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18 mars 2009

l'eau en bandoulière

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Bon. Je dois parler d'eau. Il a raison Nicolas, si ce n'est pas maintenant, c'est quand ? Le Forum mondial de l'eau vient d'ouvrir à Istanbul. Et le 22, dimanche, c'est la journée mondiale de l'eau. Autant changer le nom de mon blog, sinon.

Donc l'eau. Qu'en dire ?

Que parmi mes achats, au salon du livre dimanche, il y a Le convoi de l'eau, de Akira Yoshimura.

Que j'ai reçu une carte postale du Japon, et que j'ai découvert à cette occasion qu'il est rare de trouver, dans les estampes d'Hiroshige (illustration ci-dessus) des paysages sans eau.

Que j'apprenais l'an dernier, lors d'une conférence d'Augustin Berque, que la notion même de paysage est née de l'eau (水) dans la Chine antique. Et de la montagne (山). Ce sont des mandarins en disgrâce, des érudits bannis de la ville pour des raisons politiques, qui jetèrent pour la première fois un regard esthétique sur des territoires agraires. Le Shan-Shui (montagne-eau) devint le coeur de leur écriture, et grâce à la poésie parcourut le monde.

山水

Que j'ai nagé beaucoup et bien, hier soir, et que rarement, c'est ainsi, il m'arrive de finir la séance après la douche dans une cabine de vestiaire. Que je n'y étais pas seul, avant-hier, et que j'y ai frôlé, astreint au silence, un orgasme prostatique (ne me demande pas de te le décrire, je crois que je ne l'ai encore jamais atteint, mais c'est une autre affaire).

Que l'accès à l'eau figurait en bonne place parmi les Objectifs du Millenium adoptés à Johannesburg en 2002, pourtant pas très ambitieux puisqu'il s'agissait de diviser par deux d'ici 2015 le nombre de personnes n'ayant pas accès à un point d'eau potable de proximité (ce qui, soit dit en passant était une façon de se satisfaire de ce qu'une autre moitié de ce milliard et demi d'individus restât sans eau potable). Mais que la crise économique conduit les grands de ce monde à reconsidérer leurs objectifs à la baisse.

Qu'ils s'apprêtent à adopter un document sans valeur contraingnante (c'est plus confortable), et qu'ils vont probablement se contenter d'appeler les Etats à lutter contre les gaspillages. Leur conscience sera tranquille. Et l'eau contaminée continuera de tuer 30.000 personnes par jour. A mobiliser un lit d'hôpital sur 4 à travers le monde. Et à conduire plusieurs millions de personnes chaque année à émigrer à cause du manque d'eau saine. Pour ceux qui pensent que ce problème ne nous concerne pas.

Que les principaux artisans de la privatisation de la gestion de l'eau à travers le monde sont français, ce sont nos "fleurons technologiques", paraît-il. Nos ambassades protègent leurs intérêts comme s'il s'agissait des yeux de la Nation. Mais que partout où ils sévissent, qu'ils s'appellent Suez ou Véolia, ils génèrent de l'insatisfaction, ou de la colère, au point qu'ils se sont fait jeter sans autre forme de procès de plusieurs capitales latino-américaines. Pas d'investissement pour moderniser les réseaux, pas ou peu d'effort pour relier au réseau les quartiers périphériques les plus populaires, hausse drastique des prix et politiques agressives de "recouvrement" des coûts... Ils ne sont pas plus compétents que les services publics.

Qu'ils sont devenus des empires économiques avec l'argent de l'eau, alors que l'eau, Bien commun, devrait être protégée de toute forme de marchandisation.

Que le Forum mondial de l'eau est une des seules Conférences internationales dont l'organisation est confiée à un organisme privé où dominent ces multinationales, alors qu'il devrait être du ressort de l'ONU de porter des enjeux planétaires aussi essentiels.

Que près de notre maison de famille, dans un coin du Quercy, coule un petit ruisseau longé par un sentier ombragé, agréable à emprunter l'été pour rejoindre la cascade d'Autoire, où je me baignais enfant.