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16 janvier 2010

Mario, mon premier tarasbulba

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Les bus ne circulent toujours pas à Budapest, aucune négociation ne se profile. La BKV (la RATP du cru) se prévaut même de 50 millions de forints d'économies réalisées (environ 200.000 €), en pétrole et en salaires, sans s'être même préoccupée d'une éventuelle indemnisation des usagers...

Mais le soleil brille encore, ce matin, et un joli week-end se dessine.

J'étais seul encore hier matin dans ma ligne d'eau. J'ai poussé l'avantage en m'offrant une thématique : le papillon. Le papillon est une nage dure, son apprentissage m'a été difficile, j'ai souvent failli tout abandonner. Épuisement excessif, mal de dos, sentiment de mouliner dans le vide. Il m'a fallu déceler petit à petit les ondulations positives pour parvenir à atteindre le relâchement qu'il faut et trouver la bonne ondulation, le bon appui, et dissiper le sentiment d'impuissance. C'est la nage impériale. Mais sa pratique est risquée. L'idéal, c'est comme hier : la ligne pour toi. La surface était lisse, tu pouvais ramener tes mains vers l'avant au plus près de l'eau, sans que des remous ne viennent freiner ton mouvement. Tu pouvais t'installer au centre, te laisser guider par le large bandeau noir du fond, sans craindre de heurter quelqu'un.

La veille au Király, Mario m'avait dit : "Nage autant que tu peux".

Ah, la veille ! Nous étions arrivés en même temps devant l'entrée. J'étais seul, il était avec un ami. Ils parlaient en hongrois. Ni l'un ni l'autre ne me regardaient. Des deux, c'est l'autre qui m'attirait. Une fois dans les bains, ils restaient ensemble, sans sembler prêter attention alentour, j'ai même pensé qu'ils n'étaient peut-être pas gays. Je me suis concentré sur un jeune homme à la peau mate, qui ne paraissait pas insensible à ma présence. Nous nous déplacions d'un espace à un autre, il s'arrangeait pour laisser son sexe paraître à ma vue, puis à l'arrivée d'intrus, nous bougions. Il n'est jamais facile de savoir si un départ est une invitation à poursuivre plus au calme, ou l'expression d'une lassitude. Cette part d'indécryptable est sans doute ce qui rend ce jeu excitant. A un moment, je l'ai perdu, puis lorsque je l'ai revu, l'autre, l'ami de Mario, lui avait mis le grappin dessus. C'était mort, mais c'est la loi du genre !

Pendant quelques minutes, il ne s'est plus rien passé. Il était tôt encore, et l'assistance était clairsemée, la moyenne d'âge devait se situer entre cinquante et soixante ans. J'attendais. Je m'impatientais. Je trouvais le temps long. A un moment, alors qu'il n'était pas loin de moi, dans le grand bain, Mario a pris une pause équivoque, s'étirant dans l'eau et laissant son pagne flotter. Je me suis demandé s'il ne cherchait pas à me séduire. Il était pourtant loin d'être à mon goût : plus que rondouillard, gros. Musculature épaisse. Mais grand : 1m 86. Le crâne rasé de trois jours, un petit bouc. Le tarasbulba typique, brutal et tendre, pour reprendre la terminologie de mon ami Laurent à qui il est arrivé de fréquenter ces lieux. Je n'ai pas remarqué une seul fois qu'il m'avait regardé. Plus tard, il me dira qu'en entrant dans le bain, j'avais été le seul pourtant par lequel il avait espéré être embrassé. La première fois que sa jambe a touché la mienne, il s'est esquivé et excusé. Ce gars ne me plaisait vraiment pas. Peut-être avais-je espéré me rapprocher du couple nouvellement formé en l'embobinant lui. J'ai donc tenté une approche. Très en profondeur, par les petits orteils. Il n'a pas bougé. Nous étions l'un et l'autre affalés, le dos sur les escaliers du bassin. J'ai posé mon pied sur le sien. Il ne bougeait toujours pas. Je me suis alors retourné sur le ventre, de façon à laisser mon bras gauche lui toucher la jambe, et peu à peu la remonter jusque sous son pagne.

Il m'a parlé le premier, en me tendant une main ferme : "Je suis Mario, et toi ?" Je me suis présenté à mon tour, il m'a demandé si je parlais l'anglais, et notre conversation a démarré.

Il parlait un anglais parfait. Son visage était rond, et son sourire jovial. Il m'a tout de suite expliqué qu'il ne savait pas bien où il en était avec sa sexualité. Marié depuis quatre ans, père d'un petit garçon de deux an et demi qui fait sa fierté, il aime les femmes, enfin, il croit, mais il est attiré par les garçons. Il n'a pas vraiment eu d'expérience avec les hommes. Si une, une fois, il y a deux ans, avec l'un de ses meilleurs amis, à qui il avait parlé de ce problème, et qui lui avait répondu que lui aussi ressentait la même chose. D'ailleurs, il me dira plus tard que parmi les six de ses meilleurs amis à qui il pouvait parler de ces choses là, cinq lui avaient dit se trouver dans le même cas.

Devant moi, il était donc très ému, et c'est ainsi qu'il m'expliquait avoir du mal à bander.

Il venait de la frontière roumaine. Il vivait côté Hongrie, et travaillait en Roumanie. Sa famille était roumaine. Enfin, hongroise de Roumanie.

A la fin de la première guerre mondiale, l'Empire austro-hongrois fut démantelé par les puissances alliées, et la Hongrie fut dépecée. En 1920 furent signés à Versailles, dans le palais du petit Trianon, des accords qui dépossédaient la Hongrie des deux tiers de son territoire. La plupart de ses provinces, où vivaient différentes minorités nationales, furent données en cadeau à des pays voisins qui ne s'étaient pas trompé d'alliance : la Serbie, la Slovaquie, la Roumanie... Il ne fallait pas seulement gagner les guerres, il fallait humilier les perdants. La seconde guerre mondiale s'est en grande partie préparée lors de ces tractations sordides. Et aujourd'hui encore, le sort des minorités hongroises dans les pays voisins alimente le débat politique et exacerbe les discours nationalistes.

A 28 ans – mais on lui en aurait donné facilement sept de plus – Mario était loin de ces considérations. Videur dans une boîte de nuit, sa philosophie c'était que la vie était faite pour être heureuse. Il était végétarien depuis cinq ou six ans, et croyait en la réincarnation. Nous avons passé plus de trois heures ensemble. A parler. A nous toucher. A nous caresser. Quand il débandait, il proposait d'aller ailleurs, dans une eau plus froide, ou plus chaude, dans le bain de vapeur, sous la douche : "on verra bien ce qui se passera...": Il riait avec générosité.

Let's see !

Je lui parlais de mon histoire, de ma libération à 30 ans passés, de mon regret toutefois de ne pas avoir eu d'enfants. J'appréciais l'effort d'honnêteté dont il faisait preuve. Avec lui-même, avec ses amis. Et même avec sa femme, parce qu'il lui avait parlé de ses penchants. Il m'avait l'air suffisamment décomplexé pour avancer bien dans la vie.

Plus nous étions ensemble, et plus nous nous touchions. Je posais ma tête contre son pectoral, il était tendre et je me sentais frêle.

Plusieurs fois, il m'a dit qu'il était heureux de m'avoir rencontré, que c'était la meilleure chose qui pouvait lui arriver, qu'il n'en espérait pas tant en arrivant là, que c'est ce type d'expériences qu'il avait besoin de vivre pour savoir où il en était.

brutos9033_Aaron.jpgC'est dans un bain d'eau fraîche, finalement, qu'il m'a fait jouir. Je faisais une planche improbable, les jambes enlaçant sa taille, les pieds posés sur le bord du bassin derrière lui. Il s'est ensuite donné du mal mais voulait jouir dans la même eau et y a réussi.

En repartant, je remarquais que beaucoup de jeunes hommes étaient arrivés entre temps, et quelques trés beaux mecs. Mais je n'avais aucun regret de ce partage.

Maintenant c'est sûr, Budapest me rajeunit.

En sortant du Rudás, hier encore, après m'être rhabillé, je me regardais dans la petite glace de la cabine un bref instant. J'étais beau. Évidemment, avec une glace, dans une lumière tamisée, c'est facile. D'abord elle ne prend que le buste, moi ma meilleure pose. Je choisis d'instinct l'angle flatteur et d'instinct opte pour mon regard qui tue. La peau luisante, les traits relâchés, l'oeil sombre, la barbe de deux jours : comment ne pas me trouver irrésistible ? En toute honnêteté, je me serais donné trente ans, à peine mûrs.

Je n'ai pourtant pas flambé hier, à peine deux gars qui ont joué avec moi au chat et à la souris - dont un que je me suis ennuyé à masturber sans retour - pour me laisser repartir la queue entre les jambes. Dans ce bain Rudás que j'affectionne tant, par sa beauté et la majesté de ses voûtes, je continue sans doute à y poursuivre la même silhouette, fine, glabre, mate, le même regard noisette un peu désolé, les mêmes mouvements hésitants que j'y trouvais il y a déjà deux ans et demi, et qui toujours m'hypnotisent...

Mais dans le métro ensuite, j'ai été cerné par les regards de jeunes hommes qui venaient tous se perdre dans le mien. Pour être sûr que ce n'était pas à cause de ma chapska en polaire de l'équipe de France olympique à Salt Lake City, je l'ôtais. D'autres regards me pourchassaient encore.

Je te dis que Budapest me rajeunit.

26 mai 2009

égalité hommes-femmes

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Un curieux point d'équilibre a sauté à ma figure dimanche après-midi, en roulant seul sur l'autoroute A5, livré à la déambulation de mes pensées : aujourd'hui, enfin, ces jours-ci, ma vie sexuelle, ou plutôt mon vécu sexuel, se partage entre deux moitiés égales : une moitié hétérosexuelle - les 13 premières années de ma vie d'adulte, non assumées, où je connus comme par défaut de premiers attouchements avec des femmes et deux longues expériences de vie commune avec elles - et une moitié homosexuelle - 13 ans de relations amoureuses débridées, heureuses ou piteuses, mais vécues dans l'immense soulagement de la sincérité.

Ça me fait un peu bizarre de réaliser ça : deux fois treize ans. D'un côté, quatre femmes : celle d'une nuit, qui me dépucela de sa bouche gourmande ; ma première copine libanaise, qui essuya à peu près toutes mes immaturités six ans durant ; une amie en détresse, qui m'attira à son lit un soir d'égarement ; et ma bretonne, une histoire de huit ans, qui traversa finalement avec moi le séisme du coming out.

De l'autre, des histoires qui se succèdent, se ressemblent, ne mènent nulle part, mais dans l'éclate. De la tendresse à revendre, mais aussi beaucoup de lâcheté et d'inconséquence. Quelques centaines de queues goulûment avalées, d'autres simplement masturbées dans quelque recoin sombre - une porte cochère à La Havane, un jardin public à Budapest, un hôtel de luxe à Tel-Aviv, les toilettes en sous-sol d'un restaurant de La Bastille, des douches publiques d'ici et d'ailleurs - ou en pleine lumière dans des saunas, des clubs naturistes, ou des soirées privées très "open". Assez peu de pénétrations, en fin de compte, ni dans un sens ni dans l'autre. Quelques beaux élans amoureux, de plusieurs semaines ou de plusieurs mois, une vie commune de plus de onze ans qui perdure - ce qui devrait me rendre fier, sauf que je ne lui trouve plus de sens. Et enfin une vraie histoire d'amour, construite dans le partage et le combat, mais en fait sur du sable, qui n'a que faire de mes digues et ne débouche nulle-part.

Cela me fait donc 26 ans de vie sexuelle ! Wouah ! Non, attend, laisse moi recompter... C'est bien ce que je me disais : 25 ans, seulement, 25 ans de vie sexuelle, puisque je me compromis durant toute une année dans une double vie avant de parvenir à sortir du trou.

Cela nous fait donc un quart de siècle, pour une égalité presque imparfaite.

13 juin 2008

la requête des vieilles dépravées

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Ça fait longtemps que je ne t'ai pas fait le coup de la requête. C'est un de mes exercices préférés quand je manque d'inspiration. Ou quand mes collègues de boulot, ou plus précisément mes supérieurs hiérarchiques adorés, qui s'y entendent, se sont attachés à m'éprouver au cours de la journée. Il y a souvent un rapport de cause à effet.

L'exercice confirme toujours la nette prédominance des navigations à caractère sexuel ; il y a des fois où émergent quelques requêtes d'intérêt culturel. C'est pas chaque jour. Je m'autorise donc à les souligner.

Bon, ces petites séries ont plutôt tendance à m'amuser. En même temps, il faut que ça t'alerte sur les capacités dont sont dotés nos mouchards, il y a finalement peu, ou pas, de confidentialité avec les usages du Web. Et je trouve que ça fait peur. Quand je pense qu'on est là à chercher à nous offrir des sphères d'intimité avec les blogs, et voilà nos manies et petites perversités étalées au grand jour... La petite séquence ci-dessous, pour amusante qu'elle soit, en est une illustration.

Hier, tout a commencé à 0h12 avec cette requête so charming (je corrige les fautes d'orthographe, parce que je ne les supporte pas) : "branler des mecs à travers un trou dans le mur" hmmm ! bon, ben on va pas se coucher tout de suite alors...

Puis à 0h21, plus sérieux : "la vie de boudiafe".  On peut filer sous la couette...

A 0h45 débarque un "BLOG BRANLE GAY". Et là, non seulement c'est plutôt sympa comme idée, enfin je parle pour moi, mais y'a comme une histoire qui commence. Parce que le gars, il reviendra avec la même requête à 0h51, à 8h43, puis le soir à 22h54 et 23h04.

Au tout petit matin, à 5h52, un fan de Wajdi, sans doute, débarque avec un "je jouis dans mes slips en cachette" (note qu'il vaut mieux que ce soit en cachette, enfin moi je dis ça...).

A 9h49, c'est le début des révisions du bac, avec "lorenzaccio explication" et à 10h26 la première pose de la matinée avec "pour branle ensemble".

La deuxième pose, c'est à 12h11, avec "recit de teub de copains". les révisions du bac m'avaient fait le même effet. Il faut dire que l'été 1982 avait été particulièrement chaud.

Tant de branlette méritaient bien, à 12h57, cet "éloge aux mains".

Le miracle, c'est que mon premier "prépuce" n'a débarqué qu'à 13h45 hier. Mais une fois dans la bergerie, il ne m'a plus lâché. Il est revenu à 13h54, 14h49, 15h22, 15h29, 16h04, 17h26, 17h34, 19h49, puis en rafale à 20h52, 20h56, 21h44 et 22h00. Dire que j'avais écris un jour que j'aimais mon prépuce... Mais la preuve est là : c'est le prépuce qui est dingue de moi !

Entre temps, à 14h24 et 14h55, c'est "entre2eaux" qui s'est rappelé à moi. Un pote, sans doute, salut à toi, qui que tu sois.brutos6395.jpg

A 15h41, la lutte contre le coup de barre de l'après midi commence avec "branlette entre mecs". Je confirme, c'est efficace.

A 16h22, on commence à planifier ses "vacances naturistes".  Pourquoi pas ?

Et à 16h29 commencent les premières introspections, avec "partagions la même chambre - frère". Et sa déclinaison incestueuse à 18h34, "branle entre frères", prévisible compte tenu des trois requêtes précédentes : "branlette massage" à 16h37, "raconte tes explois sexuels" à 17h01, et à 17h44, "je bande gay".  (comme si il y avait une façon hétéro de bander, enfin bon...)

Nouvelle pause culturelle en access prime time avec à 18h58 "omayma khalil la chanteuse", puis un peu de politique à l'heure de l'apéro, comme à la bonne époque, avec à 19h26 "noyau de résistance".

Ce qui est impensable, à l'heure du coup d'envoi d'Autriche-Pologne, c'est ce "sites de vieilles dépravées" à 20h43, lancé là un peu comme une énigme... 

Mon petit favori a débarqué à 22h08 ("mecs vestiaires nus"), suivi à 22h23 de son ingrédient naturel ("la vérité lune"). J'en profite pour te rappeler qu'elle n'est plus croissante que pour quelques jours, la lune, et qu'elle sera pleine le 18, mercredi.

La deuxième incursion féminine, un tout petit peu plus ragoûtante que la première, intervient à 22h27, avec un "femme nue sous l'eau" qui me rappelle mon petit balet sensoriel d'avant-hier au soir (oups, je m'étais juré de ne rien en dire !...)

Et puis à la nuit tombée, c'est la jeunesse qui se lâche, normal, on a tous connu ça : 23h13, "vive la branle", 23h30 "branlette entre ados", 23h40, "hommes se branlent devant webcam" et 23h42 "branle gay"

05 juin 2008

Excusez-moi !

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Il y avait un beau black mercredi soir dans ma ligne d'eau. Je l'y voyais pour la première fois. Jeune, belle gueule, rigolard, le corps sec et musclé, petit moule-burne serré gris clair, mais avec ça plutôt malhabile dans l'eau... Je l'ai dépassé plusieurs fois, l'effleurant sans intention. A un moment, nous retrouvant côte à côte en bout de ligne, il me dit : "c'est drôle, vous dites tout le temps pardon" ! Et voilà, que c'était reparti, merde, putain ! Je m'en étais même pas rendu compte. "Oui je sais, je lui réponds, on me le reproche bien assez. Mais vaut mieux ça que de donner des coups dans tous les sens sans rien dire à personne, non ?"

Donc c'est comme ça : je suis en trop. Jamais à la bonne place. Jamais au bon moment. Une espèce de bidule encombrant au milieu des jambes, la contrebasse dans un studio d'étudiant, le cheveu sur la soupe, l'éléphant dans un magasin de porcelaine, le chien dans le jeu de quilles, que sais-je ? C'est comme ça, j'arrive pas à me percevoir autrement.

Alors je m'excuse tout le temps. Et forcément, ça énerve. Et pour le coup, je n'ai pas besoin de passer des heures sur un divan pour savoir d'où ça me vient... Ah! sacrée maman, tu nous as peut-être pas si mal réussis, mon frère et moi, mais si tu avais pu te la garder pour toi, cette putain de saloperie de culpabilité à la con, toujours mal placée, cette gêne aussi idiote que permanente, je te jure, on t'en aurait pas voulu tant que ça !

Si je fais un peu de prospection dans mes souvenirs, je me suis toujours vu soit complètement transparent, invisible, un peu comme si ma complexe-males-250x175.jpgprésence quelque part, parmi des amis, ne comptait pour rien, juste une truc comme ça, sans impact d'aucune sorte, dépourvu de sens, incapable de s'installer dans un champ de vision.

Soit totalement encombrant. A m'excuser à tout bout de champ.

L'invisibilité avait un mérite : elle alimentait des rêves érotiques dans mon enfance : je circulais parmi d'autres garçons. Parfois exhibitionniste, j'étais au milieu de tous les autres, mais seul moi me savais nu. D'autres fois en mateur acharné, j'avais la faculté de voir les autres nus grâce à des lunettes magiques. Il y avait surtout des garçons dans ces rêves-là, sauf une grande et mince fille noire, je ne saurais trop dire pourquoi. Mais bon, là n'est pas mon propos.

Encombrant ou invisible, en tout cas, j'ai toujours pensé que où que je fus, le mieux était de ne pas y être. Au pire ça ne changeait rien, au mieux ça soulageait.

Pourquoi suis-je ainsi incapable de me voir comme un élément de la scène, un personnage dont le rôle conditionne celui des autres ? Voire comme simplement quelqu'un qui compte ? Qui n'a pas besoin de s'excuser d'être là, mais juste de vivre là au milieu des autres. J'ai beaucoup compensé ces travers. Avec de l'action publique. Avec du militantisme, des convictions, avec de la prise de responsabilités. Il y a ainsi de nombreux contextes où je dissimule ce travers, où on ne le soupçonne même pas. C'est dans ces cas là que je me vis dans l'usurpation. Mais très régulièrement, il ressurgit. Et un beau black musclé dans une ligne d'eau, sans complexe, peut même s'en étonner ouvertement... Excusez-moi.

16 mai 2008

Six mois de subvertion

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Ce blog a six mois aujourd'hui.

C'est quoi, la durée de vie moyenne des blogs ? Et  c'est à combien, leur âge de raison ? Quand est-on dans l'expérimentation ? Et quand dans la vitesse de croisière ? A quoi juger s'il joue un rôle ? Ou s'il n'en joue plus ? Pourquoi tu y trouves quelque chose, au point d'y revenir ? pourquoi d'autres s'échappent à toute jambe ? Est-ce important d'être lu ? Ou dérisoire ? Y a-t-il une utilité à tout ça ? Je crois que oui, mais de quelle ordre ?

Une fenêtre ? un lien ? Un zoom sur la vie ? Une façon d'être dans la parole, un acte de résistance ? La soumission à une mode ? Une compétition ? Une façon d'exister, de s'affirmer ? D'avoir un pied ailleurs que dans la vie ? Une fuite, en somme ? L'espérance d'un ailleurs ? Cette maison d'hôte avant l'heure, le contre-point en contre-jour ? Une anti-dote à l'habitude, une façon d'éviter les sorties de route ?

Ce blog a été ouvert dans l'anonymat total. J'y reviendrai. Je n'avais mis que deux de mes amis dans la confidence. Deux amis rencontrés eux même dans l'univers bloguesque, et donc déjà rompus, d'une certaine façon, à ma façon gentiment impudique d'exposer des bribes de ma vie. A cette "liberté de parole" que me jalouse - à tort - Manu, et qui était possible du fait même de cet anonymat.

Puis nous avons commencé à nous voir, à nous parler. Parfois à nous aimer. Désormais, tu me lis et fais partie de mon intimité. Tu es à la fois sujet et objet. Tu observais mes infidélités, tu les subis aujourd'hui. Tu t'amusais de mes petites perversités, de mes branlettes ou de mes touche-pipi improbables, voilà que tu pourrais aujourd'hui y voir de l'inconséquence ou de l'abandon.

Ton regard s'est subverti. Comment ma langue n'en serait-elle pas corrompue ?

Je me fais un devoir de rester dans cette "liberté d'écriture". Au risque de te choquer, ou de te lasser. C'est  une façon pour moi de rester fidèle à l'intention originelle, d'éprouver ma capacité à lutter contre cette corruption-là.

C'est peu dire que ma vie a connu des chamboulements depuis le début de cette aventure. J'y ai gagné du détachement, la conviction de ce que le plus important à réussir dans sa vie, c'est sa vie (merci à toi de m'avoir donné cette clé). Et de ça, je reparlerai.

15 mai 2008

vingt-quatre heures, parmi d'autres

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A la demande générale - et en particulier de Manu et de Bougrenette (putain, faites chier !), et pour légitimer si besoin un travail en cours de Balmeyer - voici une vraie note, écrite sur du temps volé, au milieu du défilé de mes collègues, et de mes dossiers qui restent en plan.

J'aurais pu appeler ça séquence récente (s'ensuivront, la note ne le dit pas, une nuit épouvantable à ne pas trouver le sommeil, et la voiture retrouvée à la fourrière au petit matin... et dire que demain mon blog a six mois). Avant ça, va jeter un coup d'oeil ici: y'en a encore une qui fait à l'eau un joli festival.

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Zéro heure trente : "Quand on veut biberonner, faut s'en donner les moyens". C'est sur cette phrase gentilment énigmatique que je m'endors avec le sourire.

Sept heures trente: je dépose Igor à l'aéroport pour 15 jours de vacances à Vienne et Budapest.

Huit heure cinq : mon rendez-vous de huit heure cinq - apaisé.

Huit heure trente cinq: je rentre dans le tunnel.

(Commence une séquence noire où se suivent réunions internes, réunions externes, relectures diverses, parapheurs et tutti quanti, prises de bec juste comme il faut, rencontre avec des associations...)

(Oups ! avec quand même la publication d'une petite note alibi en milieu d'après-midi - parce que j'ai pas pu résister)

Vingt heures trente: sortie du tunnel. Finalement, ç'aurait pu être pire !

Vingt-et-une heure: nocturne naturiste à la piscine Roger Legall. J'avais besoin de nager, et à cette heure-ci y'avait plus que ça. Et puis j'aime, même si je n'y vais pas souvent -rapport au fait que j'habite loin et que j'ai un Igor qui m'attend à la maison.

Qu'en dire ? Qu'il y a bien des mecs qui "bandent bas" - je confirme -, et que ça leur rend bien service (c'était encore le cas hier soir d'un magnifique métis au corps effilé, avec qui il m'était arrivé juste une fois, il y a de cela deux ou trois ans, de me branler de concert). Que le gel-douche magiquede ma copine Fiso, que j'expérimentais pour l'occasion, et son supposé effet Mr. Freeze, ne m'a pas du tout permis de contrôler ma bandaison, mais m'a au contraire provoqué un phénomène incontrôlable (tu parles d'une congélation ! Ça m'a rappelé la juvénile époque de mes éjaculations précoces), que j'ai bien et beaucoup nagé, dans des lignes pas trop encombrées - comme j'arrive peu à le faire ces derniers temps - sans me perdre dans d'inutiles batifolages (c'est l'avantage de s'être branlé avant, même malgré soi), qu'en sortant, un magnifique garçon chevelu et ébouriffé, Christophe, le visage jovial, un beau regard perçant, a eu du plaisir à se laisser regarder -et toucher-, qu'il m'a proposé de nous retrouver à la sortie, que j'ai sereinement décliné l'offre ayant d'autres projets pour la nuit, que mon dauphin palmé, Sylvain, arrivant sur ces entrefaites (de façon inattendue car il ne vient pas le mercredi en général), je lui ai laissé ma place sous la douche, les ai présentés l'un à l'autre, et que je ne sais pas ce qu'il est advenu de leur rencontre...

Vingt-deux heures cinquante: J'arrive chez Saiichi, il me prépare des spaghettis à la carbonara, il a déjà mangé, il est triste : l'incertitude de son rendez-vous à la préfecture la semaine prochaine, sa carte bleue piratée, son dos qui ne le lâche pas, et, à mots couverts, des questions sur où mène notre relation. Je le rassure, mais ne peux pas tout sur tout. Je suis content d'être chez lui, sa tendresse a un côté perpétuel, qui moi me rassure.

Zéro heure trente: Est-ce la lune, ou les images emmagasinées à Roger Legall, je suis à fleur de peau en lui faisant l'amour. Mais cette fois je n'y mettrai que quatre étoiles, parce que je n'ai pas joui de sa main alors que j'étais à deux doigts.

08 mai 2008

quand WajDi fait sa croisette

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Lus cette nuit ces mots laissés sur ma messagerie instantanée :

"- bon j'espere ke tu vas faire un billet sur l'événement culturel de la semaine : le festival du court-metrage sur l'intimité qu'on cache.

Organisé en moins de trois jours... prends en de la graine vieux ! avec un budget de zéro...

et kan t'auras tourné un film sur l'histoire de toi et ton reuf dans la baignoire, j'te promets ke j'le sélectionne."

WajDi, je commence à sentir le scénar, pour mon "reuf" et moi. Mais je crois pas que je serais en mesure de tenir la caméra. Pour les cinéphiles, plutôt qe d'attendre, je leur recommande de passer ces jours-ci sur ton blog. Tu leur as choisi quelques courts-métrages de qualité. Enfin, j'ai vu que les deux premiers, et chacun dans son genre était puissant. Tu nous promets de nouveaux films toute cette semaine, dont deux pour la seule journée d'aujourd'hui. Je doute pas qu'il va y avoir du monde pour s'intéresser sous cet angle à "l'intimité qu'on cache".

Moi aussi, je fais dans le court, ces temps-ci. Mais ni dans le même genre, ni pour les mêmes raisons. Putain ! Le temps de rien ! Vivement la fin du mois...

06 mai 2008

la porte de la salle de bain (suite)

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Donc, j'en ai parlé. Ça doit être aussi un effet "blog". Et j'ai pu vérifier que ça n'avait jamais traumatisé que moi. J'avais entre 6 et 7 ans, lui entre 7 et 8, il avait refermé sous mon nez la porte de la salle de bain, avait revendiqué son droit à l'intimité, ou à simplement devenir grand, et j'étais resté seul avec ce manque, qui deviendrait une quête, où s'est peut-être nourrie mon attrait pour les hommes. J'en avais parlé là (voir le jour où la porte s'est fermée).

C'est ma mère que j'ai interrogée la première. Elle m'a confirmé qu'elle n'en avait gardé aucun souvenir. Elle s'est contentée de dire qu'on était vraiment très petits encore quand on prenait notre bain ensemble. Puis avant-hier, j'ai demandé à mon frère. Pareil. Effacé de son disque dur. Cet épisode n'a donc bien eu de sens que pour moi. Dans le secret.

Mais mon frère m'a par contre raconté une autre anecdote, qui n'est sans doute pas sans rapport.

Maman avait un collègue, prof d'EPS en collège. Il était venu un soir à la maison, accompagné de son fils, un poil plus âgé que nous. Il serait entré dans la salle de bain par inadvertance. Et nous voyant ensemble dans la baignoire, il se serait marré comme un tordu. Mon frère dit qu'il n'en ressentit pas de gêne, mais le seul fait qu'il s'en souvienne semble indiquer le contraire.

Sans doute, la honte qu'il avait ressenti n'était pas tant d'avoir été vu nu, mais d'avoir été vu plus enfant qu'il n'eut souhaité le paraître devant un grand ! En m'excluant de son bain, il franchissait un échelon d'âge. Dans mon esprit, il faisait de la nudité un graal, et donc très vite mon phantasme.

Et voilà comment j'arrive à me faire tout seul des petites séances de psychothérapie perso et pas chères à l'occasion de retrouvailles familiales...