16 novembre 2009

et de deux !

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Deux ans, donc. 731 jours exactement, 553 billets, 331 commentateurs pour 5.171 commentaires (dont 1.332 réponses).

57 millions sept-cent trente mille octets à viser le réel et me jouer de son improbable reflet.

Ça nous fait un bon paquet d'états d'âme, d'amants, de coups de gueule. De larmes.

Deux printemps. Un été à la dérive, un été en réanimation. Un long entretien d'introspection. Une trilogie pour exorciser l'impossibilité amoureuse. Un miroir qui scintille toujours. Malgré tout. Des rendez-vous et des rencontres. Des belles. Des qui ont transformé, dans une large mesure, la physionomie de ma vie et son rythme. De la musique aussi, même à l'Opéra. Oui madame !

Au premier jour, je trouvais ma marraine. A une semaine je m'épatais. A deux semaines, je jubilais. Au premier mois, au pied du mur, je croyais la source tarie. Pour les six mois, je convoquais tout ce que la terre comptait de fanfares et de tambours. Pour mes un an, je reluquais déjà mes godasses, rappelé à l'humilité par un chagrin qui me rongeait comme un cancer.

Deux ans, donc. Deux ans de narcissisme débridé, d'exhibitionnisme total, de mise à nu sans retenue.

Deux ans à en raconter quarante, en faut-il davantage ? Y a-t-il encore des recoins de mon âme que je n'ai décortiqués devant toi ? Y a-t-il d'autres hésitations qui me taraudent. Devrais-je aborder ici ma peur de vieillir, l'anorexie de ma nièce, et son entrée, aujourd'hui-même, à l'hôpital ? Me faut-il redire mon kif pour la masturbation ? Celui pour l'eau, pour les eaux chaudes de Budapest, pour les eaux de piscine, pour les eaux libres des rivières et des montagnes ?

J'écris trop souvent, paraît-il. Trop long. Les séries découragent. La politique rebute les tendres. Le sexe est futile aux politiques. Je suis partout, je suis nulle part, entre deux mondes, entre deux eaux. Mais j'ai besoin de chier de cette copie et de t'en balancer chaque soir. La logorrhée m'est une thérapie bien plus sûre que celle qui me coûte 60 euros chaque semaine.

Alors je continue. A l'aveugle, mais en confiance. Je continue.

23 octobre 2009

mon p'tit coin du paradis

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Mtislav a un projet : rassembler, auprès d'une sélection de blogueurs, le billet qu'ils considèrent comme leur meilleur. Et au bout du compte, construire quelque chose qui serait comme la mère de tous les blogs, le blog des blogs en quelque sorte, ce qu'il appelle "un éphémère paradis"...

Comme il m'a sollicité, que je n'ai pas de raison particulière de me défausser, et que je trouve plutôt le projet agréable, je me suis penché sur la question. Sauf que l'exercice s'avère plus périlleux que prévu. Car il n'en faudra qu'un !

Donc voivi ce que je m'apprête à faire - c'est un peu risqué, mais je te fais confiance. J'ai moi-même présélectionné six billets, que je crois  sortir du lot, six de mes meilleurs billets, donc, disons plutôt mieux écrits que la moyenne, ou auxquelles j'accorde plus de prix. Si tu pouvais manifester ta préférence - voire en choisir un autre - tu m'aiderais à être présent au rendez-vous de ce p'tit coin de ciel bleu.

Voilà donc ma proposition de top 6 :

A/ de la dissociation du sexe et de l'amour

B/ avec un grand A (5 et fin)

C/ ode à Saiichi

D/ Mes amours secrètes (Menem)

E/ ma part d'usurpation

F/ et la dialectique, bordel !

Bon, c'est pas les textes les plus joyeux - mais bien écrire tout en étant heureux, c'est une problématique que je n'ai pas encore résolue...

Ne te presse pas forcément pour répondre, je m'en vais pour quelques jours, et je te laisse facile jusqu'à la fin du week-end pour me dire ta préférence. Bonne lecture.

22 octobre 2009

5000 sous le signe de Bach

Et voici donc le 5.000ème commentaire. Il est tombé mardi (mais j'ai du retardé son installation sous les projecteurs, pressé que j'étais de mettre des choses au point après les emmêlages de billets auxquelles m'avait conduit l'affaire du match avorté). C'était sur le billet la diva et la midinette.

"J'ai parfois des frissons à l'écoute de certaines musiques, comme l'air de la reine de la nuit dans la flûte enchantée, c'est galvaudé je sais, mais il y a quelques jours j'ai revu le film Amadeus et ça me l'a refait.


Mais je suis plus baroque que classique, et Haendel (par exemple ça) me fait plus frissonner que Beethoven.

Je n'ai pleuré qu'une fois en écoutant de la musique, c'était la Passion selon Saint-Matthieu, de Bach (cet air là très exactement) mais il se mêlait à d'autres émotions que je ne raconterai pas ici, car c'est un endroit comme il faut ;-)"

Pouvais-je espérer mieux ? Les frissons, Mozart, Haendel.... mais surtout Bach, et Saint-Matthieu ! Imagine un peu... J'ai eu déjà l'occasion d'écrire combien Bach surclassait tous les autres à mes oreilles. Et d'écrire aussi ce que représentait pour moi la Passion selon Saint-Matthieu.

Madame de K, savez-vous que j'aurais pu pleurer aussi sur cet aria, qu'il accompagna mes premiers mois d'installation à Budapest il y a, quoi ?, quatorze ans de cela, et d'une certaine façon ma sortie du placard ?

C'est drôle que ce soit tombé sur vous, débarquée assez récemment par chez moi. A la fin de cet été, je crois, sur une humeur capricieuse. Et par l'entremise d'une belle fidèle, écornée par la vie, mais debout, généreuse, digne. Je l'ai vue pour la première fois ces jours-ci, vous le savez, et prenant un infini plaisir à nous découvrir, nous avons parlé de nous, d'elle, de moi, et figurez-vous, beaucoup de vous. Elle est admirative de votre joie de vivre, et je crois qu'elle ne trouve pas usurpée votre minute encyclopédique.

Merci de nous en avoir livré quelques secondes, et de l'avoir fait avec de la grande musique. Vous auriez pu aussi nous dire vos "autres émotions" mêlées à vos larmes, les oreilles qui traînent par ici en ont vu d'autres, et sont d'une discrète bienveillance. Une prochaine fois peut-être...

14 octobre 2009

le blogueur n'est pas qu'un animal paranoïaque (3)

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(Suite d'une semaine de voyage en blogosphère)

C'est donc à nouveau aux aurores - l'horloge affichait 5h50 - que je me présentais devant l'Opéra-Bastille, vendredi dernier. Il s'agissait d'acheter des places à bon prix pour Salomé, de Richard Strauss, d'après l’œuvre d'Oscar Wilde. J'obtins le n°19 au rang des fous de service, ma meilleure performance depuis que je participe à ce rite. Encore un effort, et je serai bon pour Sainte-Anne.

 J'ai observé que le numéro 1, échappé sans doute de cette institution, ou détenteur d'une permission hebdomadaire puisqu'il avait été numéro 3 la semaine précédente, passait ses entre-appels, d'une heure sur l'autre, à faire de la marche à pieds dans les alentours de la Bastille... En ce qui me concerne, j'en suis resté à la farandole des petits cafés. La première heure, passa vite en compagnie de Joël. On évita le sujet des maths, ce qui facilita les choses. Je lui parlais de mes stratégies pour éviter d'arriver fatigué ou mal préparé à un opéra, il me racontait qu'au contraire, un certain état de fatigue l'avait conduit, un soir, à se laisser profondément chambouler par la puissance d'une émotion musicale.

C'est drôle car dès le lendemain, peut-être en raison de cette anecdote, je laissais les larmes s'écouler à grand flots devant une interprétation du concerto pour violon et orchestre de Beethoven par la virtuose japonaise Midori, au théâtre des Champs-Elysées. Je te reparlerai de ce moment intense.

Gilda nous rejoignit à l'appel de 7h, nous parlâmes coïncidences. Joël a une théorie très arrêtée sur ce point : un scénario, pour être crédible, ne peut pas comporter plus d'une coïncidence. Il en faut bien une, soit, pour qu'il y ait intrigue, mais au delà, on est dans la triche. Gilda elle nous raconta comment un jour elle rencontra un auteur dans le métro, alors qu'elle tenait justement sous son bras l'un de ses livres. Moi, je relatais ma rencontre avec Clara au milieu de la mer de Chine...

Au cours de l'heure suivante, alors que je retrouvais une connexion internet, j'évoquai la cyber-attaque dont je venais d'être l'objet la veille, et Gilda fut stupéfaite : elle avait été elle-même, à une autre époque, victime du même cyber-délinquant en mal de bouc-émissaires. Ce n'était sans doute pas qu'une coïncidence : homophobie, racisme et misogynie ont des racines communes.

On se mit à parler blogs, blogueurs, communautés de blogueurs, l'incompréhension que suscite parfois cette activité chez les autres, les fâcheries qui peuvent en découler. Ou au contraire de la propension des blogueurs à se sentir visés par un texte qui ne les concerne pourtant pas... Les exemples fusèrent, et l'on n'en conclut que le blogueur était un animal sacrément paranoïaque. D'où... le titre en contrepoint de cette série de billets. Car il n'est malgré tout pas que cela, le blogueur.

Une fois dans la file d'attente, entre 9h et 9h30, je pouvais confronter avec un autre mélomane mes impressions sur Vozzek, vu la semaine précédente. Je dis que j'avais apprécié la mise en scène, la puissance musicale, le jeu admirable des chanteurs, notamment de Waltraud Meïer, mais qu'il m'avait semblé que les partis-pris scénographiques avaient porté préjudice à l'intensité dramatique dans la scène de la mort de Marie. Le vieil homme, épris d'opéra depuis dix ans à peine et déjà éclairé, détenteur du numéro 17, m'approuva. Entre nous, la numéro 18 avait interrompu sa lecture. Elle avait l'air moins folle que nous. Quand je lui demandais si nous la dérangions, elle répondit qu'elle trouvait notre échange intéressant, mais qu'elle ne se sentait pas en capacité d'y prendre part. Moins dingue, je te dis !

Le vieil homme nous raconta alors son Barbier de Séville, vu l'avant-veille sans décor en raison d'une grève des machinistes de l'Opéra, mais en costumes, avec des chanteurs-comédiens qui s'impliquaient avec plus de cœur encore en raison de la situation. Ce rendez-vous matinal autour de l'Opéra vaut bien des sorties entre amis. Je te jure que j'y prends goût.

Les ami(e)s, justement, blogueuses elles aussi, c'est le dimanche autour d'un brunch, que je les retrouvais. Et quoi qu'elles en disent, c'était bien un rendez-vous de filles, j'en apporte la preuve demain.

à suivre

13 août 2009

500 notes pour une sonate

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Cette note est ma 500e note. Jolie partition, déjà, non ? Avec 500 notes, on peut faire quoi ? Un concerto ? Un quatuor ? Disons une sonate. La mienne a compté un premier mouvement allegro ma non troppo - classique du genre -, un deuxième andante molto mosso, puis un troisième lente quasi adagio. En toute logique, je devrais attaquer sur un final allegro vivace. Nous verrons bien, je n'en suis pas au final, il m'y faudra sans doute bien davantage de notes.

Puisque c'est l'occasion d'un bilan, en voici un sur ces petites vacances à Budapest, qui viennent de se finir :

- Je me suis reposé - de longues nuits de sept ou huit heures, des siestes, souvent courtes, sous le soleil ou sur un canapé, parfois au milieu d'amis, j'ai évacué toute pression, c'était le plus important.

underwaterpinkudstrip.jpg- J'ai nagé : 35 km, pile poil la distance qui sépare ma banlieue de Paris. Et pourquoi pas 42, me diras-tu, puisque j'y ai passé 21 jours, à Budapest ? Eh bien parce que je me suis autorisé trois journées de relâche, et que j'ai commencé doucement. Et puis 35 km, c'est une approximation, parce que nul n'a su me dire avec exactitude la longueur du bassin sportif à Palatinus, tantôt 38m, tantôt 40m, voire 42,5 - le décompte des distances était une gageure.

- J'ai baisé, ou plutôt j'ai tâté de la queue, j'en ai mâté, parfois sans en faire grand chose, peut-être juste pour m'assurer que la mécanique fonctionnait encore. Je suis allé pourtant peu aux bains - une fois aux Széchény, une rencontre fulgurante avec un homme marié, un Français, et une première approche avec Attila ; une seule fois au Király, ce qui me valut de rencontrer Federico et Roberto ; une fois aux Gellért (quel luxe ! - mais choux blanc) ; et deux fois au Rudas, où je underwaterbutts.jpgcrois bien avoir réussi à mettre dans mes filets les plus beaux specimens... Au terme de ces visites, je m'autorise à me placer dans la catégorie des beaux garçons qui peuvent choisir leurs victimes. Mais qui ne sont pas à l'abri de deux-trois gamelles. Attila est resté une histoire sans suite...

-
J'ai bronzé, surtout à Palatinus. Et j'ai pu observer à cette occasion que de longues heures de naturisme sous le soleil ne suffisent pas à effacer la fameuse marque du maillot, forgée par des heures de nage au quotidien. Ou alors j'ai passé trop de temps sous les douches ?

- J'ai lu, ce qui allait souvent de paire. 700 pages, quand-même, dont un thriller de Robin Cook, Facteur risque, où se jouait un complot criminel autour de la marchandisation de la santé aux États-Unis. Entre la fin d'un Murakami (Haruki) et le début d'un autre (Ryû).

- Et j'ai écrit, ce qui n'a pas été le pire de mes petits plaisirs : une quinzaine de notes, même si nous étions vraiment entre-nous - je pourrais presque dire rien que pour toi et moi.

J'ai retrouvé Budapest. Au fond, j'y ai toujours nagé, j'y ai appris à aimer, j'y ai parfois lu, j'y ai souvent écrit. Il y règne un art de vivre et une paix propices à ces travers et à une certaine virtuosité, ce n'est sans doute pas un hasard si Liszt, Bartók et Ligeti s'y sont joués de leurs notes avec malice et inventivité...

Les valises sont posées. Le ciel est un peu gris, cela va sans dire. Mais ces petites musiques me restent dans la tête, et je crois que mon adagio est termiiné.

07 août 2009

Lajos Batthyány, ou la débandade hongroise

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Il avait 42 ans quand ils l'ont assassiné. Premier Président du Conseil d'une Hongrie qui s'essayait républicaine et indépendante. Entre 1848 et 1849. Ce n'était pas rien, pour cette nation, de s'affranchir d'un même mouvement du joug féodal et du joug impérial. Ni pour ce jeune homme issu d'une famille noble de prendre le parti des républicains. Il y avait alors de puissants courants de pensée qui donnaient corps à ces rêves, des artistes s'engageaient, des poètes regardaient l'Europe et lui vouaient un avenir.

C'était le Printemps des peuples, dont le vent avait pris naissance en France. Partout, des révolutions libérales, à qui il manquait de reconnaître leur place aux ouvriers, ce qui inspira à Marx et à Engels le Manifeste du Parti communiste, qu'ils publièrent, anachroniques visionnaires, à cette même époque.

De quelle utopie ils étaient capables nos Victor Hugo, Sándor Petőfi et toutes cette intelligentsia qui ne se résolvait pas à l'enterrement des Lumières ! L'armée des Habsbourg fit appel aux armées du Tsar pour écraser la République hongroise naissante, mais l'Empire austro-hongrois ne serait plus jamais le même, la Hongrie avait conquis sa maturité, et la nouvelle position qu'elle occupait dans l'Empire lui permettrait de jouer les premiers rôles dans le développement bourgeois de la fin du XIXè siècle. Le millénaire de la Hongrie serait célébré avec un faste incroyable en 1896, avec une Exposition Universelle, la première ligne de métro d'Europe continentale, de grandes artères et un raffinement qui font encore le cachet du Pest d'aujourd'hui...

Au fond, si l'Empire n'avait pas été du mauvais côté du manche pendant la Première guerre mondiale, et si - cruelle humiliation infligée aux perdants - la Hongrie n'avait pas été dépecée des deux tiers de son territoire, qui sait quel rôle elle occuperait aujourd'hui en Europe ?

Mais c'est ainsi. L'indépendance fut écrasée en 1849, Batthyány fut exécuté le 6 octobre, et la Hongrie perdit la guerre. Par dessus le marché, une guerre plus tard, elle fut mise au régime Traband et komsomols.

Il reste de ces époques des vestiges.IMG_3693.JPG

La place Batthyány, à Budapest, est de fait l'une des plus intéressantes. Située sur le bord du Danube, ouverte sur lui, elle fait face au Parlement sur la rive opposée, et c'est de là que l'on peut en apprécier le mieux son architecture victorienne dans toute ses dimensions. Une petite  église pittoresque côtoie une halle de marché en brique, et la statue de Janos Batthyány se dresse comme à la proue d'un navire.

C'est près d'elle que m'a rejoint Attila, mardi soir, et que nous avons bu un verre sur la terrasse du café Angelina. C'est drôle, notre moyenne d'âge était justement de 42 ans : l'âge des martyres !

Attila, je l'avais rencontré aux bains Szechény l'avant veille, avais approché mon transat du sien après avoir constaté son attirance, et avait pris plaisir à lui caresser les jambes et le torse. J'avais compris qu'il n'était pas adepte des petits coups consommés sur place. Nous n'avions pas parlé, sauf lorsque je dus partir pour un dîner chez belle-maman ! Le hasard avait voulu que nous nous rencontrions le lendemain sur une autre terrasse, à Palatinus. Cette fois, je lui avais offert de nous retrouver le lendemain pour passer une soirée ensemble, il avait accepté et nous y étions.

Il avait en lui beaucoup de douceur, qui parfois confinait au flegme et qui n'était pas toujours simple à interpréter. Nous avons parlé moitié en hongrois, moitié en anglais. Il venait de passer une dizaine de jours en Croatie. Tiens, à Trogir, justement, où j'avais été moi-même en vacances l'année de la canicule, en 2003. Nous avons aussi confronté nos expériences d'appendicites. J'en avais moi une marque laide et boursouflée, à cause d'une péritonite évitée de justesse en 88. Lui avait été opéré durant des vacances en Égypte, il y a trois ans. Mais une infection subite lui avait valu de retourner sur le billard une semaine plus tard, il en portait une cicatrice discrète mais spectaculaire, verticale, au milieu du ventre.

Je te parle d'Attila parce qu'il s'est produit une chose troublante, que je redoutais un peu. Alors que nous étions chez lui en pleine étreinte, je me suis mis à penser au billet que j'allais en faire pour ce blog. A sa structure, à la petite page d'histoire avec laquelle j'avais envisagé de l'introduire, dès la lecture au pied de sa statue des dates de naissance et de mort de Batthyány, à nos deux rencontres précédentes dans un contexte naturiste, à certains détails de son anatomie : ses cicatrices, la tâche de vin brune qu'il lui dévorait le flanc, ses testicules qui lui pendaient à mi-cuisse.

brutos11754.jpgCes pensées me faisaient débander, et cet épisode-même vint aussitôt trouver place dans mon projet de billet, me piégeant dans un dérisoire cercle vicieux. Cela m'était déjà arrivé une fois dans un sauna parisien. Et je n'aime pas du tout ce sentiment d'être ainsi dominé par mon sujet, l'impression de ne plus vivre les choses pour ce qu'elles sont mais pour pour ce que je pourrais en dire.

Curieusement, lui-même s'excusait de ne pas avoir d'érection plus vaillante, et mettait sa défaillance sur le compte de la fatigue. Il se mit à me parler de son petit copain, Zoltan, avec qui il était dans une relation "ouverte" qui ne l'épanouissait pas. Une relation d'un an, qui n'a jamais connu de phase fusionnelle. Je lui ai parlé de ma relation avec Igor, vieille de maintenant presque douze ans, et qui en était à sa phase... comment la qualifier, tiens, ma phase avec Igor ? ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet...

Il m'a aussi appris à dire "caresser" en hongrois : simogatni. En parlant ainsi, en l'écoutant, en caressant ses mains solides et ses larges épaules, en laissant mes lèvres trainer sur ses bras et sur son cou, j'ai enfin recommencé à bander, et il a souhaité que je jouisse avant de le quitter.

Nous avons prévu de nous revoir ce soir.

09 juillet 2009

le fond et la forme, ou le retour du cobaye

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Nous vivons dans la société des paillettes. Tout doit aller vite, il faut plaire, et ne pas laisser à l'ongle le temps de gratter la couche de verni. Allez-y messieurs-dames, approchez vous, le spectacle va commencer ! Tout est or, regardez donc comme ça brille ! Le fond prime sur la forme. Même moi, face à mon psy, je m'applique, voyez comme je travaille bien avec vous... ! Et au travail, pfiou !... Toujours donner le change, se montrer à la hauteur. La forme, toujours cette putain de forme qui prend le pas sur tout le reste. Et le regard de l'autre, par la même occasion, qui prend le pouvoir, inhibe ou stimule le fond. Plaire, plaire, toujours plaire !

Et le fond, alors ! Et le temps de la réflexion, et celui de l'échange ! Et les idées ! Et la pensée construite, argumentée ! On le prend quand, ce temps citoyen, bordel de merde ! Avec nos blogs ?

Nous les blogueurs, j'ai lu quelque part qu'on nous appelait des "créateurs de contenus" - une invention des marchands, sans doute - donc des fabricants de fond. Quoi que sur le fond, faut voir... En tout cas, c'est comme ça que nous générons du trafic, parait-il. Quel horrible sémantique !

Mais c'est quoi, le fond, au juste. Une opinion politique jetée en pâture ? Une vague plaisanterie sur la vie comme elle va ? Une analyse comparative, une mise en perspective ? Un discours disséqué ? L'expression désolée d'un état d'âme, le récit d'une biture, d'une orgie ? La chronique d'un quotidien terne, pour lui insuffler de la vie ? Un récit littéraire, une nouvelle ? Des photos, des vidéos ? La création d'un personnage imaginaire, susceptible d'aller à la rencontre de l'autre, inaccessible ? Des concessions à la société du spectacle, ou des actes de résistances aussi futiles que vaniteux ?

C'est bizarre de se dire que nous sommes des créateurs de fond. Parce qu'au fond, nous n'avons qu'une quête : c'est rendre ce fond accessible, de sorte qu'on y parvienne aussi nombreux que possible. Sans toucher le fond, à toutes jambes ou d'un pas léger, mais qu'on vienne s'y pavaner, s'y écorcher. Qu'il ne soit ni rebutant, ni transparent, qu'on lui trouve des couleurs, de l'attrait, de l'épaisseur.

Et alors, c'est là que la forme fait un retour en force, même si l'on s'en défie. Les sauts de ligne, la typographie, la justification à gauche, l'équilibre général du propos, les illustrations, les intertitres, et accessoirement les liens, la longueur d'ensemble du texte... Alors là, tout compte fait, parce qu'il y a du fond, la forme retrouve grâce à tes yeux, tu oublies les paillettes.

Au fond, le seul problème avec la forme, c'est quand il n'y a pas de fond.

Gee Mee est un blogueur qui fait de la forme une question de fond. Il l'explore de fond en comble, il la dissèque, il l'expérimente, il l'outille et te mets à disposition ses astuces, la soumet à ton avis, exprime le sien. Et puis il prend des initiatives. La dernière en date, il a voulu montrer la différence qu'il pouvait y avoir entre "imprimer" un blog, et un vrai travail d'édition - donc de mise en forme - donc de valorisation, par des éléments structurels, d'un fond porté par un texte ou un ensemble de textes.

Et pour illustrer son propos, il s'est tourné vers moi. A ma grande surprise, car mon blog s'intéresse peu à la forme - quoi qu'il s'efforce de pirater des illustrations à propos. Il y a donc de cela deux semaines environ, d'un air flatteur (ça c'est pour la forme, car il avait sans doute perçu que j'y serai sensible), il m'a demandé l'autorisation de réaliser un travail d'édition succinct à partir de certaines de mes notes. Succinct, mais je sais qu'il y a passé de longues heures. Il s'en explique là.

Mais s'agissant d'un travail d'édition, quoi de plus important qu'un contenu ? Il m'a donc dit avoir trouvé du fond dans cette série d'entretiens que j'avais accordée à un sociologue de la communication de l'Université de Clermont-Ferrand dans le cadre d'une recherche post-doctorale sur les blogs, les blogueurs et la blogosphère. Et du reste, sans fausse modestie, m'y replongeant tout de go pour l'accompagner dans son projet, je me suis surpris moi-même d'être allé si loin dans l'exposé de mon expérience. Et dans la mise à nu de mes ressorts. J'étais donc plutôt content du fond, et plutôt satisfait qu'il me proposa de les mettre en forme.

1755879982.jpgVoilà comment est né ce document, qu'il a appelé Les chroniques du cobaye, qui reprend non seulement les entretiens tels que je les ai publiés à l'époque, mais tes commentaires et les liens afférents.

C'est ainsi la première fois que je mets à disposition, en téléchargement sur mon blog, un document dont je suis l'auteur, guidé par toi et tes commentaires, et par le chercheur, bien évidemment.

Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'une telle initiative pourra bien donner, de ce qu'il pourra advenir de ce fond ainsi mis en forme. Mais rien que pour l'intérêt qu'il a porté à cet exercice, et pour ce qu'il a cru y déceler de ma personnalité, je veux dire un grand merci à Gee Mee. C'est drôle, mais au fond, une rencontre comme celle-là, même si elle s'effectue à distance, me remet en forme et fonde - en le légitimant - le choix d'avoir un jour de novembre 2007 formalisé ce blog.

31 mai 2009

le vaste ravissement bordélique

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J'aurais aussi pu titrer ce billet : transcender le désespoir ontologique. De toute façon, il s'agit des mots de Manu Causse.

Il s'est à son tour livré à un jeu de questions-réponses sur le sens de l'écriture dans sa vie, et sa fonction, et les intéractions avec son quotidien, son entourage, sa façon de gérer ses sentiments avec l'écriture... Bel exercice de sincérité.

Comme d'habitude avec Manu, je me sens proche de ce qu'il exprime. Et je suis envieux de ses capacités - même si je ne suis pas sûr qu'il porte en lui moins de souffrances.

A la question "Lorsque vous avez connu des « crises » dans votre vie (deuil, séparation, doute, maladie, chômage…), vous avez écrit plus que d’habitude, moins que d’habitude, ni l’un ni l’autre ?", il répond "ni l'un ni l'autre", en précisant :

"Je serais tenté de penser que l’écriture permet de mettre ces crises à distance (...) je me méfie de la surécriture, du mélodrame, (...) j’essaie d’accueillir les crises et la tristesse au même titre que les autres émotions.

En résumé, pendant les moments difficiles, j’écris différemment (comme d’habitude…)
". Contrairement à moi, lui écrit.

Avec, au delà de cette habituelle différence, cette capacité d'auto-distance, derrière laquelle je cours.

25 mai 2009

le cobaye (19 et fin) l'équilibre

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Les meilleures histoires ont une fin. C'est le cas de celle-ci. J'étais surpris, il y a trois mois, déjà quatre, de recevoir le courriel d'un professeur d'université, un professeur engagé dans une étude sur la blogosphère et les nouvelles formes de socialisation dont elle accouche, et qui me demandait si je serai disponible pour participer à sa recherche en répondant à quelques questions. Un peu excité à l'idée de rentrer dans ce jeu, j'ignorai que j'allais être si longuement cuisiné, et que cette aventure irait si loin. Je ne regrette pas de l'avoir partagée avec toi, de t'y avoir impliqué. Désolé si elle t'a lassé. Et promis, dès que j'ai vent de la parution des résultats, je t'en reparle.

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le Prof : en ce qui concerne les commentaires, votre « sentiment, avec le blog, c'est d'être en situation d'exposer une opinion, ou une non-opinion, ou une hésitation, pas vraiment d'engager un débat ».
-    Malgré tout, y a-t-il des sujets que vous n’auriez pas ou beaucoup moins abordés sans les réactions des commentaires ? Si oui, lesquels ?
-    Finalement, quelle proportion de sujets naissent de ces conversations, quelle proportion de ce qui vous arrive dans votre vie quotidienne (ou était arrive), quelle proportion de ce que vous lisez, entendez, etc. ?


Oh!91 : Il y a des projets qui n'auraient jamais vu le jour sur mon blog sans les réactions positives, les invites implicites que j'y ai lues, de la part des lecteurs : la série sur les lettres imaginaires de Laurent, suite à la publication de lettres bien réelles qui étaient restées sans réponse, toute la série sur cette enquête, mes articles sur Gaza au moment de l'intervention israélienne cet hiver... J'ai aussi parfois senti, de la part de certains lecteurs, que je me devais d'écrire sur des sujets à propos desquels j'étais attendu : la sortie d'un film sur l'homosexualité, la question de l'homoparentalité. Disons les réactions écrites, ou des suppositions que je me fais mais qui reposent sur la prise en compte des lecteurs, orientent parfois le contenu du blog, c'est certain.

S'il fallait attribuer des "proportions" aux choses, je dirais que 80 % de mon blog se nourrit de ce qui m'arrive dans la vie, sorties culturelles incluses, ainsi que les états d'âme, ou les souvenirs anciens, 10 % de mes lectures, 10 % de mes échanges. C'est très approximatif, et sans doute très faux, mais c'est un équilibre.

Le Prof : Merci, Oh!91, pour cette dernière salve de questions. J'espère que cette expérience vous aura intéressé. Pour ma part, c'est un des "exercices" que je préfère réaliser dans mon travail. On apprend toujours beaucoup, pas seulement professionnellement.

Oh!91 : Sachez que j'ai participé avec plaisir à cette enquête. J'ai essayé de répondre avec sincérité. Évidemment, à relire mes réponses à mon tour, je me rends compte que je n'aurais pas nécessairement répondu à toutes de la même manière aujourd'hui, plus de trois mois après m'être engagé dans ce jeu avec vous. Mais ce dont je suis sûr, c'est que je me suis efforcé d'être aussi sincère que possible à chaque fois que je me suis livré à cet exercice. Je suis plutôt satisfait de la réaction de mes lecteurs à cet entretien. Alors que c'est la plus longue série jamais produite sur mon blog, j'ai reçu de nombreux témoignages de lecteurs me disant en avoir tout lu. Et de nombreuses notes ou commentaires sont venus approfondir nos échanges. J'ignore si ces commentaires feront ou non partie de votre étude...

En tout cas, vous remerciant à mon tour de vous être ainsi penché sur moi et sur cet investissement un peu étrange dans cette aventure bloguesque, je vous souhaite beaucoup de réussite pour cette étude, et dans le reste de vos travaux.

Le Prof : Cette fois-ci, plusieurs mois après avoir commencé, nous sommes arrivés au terme de cet entretien. Il me reste à vous remercier de votre patience et du temps consacré à mes questions.

En passant, remerciez également vos lecteurs pour leurs nombreux commentaires. Je viens de les lire tous, visiblement bien de vos  impressions sont partagées par vos lecteurs/blogueurs. Vous les remercierez aussi pour vous avoir encouragé à continuer cette expérience par leur réponse au questionnaire. Ces réflexions greffées sur cet entretien réflexif ne manquent pas de piquant et donnent un tour original à celui-ci.

Je vous souhaite une bonne continuation Oh!91.

FIN

18 mai 2009

le cobaye (18) la tête toujours sur les épaules

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Avant-dernier billet consacré à mon entretien avec le sociologue du centre de la France engagé dans l'étude sur les blogs. Il y est question de la fragmentation des audiences, comme en écho à mon billet précédent et à tes commentaires...

(Lire l'entretien par le début. Ou par l'article le plus récent)

Le prof : en tant que blogueur soucieux d’être lu, comment, percevez-vous l’immensité du web, la fragmentation des audiences, l’obligation de se mettre dans un réseau de liens qui se citent mutuellement pour augmenter sa visibilité (pratique du net-linking) ? Ou bien cette parcellisation ne vous concerne-t-elle pas ?

Oh!91 : J'ai le souci d'être lu, et je perçois l'immensité du cyber-espace. Franchement, je crois avoir la tête sur les épaules. Je n'ai jamais voulu faire de mon blog un outil d'influence. J'avais juste envie de livrer à qui voudrait bien l'entendre de petites histoires sur ma vie, décrire des cheminements personnels, me mettre à nu parce que la société n'offre pas, sinon, de lieux de totale sincérité. Et de ce point de vue, le blog m'a comblé. Quand au hasard d'un mot clé, je découvre que sur tel livre, sur tel spectacle, sur tel phénomène de société, mon blog apparaît en première page sur Google, j'exulte, évidemment, mais cela concerne un lectorat tellement marginal que je ne m'en raconte pas trop quand même.

Je n'appartiens à aucun réseau de liens. Je suis heureux quand l'intérêt pour un article que j'ai écrit conduit un blogueur à faire un lien vers chez moi, mais pas tellement parce que cela génère du trafic, plutôt parce que cela veut dire que j'ai touché. Ou interpelé. Et c'est ce retour-là qui me plait.

Ce que vous appelez la fragmentation des audiences n'est au fond un problème que si l'on ambitionne de rivaliser avec les grands médias traditionnels. En ce qui me concerne, j'aurais trop peur en sortant de cette sorte de confidentialité où je me trouve, soit d'avoir à supporter une pression trop forte, soit de mettre en péril mon anonymat.

Le Prof : Qu’est-ce que vous ajouteriez, changeriez dans les dispositifs des blogs clés en mains généralement proposés par les hébergeurs ?

Oh!91 : Ma foi pas grand chose. Je suis plutôt satisfait de mon hébergeur, même si j'ai parfois eu des petits soucis techniques passagers. J'accorde c'est vrai une attention minimale à l'ergonomie et à l'univers graphique de mon blog, ne m'amusant finalement qu'avec les photos d'ouverture et les titres. Et du reste, je n'ai pas pris le temps d'explorer les potentiels d'autres hébergeurs...

(la suite et la fin)

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