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11 mai 2009

le convoi de l'eau

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C'est un hameau promis à la perdition. Dans un creux de vallée retiré du monde, il a développé un mode de vie spécial, le toit des chaumières y est recouvert de mousse, sans doute pour tirer partie de l'humidité du lieu, et les rites y sont étranges. Du moins aux yeux des ouvriers débarqués là pour participer à la construction du barrage.

Parmi ceux-ci, il en est un venu s'oublier, tourner une sorte de page faite de trahison amoureuse, de crime et de prison. Il ne sait pas encore qu'il est en quête d'expiation lorsque le drame survient : le viol d'une jeune mère du village, sa pendaison énigmatique, puis l'assassinat vengeur de l'ouvrier fautif.

A travers la confrontation brutale de deux univers, hostiles l'un à l'autre, dont le sang et la culpabilité sourde sont le seul fil, perce une culture riche, faite de savoirs locaux et d'enjeux symboliques uniques, mais inaccessibles et programmés pour être anéantis. Le paradigme de la biodiversité des cultures humaines menacée, déjà pour une large part dévastée par notre société technicienne.

Le roman de Akira Yoshimura nous immerge dans l'univers ingrat des chantiers lourds où des pans de montagne explosent à la dynamite, dans des préparatifs de départ mystérieux de villageois désemparés. Au cœur de cette rustre vallée, l'escale arrogante de la négociation des indemnités compensatrices par la société d'électricité, la duplicité des cheffaillons du chantier, sonnent comme d'insupportables anachronismes, que l'écriture neutre et légère de l'ouvrier-narrateur embarqué dans son propre cheminement nous permet d'enjamber pour accéder au cœur de ces gens simples avant qu'ils ne soient définitivement niés.

On y découvre - ce qui m'avait été d'ailleurs récemment raconté par un ethno-sociologue malien qui a travaillé sur ce sujet - comment la mort, ou plus précisément les morts, les tombes, les lieux dédiés à la mémoire et à la commémoration, là où nichent les esprits, sont souvent le principal sujet de préoccupation des populations qui se voient imposer des mesures de déplacement, surtout dans le cas de la construction de barrages, parce que la notion de submersion est symboliquement l'une des plus violentes qui soient.

Enfin, ce roman acheté au Salon du livre m'a mis de superbes images en tête et m'a procuré de belles émotions. Il continue d'instiller en moi un sentiment presque nouveau : qu'on pourrait appeler le plaisir de la lecture ?

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Le convoi de l'eau, de Akira Yoshimura. Traduit du japonais par Yutaka Makino (174 pages, Actes Sud, 2009)