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11 novembre 2008

l'avaleur

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Ça fait un moment que ça me titillait : toute cette substance, produite le cœur battant sous l'effet de l'adrénaline ou de la testostérone,  accumulée et accumulée dans le jeu ou dans l'effort, quelle destinée lui réserver ? Comment lui préserver à coup sûr son goût premier ? Comment éviter qu'elle ne s'écoule par le trou des chiottes sur un mauvais geste, ou un coup de sang, comme une insignifiante fin du monde ?

Un soir, j'étais avec mon copain Fabien, on en a parlé, tranquillement. Il m'a dit que c'était assez simple, qu'il pouvait m'aider, j'étais un peu sur mes gardes. Mais il avait l'air très confiant, ça ne présentait aucun risque en général, il l'avait fait déjà souvent.

Alors hier soir, j'ai essayé : je me suis mis sur Internet et j'ai divagué. Ça m'a fait drôle de taper "avaleur", sur Google, c'est un peu contraire à mes principes. Mais au bout de mes recherches, j'ai été comblé. En quelques minutes, la bête était à la maison, à portée de doigts. Un nom un peu trash, mais plutôt un bel engin, question ergonomie.

Je l'ai laissé travailler pendant la moitié de la nuit. J'étais étendu sur le lit, je jetais de temps en temps un regard en coin pour surveiller l'évolution du flux, j'étais super excité, en fait. Puis bercé par les va-et-vient de cette exploration totale, je crois que je me suis endormi avant même qu'il n'ait fini de tout avaler.

Au petit matin, j'ai vérifié : Il avait tout gobé, tout, en un seul jet. Tout mon blog copié sur des fichiers du disque dur : les textes, les photos, les liens, les adresses des lecteurs importés, les commentaires... Je pouvais circuler sur mon blog hors connexion, comme si j'y étais. Finie l'angoisse d'être à la merci de mon provider ou d'une déprime nihiliste. Désormais, avec mon avaleur de blogs, la plateforme Hautetfort peut faire faillite, se faire racheter par Blogger ou par Overblog, ou par les deux, elle peut même se faire écraser et disparaître sans crier gare. Toute la matière est dans mes mains, toute. Je n'en ferai sans doute jamais rien, mais elle est un bout de moi et de ma mémoire, elle représente des heures, un chemin, de la sueur et des larmes, des rires, de la tension, de l'attention.

Je suis content d'avoir repris mes droits sur elle.