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08 octobre 2009

l'armée pudibonde

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Oui il y eut crime, oui il y eut ignominie. Abuser à 44 ans d’une petite fille de treize ans est criminel. User du sexe comme d’un commerce en exhibant sa puissance est ignoble. Mais je ne chanterai pas avec les sirènes de la pudibonderie. La question n’est pas de savoir si Roman Polanski ou Frédéric Mitterrand me sont ou non sympathiques. La question est de savoir si leurs actes ou écrits les disqualifient ou non.

Les personnages de fiction ont besoin d’être rugueux pour être touchants. Leurs univers sont ceux de la vie, où dans les crépuscules se trament des histoires parfois vilaines, où se murmure l’inavouable, où l’humain existe aussi à travers ses pulsions bestiales, où le stupre et l’addiction viennent trouver leurs exutoires. On ne fait pas Querelle de Brest avec Laurent Delahousse en premier rôle ni les sept mercenaires avec des princes charmants.

Je ne veux pas pardonner à un homme adulte, responsable, riche sans doute, déjà célèbre par dessus le marché, d’avoir usé de son influence OFRTP-FRANCE-POLANSKI-COHN-BENDIT-20090929_01-original.jpgpour obtenir les faveurs d’une fillette de treize ans. J'en suis profondément révulsé. Je ne connais pas non plus la réalité de cette histoire, comme personne ne la connaît puisqu’elle ne fut jamais jugée. Mais je ne donne pas quitus au système judiciaire, surtout américain. Je sais aussi que dans les années soixante-dix, la libération des mœurs rendait possibles, presque tolérables, beaucoup de choses dont on s’est ensuite départi, et que la création artistique, dans tous les domaines, a souvent exalté la jeunesse comme une vertu permise. Et que cette vision était connement masculine ! Est-on bien sûr que dans les chansons de Brassens ou de Gainsbourg ne se trouvaient pas alors des apologies néo-criminelles ? Je crois qu’il nous faut admettre, avec le recul, qu'une fois balayées des barrières morales défraîchies, il a fallu du temps, après 68, pour que de nouvelles limites se mettent en place, correspondant à des exigences revisitées dans nos sociétés, et que les créateurs ne furent pas les derniers, dans leurs actes comme dans leurs œuvres, à pousser loin leurs jeux au risque de se brûler les ailes, et d'imprimer des traces douloureuses. Que Polanski ait fauté, ça semble incontestable. Et au delà même de la faute. L'a-t-il nié ? Et si l'époque n'excuse rien, elle ne peut être occultée. J’ai donc d’abord voulu applaudir aux déclarations courageuses de notre ministre de la culture, lorsqu’il prit sans les précautions d’usage, la défense du cinéaste franco-américain. Et si nul n'est au dessus des lois, je rejoins les sentiments de Marina Zenovitch qui est bien placée pour connaître cette affaire, du point de vue de la victime aussi.

PROSTITUTIONQ02.jpgJe ne peux pas pardonner à un homme adulte, responsable, riche sans doute déjà, appartenant à une famille célèbre, d’avoir usé de son argent pour s’acheter les faveurs de jeunes hommes pauvres dans des pays pauvres. La prostitution me révulse. Profondément. Mais je veux prendre la défense d’un homme - dont je connais peu le talent littéraire – qui a choisi de traiter dans un roman de cette réalité, en ayant le courage de s’y mettre en scène. En prenant le risque de s’exposer au jugement des hommes libres, donc à la vindicte. Je sais qu’on le loua à l’époque pour la qualité et la sincérité du propos. Pourquoi devrait-il donc être, pour ce fait, écarté ad vitam de tout exercice public ? Si Frédéric Mitterrand est disqualifié, c’est pour Hadopi, pour une politique culturelle dépourvue de moyens et d’ambition, pour son désintérêt à l’égard des intermittents du spectacles laissés-pour-compte et rejetés dans les arrière-cours des collectivités territoriales. Par pour des écrits romanesques, en fut-il le héros sombre.

Il m’importe peu au fond, même si cela ne me surprend pas, que ce soit Marine Le Pen qui ait rapproché ces histoires et fit mine de débusquer un lièvre. Je suis en revanche profondément troublé par l'armée pudibonde qui se lève, et le peloton qui se forme pour juger, condamner et exécuter. Benoît Hamon a franchement mieux à faire.

Quant à la blogosphère, je l’aimerais parfois moins prompte à faire le buzz, et pour tout dire moins politiquement correcte !