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25 juin 2010

la mare et le roseau

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Il y a juste un an, la route départementale qui passe à côté de chez moi pour me conduire à l'autoroute A6 a été élargie. De deux, elle a gonflé à quatre voix, et à la faveur de ces travaux les ronds-points ont été redessinés. Quelques échangeurs farfelus ont vu le jour. L'un d'eux, presque à l'entrée de mon village, te ferait penser à un circuit de formule 1, avec ses courbes imbriquées et ses virages en épingle-à cheveux. Là, entre deux voies, un bassin de stockage d'eau de pluie a été creusé à ciel ouvert, tout en longueur, avec des renflements aux extrêmités. Chaque jour deux fois, le matin puis le soir je le longe de part en part.

Ce bassin recueille les eaux de ruissellement des zones imperméabilisées : principalement de la voirie, mais aussi, par un jeu de vases communiquants, des parkings et des plate-formes logistiques dont le secteur se trouve à présent cerné.

Contrairement à des réservoirs de génération antérieure, celui-ci a été soigné, les pentes en ont été calculées, tout comme ses formes, ses écoulements. Il permet aux eaux de pluie de s'infiltrer à leur rythme, lorsque le temps le permet. Depuis qu'il existe, je ne l'ai jamais vu totalement asséché.

Initialement, j'ai pensé qu'aucune végétation spécifique n'y avait été plantée, hors-mis le gazon de ses abords, qui fit l'objet une fois d'une tonte, et qui ressemble aujourd'hui à une prairie. La terre argileuse de la partie immergée est restée nue tout l'automne, puis l'hiver quand il fut pris dans les glaces. Il faut dire que durant des mois, il n'a pas désempli. Au printemps, quelques pousses hasardeuses de colza sont venues s'y nicher. Et depuis un mois et demi, on y voit un buisson de magnifiques roseaux, droits comme des i, s'ériger et s'y mirer. Une plante aux vertus phytoremédiatrices, qui contribue à dévorer les polluants résiduels ingrats.

La mare est aujourd'hui à son étiage. L'eau s'est retirée dans les zones creuses, et des oiseaux de heron_cendre.jpgtoute sorte s'approchent de sa limite pour y attraper des vers.

Avant-hier soir, pour la première fois, j'y ai même vu un héron cendré. Signe que même des poissons y ont trouvé logis.

Il est là, le miracle de l'eau. Dès qu'il y a de l'eau, il y a de la vie. Une biodiversité pétillante peut naître de la présence la plus insignifiante de l'eau. Et l'eau a besoin de cette biodiversité pour éviter de croupir.

L'alliance primordiale, et la source de toutes les sérénités.

01 février 2008

le jardinage à grand-papa condamné

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J'habite une maison de village, en banlieue parisienne, et je jouis donc d'un petit jardin. Oh ! tout petit le jardin. Là, il est en état d'hibernation, mais bientôt va venir le temps où il se rappellera à mon bon souvenir.

Je n'ai jamais été très fortiche, en jardinage. Et j'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour les fleurs magnifiques que ma grand mère arrivait à faire venir dans sa maison du Lot entre les lignes de son potager.

Je suis donc tombé des nues d'apprendre, hier, cette nouvelle : une association de défense et de promotion de la biodiversité, qui fait depuis des années un travail remarquable de conservation d'espèces autrefois utilisées par nos grands parents, mais qui ont disparu du commerce parce qu'elle ne disposent pas du brevet par des grandes sociétés grainetières homologuées, vient de se faire lourdement condamnée pour avoir commercialisé ses graines.

Les semences que défend l’association Kokopelli sont maintenues dans l’illégalité par une volonté politique. En effet, malgré les directives européennes, les avis de l’ONU, du Sénat, de scientifiques, d’agronomes affirmant l’urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l’Etat français refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun.

Je ne connaissais pas Kokopelli jusqu'à hier. A la faveur de ce verdict, j'ai donc découvert une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition. Des semences dont la FAO reconnaît qu’elles sont une des solutions pour assurer la 9b13517a992a92dc8c2689d57244d2a7.jpgsouveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l’augmentation de la population mondiale. Des variétés, curieusement d'ailleurs, qui, selon qu’elles sont vendues par Kokopelli ou par des opérateurs en relation avec les grandes surfaces, ne sont pas règlementées de la même façon.

Pourquoi de telles condamnation, trois mois après le Grenelle de l’environnement, qui proclamait "il faut sauver la biodiversité !" ?

Il semble qu'à travers ce jugement, ce ne sont pas les semences qui sont visées, mais les actions de l'association :

Kokopolli propose aux jardiniers, aux paysans, d’être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, le plus grand grief fait aux semences anciennes ou de pays est d’être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l’agro-chimie. Voilà la faute de l'association : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. "A l’heure où l’on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d’assurer notre alimentation, propager l’autonomie semencière par l’exemple est devenu répréhensible. Ce qu’il faut retenir de ces condamnations, c’est la volonté affichée d ‘éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes".

Un tel verdict n'ouvre-t-il pas un boulevard à l’uniformisation culturelle et productiviste agricole ? A la disparition de la vraie biodiversité - basée sur la variabilité génétique d’une multitude de variétés locales - qui ne sera jamais compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.

Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression appliquée aux faucheurs volontaires et aux amis du purin d'ortie : chacun cherche à sa façon, à protéger  et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible !

Alors peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !