontait nos quelques jours de vacance en Provence. Et plutôt que d'en dire à mon tour les plaisirs, d'y rendre à mon tour hommage à ma mère et à nos hôtes, je vais plutôt t'inviter à aller y voir par toi même : tout y est.

24 mars 2008

merci, Maestro !

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Que retenir de ce beau week-end en Arles : les prouesses gastronomiques de Boby, chacune de ses petites attentions, sa parole dépolie et intarissable ? Ou le rire enfantin de Fiso devant son - non, ses - toreaux en chocolat ? Ou les opportunes intrusions téléphoniques de notre ami commun, celui à qui l'on devait d'être ainsi réunis et dont nous parlâmes tant, forcément ? Ou les yeux hypnotiques, d'un magistral bleu-roi de ma blogueuse jumelle, la troublante effervescence amoureuse où elle se trouvait, son bonheur visible de nous serrer dans ses bras ? Ou le sourire encore perplexe mais déjà épanoui d'un jeune homme qui sait à peu près de quoi il se libère et à peu près où il va ? Ou les maaloumehs de Pâques d'une restauratrice libanaise récemment installée ?...

Le toreau s'était d'abord présenté à nous sous la forme d'une fabuleuse guardiane aux olives noires, avec Boby en maestro. Je n'avais plus vu de corrida depuis au moins quinze ans. C'est à Nîmes, plutôt que nous avions l'habitude d'aller faire la fête, pour Pentecôte. A l'époque, on ne risquait pas d'entendre du Claude François dans les bodégas, ç'aurait été du dernier des ringards.

Igor n'aime pas la corrida, ne supporte pas l'idée que je puisse aimer ça, alors tout comme j'ai arrêté d'aller au ski depuis que nous sommes ensemble, ou comme je ne vais pratiquement plus au cinéma, j'avais mis en veille mes passions tauromachiques. Je ne sais pas si ça répond à l'interpellation de Patrick sur ce qu'est l'amour avec un grand A...

Pour couper court aux polémiques que j'entends d'ici, disons-le tout de suite : oui, c'est cruel, oui c'est barbare, et pour tout dire, je suis753995834.jpg convaincu que dans une société humanisée, harmonieuse, où les inégalités et les oppressions auront disparu, où les cultures populaires ne seront plus écrasées, éliminées par l'uniformisation et la marchandisation, les corridas pourront rentrer sereinement dans le registre des patrimoines mémoriels.

Mais parce que nous n'en sommes pas là, parce que la diversité culturelle est gravement menacée, et doit être préservée pied à pied, identité par identité, je suis un résistant, et donc un ardent défenseur de la corrida. Doublé d'un aficionado. Imagine Lille sans sa grande braderie, l'Irlande sans la Saint-Patrick...

Il y a autour de la corrida, en fait plus qu'une vague culture populaire, mais toute une érudition populaire - c'est un peu comme avec le vin - qui va bien au delà de l'esprit "jeux du cirque" que lui attribuent souvent ses détracteurs. J'écoutais samedi les gens autour de nous observer les toraux qui entraient dans l'arène, commenter leurs qualités, leurs défaillences, leurs travers, ou la stratégie des matadors, le travail des picadores, la faena de chacun, leurs naturelles à droites, leurs naturelles à gauche, imperceptiblement plus difficiles... Au delà des grandes envolées collectives - il y en eut peu, samedi, notre corrida fut soignée, mais sans plus -  chacun y allait de son petit couplet avec un regard aiguisé, singulier, intraitable, sur la bête comme sur l'homme. et j'aime cette appropriation, ce savoir-là, qui participe de l'intelligence humaine.

Donc voilà, c'est ainsi. Si tout va bien, je me suis définitivement fâché avec la moitié de mes lecteurs. Peut-être aussi la moitié de mes amants. Mais bon, c'est ainsi.

34571198.jpgArles en fête, la ville investie par la foule, les peñas à chaque coin de rue, les fanfaronnades, les odeurs de paellas géantes dans la nuit, les grandes tablées bruyantes... Hmmm ! Que c'était bon de renouer avec ces sensations, de laisser glisser son regard sur de beaux garçons, de tenter d'harponner un regard, de laisser son pied, sa jambe, sa hanche s'animer au rythme de Magnolias.

Sur le chemin du retour vers la maison de Boby, encore chauffée par l'ambiance de la Bodega Juan Bautista (du nom du jeune matador arlésien que nous avions vu dans l'après-midi), Fiso s'est laissée aller à nous montrer un tout petit bout de son vaste répertoire Claude François. Extraits de la foule dans les petites rues retirées, Comme d'habitude nous enchantait.

21 janvier 2008

puisque la vie est éphé-mère

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Samedi soir, avec ma copine Fiso, après avoir manifesté en solidarité avec les sans-papiers, avoir nagé, avoir tenté de rejoindre au coeur de Paris, en voiture, en pleine saturation du traffic, parce que des fois, pris par une dynamique aveugle on se surprend à faire de vraies conneries, un salon de thé qui s'est avéré être fermé à l'heure où on y est arrivés, et avoir mangé un tajine accompagné d'un boulaouane bien frais qui, pris en apéritif nous a bien ouvert l'apétit, on est allé écouter Fundé à Montreuil. (Tu vois que moi aussi je sais en faire, des phrases à rallonge !)

Dire que je suis fan de reggae ? Moué, j'aime bien, disons que c'est cool, autour du reggae, on rencontre souvent des gens sympas, tolérants, qui sont plus dans l'être que dans l'avoir. Alors, quand se présente une opportunité, pourquoi pas.

Je ne suis pas très noctambule en général, le clubbing ou autre discothèques, c'est pas mon truc. Il faut toujours un moteur de plus pour que je sorte, que simplement de l'éclate avec de la musique.

Là, le moteur, c'était rencontrer le travail de Xavier et de son groupe. Sans être un spécialiste, je peux dire qu'ils assurent bien, leur répertoire est varié, les enchaînements travaillés. Ils nous ont tenus en haleine et je me suis bien lâché. J'ai même tenu plus que Fiso sur le plancher à me déhancher, c'est dire.

Nous étions dans une petite salle de quartier, équipée d'un beau plateau technique. Il n'y avait pas foule, beaucoup de jeunes du coin, dont un gars sur un fauteuil roulant qui s'en donnait à coeur joie et faisait plaisir à voir.
Xavier, ou plutôt Reivax, puisque c'est son nom de scène, à la trompette, apportait, avec son pote saxophoniste, les accents cuivrés à un son bien maîtrisé.

d1a27783cd396310e36604d90752513f.jpgYoha, le leader du groupe, a lancé la chanson Absence, en évoquant la peine que laisse le décès d'un être aimé, le vide qu'il creuse dans la poitrine, mais "la joie qu'il nous souhaitait de pouvoir ressentir quand, de ce vide, on arrive à faire quelque chose et à le remplir". Il s'est alors approché de Reivax, et j'ai écouté cette chanson sans le quitter des yeux. J'ai reconnu sur son visage, dissimulés derrière sa barbe et un mètre cinquante de dreadlocks remontés au dessus de la tête, des traits de Monique. Elle vibrait dans cette pupille brillante.

A la fin du concert, Xavier est resté avec nous, trés attentionné, nous avons parlé de choses et d'autres, qui disaient la difficile vie d'artiste. On a parlé de Boby, évidemment, oui, de toi, Boby, il nous a dit combien nous comptions pour toi, nous, tes amis du moment. Nous le savions mais c'est différent de l'entendre, surtout de Xavier.

Il nous a dit qu'ils te poussaient à l'écrire, ce livre que tu as au bout du stylo, au coeur de la poitrine, dont les bribes sont déjà là, éparses, dans ton blog...

On a passé une bonne soirée. C'est toujours ce qu'on se dit quand on rencontre de la générosité.

_________________________

Absence


Combien de fois mon cœur a espéré,
Rien qu’une fois, dans mes bras te serrer
Une page blanche de souvenirs effacés,
Reste de toi des mots sur un cahier

Puisque la vie est éphé-mère
Je veux en saisir la beauté,
Puisqu’il me reste la prière
Qui puise sa force dans la fragilité

J’ai tant prié pour ta présence
Mais j’ai tant appris de ton absence
Peine d’hier devenue paix
Aujourd’hui

Oh combien ma foi,
En moi, fût éprouvée
Pour qu’une fois
Je puisse te retrouver
Mais le silence fini par vous confier
Qu’aux apparences, une âme ne peut se fier

Puisque la vie est éphé-mère
Je veux en saisir la beauté,
Puisqu’il me reste la prière
Qui puise sa force dans la fragilité

J’ai tant prié pour ta présence
Mais j’ai tant appris de ton absence
Peine d’hier devenue paix
A jamais

Tu peux t’en aller
En paix sur l’autre rive,
Tu peux t’en aller
A jamais

29 décembre 2007

Sur la route...

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Boby nous a reçus avec chaleur, nous a offert le café avec à l'est vue sur le champ. Il nous a guidé dans Arles avec faconde : la courbe du Rhône, dans sa lumière déclinante, les vieux quartiers, la maison Acte Sud, la voûte de l'Hôtel de ville, le patio de l'Hôtel Dieu, restauré à l'identique de ce que Van Gogh en a peint, le café La Nuit, peint aussi par Van Gogh (avec pause chocolat-chaud, pour récupérer du froid et de la nuit), les arènes, le théâtre antique, l'église de la Major, la tour des mourgues, murée pour empêcher les bonnes-soeurs de s'échapper vers les quartiers mal-famés...

A chaque étape, il nous a dit des anecdotes : des travaux arrêtés à cause de trouvailles archéologiques en sous-sol, 2289ecc24ae6d8821f962bc832a518fa.jpgdes normes de sécurité imposées par l'Union européenne qui conduisent à dénaturer du patrimoine antique, le petit quartier culturel où ils aimaient venir avec Monique.

Monique est là, dans sa voix, dans l'amour qu'il a pour Arles, dans les mois qu'ils ont passé à y chercher une maison pour lui permettre d'y finir ses jours. Il nous montre les lieux qu'elle aimait et nous dit ses petits agacements devant la saleté des rues ou des restaurations mal faites.

Il a insisté pour que nous restions diner. J'en avais envie, il a fallu négocier un peu avec ma mère et ma belle mère, plus enclines à rentrer.

Xavier a épaulé son père et pris le diner en main. Karine a récupéré d'une après-midi de mécanique, avec son ami Christophe, dans le froid et le camboui. La boîte de vitesse et l'embrayage sont installés et fonctionnent. Reste à résoudre un problème de démarreur. Fred et Igor sont restés un temps à part à parler d'art dans le petit bureau de Boby et de Monique.

Pendant le dîner, Christophe a parlé de son périple en Hongrie, il y a cinq ou six ans, et d'une rencontre qui a compté pour lui avec un certain Jenö. Karine de sa perspective de travailler à la régie technique de la Maison des arts de Créteil. Fred de dessin, et des techniques auxquelles il s'essaye. Il a un sacré coup de crayon ! Xavier a parlé trompette, et a promis de nous inviter pour un prochain concert à Montreuil, le 19 janvier.

On a parlé photo. Pour Boby, "Xavier, il a un regard", il va saisir ce que personne d'autre n'aura vu, "Karine, elle est dans la composition", elle-même se sent encore enfermée dans des règles apprises, "Fred, c'est l'agencement des couleurs", et ces semaines passées à Arles lui ont donné l'occasion d'y travailler.

Aucun d'eux n'a choisi une voie facile et sûre. Je le savais, Boby évoque ça sur son blog. Il s'en ennorgeuillit, en même temps que ça fait de lui un père inquiet. Normal.

Dans la voiture, au retour, ma mère et Igor ont dit avoir ressenti du bien-être au milieu de cette famille. Deux familles qui ne se connaissaient pas, assez différentes, mises comme ça l'une en présence de l'autre, ce n'était pas évident. je me doutais bien que ça se passerait simplement.

Moi, j'ai été heureux de mettre à boby de la chair, un timbre et un accent (et quelques paquets de Gitane). Un grand monsieur, qui en impose par sa taille, sa culture, son verbe haut. Et de voir ces jeunes dans cette générosité-là, qui se pansent les uns les autres en entourant leur père.

Merci à vous tous de votre accueil. Tant de fois au sortir de l'été, moi et d'autres avons poussé votre père à vous solliciter. Il avait besoin que vous le secondiez, et surtout, que vous soyiez près de votre mère. Tant de fois il y songeait, mais ne voulait pas, ni Monique, vous bousculer, vous fragiliser encore dans vos projets, vos constructions. Vous ayant au téléphone, l'un ou l'autre d'entre-vous, ils minimisaient les difficultés, je crois, pour vous préserver. Finalement, vous aurez été là. Au bon moment. Aux bons moments.

Merci à toi en particulier, Xavier, d'avoir trouvé les mots pour que Boby décide de continuer la route.

Boby, on n'a pas eu notre intimité cette fois-ci, pour nous parler d'homme à homme. Famille-famille, ce n'est peut-être pas comme celà que nous avions imaginé nous rencontrer. Il faudra donc une deuxième fois.

15 décembre 2007

un mois pour moi

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Je voulais te préparer une note sur le premier mois de mon blog (ben oui, c'est aujourd'hui : 16 novembre – 15 décembre). Sans trop savoir sous quel angle l'aborder. Le temps passé à écrire ? La montée en puissance des statistiques ? Leur suivi en temps réel avec Blog-it Express, dans une frénésie pas encore tout à fait maladive ? Tes commentaires ? La recherche de connivences avec d'autres blogueurs, qui confine parfois au tapinage ? Les rencontres, celles qui ont eu lieu, celles qui sont promises ? L'état du regard sur moi ? L'état de ma ligne éditoriale ?... C'aurait pu te faire un billet à rallonge (déjà que j'ai tendance à pas faire court...)

Et puis un déjeuner hier, une de ces rencontres, justement. Avec un bougre d'ange (vas voir comme elle parle de moi, elle dit des choses si gentilles, et attardes-toi à l'occasion, j'aime sa façon d'assembler les mots). Et à la fin d'une merveilleuse discussion où le dire et l'écoute tournaient en orbite autour de nos vies, cette question : « mais au fond, avec ton blog, tu cherches quoi ? » Putain! Je cherche quoi ? Sec, le bonhomme. Complètement pris à défaut : je cherche quoi ? J'engage tout mon être dans cette aventure, entêtante, obsédante, j'y laisse des heures de sommeil, je fragilise ma concentration au boulot, je mets en péril quelques uns des équilibres de ma vie, et je ne sais pas ce que j'y cherche ? Allez, un effort.

801c74e7bb1f5903a027323270f81881.jpgJe me suis avancé : « pouvoir me dire dans mon entièreté, peut-être : avec du superficiel et de l'intime, du privé et du public, du personnel et du professionnel, des valeurs et du sexe, de l'engagement et de la lâcheté, de la force et de la failesse, de la bienveillance et des règlements de compte ». Relier ainsi les deux eaux qui sont en moi, celle qui boue et celle qui gèle – c'est important pour entretenir mon intérieur à 37 °C - l'eau qui dort et celle qui court, celle qui y croit et celle qui n'y croit pas, celle qui doute et celle qui fonce, celle qui s'expose et celle qui se cache. (Bougrenette, tu vois, j'ai paufiné ma réponse depuis hier...)

Et me dire ainsi pour être accepté ainsi.

Elle m'a demandé : « Pour être reconnu comme ça ? ». Etre reconnu, oui. Dans les deux sens du terme. Gagner de la reconnaissance (tu m'en apportes beaucoup, tu sais, tes commentaires, ta présence régulière, si tu savais ce qu'ils représentent), et être découvert. C'est vrai que j'aime cette idée de jouer avec un anonymat ébrêché, disséminer ici et là mille indices, prendre le risque, plus ou moins consciemment, qu'un collègue, un supérieur, un ami d'avant, un membre de ma famille découvre mon blog, et donc me reconnaisse derrière le masque. Prendre le risque d'y perdre toute ma crédibilité. Et d'y gagner autre chose, de plus grand, de plus authentique. Vivre à travers le blog cette petite peur-là.f58d57d22170f694284d8dc8bdcf8f5e.jpg

J'ai remarqué que la notion de honte était très présente dans mes billets. J'affirme ne plus en avoir dès la présentation que j'ai faite de moi le premier jour. Et je passe mon temps et mes lignes à vouloir m'en laver. Alors oui, je crois vouloir vivre ce besoin d'être accepté pour ce que je suis, tout ce que je suis.

Et puis il y a WajDi, Fiso et Boby. Mes trois matrices. Celui qui m'a attiré dans l'oeil du cyclône, celle qui m'a montré le comment faire - ma coach, quoi ! - et celui dont l'épreuve m'a obligé. Le petit cercle, cet anneau fusionnel que je voudrais tant préserver quand le cercle s'élargit. Que je voudrais emmener avec moi partout, arracher au virtuel, sans en même temps m'y enfermer pour ne pas devenir fou.

J'ai fait le plus facile. J'ai parlé de mes souvenirs, j'ai raconté des choses vues, des moments fugaces, j'ai déséroticisé le sexe pour arriver à en parler, et j'ai dans mes souvenirs des choses plus profondes encore à livrer. Bientôt.

Mais je parle peu en fait de ce qui est au fond de moi. De la souffrance présente, de mes doutes présents. Je t'implique peu, en fait, dans mon fort intérieur. Je voudrais y arriver. Arriver à t'en parler pour arriver à me les avouer. j'ai besoin de temps encore pour m'écouter plus au moment présent, pour ne pas jouer de rôle. J'ai des faux-semblants encore à abattre.

Je crois que j'y suis : avec ce blog, je voudrais que tu m'aides à soritr de mon mentir-vrai.

13:25 Publié dans divers | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : blog, homosexualité, WajDi, Boby, Fiso

13 décembre 2007

Monique, en toute dignité

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Monique est en train de partir. Boby et les siens sont rassemblés. L'acccompagner et souffrir avec elle. Loin des départs rêvés. Elle a été belle jusqu'à son dernier été, elle a été fière jusqu'à ses dernières semaines, Boby l'aime jusqu'à ce dernier souffle, et souffre - c'est peu dire - de ses souffrances et sa déchéance. Pourtant, et lui ne peut le voir, elle est belle de cette cathédrale de dignité qu'il lui a bâtie.

Voilà ce qu'il en racontait, il y a peu sur son blog (Boby, pardonne-moi) :

"Nous militions tous les deux dans un mouvement d’éducation nouvelle. J’étais instructeur de base, elle, instructrice permanente, détachée de l’Education Nationale. Elle faisait partie des six ou sept "monstres sacrés" comme nous les nommions affectueusement, qui avaient la force et le courage d’encadrer une bande effroyable de soixante ou soixante-dix adultes de tous âges, aux personnalités diverses mais toujours fortes et quelque peu indisciplinées... Lors des regroupements régionaux, lorsque je la voyais se camper devant cette assemblée tumultueuse, en levant les bras pour attirer l’attention et demander le silence, et que sa merveilleuse voix de soprano donnait le ton pour le chant que nous allions reprendre en cœur, j’étais inévitablement surpris de voir ce petit bout de femme, timide, effacée, discrète, qui soudain donnait toute la mesure d’une personnalité hors du commun.

Elle est issue d’une famille très modeste de l’Ile de France. Elle a toujours voulu être enseignante, ses parents se sont démenés pour lui permettre de poursuivre ses études.

Après avoir échoué à l’entrée en Ecole Normale (Devenues IUFM), elle s’est accrochée, et le bac en poche, elle est entrée par la petite porte dans la grande maison. Remplaçante. A 18 ans, elle se retrouvait avec des classes de fin d’étude, et des mômes plus que turbulents de 14 ans...

Elle s’est naturellement orientée vers les classes maternelles, et cinq ans plus tard le hasard et son courage l’amenaient à diriger une école de dix classes... Le Mouvement la remarquait. Elle a rejoint la commission nationale "Petite Enfance". Quelques courtes années plus tard elle est devenue permanente du Mouvement.

Même si après la naissance de Karine, notre troisième enfant, elle a choisi de redevenir enseignante de base pour être plus disponible pour ses enfants plutôt que pour ceux des autres, j’ai toujours pensé qu’elle faisait un travail remarquable, notamment vers les enfants issus des milieux les plus défavorisés.

Et pourtant... Combien de fois l’ai-je entendu dire : "Je ne fais rien de bon, je ferais mieux d’aller vendre des allumettes sur les marchés..."

Il y a quelques jours son cousin est venu nous voir. Quand elle s’est couchée, nous avons un peu parlé. Il était bouleversé. La voir ainsi alors que l’on sait qu’elle n’ignore rien de son état, et que ses jours sont comptés. Jamais Monique n’a prononcé un mot sur ses souffrances, sur ses angoisses. Elle demandait des nouvelles de tous, s’intéressait aux enfants, aux petits enfants. Racontait des anecdotes, lançait quelques traits d’humour. Jusqu’à ce qu’une fatigue trop forte l’oblige à se retirer. Avec nos enfants, elle insiste pour qu’ils ne remettent pas en cause leurs projets. Pour qu’ils continuent de vivre. Vivre. Jusqu’au bout. Jusqu’à la dernière seconde.

Monique a eu une éducation plutôt rigide, plutôt coincée. La petite jeune femme sage et bourrée de principes et d’interdits, au petit chignon serré sur le haut du crâne, que j’ai connue en premier, s’est libérée seule, a fait son chemin seule. Ses cheveux libres et flottants sur ses épaules ont été l’un des premiers signes de son affirmation de femme en tant que femme. C’est sans doute l’une des raisons qui ont fait qu’elle ne pouvait supporter de perdre ce symbole, sa chevelure. Au point de refuser les traitements qui entraînaient inévitablement une alopécie, au risque de se condamner à court terme. Elle a fait ses choix, en connaissance de cause.

Et personne n’a le droit de les critiquer. Personne ne peut imaginer les combats qu’elle a dû mener pour être ce qu’elle est : une femme libérée. Et moi, je peux dire encore moins de choses. Je le sais, c’est en grande partie pour moi qu’elle a fait ce chemin."

C'est sûr, j'aurais aimé moi aussi avoir eu à aimer cette femme.... T'inquiètes Monique, ton héritage de valeurs est aujourd'hui bien malmené, mais il y a des gens qui y croient encore, le flambeau ne restera pas à terre.

 

18 novembre 2007

Boby, parce que la vie en vaut la peine

Boby. Le troisième par qui ce blog arriva. L'autre lecteur-blogueur qui m'a poussé à me lancer. Après lui, c'est promis, j'arrête pour un temps de faire dans la galerie de portraits... Comment raconter Boby en trois paragraphes, alors qu'il se raconte, lui, en un blog qui fait deux volumes de la Péïade à lui tout seul ? Et par où commencer ? Sa bisexualité étrange, qui n'en est pas vraiment une,  puisqu'il vit avec la femme qu'il aime depuis 37 ans, mais qu'il assume totalement et avec transparence son homosexualité, auprès d'elle comme auprès de ses enfants ?
Par les sentiments coupables qui le poursuivent, du coup, dans ses rapports à sa famille ? Par l'abnégation qui est la sienne en ces jours difficiles où il accompagne le départ de sa femme, en phase terminale d'un cancer ?
Par son projet fou, assumé lui aussi, annoncé, de partir avec elle, parce qu'à 62 ans, la seule chose qu'il n'arrive pas à assumer, c'est sa "vieillesse" ? Par l'embarras où il me met, moi, Fiso, et tous ses lecteurs, à avoir à connaître ce projet et à devoir vivre avec ça ? Peut-être est-ce par là que je vais commencer...

A cause de tout ça, Boby sera un personnage récurrent de ce blog. Parler de lui, pour le convaincre toujours qu'il existe, même au delà de sa femme, que son existence même répond à un besoin, et d'abord celui de ses enfants. Je dirais même, parce que j'ai trop été trop touché par cet homme pour ne pas l'aimer profondément, que ce sera une fonction de ce blog : le garder, lui, vivant.
Je ne résiste pas à l'envie de reproduire ici un commentaire que je lui adressais en septembre dernier, en réaction à un billet cynique et désespéré, parce que j'aimerais savoir faire résonner mon blog à ses oreilles avec cette tripe-là, que j'avais su sortir de moi ce jour-là :
"Boby, le cynisme te va mal. Redeviens l'éveilleur de conscience que tu as été. Ne te complais pas. Regarde WajDi. Ne vois tu pas en lui celui que tu étais il y a 35 ans. Sans doute la ressemblance est diffuse, parce qu'il est un Boby d'un autre temps, d'un autre milieu, avec d'autres origines.
Mais au fond, cette foi, cet engagement, ce refus d'abdiquer, cette posture de combat, ce gout de la transmission, de l'éducation, cette main tendue au plus faible... n'y reconnais-tu rien qui fut à toi ? Boby, à 27 ans,
WajDi court déjà derrière son adolescence. A 42 ans, je poursuis les traces de mes trentes glorieuses, à 50 ans je pleurerai ces jours sereins de la quarantaine comme toi à 60 tu pourchasses une jeunesse inaccessible... C'est comme ça, merde ! On a tous et toujours perdu à jamais des choses précieuses avec le temps qui passe. Mais regarde le monde ! Regarde les jeunes gens rire et s'aimer, regarde les adolescents perdus dans leur insolence ou dans leur insouciance... Les chappes Bush et Sarko sont tellement loin des vies réelles telles qu'elles se construisent, par exemple dans ces amitiés silencieuses exaltées par WajDi. Oui elles pèsent, et des générations comme les nôtres, qui se sont données, qui y ont cru, et qui par dessus le marché se voient réduites par les ans, ont de quoi plonger dans la désespérence. Mais un WajDi ne te redonne-t-il pas un peu d'espoir ? Un peu de foi ? Un peu d'envie de voir se lever encore des consciences et des jeunesses orgueilleuses ?
Je ne te dis pas de devenir centenaire, Boby, je conçois qu'à l'état de légume, il est préférable de partir. Mais tu es ce qu'on appelle être jeune quand on meurt à cet âge.
Alors oui, le cul, c'est plus le même ! La belle affaire. Soulages-toi comme tu peux, chaque fois que tu en as besoin, et puis pars ! Pars voir la vie, parcours le monde, voyages, dans cette liberté que tu retrouveras, tristement, à la mort de M.. Vas au Vietnam, va en Afrique, ou voyages dans tes mots, montes à Paris et offres-toi des semaines de musée, les meilleurs restos, des combats de boxe ou des matchs de rugby... Putain, vis ! Pas survis, vis ! oui, ça en vaut la peine !
"

Je pensais l'avoir touché. Il m'avait juste répondu : "Et ton projet de blog, O., il en est où ?" Je l'avais atteint. Et il chemine aujourd'hui, sous la tendre pression de ses enfants.