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08 septembre 2010

entre2manifs

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Entre deux manifs, il y a la vie.

Non pas que la vie n'y soit pas belle, dans les manifs. Elle était au contraire particulièrement resplendissante, samedi contre les dérives fascisantes du pouvoir, et hier pour sauver nos retraites. On y chantait, on y dansait. On y retrouvait des amis. J'y retrouvais aussi, mes valeurs, mes espoirs, ma foi, d'une certaine façon, dans le genre humain. Ma France, en toile de fond...

Ça tombe bien, il y en aura d'autres.

Et au bout, j'espère, l'ouverture d'une perspective de changement politique, avec des hommes et des femmes de gauche qui mettront dans la poche leur esprit de boutique (on peut toujours rêver) et auront le courage de dire "l'immigration n'est pas un problème", "penchons-nous plutôt sur nos altérités que sur nos identités", comme je l'ai joliment entendu samedi soir lors d'une soirée de mariage où se mêlaient du rouge et du vert, "il faut travailler pour vivre, et non vivre pour travailler", "rétablissement de la retraite à 60 ans, et retour à 37 ans et demi de cotisation pour tous" !! Je rappelle juste aux sceptiques qu'en pleine crise économique - tu sais, cette crise qui justifie toutes les rigueurs - les entreprises du CAC40 annoncent qu'elles ont simplement doublé en moyenne leurs bénéfices par rapport à l'an dernier au cour du premier semestre.

Mais bon, entre les manifs - la prochaine sera ce week-end à La Courneuve : une fête de l'huma prometteuse d'où j'attends surtout beaucoup de l'hommage à Ferrat qui y sera rendu - il y a donc la vie. Et la mienne a besoin d'eau, c'est comme ça.

Après m'être cassé les dents, samedi, sur les fermetures pour vidange ou pour travaux de plusieurs piscines parisiennes, dimanche, on nageait gratis à Armand Massard : l'agent de caisse ne s'était pas présenté à son poste. Armand Massard, c'est la piscine qui se trouve dans les sous-sols de la Tour Montparnasse. J'aime bien Armand Massard : le bassin de 33 mètres n'est jamais trop engorgé, grâce à la présence d'un bassin voisin de 25 mètres. Les lignes y sont bien organisées, et chacun y trouve son compte.

En proie à un sérieux besoin de décrassage - rapport au mariage de la veille, où au rouge se mariait aussi du blanc - je me suis lancé dans la ligne dite "rapide".

Et il s'est passé ce qui se passe chaque fois que je me sens fébrile, que l'estomac est lourd et la langue pâteuse : une fois dans l'eau, une énergie sournoise m'anime, dont j'ignore où est la source, et en guise de fatigue je me retrouve en fait à déployer une insatiable puissance. J'ai nagé d'un trait mes deux kilomètres, sans marquer de pause sur le premier, tout en crawl, puis j'ai alterné d'autres nages pour finir de dérouiller ma carcasse, sans rien lâcher de ma fougue imprévue. Je dépassais les uns et les autres, et nul ne me dépassait. En bout de ligne, les plus attentifs me laissaient le passage pour m'épargner un croisement délicat... Je fus fougueux d'un bout à l'autre, et suis ressorti plein d'une incroyable confiance en moi.

Dans ces cas-là, je me trouve beau. Presque irrésistible. La réforme des retraites ou la fascisation du monde me sont des citadelles de papier. Et le désamour un mauvais rêve effacé.

Je suis dans les manifs comme un poisson dans l'eau.