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02 mai 2013

l'art, le mensonge et l'aplomb

 Monsieur-Claude-Guéant.jpg

L'aplomb est la sœur jumelle du mensonge. Jérôme Cahuzac venait de nous en donner une petite leçon, Claude Guéant nous fait la piqûre de rappel. C'est salutaire, et ça prouve que régler le problème des rapports entre pouvoir et argent ne peut se suffire d'une apparente transparence consentie sur les patrimoines des élus.

"Je n'ai jamais blanchi d'argent, d'ailleurs, je ne sais pas comment on fait, pour blanchir de l'argent". Je reviendrai sur le mensonge. Mais à la marge, que nous révèle-t-il, cet homme-là qui, Place Beauvau, s'est fait le champion des expulsions des immigrés dans la droite ligne de son prédécesseur Brice Hortefeux ? Qu'il était incompétent ? Il y a un mois, on apprenait que le chef de troupe de la lutte contre la fraude fiscale était lui-même un évadé. Et aujourd'hui, qu'après 42 ans de carrière dans des préfectures et les ministères, dont celui des finances, l'ex-"homme fort" du pays ne "sait pas" comment on blanchit de l'argent. A quoi servait-il donc, cet énergumène, dans les fonctions successives qu'il occupait, s'il ne connaissait rien au banditisme ni à ses techniques financières, à quoi s'attaquait-il si ce n'est pas au blanchiment, qui représente la bagatelle de 1.600 milliards de dollars à l'échelle du monde chaque année ? Aux Roms, c'est ça, et à leurs misérables campements ?

Bien que déjà en retraite, tu n'as peut-être pas su qu'il avait utilisé en 2012 un habile mécanisme mis en place par Nicolas Sarkozy pour s'inscrire au barreau de Paris comme avocat, sans en avoir les diplômes. Mais qui peut-il bien défendre, et comment, alors qu'il ne connaît rien à rien, et qu'il se défend si mal lui-même ?

Le mensonge, justement. Je connais bien les primes de cabinet : j'en ai croqué moi-même, en toute légalité, sous l'ère Jospin. De mai 1999 à décembre 2001, je recevais chaque mois une enveloppe de 3.000 francs, en complément de ma rémunération. Un prime "non-fiscalisée", disait-on à l'époque, une terminologie moins sale que "enveloppe de billets". Puis il y eut le scandale des voyages privés de Jacques Chirac payés avec de l'argent liquide, dont la provenance, disait-il, remontait à ses fonctions ministérielles antérieures.

andries.jpgNi une ni deux, pris dans la tempête, Jospin a fait son moralisateur en chef et décidé d'intégrer les primes aux fiches de paye.

On était à la veille des élections présidentielles de 2002. Comme à chaque fin de gouvernement, les chefs se recasaient, qui dans une administration, qui dans une entreprise publique, qui dans la sphère privée ou financière. Le pantouflage ne date pas d'hier. Pour six mois, juste avant ce dernier grand échouage politique de la gauche que fut l'échec de Jospin, j'ai donc été nommé chef-adjoint de cabinet, et vu le montant de ma prime doubler à 6.000 francs.

Au 1er janvier 2002, ma fiche de paie a donc connu une double révolution : elle fut comme toutes les autres convertie en euros, et fut soudainement augmentée de... plus de 1.000 euros : car en plus d'être intégrée aux salaires, les primes furent accrues de ce que le fisc serait amené à leur reprendre, le tout arrondi à la centaine d'euros supérieur, on ne soigne jamais assez les siens...

Belle aubaine pour moi, avant de réintégrer le monde civil, que de disposer sur le papier d'un salaire de référence flatteur, alors qu'avant tout cela je plafonnais à un smic à peine amélioré. Je dois donc beaucoup à Jacques Chirac et à ses frasques : ma télé, ma Mégane, quelques voyages, la réfection de ma toiture, mes sorties à l'opéra, bref... mon train de vie actuel, quoi !

Mais je le confirme : au 1er janvier 2002, les enveloppes en liquide dans les cabinets, c'était terminé ! Il va donc falloir que Claude Guéant trouve autre chose, et qu'il rende des compte ! A moins que l'on découvre que le système des primes aurait été rétabli partiellement, dans le plus grand secret et la plus parfaite illégalité pour certains ministères, et que nous sommes à l'aube d'un nouveau scandale d'Etat. Tiens, on n'a pas encore entendu Manuel Valls dans cette affaire, pour nous éclairer sur les pratiques en cours à l'Intérieur...

Je n'ai par contre jamais rien touché de Kadhafi. Ah si, des lèvres le dos de sa main, mais ça, c'est une autre erreur de jeunesse...
 
Et en matière de peinture, mes goûts n'ont rien à voir avec ceux du bonhomme : je tiens mes toiles de mon père, de mon frère et de mon compagnon. Les tempêtes y sont, davantage qu'en mer, dans l'intimité de l'âme. Et elles ne sont pas à vendre.