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12 décembre 2010

sous le signe du lac

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J'ai bravé la neige vendredi matin, et les grands froids, pour remplir mes obligations à l'Opéra de Paris et prendre ma place dans la queue devant le guichet. C'était le premier jour de la vente de Francesca Da Rimini, un Opéra totalement méconnu de moi, d'un obscur Riccardo Zandonai, un compositeur italien du début du 20ème siècle dont je ne sais rien. Après mon retour mouvementé de Budapest, la veille au soir tard, et la découverte de ma voiture prise dans la neige et la glace, j'aurais probablement jeté l'éponge si je n'avais pris l'engagement auprès d'un ami blogo-mélo-prosélyto-maniaque comme moi - ou pire - mais empêché, de lui prendre une place.

En même temps, l'expérience m'a permis de rentabiliser en une fois mon investissement hongrois dans un bonnet et un cache-nez, qui m'ont été les plus valeureux compagnons. Et puis Gilda, fidèle à ses horaires, m'a rejoint un peu plus tard, ce qui nous a permis de deviser sur les méthodes commerciales de banquiers peu scrupuleux à l'égard de leurs clients ou du service public.

J'avais obtenu le numéro 12, qui devint un numéro 13 en passant à la caisse - selon la règle qui voit s'intercaler les personnes handicapées toutes les dix places -, "le numéro de la chance", me faisait remarquer le chef des caisses dans un petit sourire narquois qui me mit de bonne humeur.

Et en effet, overbooké depuis le premier jour, le Lac des cygnes vit sortir de ses eaux trois places comme par magie, libérées de ses profondeurs pour la matinée de ce dimanche. Le célèbre ballet de Tchaïkovsky, dans la chorégraphie de Noureev, va donc déployer ses ailes tout spécialement pour Bougre, Fiso et moi tout-à-l'heure, et ce sera une façon pas plus désagréable qu'une autre de déclarer ouverte la saison des fêtes !

Et puisqu'une fée n'arrive jamais seule, j'ai le grand plaisir de vous annoncer (roulement de tambours et quelques trompettes), que la mienne de Fée, vient de dégeler. Et de libérer quelques unes de ses belles pensées.

09 janvier 2010

Noureev et la valse des flocons

Tombeau de Rudolph Noureev 006.jpg

Tel que tu me lis, je suis assis dans un café du quartier du Marais, entre deux transferts de violoncelle, mon deuxième métier. Il neige doucement sur Paris, comme sans doute durant une partie de la nuit passée. Un film blanc recouvre l'asphalte, et je compte sur lui pour m'épargner une contravention, car le marquage au sol est presque inapparent, et c'est en toute bonne foi que je prétends ne pas avoir vu que je m'étais garé sur un emplacement réservé aux livraisons !

Je suis de ceux qui aiment retrouver le chemin des saisons. Et tant pis si les épisodes neigeux perturbent pour quelques temps la vie économique. D'habitude, c'est la vie économique qui nous pourrit la vie - et le climat en passant, alors !

Dans ma lointaine banlieue, le thermomètre de la voiture indiquait un joli -16°, hier matin aux aurores. Nulle trace de verglas sur les routes, juste une morsure du froid qui ne se faisait même pas sentir dans la première minute tant il était sec. J'ai pu retourner travailler.

De tous les lieux qui embellissent sous la neige, les cimetières sont forcément les plus nostalgiques. La neige a en elle la nostalgie. Celle de l'enfance. On croit tous se souvenir qu'enfants, nos hivers étaient couverts de neige, qu'on y faisait des batailles de boules, qu'on érigeait de magnifiques bonshommes, que chaque année revenait ainsi cet enchantement. Qu'à travers la neige, nous faisions l'apprentissage des saisons. J'ai une théorie à ce propos. Je ne crois pas que les hivers blancs étaient plus fréquents il y a quarante ans qu'aujourd'hui. Je crois que nous devions en avoir un tous les quatre ou cinq ans, comme aujourd'hui. Mais que notre mémoire d'enfant les a redistribués sur les hivers gris sans âme pour inscrire à la place dans notre imaginaire la neige comme une maîtresse fidèle.

J'en viens donc au propos de ce billet. C'est Francis qui m'en a dicté le thème, en écho à mes deux derniers. Cette lointaine banlieue du sud de Paris, qui affichait -16° hier aux aurores,  n'abrite pas que des champs de colza, des plate-formes logistiques, des résidences pavillonnaires et des centres commerciaux. Elle abrite aussi un cimetière russe, où de grandes figures sont enterrées, et parmi elles Rudolf Noureev.

Ce n'est pas qu'au nom de cette nostalgie des cimetières que j'en parle, mais parce que cette tombe est l'une des plus belles, peut-être la plus belle tombe des cimetières parisiens, même si c'est à Sainte-Geneviève-des-Bois.

Un curieux hasard dans la disposition des antennes relais fait que chaque jour lorsque je passe à proximité en voiture, je suis précisément là rudolph-noureev.jpgvictime d'une coupure de réseau et lorsque ma conversation téléphonique est interrompue, je m'amuse à le mettre sur le compte de Noureev (oui, je ne me gare pas que sur des places "livraison", je téléphone aussi au volant, Francis va encore me gronder !!)

Pas de pierre tombale. Mais une sépulture rayonnante, un grand qilim persan, tout en mosaïque, qui recouvre le sarcophage, avec ses plis épais et négligents. Les tessons, dorés, bleu-roi ou rouge-basque scintillent sous le soleil, et un ballet de lumières rend hommage au maître.

Je serais curieux de savoir comment s'y débattent ces particules lumineuses sous le tapis de neige ces jours-ci...