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10 mars 2010

trio

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"Salut intéressé par un trio avec un quadra bi actif et un trentenaire tbm bon suceur jeudi soir à Vincennes?"

Tu recevrais un courriel comme celui-là, toi, comme ça, un soir, sans t'y attendre, sur ta messagerie : tu répondrais quoi ?

05 juin 2008

Excusez-moi !

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Il y avait un beau black mercredi soir dans ma ligne d'eau. Je l'y voyais pour la première fois. Jeune, belle gueule, rigolard, le corps sec et musclé, petit moule-burne serré gris clair, mais avec ça plutôt malhabile dans l'eau... Je l'ai dépassé plusieurs fois, l'effleurant sans intention. A un moment, nous retrouvant côte à côte en bout de ligne, il me dit : "c'est drôle, vous dites tout le temps pardon" ! Et voilà, que c'était reparti, merde, putain ! Je m'en étais même pas rendu compte. "Oui je sais, je lui réponds, on me le reproche bien assez. Mais vaut mieux ça que de donner des coups dans tous les sens sans rien dire à personne, non ?"

Donc c'est comme ça : je suis en trop. Jamais à la bonne place. Jamais au bon moment. Une espèce de bidule encombrant au milieu des jambes, la contrebasse dans un studio d'étudiant, le cheveu sur la soupe, l'éléphant dans un magasin de porcelaine, le chien dans le jeu de quilles, que sais-je ? C'est comme ça, j'arrive pas à me percevoir autrement.

Alors je m'excuse tout le temps. Et forcément, ça énerve. Et pour le coup, je n'ai pas besoin de passer des heures sur un divan pour savoir d'où ça me vient... Ah! sacrée maman, tu nous as peut-être pas si mal réussis, mon frère et moi, mais si tu avais pu te la garder pour toi, cette putain de saloperie de culpabilité à la con, toujours mal placée, cette gêne aussi idiote que permanente, je te jure, on t'en aurait pas voulu tant que ça !

Si je fais un peu de prospection dans mes souvenirs, je me suis toujours vu soit complètement transparent, invisible, un peu comme si ma complexe-males-250x175.jpgprésence quelque part, parmi des amis, ne comptait pour rien, juste une truc comme ça, sans impact d'aucune sorte, dépourvu de sens, incapable de s'installer dans un champ de vision.

Soit totalement encombrant. A m'excuser à tout bout de champ.

L'invisibilité avait un mérite : elle alimentait des rêves érotiques dans mon enfance : je circulais parmi d'autres garçons. Parfois exhibitionniste, j'étais au milieu de tous les autres, mais seul moi me savais nu. D'autres fois en mateur acharné, j'avais la faculté de voir les autres nus grâce à des lunettes magiques. Il y avait surtout des garçons dans ces rêves-là, sauf une grande et mince fille noire, je ne saurais trop dire pourquoi. Mais bon, là n'est pas mon propos.

Encombrant ou invisible, en tout cas, j'ai toujours pensé que où que je fus, le mieux était de ne pas y être. Au pire ça ne changeait rien, au mieux ça soulageait.

Pourquoi suis-je ainsi incapable de me voir comme un élément de la scène, un personnage dont le rôle conditionne celui des autres ? Voire comme simplement quelqu'un qui compte ? Qui n'a pas besoin de s'excuser d'être là, mais juste de vivre là au milieu des autres. J'ai beaucoup compensé ces travers. Avec de l'action publique. Avec du militantisme, des convictions, avec de la prise de responsabilités. Il y a ainsi de nombreux contextes où je dissimule ce travers, où on ne le soupçonne même pas. C'est dans ces cas là que je me vis dans l'usurpation. Mais très régulièrement, il ressurgit. Et un beau black musclé dans une ligne d'eau, sans complexe, peut même s'en étonner ouvertement... Excusez-moi.

15 mai 2008

vingt-quatre heures, parmi d'autres

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A la demande générale - et en particulier de Manu et de Bougrenette (putain, faites chier !), et pour légitimer si besoin un travail en cours de Balmeyer - voici une vraie note, écrite sur du temps volé, au milieu du défilé de mes collègues, et de mes dossiers qui restent en plan.

J'aurais pu appeler ça séquence récente (s'ensuivront, la note ne le dit pas, une nuit épouvantable à ne pas trouver le sommeil, et la voiture retrouvée à la fourrière au petit matin... et dire que demain mon blog a six mois). Avant ça, va jeter un coup d'oeil ici: y'en a encore une qui fait à l'eau un joli festival.

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Zéro heure trente : "Quand on veut biberonner, faut s'en donner les moyens". C'est sur cette phrase gentilment énigmatique que je m'endors avec le sourire.

Sept heures trente: je dépose Igor à l'aéroport pour 15 jours de vacances à Vienne et Budapest.

Huit heure cinq : mon rendez-vous de huit heure cinq - apaisé.

Huit heure trente cinq: je rentre dans le tunnel.

(Commence une séquence noire où se suivent réunions internes, réunions externes, relectures diverses, parapheurs et tutti quanti, prises de bec juste comme il faut, rencontre avec des associations...)

(Oups ! avec quand même la publication d'une petite note alibi en milieu d'après-midi - parce que j'ai pas pu résister)

Vingt heures trente: sortie du tunnel. Finalement, ç'aurait pu être pire !

Vingt-et-une heure: nocturne naturiste à la piscine Roger Legall. J'avais besoin de nager, et à cette heure-ci y'avait plus que ça. Et puis j'aime, même si je n'y vais pas souvent -rapport au fait que j'habite loin et que j'ai un Igor qui m'attend à la maison.

Qu'en dire ? Qu'il y a bien des mecs qui "bandent bas" - je confirme -, et que ça leur rend bien service (c'était encore le cas hier soir d'un magnifique métis au corps effilé, avec qui il m'était arrivé juste une fois, il y a de cela deux ou trois ans, de me branler de concert). Que le gel-douche magiquede ma copine Fiso, que j'expérimentais pour l'occasion, et son supposé effet Mr. Freeze, ne m'a pas du tout permis de contrôler ma bandaison, mais m'a au contraire provoqué un phénomène incontrôlable (tu parles d'une congélation ! Ça m'a rappelé la juvénile époque de mes éjaculations précoces), que j'ai bien et beaucoup nagé, dans des lignes pas trop encombrées - comme j'arrive peu à le faire ces derniers temps - sans me perdre dans d'inutiles batifolages (c'est l'avantage de s'être branlé avant, même malgré soi), qu'en sortant, un magnifique garçon chevelu et ébouriffé, Christophe, le visage jovial, un beau regard perçant, a eu du plaisir à se laisser regarder -et toucher-, qu'il m'a proposé de nous retrouver à la sortie, que j'ai sereinement décliné l'offre ayant d'autres projets pour la nuit, que mon dauphin palmé, Sylvain, arrivant sur ces entrefaites (de façon inattendue car il ne vient pas le mercredi en général), je lui ai laissé ma place sous la douche, les ai présentés l'un à l'autre, et que je ne sais pas ce qu'il est advenu de leur rencontre...

Vingt-deux heures cinquante: J'arrive chez Saiichi, il me prépare des spaghettis à la carbonara, il a déjà mangé, il est triste : l'incertitude de son rendez-vous à la préfecture la semaine prochaine, sa carte bleue piratée, son dos qui ne le lâche pas, et, à mots couverts, des questions sur où mène notre relation. Je le rassure, mais ne peux pas tout sur tout. Je suis content d'être chez lui, sa tendresse a un côté perpétuel, qui moi me rassure.

Zéro heure trente: Est-ce la lune, ou les images emmagasinées à Roger Legall, je suis à fleur de peau en lui faisant l'amour. Mais cette fois je n'y mettrai que quatre étoiles, parce que je n'ai pas joui de sa main alors que j'étais à deux doigts.

27 avril 2008

mes ragnagnas

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J'ai un bonne copine - une copine spéciale, plutôt - elle me racontait l'autre jour comment, avant un rencart important pour elle, programmé - pas de bol ! - juste le jour de ses dérèglements menstruels, elle avait utilisé un bloqueur de je sais pas quoi pour se les retarder et préserver jusqu'au bout la magie espérée de sa nuit.

J'aurais pu me dire : on a du bol, nous les hommes, on est opérationnel 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Et pourtant. J'ai bien noté chez moi l'existence d'un cycle, assez précisément calqué sur celui de la lune.

A la lune croissante, je bande pour un oui pour un non. J'ai l'amour érectile. Plus la lune se fait grande, plus j'ai l'éjaculation abondante, puissante, facile. Une caresse d'un dos de la main, un simple souffle, peut m'envoyer au 7ème ciel. Même du volant de ma voiture. Puis à la lune décroissante, ma libido se met en RTT, j'ai l'érection laborieuse, il faut aller la chercher loin, renouveler sans cesse l'effet de surprise pour la tenir en éveil, sinon j'ai la bandaison qui se disperse. Et la jouissance qui joue à Colin-maillard.

Mardi dernier, Saiichi m'a pris pour la première fois. Nous étions bien l'un et l'autre, l'un dans l'autre, à connaître cette fulgurance fusionnelle. A nous abandonner. Mais tout le temps où il était en moi, je n'ai pas réussi à jouir. Comme déconnecté de mon corps. Il nous a fallu passer d'un jeu à l'autre, nous surprendre longtemps, caresser son visage de mon sexe, nous glisser entre les jambes l'un de l'autre, puis nous empoigner ensemble, nous oublier pour que s'échappe la pression et revenir à notre écoute, longtemps, pour que j'y parvienne.

Cette observation m'est en fait assez personnelle. Je n'ai pas eu l'occasion d'en discuter avec d'autres mecs. Serait-ce incongru de demander à ceux qui lisent ce blog : et toi, tu fais comment avec tes ragnagnas ?

22 mars 2008

ma part d'usurpation

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Je suis un usurpateur.

Je ne suis pas celui que l'on croit. Je n'ai pas les qualités que l'on me prête. Et ça fait vingt cinq ans que ça dure. Je n'ai ni talent, ni courage, ni culture. Je ne suis qu'un illusionniste : piètre corde à mon arc, même si elle m'a conduit loin.

Je joue des rôles, et je deviens les rôles que je joue. Je choisis un habit et je deviens le personnage. Seul moi sais encore qu'il s'agit d'une fiction. Le bon à l'école, pour plaire aux parents. Le bon en maths pour impressionner les copains. L'enfant enjoué, pour amuser la famille, le leader étudiant pour l'illusion du pouvoir, le bon en arabe pour épater la galerie, le praticien des relations internationales pour accéder au toit du monde, le bon en sport pour me glisser dans la grande arène de la république, l'organisateur, le modérateur, le synthétiseur, le manageur... Tous ces rôles, l'un après l'autre, je les ai endossés sans y croire, en m'efforçant d'y entrer au chausse-pied. Comment et pourquoi m'y a-t-on toujours vu à la hauteur ?

Il n'y a qu'un rôle que je n'ai pu jouer jusqu'au bout, parce qu'il m'enfermait trop loin des territoires où je devais aller, c'est celui de l'hétéro. L'homme marié promis à une belle progéniture, c'est la seule usurpation d'où je sois finalement sorti, c'était la plus insupportable, elle m'était trop douloureuse, je n'ai jamais réussi à m'y fondre, l'habit était trop grand, ou trop étroit pour moi.

J'aimais bien être le gendre idéal, une certaine socialisation qui allait avec, mais je me voyais trop comme l'usurpateur que j'étais pour m'y complaire vraiment. Et puis il y avait ce manque, si durement ressenti, si lancinant, la conviction grandissante, que "ça" ne passerait pas, que j'étais condamné à vivre avec, et qu'aucun miroir ne pourrait jamais me rassurer.

Je me suis arc-bouté comme un malade pour ne pas avoir d'enfant, tellement je me serais méprisé de les avoir pris en otage de mon mensonge 1433744660.gifet de ma lâcheté. C'est ce que je regrette le plus : aujourd'hui où je suis tranquille avec moi-même, notamment avec ma sexualité, je m'imagine volontiers élever des mômes, une petite fille, un petit garçon, les deux, même, les voir grandir auprès d'Igor et de moi, auprès de leur mère aussi, comme beaucoup d'enfants de familles recomposées, inventer avec eux des formes d'harmonie qui leur permettent de se construire. Témoigner au jour le jour d'une vie non usurpée, transmettre des valeurs, affronter avec eux les plus dures aspérités de la vie pour leur apprendre à en déjouer les pièges.

Je suis convaincu aujourd'hui que c'était un possible. Un vrai possible. Un beau possible. J'envie ceux pour qui ça en reste un.

L'usurpation, je ne l'ai esquivée que cette fois-là, et putain : c'était juste celle où j'avais tort de le faire.

21 février 2008

ma dette

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Un jour, avec WajDi, on a discuté d'autre chose que de la taille respective de notre teub.

Il m'a aidé à comprendre comment et pourquoi je m'étais épris, il y a quelques temps de ça, d'un jeune rebeu sorti de sa cité à la force des ses poignets et d'une belle intelligence affûtée par la vie. Avant que cette relation ne se termine radicalement, et tristement, du jour au lendemain.

Pourquoi, c'était pas dur : il était beau, jeune mais relativement mûr, son parcours forçait le respect. S'il était irritant, parce que parfois fuyant, toujours insaisissable, souvent capricieux, voire égoïste, il s'était plusieurs fois ouvert à moi de façon étonnante sur sa sexualité, les liens qu'il avait avec le reste de sa famille, son rapport amusé et assuré avec l'autre monde, celui qui ne connaît pas les cités. Il avait de belles idées.

Comment, c'était étrange : d'un amour moitié filial, moitié fraternel, d'un amour tout court qui ne se disait pas.
Nous nous sommes beaucoup côtoyés, il faisait attention à ne pas laisser trop de prise à mes élans. Mais il y eut une période, pendant quelques mois, où l'on se voyait souvent. Je suivais ses peines de coeur, les prises de conscience douloureuses de ses faiblesses, ou au contraire la découverte de ses capacités à les accepter, ses problèmes d'argent, le poids de la vie de famille...

Il avait trop d'orgueil pour que je lui propose de l'aider. Face à ses problèmes d'argent, je lui avais même dit un jour en  riant, que je ne pouvais pas grand chose parce que ç'aurait été complètement déplacé de lui en proposer. On discutait, c'est tout. Mais WajDi m'a un peu poussé à en dire plus, sur le comment de cet amour, et je me suis mis à formuler des choses que j'avais rassemblées et enfouies dans un coin de ma tête, comme une perspective illusoire, mais que je gardais de côté à la façon d'une botte secrète.

En fait, je m'étais pris à rêver que d'une façon ou d'une autre, j'aurais l'occasion de lui apporter une aide, pas sonnante et trébuchante, mais quelque chose qui aurait participé d'un soulagement. Aider son frère, musicien, à faire des heures à la régie technique du festival où je travaillais, lui confier, pour quelques jours de vacances avec sa petite famille, les clés du pied-à-terre qu'Igor et moi avions conservé à Budapest, ou simplement de notre maison de famille du Quercy, dans cette si belle région où mon frère, ma mère et moi avons toujours plaisir à nous retrouver et à recevoir, que sais-je encore ?... Lui apporter quelque chose qui l'aurait changé d'air, et que nous aurions eu en partage.

Et puis notre relation s'est terminée, sans que jamais ne se fut présentée (l'aurait-elle jamais pu ?) l'occasion de lui dire ces idées qui me trottaient, diffuses, dans la tête. Eternel ado que je suis !

Après m'avoir écouté raconter cette relation, WajDi a donné un nom à la tristesse que j'avais ressenti lorsqu'elle s'était terminée, une tristesse qui m'avait submergé de façon très irrationnelle : la dette. Mon pote était parti, et j'étais resté avec cette dette de cadeaux jamais faits, sans n'avoir plus à qui m'en acquitter.

Wajdi m'a alors interrogé sur mon origine sociale : mes parents étaient modestes, mais la cité, je l'avais quittée à l'âge de 7 ans, c'est donc eux qui en étaient sortis, pas moi.

WajDi me fit aussi remarquer la chose suivante : et s'il n'avait pas été ce beau jeune homme, s'il avait été obèse, un peu con, et dépourvu de charisme, n'en aurait-il pas mérité les mêmes faveurs ? Je dois bien admettre qu'il y a quelque chose de dérangeant, mais que c'est ainsi : on ne prête qu'aux riches, même quand on a des valeurs. C'est la différence avec le secours populaire.

Pendant tout le temps que dura notre relation, que son intelligence et ses capacités m'impressionnaient, je ne supportais pas l'idée d'avoir tout eu au départ quand il n'avait rien eu, d'avoir mieux aujourd'hui sans le mériter, et me projettant en lui, c'est toute ma jeunesse facile que j'avais besoin d'exorciser.

Ma dette. Cette autre facette de l'héritage parental, avec laquelle je vis, et qui n'est pas toujours simple à porter. Je crois que j'y reviendrai. Merci, WajDi, d'y avoir mis un nom.

19 février 2008

Laurent (6) l'avortement

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Je ne t'ai pas tout dit. Cette lettre à tiroirs, que je t'ai publiée , comportait un feuillet de plus. Un feuillet 2 bis, en quelque sorte, un arrière fond, un compartiment secret, dont j'ai retrouvé l'original, au milieu des copies des autres lettres, un feuillet écrit, soupesé plus encore sans doute que tous les autres, mais que je n'ai pas eu le courage de joindre. C'est donc un texte jamais lu par Laurent, celui de mon aveu avorté, que je te donne à lire aujourd'hui.

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Feuillet 2bis

Et puis j'ajoute un mot pour sortir du non-dit. Tu me séduis terriblement. Tu me plais et – ai-je envie de dire – je t'aime. Je t'aime pour ton caractère et ta personnalité, pour ta tignasse blonde, pour ton oeil rieur et ton sourire en coin, pour tes choix, pour ton parcours, pour tout ce que tu assumes.

Depuis longtemps, des fantasmes homosexuels accompagnent ma recherche du plaisir, que je le prenne seul ou que je le partage avec une femme. C'est mon jardin secret. Parfois, il s'embrase, je brûle et j'en souffre : emporterai-je avec moi des années de désirs refoulés ? Et parfois je me sens en paix avec moi-même. Car j'aime le contact avec un corps de femme, sa douceur, ses formes souples, sa fragilité, sa chaleur. La pensée d'un corps hirsute, poilu et boutonneux à mes côtés me dégoûte. Je regarde les hommes que je trouve beaux, mais le plus souvent, lorsque je me représente avec eux, en situation, alors ils me révulsent. Le moindre défaut, du visage ou du corps, prend des proportions de géant qui m'effraient.

Les hommes de mes fantasmes sont beaux, virils et  fins, musclés et tendres, souples, lisses, sans rien de féminin en dehors de8311f43badf0a27ff62e2f2b2fe31d1d.jpg la grâce infinie qu'ils dégagent. Ils sont jeunes, l'oeil est clair et perçant, ils rient. Ils sont construits à partir de l'image d'un film saisie au vol, d'une photo de magazine, d'un sportif vu à la télé, puis l'imagination les déshabille, les resculpte, les anime. Ce qu'ils ont dans la tête est indifférent, ce sont des hommes de fantasmes. S'ils font l'amour, c'est souvent avec une femme, c'est parfois entre eux ; ils me conduisent vers la frontière ténue entre ce que je suis et ce que je voudrais être. Quand leur sexe est dans ma bouche, je suis prêt à jouir. Une harmonie parfaite et absolue m'inonde, une perfection mille fois conçue, défaite et reconstruite. Et je me dit qu'aucun rapport physique réel ne pourrait reproduire à ce point la conjonction de l'extrême et du parfait. Je n'ai pas de telles exigences de perfection avec une femme, peut-être est-ce pour cela que c'est plus facile.

Il m'est arrivé par ailleurs d'aimer des hommes, c'est à dire de m'y attacher, d'y investir beaucoup de moi-même, à en chialer. Le plus souvent, sans aucun désir sexuel. Parfois si. Comme si cohabitaient en moi deux homosexualités distinctes : celle du fantasme érotique, et celle d'une amitié intense, qui correspondait plus à un besoin affectif qu'à un désir sexuel.

Pourquoi est-ce que j'éprouve le besoin de te dire tout cela ? Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que de tous ceux qu'il m'est arrivé d'aimer, tu es le seul à être homosexuel. Le seul à qui je puisse ainsi me découvrir. Je ne tiens d'ailleurs pas à m'exposer, et tout ceci reste entre toi et moi. Toi et moi, seulement. Je suis enfermé depuis trop longtemps dans le mensonge pour qu'un affirmation soudaine de mon moi réel ne brise d'un coup tout l'univers que je me suis construit, tous les liens sociaux que j'ai tissés et qui me procurent une grande satisfaction. Mon homosexualité affirmée, j'aurais peut-être, comme tant d'autres, été enfermés dans le ghetto. Vivre hors du milieu m'a ouvert des portes et des horizons. J'ai côtoyer et j'ai travaillé avec de gens extraordinaires auprès de qui j'ai appris beaucoup, au plan politique, bien-sûr, mais aussi aux niveaux culturels et intellectuels. Vivre en refoulant des désirs, des besoins immédiats, physiques et matériels, m'a aussi donné une force de caractère, un sens du don de soi, une humilité qui, je pense, ont fait beaucoup pour les responsabilités qu'on m'a confiées. Je crois pouvoir dire que je suis plutôt apprécié de ceux avec qui je travaille, de ceux avec qui j'ai fait mes études. Je ne manque pas d'amis – sauf ici à Budapest, bien-sûr. Je ne regrette rien de tout cela, et j'aurais trop peur de tout briser.

Je supporte d'autant plus ce mensonge que je sais prendre du plaisir auprès d'une femme. J'aime chez la femme l'impulsivité, la franchise, la lucidité, le besoin de comprendre. La femme est exigeante, elle te remet les pieds sur terre. Ma stabilité avec Armelle s'est construite dans cette confrontation permanente, secrète, avec moi-même. J'ai toujours pu me raccrocher à elle, pourtant si fragile. Et c'est pourquoi dans ces moments, elle me manque et je l'aime.

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Voilà, c'est pas top, je m'en excuse. Visiblement, en l'écrivant, j'étais déterminé à l'envoyer, j'aurais sinon pris moins de détours par mon rapport aux femmes pour légitimer où j'en étais. Puis va savoir, un moment d'effroi, un de plus, et je l'ai rangée. Mais je crois que mon appréhension d'alors pour des contacts homosexuels y est exprimée avec justesse. Il m'arrive de l'oublier parfois, mais cette letttre me rappelle que j'ai longtemps porté en moi quelque chose de profondément homophobe.

Qui que tu sois, tu y trouveras sans doute quelque chose de toi.

17 janvier 2008

fidèles infidèles, je vous aime

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Je n'aurais pas imaginé que quelques questions existentielles, que je ne croyais concerner que moi, puissent susciter un tel débat. Depuis une semaine, où j'ai publié ce billet (Moi et les bi) je te vois intervenir et débattre de la bisexualité avec passion. Je voulais rebondir, tes remarques me faisaient réfléchir, je m'étais dit, comme Manu causse, qu'il fallait dé-sexuer ce débat, y ramener le goût des gens. Mais y a-t-il pulsion sexuelle asexuée ?

Je voulais aussi interroger cette idée de complétude, évoquée à demi-mot par un WajDi conscient (presque fier) de sa part d'homophobie : n'est-on "abouti" qu'en connaissant la sexualité avec le sexe opposé ? Je l'ai connue. Qu'en y prenant du plaisir ? Alors je ne suis pas complet. Je voulais répondre qu'on était abouti quand on avait identifié les ressorts par lesquels on exulte, qu'en s'épanouissant dans sa sexualité, et que se construire, c'était se découvrir, et s'accepter. Mais Bougrenette arrive avec cette idée : "Ne pas être abouti, Oh!, n'est ce pas une richesse ? tu as peut être mille fins à vivre encore ... la classe !" Alors oui, nous sommes tous inachevés, en fait, cette lecture me va mieux, parce qu'elle nous propose de poursuivre l'histoire...

Et puis Fiso a posé la question de la fidélité. Ah ! la fidélité ! Question mille fois soulevée par Boby sur son blog. Ou par Christophe ici. Où il est souvent question de dédouanement facile : tant qu'on baise avec le même sexe, c'est qu'on n'est pas infidèle.

8a5c50e76544131017bc0ec340ae1598.jpgMoi, je peux dire que je suis resté six ans fidèle à ma première compagne, et que je l'ai quittée fidèle.

Je peux dire que je suis resté sept ans fidèle à ma deuxième compagne, et que lorsque j'ai commencé à coucher avec des hommes, je me suis senti immensément infidèle. Pire : traître, indigne, goujat, menteur, salaud... J'en étais tellement désemparé que je me raccrochais à elle comme un dingue, et oui WajDi, si elle occupait une place unique dans ma vie et dans mon coeur, cette Armelle qui m'est encore si chère, elle l'a occupée encore plus quand j'ai commencé à la tromper. Mais je lui étais infidèle et je devais extirper ce salaud en moi. Ce mensonge, je n'ai eu de cesse que de vouloir en sortir, il m'était un enfermement insupportable, et j'en suis sorti - après plus d'un an de gestation douloureuse où, n'en voyant pas l'issue, je pensais à la mort - par la vérité et la rupture. Je le lui devais par respect. Et j'ai bien sûr la nostalgie des enfants qu'en rompant, je renonçais à jamais à avoir.

Je ne recherchais pas mon double, Bibi, dans les coucheries avec les hommes, je ne recherchais qu'à m'épanouir, enfin, dans ma vraie sexualité. A moins que les "gens" hors milieu (Yohan), encore connectés à la vie ordinaire (Dan-Omega), obnubilés par autre chose que la braguette (Patrick), soient des reflets de moi même ?

Je peux dire aussi que je vis depuis dix ans avec un homme. Et je lui suis infidèle depuis presque le début. Et que lui m'est infidèle depuis presque le début. Lorsqu'il nous a fallu nous l'avouer, nous avons connu une première crise, mais nous l'avons surmontée, en nous autorisant tacitement, dans le secret, des "écarts".

On n'est pas responsable de ses sentiments, seulement de ses actes, dit WajDi, c'est vrai, le problème étant que les sentiments nous dictent souvent nos actes.

J'ai du faire l'apprentissage de ce que l'infidélité devient périlleuse quand elle laisse les sentiments prendre trop de place. Ce sont des élans qui échappent au contrôle, mais aussi au jugement moral, ils peuvent être bénéfiques, il faut alors savoir où l'on a envie d'aller, or souvent là on ne le sait plus. J'ai connu aussi cette étape, elle nous a valu une crise plus sérieuse. Nous l'avons encore surmontée... Et un équilibre particulier, qui nous est propre, s'est ainsi institué. Pas toujours facile à vivre. Mais qui tient. Nous nous trompons "en nous aimant beaucoup", comme dit Xélias. Oui, ça tient.

Alors peut être que si je me choisis de préférence des friandises sans nom, les anonymes des vestiaires de piscines, des vite-fait bien fait ; ou des bi, des gens attendus par bobonne, qui ne sauront pas me retenir parce qu'ils n'en ont pas le pouvoir,  des "hommes casés" en somme, comme dit Xelias, c'est pour éviter ces mises en danger.