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20 novembre 2011

la folie Lulu

 

lulu by lou reed & metallica.jpg

Le monde est converti à Lulu. Tout le monde est Lulu. Lulu par-ci, Lulu par-là. Lulu rend fou. L'Opéra de Paris a repris la production de Willy Decker, avec Laura Aikin dans le rôle titre. C'était si bien que j'y suis allé deux fois. Le théâtre de la Ville a programmé une version théâtrale, confiée au Berliner Ensemble de Bertold Brecht dans une mise en scène de Robert Wilson. C'était si tentant que je suis allé acheter mes places dès sept heures, un matin où le guichet ouvrait à onze. Daniel Barenboïm en dirigera une nouvelle lecture, à l'opéra de Berlin Unter den linden. C'est si irrésistible que je m'en retournerai outre-Rhin, à l'occasion du festival de Printemps au Schiller Theater...
 
Rien ne m'arrête plus pour Lulu. Pour elle, insaisissable, si loin de mes fantasmes, mais si intrigante. Innommable bien que nommée. Au passé imprévisible et au destin inéluctable. Aimée et égorgée. A la route d'amour et de mort. Au parfum de désir et de désespoir. Cette autre incarnation de l'impossibilité amoureuse. Cette jetée où viennent inexorables se dérouler et se fracasser les jeux de pouvoir et de possession. Cet hymne à la liberté, à la futilité, au tragique de la vie. L'éclairage qu'il manque aux affaires DSK.
 
Decker et Wilson l'inscrivent dans une épure, dans des lignes sobres où l'on espère la lire, quand lulu_02.jpgOlivier Py l'avait plongée dans un univers foisonnant, mouvant, enfantin. Ils l'entourent de silhouettes dessinées. Elle est là, matériellement présente à nos regards, et pourtant elle s'échappe, s'échappe sans cesse. Toujours authentique mais jamais sincère. Je m'imprègne de la musique, dense et exigeante, d'Alban Berg, j'en attends désormais les exultations. Et puis j'ai découvert cet objet théâtral non identifié, mêlant ombres chinoises et débits mécaniques, chansons de cabaret et estampes sophistiquées. C'est fascinant de voir comment une œuvre écrite il y a un siècle, inscrite au patrimoine, stimule une telle diversité d'approches. Comment une créature incarnée et désincarnée, désirable et désirée, esprit de la terre et boîte de Pandore, déchire toute raison !

Une des filles du Kitkat club s'appelait Lulu, dans Cabaret, hier soir, sur la scène du théâtre Marigny. Lulu investit aussi la musique métal, avec la sortie d'un album éponyme de Lou Reed & Metallica, chez Universal. Et Lulu Gainsbourg - oui, Gainsbourg nous avait pondu un Lulu, il y a quelques temps déjà, dont dont on avait à peu près tout oublié - un homme à la voix fragile, un fils de mordu de musique, il décide enfin de se faire connaître en enregistrant des chansons de son père...

Lulu ? Une folie, je te dis !

 

10 octobre 2011

quand je prends la queue en main

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C'est au petit matin que j'aime le mieux les queues. Je m'étais bien habitué, depuis deux ans, à mes aurores de la Bastille. Ma queue préférée. Nous commencions doucement, elle et moi, puis elle gonflait au fil du temps, réservant à chaque étape de nouveaux jeux. Parfois, elle battait froid, d'autres fois elle restait riquiqui jusqu'à la fin de la nuit. D'autres encore, elle atteignait des sommets dès la veille au soir. Mais, changement des règles... Les ruptures font parti de la vie, j'ai été triste de l'abandonner. Aujourd'hui, mes rendez-vous de Bastille me coûtent beaucoup plus cher, et il m'arrive de m'y ennuyer.


Alors je vais parfois draguer ailleurs. Je passe beaucoup par Internet. D'ailleurs, avec un peu d'organisation, et en sachant bien ce qu'on cherche, on y trouve encore des plans à 10 euros.

Mais bon, l'appel de l'aventure, l'adrénaline, le manque... tu connais. J'ai replongé et suis allé traîner à l'aube, vendredi, du côté du Châtelet. Au début, j'étais presque seul. Un autre gars, arrivé le premier, cinquantenaire mais apparemment inexpérimenté, semblait partagé entre réserve et excitation. Les queues, il n'en avait apparemment pas connues beaucoup. Il était du genre à attendre de voir ce qui se passe. A tromper sa gêne dans d'inutiles bavardages. Une troisième personne est arrivée, il était déjà 7h30, puis une quatrième, allemande, avec qui nous avons échangé quelques banalités sur Berlin et l'immobilier. Le cinquième gars qui arrivait était exactement mon type : jeune, œil rieur, décontracté, cheveux longs ondulés, tabac à rouler, un léger accent du sud...

J'ai désormais suffisamment d'expérience dans ce domaine pour savoir que les queues, il faut les prendre en main avant qu'il n'y ait foule, sinon elles partent en quenouille.

J'ai donc sollicité mes compagnons d'errance, ai récupéré des feuilles de papier, que j'ai soigneusement pliées et déchirées en petits coupons, et un stylo pour y inscrire "Lulu", suivi d'un numéro. De 1 à 32.

théâtre,lulu,théâtre de la ville,kurt weil,bertolt brecht,robert wilson,berliner ensemble,fisoCar nous ne fûmes, finalement, pas si nombreux. La guichetière du Théâtre de la Ville s'était évertuée ces derniers jours à décourager par téléphone tous les amateurs de ce spectacle attendu dirigé par Robert Wilson, qui fera venir à Paris la compagnie mythique du Berliner Ensemble, fondée par Bertolt Brecht. Même les abonnés n'avaient pas tous pu avoir de billet, c'est vous dire, ce serait la cohue, il faudrait venir avant six heures du matin, n'y comptez même pas mon brave monsieur... Apparemment, son sketch, répété à l'envie si j'en crois chacun des passionnés rencontrés ce matin-là, avait réussi, car il n'y eut ni foule ni émeute.

Dotée de ses numéros d'ordre, la queue est devenue une petite masse vivante et conviviale, d'où chacun pouvait s'échapper quelques instants pour un café ou une course. L'ambiance de Bastille avait rené. Mon cinquième gars du petit matin s'est avéré être décorateur aux ateliers de l'Opéra national de Paris. Il parlait des processus de fabrication et c'était passionnant. Ayant pu voir en avant première certains des spectacles actuellement à l'affiche, Tännhauser et Faust, il m'en a donné grande envie.
Et j'ai obtenu les deux places auxquelles j'avais droit.

(Pour ceux qui veulent s'y essayer, il y a mise en vente de l'ultime contingent de places vendredi prochain, le 14, et là, il est probable qu'il faudra encore se lever tôt et prendre son mal en patience. Prépare tes coupons !).

Quelques minutes plus tard, j'allais nager à Roger Le Gall - oh, juste quelques longueurs en dos pour me remettre en forme, et dans le vestiaire je pris une autre queue en main. Les yeux dans les yeux, celle-ci. Et je pris une main par la queue. Lui arrivait pour commencer sa séance, j'avais moi un rendez-vous professionnel à honorer, un sourire et un clin d’œil suffirent à nous dire au-revoir...

Poursuivi par les queues, décidément, un gros bouquin dédié surgissait dans la même soirée, au titre sans équivoque - "Big bites 3D" -  sous la forme d'un cadeau de ses amis espiègles à ma copine Fiso, qui fêtait ses vingt ou trente balais j'ai oublié, dans un café de la rue Richelieu. Des beaux spécimens, assurément, qui n'attendaient que des mains pour... Sauf que le copain espiègle en question racontait à l’intéressée que, question astiquage, il s'en était occupé avant de venir, on attendait donc de comprendre de quoi il en retournerait.

Tiens, pour les amateurs de Brecht et de Kurt Weil, je suis donc allé voir L'Opéra de Quat'sous à théâtre,lulu,théâtre de la ville,kurt weil,bertolt brecht,robert wilson,berliner ensemble,fisoSartrouville samedi. Ça valait largement le déplacement, belle mise en scène, étonnante symbiose entre les acteurs-chanteurs et les musiciens. A "l'homme est un loup pour l'homme", Brecht ajoute : "mais il oublie souvent qu'en fin de compte, il est un homme". Et moi : "doté d'une queue, pour le meilleur et pour le pire".