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17 septembre 2010

Saison 2010-2011, c'est parti !

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Et voilà que ça démarre sur les chapeaux de roue. J'ai profité du séjour francilien de ma Maman pour lancer ma saison culturelle. Et je la commence avec ce(ux) que j'aime : Bach - je t'en ai parlé -, le violoncelle - tu sais pourquoi -, et un soliste de renom que je ne connaissais pas. Yo Yo Ma jouait l'intégrale des Suites de Bach, en deux concerts au théâtre des Champs-Elysées cette semaine, et nous étions mardi soir dans une des loges de galerie du 4ème étage pour en entendre trois, les impaires.

Son jeu était léger, parfois lent. J'ai aimé les rugosités appuyées de ses graves dans les doubles voix.

J'ai faim. Faim de musique, d'opéra, de théâtre. Je me vois à l'affût des affiches, accroc aux billetteries électroniques des grandes salles de spectacle. De Paris et du monde. Et si l'an dernier Londres et Bruxelles s'étaient immiscées dans mon programme, avec le Barbican Center, le Royal Opera House, La Monnaie, cette année sera le tour de Barcelone (le célèbre Liceù), et d'Oslo, à l'opéra comme sorti des eaux.

Une dominante se dégage - en même temps qu'une découverte : Lulu, considéré comme le grand opéra contemporain du XXème siècle, du à Alban Berg (j'avais adoré son Wozzek, l'an passé, à Bastille) que je verrai dans deux productions distinctes, dont une à laquelle travaille Olivier Py, avec Patricia Petitbon dans le rôle titre - ce sera à Barcelonne - et que j'irai d'abord voir à la Colline dans une version théâtrale. Un tableau érotique et provocateur de la vulnérabilité des hommes en proie à leurs désirs...

Hmm ! Je me délecte par avance de ces horizons. Ils me sont une fenêtre sans laquelle il me serait pénible de m'enfoncer dans le tunnel des obligations professionnelles et de me projeter vers l'été prochain. Ils inscrivent mon amitié amoureuse dans une durée longue, dans des projets, dans des niches extraites du monde.

C'est mon scaphandre. Je peux m'enfoncer.

22 octobre 2009

5000 sous le signe de Bach

Et voici donc le 5.000ème commentaire. Il est tombé mardi (mais j'ai du retardé son installation sous les projecteurs, pressé que j'étais de mettre des choses au point après les emmêlages de billets auxquelles m'avait conduit l'affaire du match avorté). C'était sur le billet la diva et la midinette.

"J'ai parfois des frissons à l'écoute de certaines musiques, comme l'air de la reine de la nuit dans la flûte enchantée, c'est galvaudé je sais, mais il y a quelques jours j'ai revu le film Amadeus et ça me l'a refait.


Mais je suis plus baroque que classique, et Haendel (par exemple ça) me fait plus frissonner que Beethoven.

Je n'ai pleuré qu'une fois en écoutant de la musique, c'était la Passion selon Saint-Matthieu, de Bach (cet air là très exactement) mais il se mêlait à d'autres émotions que je ne raconterai pas ici, car c'est un endroit comme il faut ;-)"

Pouvais-je espérer mieux ? Les frissons, Mozart, Haendel.... mais surtout Bach, et Saint-Matthieu ! Imagine un peu... J'ai eu déjà l'occasion d'écrire combien Bach surclassait tous les autres à mes oreilles. Et d'écrire aussi ce que représentait pour moi la Passion selon Saint-Matthieu.

Madame de K, savez-vous que j'aurais pu pleurer aussi sur cet aria, qu'il accompagna mes premiers mois d'installation à Budapest il y a, quoi ?, quatorze ans de cela, et d'une certaine façon ma sortie du placard ?

C'est drôle que ce soit tombé sur vous, débarquée assez récemment par chez moi. A la fin de cet été, je crois, sur une humeur capricieuse. Et par l'entremise d'une belle fidèle, écornée par la vie, mais debout, généreuse, digne. Je l'ai vue pour la première fois ces jours-ci, vous le savez, et prenant un infini plaisir à nous découvrir, nous avons parlé de nous, d'elle, de moi, et figurez-vous, beaucoup de vous. Elle est admirative de votre joie de vivre, et je crois qu'elle ne trouve pas usurpée votre minute encyclopédique.

Merci de nous en avoir livré quelques secondes, et de l'avoir fait avec de la grande musique. Vous auriez pu aussi nous dire vos "autres émotions" mêlées à vos larmes, les oreilles qui traînent par ici en ont vu d'autres, et sont d'une discrète bienveillance. Une prochaine fois peut-être...

10 décembre 2008

Matthieu, la Passion et la chemise bleue

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Le week-end dernier a été chargé en émotions musicales et sensorielles.

Je meurs d'envie, évidemment, de te dire tout ce qui a parcouru ma poitrine pendant le concert des deux orchestres dimanche, à l'espace des Blancs-manteaux. Mon trouble tenait à la fois de la musique et de ses musiciens multicolores, français et britanniques, de la petite tâche bleue au milieu d'eux, de son jeu besogneux et sensible. Mais j'aurais trop peur de trahir quelque sentiment turbulent, alors je ne t'en dirai qu'une chose : parmi les découvertes que je fis durant ce concert, il y eut Hamish MacCunn, un compositeur anglais de la fin du 19ème, début du 20ème siècle. L'Ouverture de The Land of the Mountain and Flood, dirigé par John Dawkins, le chef du Rainbow Symphony Orchestra, m'a touché.

Je regrette de n'avoir pas trouvé le moyen de te la faire écouter, parce que je suis sûr que tu aurais apprécié l'impressionnisme de cette musique, la campagne verdoyante baignée de brumes, les vallons, des flûtes qui font surgir des sources ou des fontaines, un gibier qui gambade, un cor au loin qui te rappelle une scène de chasse. Le tout habilement exécuté. Bien sûr, forcément, de la fierté a palpité dans la chemise bleue, et ailleurs. A juste titre. Olivier Autissier rend compte du concert de la veille, je partage ses impressions.

Mais je vais surtout te parler de Pitié ! Moins de risques d'indiscrétions. On est pourtant dans l'introspection totale.

Je suis un fan de Bach. C'est comme ça. La conviction, formée un matin en écoutant le Magnificat, et depuis toujours, toujours, toujours renouvelée, qu'il est le meilleur. De tous et de tous les temps. Et il se trouve que j'ai un faible tout particulier pour ses Passions. Plus précisément pour Saint-Matthieu.

Alors quand un jour d'octobre j'entendais qu'un certain Alain Platel avait mis en scène un spectacle chorégraphique contemporain sur une partition de Fabrizio Cassol toute entière écrite à partir de la Passion selon Saint-Matthieu, je me suis pris de l'idée d'aller le voir coûte que coûte.

Manque de chance, quand il était programmé à Paris, je l'avais découvert trop tard, il restait donc l'Opéra de Lille en décembre. Il y était à l'affiche en fin de semaine dernière. Un prétexte idéal pour une virée avec et chez des amis.

Saint-Matthieu revisité par Fabrizio Cassol, ça donne un ensemble instrumental léger, deux-trois cordes, deux-trois vents, un accordéon, de la darbouka, et un son qui peut s'étirer et parler de fragilité, comme s'emballer sur des rythmes entraînants. Ce dépouillement te plonge au coeur de l'intime, et forcément t'atteints.

Les Ballets C de la B, quant à eux, explorent l'âme humaine en allant la chercher au plus près des corps, dans leurs recoins, dans chaque repli de la peau, dans la profondeur des entrailles. La vie s'habille et se déshabille selon son cycle rituel, et les corps s'attachent à expurger leurs insondables frustrations de soubresauts frénétiques.

Certains tableaux sont magnifiques, les corps sont plus que nus, ventres rentrés, aspirés jusqu'à ne laisser parfois que la peau sur les os. D'improbables radeaux de la Méduse, des monstres inconsistants formés de corps retournés, retroussés même, et des entre-chocs : les corps se cognent plus qu'ils ne se touchent, s'éprouvent toujours, comme pour aller chercher l'inapparent.

Les trois chanteurs sont pris par la danse, presque malgré eux, quand soudain le contre-ténor, Serge Kakudji, exécute un hip-hop inattendu.

Et ultime émotion, le soupir plusieurs fois répété de Magic Malik : je me suis longtemps interrogé sur la nature de ce son lancinant : une voix ? Une flûte ? Les deux, en fait, l'une prolongeant l'autre sans à coup, fin, tendre, et tout simplement magistral. La Pitié !

04 février 2008

Laurent (4) écrire, pour te faire parler

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Cette lettre à Laurent, je n'avais pas prévu de te la montrer. Elle présente peu d'intérêt. Ce n'est pas encore celle où je lui fait ma déclaration (ce sera finalement la suivante). Ici, il s'agit de simples voeux, voilà. J'y parle aussi de ma maman, que j'aime tant, plus que tout peut-être (c'est l'occasion d'en glisser une photo récente - ci dessous). C'est donc un peu un interlude, à la façon de Zoridae.

Mais elle aborde une question qui finalement, surtout ces derniers jours, recommence à me perturber. J'écris pour faire écrire, mais écrivant je fais peur. Comme si j'établissais un standard où j'attendrais que l'autre se situe. Tu produis pour plaire, et plaisant tu rebutes. Tu prends de l'élan pour sauter loin, et tu obliges l'autre à reculer plus loin encore, et finalement à se prostrer.

Ce que je ne sais pas faire, c'est être simple pour t'autoriser à le rester. Je te harcèle alors que j'ai besoin de toi et de ta simplicité. Entends simplement celà, s'il-te-plait : de toi et de ta simplicité.

[Laurent (1) une cicatrice au-delà du regard

Laurent (2) à côté de l'essentiel

Laurent (3) retour de Calcutta

et sur le pourquoi, j'ai conservé ces lettres, c'est ici.]

_________________________

Budapest, le 4 janvier 1996

Mon très cher Laurent,

D'abord – puisque je n'ai pas encore eu l'occasion de le faire, je te souhaite une très bonne nouvelle année. Plus qu'une concession aux conventions d'usage, c'est le souhait que 96 soit une année fructueuse pour toi, tes projets, tes amours. Qu'elle nous réserve à tous de vrais moments de bonheur, chacun de notre côté, ou ensemble parfois.

Rentré du bureau vers six heures et demi, je me suis installé sur la grande banquette verte du salon, toutes lumières alumées. Signe que le moral est bon. D'habitude, après la journée de travail, je me cantonne dans ma chambre, investis mon grand lit, comme une armée en déroute se replie vers sa base arrière. Besoin de sécurité. Le grand séjour m'est inhospitalier, il est trop sombre. Alors je ne quitte la chambre que pour la cuisine, le temps d'une bolée de pâtes et de deux oeufs au plat. Puis retour sur le lit, leçon d'anglais, puis un peu de lecture sur fond musical, et dodo bonne heure. Ce soir par contre, je me suis senti attiré par le grand séjour. C'est la chambre que j'ai crainte. Tous mes lustres - du plus mauvais goût post-moderne – sont alumés, sans que j'y prenne garde. Et j'ai choisi Bach pour m'accompagner. La Passion selon Saint-Jean. Splendides choeurs qui te transpercent de toute part. La façon dont leurs envolées te pénètrent, t'envahissent, t'enveloppent... quelle belle évocation de l'emprise amoureuse. Moi, la religiosité de ces musiques m'échappe complètement, je ne m'intéresse pas aux textes tirés des Evangiles, et de toute façon dits en allemand. Seuls m'attirent les élans passionnés, l'émotion – les tourments ? - qui les charpentent, les douleurs qui s'enroulent autour d'un violon, qui s'y hissent et explosent tout en haut d'un accord suraiguë, pour être absorbées par la chorale. C'est un peu comme dans la vie : les plus grandes souffrances finissent digérées par la société : c'est sa façon de ne pas les regarder. Rares, finalement, sont ces traumatismes qui conduisent aux drames de la mort. Le plus souvent, il y a des mains – sans visage – pour tendre un drap devant celui qui s'apprête à sauter. C'est comme ça que la société tient bon. Comme ça que les cantates de Bach s'achèvent en apothéoses. Sans n'avoir rien résolu des tortures infligées. Mais en les ayant toutes transgressées.

Laurent, je ne vais pas faire une lettre trop longue. D'abord parce que je n'ai pas grand chose de neuf à évoquer depuis notre dîner chez Sébastin et toi après Noël. Mais surtout parce que je crains, soudain, qu'à trop te sentir obligé de produire, à ton tour, des pages et des pages, tu continues à renoncer à m'écrire la moindre ligne. Ca me rappelle mon année en Syrie. J'envoyais à ma mère de longues lettres (j'en envoyais à Armelle de plus longues encore, mais ce n'est pas mon propos). Papa venait de mourir. Un arrêt du coeur, brutal et inattendu. J'avais dû rentrer quelques jours en France. Moments pénibles et en même temps pleins de réconfort mutuel. A mon retour à Damas, je faisais face à des sentiments que je n'avais pas connus avant. Et mes pensées allaient souvent vers ma mère. Je n'arrivais pas à l'imaginer seule : l'anéantissement dans lequel je la voyais dans mes pensées m'était insupportable. Alors j'avais un grand besoin de lui écrire. Pour elle, d'abord. Et aussi pour ce besoin vital d'extérioriser mes a9438e8cd1ec0dbbe988302f457e00ad.jpgsentiments. Je savais que mes lettres lui arracheraient des larmes, mais j'avais besoin de lui dire combien je l'aimais, que je la trouvais admirable : je trouvais la mort de papa si injuste. Et j'étais convaincu – je le suis toujours – que le pire était l'oubli, ou le silence, ou les "comme si"... Alors je lui envoyais de longues lettres. Et elle me répondait. Mais parce qu'elle se faisait un devoir d'y mettre beaucoup de contenu – et qu'elle avait besoin d'y faire passer ses sentiments les plus profonds – elle écrivait avec lenteur : un bout de lettre un jour. Une suite le lendemain. Une troisième partie quelques jours plus tard. Et elle m'envoyait le tout quand un long moment était passé. Alors que j'avais besoin de quotidien. Quitte à écrire par épisodes - avais-je envie de lui dire – autant envoyer les épisodes au fur et à mesure. C'est comme ça lorsqu'on est à l'étranger, le lien épistolaire vaut de l'or. Parce que la minute de téléphone se compte en kilos de diamants. Et parce qu'à travers l'écrit on se dévoile toujours d'avantage. Comme dans un semi état d'ivresse, mais sans alcool.

Tout ce détour pour te dire : n'attends pas d'avoir aligné dix pages pour m'envoyer ta lettre ! N'attends pas non plus qu'après une cinquième relecture tu cesses de trouver mauvais ce que tu as écrit. Si on faisait tous ça, la Poste pourrait mettre la clé sous la porte. Finalement, en se relisant, on trouve ça mauvais, mièvre, sans contenu ni intérêt, fade, ou déplacé. Ou facile... Impressions ordinaires ! Alors fi de l'orgueil, et fi du Lorenzaccio qui est en toi ("crois-tu donc que je n'ai plus d'orgueil parce que je n'ai plus de honte ?"). Je veux du laurent brut-de-décoffrage. Du premier jet ou pas, mais du jet. Du qui sort du bide !

Par exemple là, en me relisant, je me rends compte que je parle encore de la mort. Pour la deuxième fois en trois lettres. Ce n'est pourtant pas une obsession chez moi, mais j'envoie quand même. Ou le coup des douleurs qui s'enroulent autour des violons. Ca passe ou ça casse, j'envoie quand-même. Dire que j'écris sans honte ? Non, car mes contradictions sont bien plus terribles qu'il n'y paraît. Il y a du Lorenzaccio en moi aussi, et j'écris bridé, hélas ! Mais au moins en écrivant, je dissipe mon orgueil. C'est presque une thérapie. Avec ses bouteilles à la mer.

Donc : écris ! En fait, j'insiste, mais je suis indulgent. Je sais qu'il est dix fois plus facile pour moi d'écrire – car je suis loin de tout, et de toute vie sociale quand je suis à Budapest – que pour toi qui restes à Paris, avec forcément d'innombrables sollicitations pour sortir, recevoir, ou faire autre chose.

(...)

A très bientôt. Salut à Sébastien.

Bises à tous et meilleurs voeux !

O.